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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2308702

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2308702

jeudi 28 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2308702
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantGUEZ GUEZ

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 21 août 2023, M. A B, représenté par Me Guez Guez, demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de la décision du 2 août 2023 par laquelle le garde des sceaux, ministre de la justice l'a révoqué jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision ;

2°) d'enjoindre au ministre de la justice de le réintégrer à compter du 2 août 2023 et de procéder à la reconstitution de sa carrière sous astreinte de 200 euros par jour de retard à compter de l'ordonnance à intervenir ;

3°) d'enjoindre au ministre de la justice d'assurer le paiement des loyers du logement de fonction qu'il occupe dans le cadre d'une nécessité absolue de service ;

4°) d'enjoindre au ministre de la justice de lui verser une indemnité mensuelle de 2 000 euros à hauteur du loyer du logement de fonction qu'il occupe avant le 5 de chaque mois sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

5°) de de mettre à la charge de l'État une somme de 2 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

Sur l'urgence :

- la décision entraine la fin immédiate de son traitement étant avec son épouse en charge de quatre enfants et la fin de son logement de fonction par nécessité absolue de service ;

- le revenu de son épouse ne pourra assurer la subsistance de sa famille ; il n'a aucune solution de relogement ;

Sur le doute sérieux quant à la légalité de la décision :

- la décision est signée par une autorité incompétente ;

- l'administration ne lui a pas notifiée l'ouverture d'une procédure disciplinaire ; elle s'est contentée d'une information au moment de la transmission de la convocation du conseil de discipline ;

- le rapport introductif du conseil de discipline est entachée d'irrégularités ;

- il n'a pas eu d'information sur la proposition de sanction au conseil de discipline ; l'arrêté de sanction ne mentionne pas non plus l'avis du conseil de discipline dans ses motivations ;

- il n'a pas été possible de vérifier si les faits ont été établis, si le quorum était atteint et de vérifier la conformité de la composition du conseil ;

- l'exactitude des faits retenus est faiblement démontré dans l'arrêté attaqué ; l'administration motive une partie de sa décision sur la base d'un contrôle de dysfonctionnement illégal par l'absence de procédure contradictoire ;

- l'administration ne pouvait pas notifier une sanction avant son rétablissement après son accident de service ;

- il n'a pu préparer sa défense dans des délais raisonnables du fait du volume de son dossier disciplinaire et du peu de temps entre sa convocation et la réunion du conseil de discipline ;

- l'administration s'appuie sur une condamnation pénale ; or il n'existe aucun document figurant en ce sens au dossier ;

- elle use de pratiques déloyales ; figurent au dossier des procès-verbaux de plaignantes et pas le sien ;

- les droits de la défense et le principe du contradictoire ont été méconnus lors d'un contrôle de dysfonctionnement ;

-la décision de révocation est fondée sur des faits inexacts, dénaturés ou inexistants ; il n'a pas été entendu dans le cadre de la procédure disciplinaire ;

- sur le grief du cumul d'activités il existe une violation du secret professionnel et une atteinte aux droits fondamentaux de l'agent public ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 septembre 2023, le garde des sceaux, ministre la justice conclut au rejet de la requête .

Il soutient que :

Sur l'urgence :

- le requérant ne justifie pas de la condition d'urgence ; la privation totale ou partielle du traitement n'est pas en elle-même une condition suffisante pour regarder la condition d'urgence comme remplie ; les désagréments matériels, professionnels et familiaux lors d'un changement de résidence ne sont pas de nature à justifier l'urgence ; il n'apporte aucun élément de nature à démontrer des conséquences financières graves ; il n'apporte pas d'élément précis sur les conséquences de l'arrêté sur sa situation matérielle ; il peut bénéficier de l'allocation de retour à l'emploi ; il n'établit pas qu'une solution de relogement n'existerait pas ; il bénéficie d'un préavis avant de quitter son logement de fonction ; l'administration ne l'a pas émis pour l'instant ; il s'est placé lui-même par son comportement dans cette situation d'urgence en faisant l'objet d'une condamnation pénale assortie d'une interdiction d'exercer toute fonction publique pendant cinq ans ;

Sur le doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :

- M. C, signataire de la décision dispose d'une délégation régulière ;

- la décision comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement ; elle mentionne les textes applicables et l'ensemble des faits reprochés ;

- le conseil de discipline était régulièrement composé ; le quorum était atteint ;

- le principe du contradictoire n'a pas été méconnu, ni les droits de la défense ; le délai réglementaire entre la convocation et la tenue du conseil a été respecté ; une copie du jugement du tribunal judiciaire a été ajouté à son dossier ; il a pu faire valoir des observations écrites et orales ; il a présenté sa version des faits dans le cadre de la procédure disciplinaire en produisant notamment des témoignages en sa faveur ;

- un congé de maladie ne fait pas obstacle à la notification d'une sanction ;

- aucune disposition n'interdit à l'administration de prendre contact avec un autre employeur dans le cadre d'un cumul d'activité non autorisée ;

- la décision n'est pas entachée d'erreur d'appréciation ; l'autorité disciplinaire est liée par la décision intervenue au pénal en ce qui concerne la matérialité des faits ; la condamnation dont l'intéressé a relevé appel comporte des éléments suffisants pour considérer que son comportement était constitutif de manquements graves à ses devoirs de dignité et d'intégrité ; les dysfonctionnements du service dont il avait la charge et son cumul d'activités non autorisé sont établis.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée le 14 août 2023 sous le numéro 2308518 par laquelle M. B demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- le code général de la fonction publique ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Guillou, premier conseiller honoraire, pour statuer en qualité de juge des référés.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue le 8 septembre 2023 en présence de Mme Do Novo, greffière d'audience, M. Guillou a lu son rapport et entendu :

- les observations de Me Guez Guez représentant M. B qui persiste en tous points dans les termes de sa requête et notamment sur la méconnaissance des droits de la défense lors de la saisine du conseil de discipline ;

A l'issue de cette audience, le juge des référés a clos l'instruction.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, directeur des services de la protection judiciaire et de la jeunesse à l'établissement de placement éducatif du Val-de-Marne a fait l'objet d'une suspension de fonctions de quatre mois par arrêté du 2 mars 2022 pour manquement à ses obligations professionnelles ; par jugement du 17 avril 2023, le tribunal correctionnel de Créteil l'a condamné à une peine de 24 mois d'emprisonnement dont 12 mois avec sursis assortie d'une interdiction d'exercer dans la fonction publique et au contact des mineurs pour une durée de cinq ans : il relevé appel de cette décision ; suite à un avis émis par le conseil de discipline le 4 juillet 2023, par une décision du 2 août 2023, le ministre de la justice a prononcé à son encontre une sanction disciplinaire de révocation. M. B demande au juge des référés la suspension de l'exécution de la décision du 2 août 2023.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

2. L'article L. 521-1 du code de justice administrative dispose : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () " et aux termes de l'article L. 522-1 dudit code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique. () " ; enfin aux termes du premier alinéa de l'article R. 522-1 dudit code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire. "

Sur le doute sérieux quant à la légalité de décision attaquée :

3. En l'état de l'instruction, aucun des moyens invoqués n'est de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée. Dès lors, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur l'urgence, l'une des deux conditions posées par l'article L. 521-1 précité du code de justice administrative n'étant pas remplie, il y a lieu, de rejeter les conclusions de M. B aux fins de suspension de l'exécution de la décision attaquée ; par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte ainsi que celles tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 dudit code doivent être rejetées.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B et au garde de sceaux, ministre de la justice.

Le juge des référés, La greffière,

Signé : J-R. GuillouSigné : M. Do Novo

La République mande et ordonne au garde des sceaux, ministre de la justice en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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