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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2310405

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2310405

mardi 24 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2310405
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantGONIDEC

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 4 octobre 2023, le préfet de Seine-et-Marne demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :

1°) d'ordonner l'expulsion sans délai de M. A B du centre d'accueil d'hébergement d'urgence pour demandeur d'asile situé à Lagny-sur-Marne ;

2°) d'autoriser le recours à la force publique pour procéder à l'évacuation forcée des

lieux ;

3°) de l'autoriser à donner toutes instructions utiles au gestionnaire du centre afin de débarrasser les lieux des biens meubles s'y trouvant, aux frais et risques de

M. A B, à défaut pour lui de les avoir emportés.

Il soutient que :

- il lui appartient de prendre les mesures nécessaires pour faire libérer les lieux d'hébergement occupés des personnes s'y maintenant sans titre, par la saisine du juge administratif en vue d'obtenir leur expulsion, sur le fondement de l'article L. 552-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le dispositif d'accueil des demandeurs d'asile repose à titre principal sur l'offre d'un hébergement accompagné, dans des lieux d'hébergement pour demandeurs d'asile leur permettant de bénéficier d'un accompagnement personnalisé, ce qui contribue à la probabilité d'obtenir le statut de réfugié ;

- les centres d'hébergement situés en Seine-et-Marne sont occupés à 100% et se trouvent donc dans l'incapacité d'accueillir de nouveaux demandeurs d'asile ;

- le maintien dans ces lieux d'hébergement de personnes déboutées ou bénéficiant du statut de réfugié compromet le fonctionnement normal de l'organisme en charge de l'accompagnement des personnes dont la demande d'asile est en cours d'instruction ;

- les conditions tenant à l'urgence et à l'utilité de la mesure demandée sont remplies, dès lors que M. A B refuse de libérer son hébergement, malgré une mise en demeure.

Par un mémoire en défense, enregistré le 19 octobre 2023, M. A B, représenté par Me Godinec, demande à être admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire, conclut au rejet de la requête et demande que la somme de 1 500 euros soit mise à la charge de l'Etat, à verser à son conseil, ou à défaut d'admission à l'aide juridictionnelle, à lui verser directement.

Il fait valoir que :

- il n'est pas établi que l'Office français de l'immigration et de l'intégration aurait préalablement informé le gestionnaire de son lieu d'hébergement de la fin à venir de son hébergement, afin de permettre à ce dernier de préparer les modalités de cette sortie ;

- le courrier de notification de sortie de son lieu d'hébergement produit par le préfet comporte un numéro de suivi différent de celui figurant sur l'accusé de réception qui l'assortit ;

- le préfet de Seine-et-Marne ne démontre pas le caractère obstrué de l'hébergement d'urgence pour demandeurs d'asile au sein du centre de Lagny-sur-Marne ;

- la décision rendue par la Cour nationale du droit d'asile date du 7 décembre 2022, par conséquent le préfet ne saurait alléguer que la situation présente aujourd'hui un caractère d'urgence ;

- il se trouve placé dans une situation de particulière vulnérabilité et souffre de graves problèmes médicaux, qui s'opposent à son expulsion en vertu de l'article L. 435-2 du code de l'action sociale et des familles.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Letort, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référés.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue le 20 octobre 2023 à 14h00 en présence de Mme Medessou, greffière d'audience, ont été entendus :

- le rapport de Mme Letort ;

- et les observations de Me Begue, substituant Me Gonidec, représentant

M. B, présent, qui soutient en outre qu'il n'a pas été tenu compte de la vulnérabilité de sa situation personnelle, alors qu'il souffre d'une pathologie de longue durée qui nécessite un accompagnement lourd, des prises de sang régulières et un traitement quotidien incompatibles avec une vie dans la rue.

Le préfet de Seine-et-Marne n'était ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative ".

2. Aux termes de l'article L. 552-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les lieux d'hébergement mentionnés à l'article L. 552-1 accueillent les demandeurs d'asile pendant la durée d'instruction de leur demande d'asile ou jusqu'à leur transfert effectif vers un autre Etat européen ". Aux termes de l'article L. 551-11 de ce code : " L'hébergement des demandeurs d'asile prévu au chapitre II prend fin au terme du mois au cours duquel le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français a pris fin, dans les conditions prévues aux articles L. 542-1 et L. 542-2 ". En outre, aux termes de l'article

L. 552-15 du même code : " Lorsqu'il est mis fin à l'hébergement dans les conditions prévues aux articles L. 551-11 à L. 551-14, l'autorité administrative compétente ou le gestionnaire du lieu d'hébergement peut demander en justice, après mise en demeure restée infructueuse, qu'il soit enjoint à cet occupant sans titre d'évacuer ce lieu. / () /. La demande est portée devant le président du tribunal administratif, qui statue sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative et dont l'ordonnance est immédiatement exécutoire ".

3. Il résulte de ces dispositions que, saisi par le préfet d'une demande tendant à ce que soit ordonnée l'expulsion d'un lieu d'hébergement pour demandeurs d'asile d'un demandeur d'asile dont la demande a été définitivement rejetée, le juge des référés du tribunal administratif y fait droit dès lors que la demande d'expulsion ne se heurte à aucune contestation sérieuse et que la libération des lieux présente un caractère d'urgence et d'utilité.

4. Il résulte de l'instruction que M. A B, ressortissant malien né le

31 décembre 1984 à Diafounou Kersikane (Mali), entré le 23 août 2019 sur le territoire français, a bénéficié d'un hébergement d'urgence pour demandeur d'asile situé à

Lagny-sur-Marne, à compter du 24 avril 2019. La demande d'asile présentée par M. B a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 6 mars 2020, décision que la Cour nationale du droit d'asile a confirmée par une décision du 7 décembre 2022, notifiée le 9 décembre. M. B a été informé du terme de son droit à l'hébergement par une lettre du directeur de l'Office français de l'immigration et de l'intégration du 12 décembre 2022, et par un courrier du 18 août 2023, reçu le 23 août, le préfet de Seine-et-Marne a mis M. B en demeure de quitter le lieu d'hébergement dans un délai de dix jours.

5. Si M. B se prévaut de sa condition médicale pour faire valoir qu'il se trouve placé dans une situation de vulnérabilité faisant obstacle à la mise en œuvre de son expulsion du logement dont il dispose au sein du centre d'hébergement pour demandeurs d'asile de Lagny-sur-Marne, les pièces qu'il a produites à l'audience, bien qu'attestant de l'existence d'une pathologie chronique rendant nécessaire un suivi au long cours, présentent un caractère ancien et ne permettent pas de connaître l'état actualisé de son suivi médical. Ainsi, alors que le certificat médical le plus récent, en date du 25 mai 2022, précise que l'état de santé de M. B nécessite simplement une surveillance bi-annuelle, les éléments produits, en l'état de l'instruction, ne permettent pas de tenir pour établie la situation de vulnérabilité du requérant. Dans de telles circonstances, alors que la libération des lieux présente, eu égard aux besoins d'accueil des demandeurs d'asile et au nombre de places disponibles dans les lieux d'hébergement pour demandeurs d'asile en Seine-et-Marne, un caractère d'urgence et d'utilité, il y a lieu d'enjoindre à M. B et à tous occupants de son chef de libérer, sans délai, le logement qu'il occupe. Il sera loisible au préfet de Seine-et-Marne, à défaut d'exécution volontaire, d'obtenir l'exécution de cette décision juridictionnelle en procédant à l'expulsion de M. B aux frais, risques et périls de l'intéressé et en sollicitant, en tant que de besoin, le concours de la force publique. Il y a également lieu d'enjoindre à M. B d'évacuer les biens meubles entreposés lui appartenant

O R D O N N E :

Article 1er : Il est enjoint à M. B et à tous occupants de son chef de libérer sans délai le logement qu'il occupe sans droit ni titre au centre d'hébergement d'urgence pour demandeurs d'asile situé à Lagny-sur-Marne.

Article 2 : Il est enjoint à M. B de retirer du logement mentionné à l'article 1er tous les biens meubles lui appartenant et s'y trouvant.

Article 3 : Le préfet de Seine-et-Marne est autorisé à faire procéder, avec le concours de la force publique, à l'expulsion de M. B.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée au préfet de Seine-et-Marne.

La juge des référés, La greffière,

Signé : C. Letort Signé : N. Medessou

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N°2310405

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