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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2311424

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2311424

mardi 13 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2311424
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantSELARL JOVE - LANGAGNE - BOISSAVY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 27 octobre 2023, M. B A demande au tribunal d'annuler l'arrêté en date du 11 octobre 2023 par lequel le préfet de Seine-et-Marne lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

Il soutient qu'il risque d'être envoyé en prison s'il retourne en Turquie.

Par un mémoire enregistré le 14 novembre 2023, le préfet de Seine-et-Marne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens ne sont pas fondés.

Vu :

- l'arrêté attaqué ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision de la Cour nationale du droit d'asile (1ère section, 3ème chambre) en date du

20 avril 2022 rejetant le recours formé le 4 août 2021 par M. A contre la décision du 29 juin 2021 par laquelle le directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides avait rejeté sa demande d'asile ;

- la décision de la Cour nationale du droit d'asile (2ème section, 1ère chambre) en date du

14 février 2023 rejetant le recours formé le 1er août 2022 par M. A contre la décision du 7 juin 2022 par laquelle le directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides avait rejeté sa demande de réexamen de sa demande d'asile ;

- l'ordonnance de la présidente désignée de la Cour nationale du droit d'asile du 1er août 2023 rejetant le recours formé le 14 juin 2023 par M. A contre la décision du 24 avril 2023 par laquelle le directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides avait rejeté sa deuxième demande de réexamen de sa demande d'asile

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Aymard, vice-président, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en application des dispositions de l'article R. 776-13-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir, au cours de l'audience publique du 9 janvier 2024, tenue en présence de Mme Aït Moussa, greffière d'audience, présenté son rapport, et entendu les observations de Me Langagne, représentant M. A, requérant, présent, assisté de Madame C, interprète, qui maintient qu'il risque des traitements inhumains et dégradants en cas de retour en Turquie, qu'il a fait l'objet d'une nouvelle condamnation en août 2023 et qui indique que ses deux cousins impliqués dans la même affaire que lui ont été reconnus réfugiés.

Le préfet de Seine-et-Marne, dûment convoqué, n'était ni présent ni représenté.

Le 11 janvier 2023, M. B A, représenté par Me Langagne, a présenté des pièces complémentaires.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant turc né le 12 décembre 1981 à Eleskirt (Province d'Agri), entré en France le 3 décembre 2019 pour y solliciter l'asile, a vu sa demande rejetée en dernier lieu par une décision de la Cour nationale du droit d'asile du 1er août 2023. Par un arrêté du 11 octobre 2023, le préfet de Seine-et-Marne lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours. Par une requête enregistrée le 26 octobre 2023, il a demandé l'annulation de cette décision.

2. Aux termes de l'article L.611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° ; () ". Aux termes de l'article L. 614-5 du même code : " Lorsque la décision portant obligation de quitter le territoire français prise en application des 1°, 2° ou 4° de l'article L. 611-1 est assortie d'un délai de départ volontaire, le président du tribunal administratif peut être saisi dans le délai de quinze jours suivant la notification de la décision. (). ".

3. Aux termes de l'article L. 614-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français mentionne le pays, fixé en application de l'article L. 721-3, à destination duquel l'étranger est renvoyé en cas d'exécution d'office ".Aux termes de l'article L. 721-4 du même code : " () Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ". Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

4. Si l'intéressé soutient qu'il aurait des craintes de persécution découlant de son engagement politique en faveur de la cause kurde et que deux de ses cousins, impliqués dans la même affaire que lui, se sont vu reconnaître le statut de réfugié, il est constant que sa demande d'asile a été rejetée par les instances compétentes en la matière à trois reprises depuis 2022. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision fixant la Turquie comme pays de renvoi méconnaîtrait notamment les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne pourra qu'être écarté.

5. Dans ces conditions, il y a lieu de rejeter la requête de M. A.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : La présente décision sera notifiée à M. B A et au préfet de Seine-et-Marne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 février 2024.

Le magistrat désigné,

M. Aymard

La greffière,

S. Aït Moussa

La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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