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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2308984

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2308984

jeudi 19 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2308984
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation5ème chambre
Avocat requérantCABINET HUG & ABOUKHATER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 31 août 2023, Mme B A, représentée par Me Hug, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite née le 10 juillet 2023 par laquelle le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a rejeté le recours administratif qu'elle a formé le 10 mai 2023 contre la décision de la directrice territoriale de Melun de l'Office français de l'immigration et de l'intégration du 22 mars 2023 lui refusant les conditions matérielles d'accueil du demandeur d'asile ;

2°) d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de lui accorder le bénéfice de l'allocation du demandeur d'asile dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- la décision est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation particulière ;

- elle a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière, dès lors que sa vulnérabilité n'a pas été évaluée et que, le cas échéant, il n'est pas établi que l'agent ayant procédé à l'entretien d'évaluation de la vulnérabilité ait bénéficié d'une formation spécifique ;

- méconnaît les dispositions de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 6 septembre 2024, l'Office français de l'immigration et de l'intégration, représenté par son directeur général, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 26 septembre 2024, la clôture de l'instruction a été fixée, en dernier lieu, au 15 octobre 2024 à midi.

Par courrier du 26 novembre 2024, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision expresse du 6 juillet 2023, dès lors que le directeur général adjoint de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ne pouvait prendre la décision attaquée en son nom propre.

Un mémoire, présenté par l'Office français de l'immigration et de l'intégration, représenté par son directeur général, a été enregistré le 4 décembre 2024 en réponse au moyen d'ordre public et communiqué.

Il fait valoir que l'auteur d'un acte administratif n'est pas tenu, le cas échéant, de faire mention de ce qu'il signe en vertu d'une délégation de signature et que le défaut d'une telle mention constitue tout au plus une simple irrégularité formelle et non un vice d'incompétence.

Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 19 juillet 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Massengo a été entendu au cours de l'audience publique, les parties n'étant ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante tchadienne, a présenté une demande d'asile le 22 mars 2023, enregistrée en procédure accélérée. Par une décision du même jour, la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) de Melun a refusé de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil du demandeur d'asile au motif qu'elle a, sans motif légitime, présenté sa demande d'asile plus de quatre-vingt-dix jours à compter de son entrée en France. L'intéressée a formé un recours administratif préalable obligatoire auprès du directeur général de l'OFII par courriel du 10 mai 2023, expressément rejeté par décision du directeur général adjoint de l'OFII en date du 6 juillet 2023, notifiée le 13 juillet 2023. Mme A demande au tribunal l'annulation de la décision implicite née le 10 juillet 2023 du silence gardé par le directeur de l'OFII sur son recours préalable obligatoire formé contre la décision du 22 mars 2023 portant refus d'octroi des conditions matérielles d'accueil du demandeur d'asile.

Sur l'étendue du litige :

2. Si le silence gardé par l'administration sur un recours gracieux ou hiérarchique fait naître une décision implicite de rejet qui peut être déférée au juge de l'excès de pouvoir, une décision explicite de rejet intervenue postérieurement se substitue à la première décision. Il en résulte que des conclusions à fin d'annulation de cette première décision doivent être regardées comme dirigées contre la seconde. Ainsi, la décision explicite notifiée le 13 juillet 2023, par laquelle le directeur général adjoint de l'OFII a rejeté le recours administratif préalable formé par Mme A contre la décision du 22 mars 2023 lui refusant le bénéfice des conditions matérielles d'accueil s'étant substituée à la décision implicite du 10 juillet 2023, les conclusions de la requérante doivent être regardées comme dirigées contre cette décision du 13 juillet 2023, même si elle n'a pas expressément formulé de conclusions tendant à son annulation.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. Aux termes de l'article L. 551-15 du code des relations entre le public et l'administration, dans sa version applicable : " Les conditions matérielles d'accueil peuvent être refusées, totalement ou partiellement, au demandeur dans les cas suivants : () ; / 4° Il n'a pas sollicité l'asile, sans motif légitime, dans le délai prévu au 3° de l'article L. 531-27. La décision de refus des conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur ". Aux termes de l'article D. 551-17 du même code, dans sa version applicable : " La décision de refus des conditions matérielles d'accueil prise en application de l'article L. 551-15 est écrite, motivée et prend en compte la vulnérabilité du demandeur. Elle prend effet à compter de sa signature. / Dans un délai de deux mois à compter de la notification de cette décision, le bénéficiaire peut introduire un recours devant le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, à peine d'irrecevabilité du recours contentieux. La décision comporte la mention des voies et délais dans lesquels ce recours peut être formé. /Le directeur général de l'office dispose d'un délai de deux mois pour statuer. A défaut, le recours est réputé rejeté. Toute décision de rejet doit être motivée ".

4. La décision en litige a été signée par M. C D, directeur général adjoint de l'OFII, en son nom propre, sans qu'il justifie d'une délégation de pouvoir. Dès lors qu'aucune mention de l'acte ne permet de regarder son auteur comme l'ayant signée pour le directeur général de l'OFII et par délégation, conformément à la décision du 10 novembre 2020 par laquelle M. D a reçu délégation du directeur général de l'OFII à l'effet de signer tous les actes ou décisions dans le cadre des textes en vigueur, la décision attaquée est entachée d'incompétence de son auteur et doit, par suite, être annulée sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

5. L'annulation de la décision du 6 juillet 2023 implique seulement, eu égard au motif d'annulation et seul susceptible d'être retenu, que le directeur général de l'OFFI réexamine la situation de Mme A et prenne une nouvelle décision relative aux conditions matérielles d'accueil du demandeur d'asile. Il y a lieu, dès lors, d'enjoindre au directeur général de l'OFII d'y procéder dans le délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

6. Mme A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Hug, avocate de Mme A, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'OFII le versement à Me Hug de la somme de 1 200 euros.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 6 juillet 2023 du directeur général adjoint de l'Office français de l'immigration et de l'intégration refusant à Mme A le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration de réexaminer la situation de Mme A et de prendre une nouvelle décision relative aux conditions matérielles d'accueil, dans le délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Office français de l'immigration et de l'intégration versera au conseil de Mme A, Me Hug, la somme de 1 200 euros, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve qu'elle renonce à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, à Me Hug et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 5 décembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Billandon, présidente,

Mme Massengo, conseillère,

Mme Bourrel Jalon, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 décembre 2024.

La rapporteure,

C. MASSENGO

La présidente,

I. BILLANDONLa greffière,

V. TAROT

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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