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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2308136

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2308136

jeudi 17 août 2023

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2308136
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantSCHWILDEN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 30 juillet 2023, Mme A B, retenue au centre de rétention administrative du Mesnil-Amelot n° 2, représentée par Me Bisalu, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 29 juillet 2023 par lequel le préfet de police de Paris l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée d'office et l'a interdit de retour pour une durée de douze mois ;

2°) d'enjoindre au préfet de police, ou à tout préfet territorialement compétent, de réexaminer sa situation et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour sans délai à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est entachée d'incompétence ;

- elle est entachée d'un vice de forme, en l'absence de signature de l'agent l'ayant notifié ;

- elle entachée d'une insuffisance de motivation ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux et particulier de sa situation ;

- elle a été prise au terme d'une procédure irrégulière, dès lors qu'elle n'a pas été informée de ses droits ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle est entachée d'une erreur de droit, dès lors qu'elle remplissait les conditions pour séjourner en France du 15 juillet au 20 septembre 2023 ;

- elle méconnaît les stipulations de la convention franco-tchadienne sur la circulation des personnes ;

- elle méconnaît les stipulations de la Convention de New York ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 6 de la Convention européenne de

sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'un détournement de pouvoir ;

- elle méconnaît le principe d'égalité ;

- elle porte atteinte à la liberté d'aller et venir.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est illégale du fait de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français.

Le préfet de police de Paris, représenté par Me Schwilden, à qui la requête a été communiquée le 3 août 2023, n'a pas produit d'observations mais a enregistré des pièces le 10 août 2023.

Le centre de rétention administrative n° 2 du Mesnil-Amelot a enregistré des pièces le 14 août 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la Convention de New York relative aux droits de l'enfant ;

- la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le règlement (UE) 2016/399 du Parlement européen et du Conseil du 9 mars 2016 concernant un code de l'Union relatif au régime de franchissement des frontières par les personnes ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du Tribunal a désigné Mme Delon, conseillère, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue aux articles R. 776-15 et suivants ainsi que les chapitres 6, 7, 7 bis, 7 ter et 7 quater du titre VII et du livre VII du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Delon ;

- les observations de Me Bisalu, pour la requérante, qui conclut aux mêmes fins que la requête ;

- celles de Mme B, qui fait part de son souhait de voir les membres de sa famille en France et de retourner ensuite dans son pays d'origine ;

- et celles du préfet de police de Paris, représenté par Me Schwilden, qui conclut au rejet de la requête.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience à 15 h 08.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A B, ressortissante tchadienne née le 6 novembre 1974, s'est vue refuser l'entrée sur le territoire français lors de son arrivée, le 15 juillet 2023, puis a été placée en zone d'attente. Elle demande l'annulation de l'arrêté du 29 juillet 2023 par lequel le préfet de police de Paris l'a obligée à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée d'office et l'a interdit de retour pour une durée de douze mois.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

2. En premier lieu, par un arrêté n° 2023-00059 du 23 janvier 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial n° 75-2023-056 du même jour, notamment son article 19, le préfet de police de Paris a donné à Mme C, attachée d'administration de l'État, délégation de signature aux fins de signer l'arrêté litigieux. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté attaqué doit être écarté.

3. En deuxième lieu, pour prononcer la mesure contestée à l'égard de Mme B, le préfet de police de Paris a relevé que celle-ci, après s'être vue refuser définitivement l'asile par une décision du 13 octobre 2022 de la Cour nationale du droit d'asile, s'est vue refuser l'entrée sur le territoire français le 15 juillet 2023 lors de son arrivée à l'aéroport de Roissy, a été placée en zone d'attente à compter de cette date, puis a refusé d'embarquer à bord d'un vol de réacheminement à destination du Tchad le 29 juillet 2023. Il est également mentionné que ce dernier fait constitue une soustraction à l'exécution d'un refus d'entrée sur le territoire, ayant entraîné son placement en garde à vue puis son placement en rétention administrative. Dans ces conditions, le moyen tiré du défaut de motivation de l'arrêté attaqué doit être écarté. En outre, il ne ressort ni des termes de cet arrêté, ni des autres pièces versées au dossier, que l'autorité préfectorale n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation personnelle de l'intéressée.

4. En troisième lieu, les conditions de notification d'une décision étant sans incidence sur sa légalité, Mme B ne peut utilement faire valoir l'absence de signature de l'agent ayant procédé à la notification de la mesure litigieuse, de sorte que le moyen est inopérant et doit être écarté.

5. En quatrième lieu, il ressort des pièces du dossier que la requérante a été informée de ses droits lors de la notification de la décision contestée le 29 juillet 2023. Ainsi, elle ne peut sérieusement soutenir ne pas avoir été informée de ses droits, de sorte que le moyen est infondé et doit être écarté.

6. En cinquième lieu, si Mme B fait valoir la méconnaissance de la Convention de New York et d'une convention franco-tchadienne relative à la circulation des personnes, elle ne fournit aucune précision permettant d'apprécier le bien-fondé du moyen invoqué, lequel ne peut dès lors qu'être écarté.

7. En sixième lieu, et d'une part, aux termes de l'article 6 du règlement (UE) n° 2016/399 du Parlement européen et du Conseil du 9 mars 2016 susvisé : " 1. Pour un séjour prévu sur le territoire des États membres, d'une durée n'excédant pas 90 jours sur toute période de 180 jours, ce qui implique d'examiner la période de 180 jours précédant chaque jour de séjour, les conditions d'entrée pour les ressortissants de pays tiers sont les suivantes : / () c) justifier l'objet et les conditions du séjour envisagé, et disposer de moyens de subsistance suffisants, tant pour la durée du séjour envisagé que pour le retour dans leur pays d'origine ou le transit vers un pays tiers dans lequel leur admission est garantie, ou être en mesure d'acquérir légalement ces moyens ; / () 4. L'appréciation des moyens de subsistance se fait en fonction de la durée et de l'objet du séjour et par référence aux prix moyens en matière d'hébergement et de nourriture dans l'État membre ou les États membres concernés, pour un logement à prix modéré, multipliés par le nombre de jours de séjour. / () L'appréciation des moyens de subsistance suffisants peut se fonder sur la possession d'argent liquide, de chèques de voyage et de cartes de crédit par le ressortissant de pays tiers. Les déclarations de prise en charge, lorsqu'elles sont prévues par le droit national, et les lettres de garantie telles que définies par le droit national, dans le cas des ressortissants de pays tiers logés chez l'habitant, peuvent aussi constituer une preuve de moyens de subsistance suffisants. () ".

8. D'autre part, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité () ".

9. Il ressort des pièces du dossier que Mme B s'est vue refuser l'entrée sur le territoire français aux motifs qu'elle ne disposait ni d'une assurance médicale ni d'un lieu d'hébergement couvrant son séjour complet, ni davantage d'une carte bancaire alors que son départ était prévu le 20 septembre 2023, le seul montant numéraire de 85 euros dont elle disposait étant insuffisant. Il ressort également des pièces du dossier, notamment du procès-verbal établi par les services de police lors de son placement en garde à vue ainsi que de l'ordonnance du 31 juillet 2023 du juge des libertés et de la détention du tribunal judiciaire de Meaux, qu'à la suite de son placement en zone d'attente, l'intéressée s'est vue proposer successivement trois vols de retour vers le Tchad, les 22, 28 et 29 juillet, la dernière proposition ayant conduit à son refus d'embarquer puis à sa garde à vue en raison de sa soustraction à l'exécution d'un refus d'entrée. Si Mme B fait valoir la détention d'un passeport authentique et valide et d'un visa, ainsi que la remise d'une somme numéraire de 8 160 euros le 17 juillet 2023 par son fils, elle ne justifie pas notamment satisfaire la condition d'entrée sur le territoire français pour la durée de son séjour, tenant à la souscription d'une assurance médicale. A cet égard, si la requérante a produit lors de l'audience publique un document intitulé " Informations et conseils préalables à la conclusion du contrat " qui récapitule ses besoins en matière de garanties d'assurance voyage pour une période courant du 14 août au 20 septembre 2023, ce document ne constitue pas un contrat d'assurance valable. Dans ces conditions, en prenant la mesure contestée, le préfet de police de Paris n'a pas commis d'erreur de droit, ni porté une appréciation manifestement erronée sur sa situation.

10. En dernier lieu, si Mme B invoque les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 6 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, de la méconnaissance du principe d'égalité, de l'atteinte portée à la liberté d'aller et venir et du détournement de pouvoir, elle ne fournit aucune précision à l'appui des moyens invoqués, qui ne peuvent dès lors qu'être écartés.

11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme B à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français sont rejetées.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

12. Il résulte de ce qui a été dit au point précédent que le moyen tiré, par voie d'exception, de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

13. Il résulte de tout ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 29 juillet 2023 par lequel le préfet de police de Paris l'a obligée à quitter le territoire français sans délai et l'a interdit de retour pour une durée de douze mois. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction ainsi que celles tendant au remboursement des frais liés à l'instance ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au préfet de police de Paris.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 août 2023.

La magistrate désignée,

Signé : E. Delon

La greffière,

Signé : S. Aït Moussa

La République mande et ordonne au préfet de police de Paris en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

S. Aït Moussa

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