jeudi 4 janvier 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2313112 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Avocat requérant | SCHWILDEN |
Vu la procédure suivante :
I°) Par une requête n° 2313112 enregistrée le 8 décembre 2023,
Mme A G, retenue au centre de rétention administrative du Mesnil-Amelot n° 2, demande au tribunal d'annuler les arrêtés du 7 décembre 2023 par lesquels le préfet de police de Paris l'a obligée à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée d'office et l'a interdite de retour pour une durée de deux ans.
Mme G soutient que les décisions litigieuses :
- sont entachées d'incompétence ;
- sont insuffisamment motivées ;
- ont été prises en méconnaissance du principe du contradictoire garanti par le paragraphe 2 de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- sont entachées d'un défaut d'examen sérieux et particulier ;
- sont entachées d'une erreur de droit ;
- sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences sur sa situation personnelle ;
- violent l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- violent l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
La requête a été communiquée au préfet de police de Paris, représenté par Me Schwilden, qui n'a pas présenté de mémoire en défense mais qui a communiqué des pièces enregistrées les 14 décembre 2023 et 4 janvier 2024.
Le centre de rétention administrative du Mesnil-Amelot n° 2 a communiqué des pièces enregistrées le 2 janvier 2023.
II°) Par une requête n° 2313315 enregistrée le 12 décembre 2023,
Mme A G, retenue au centre de rétention administrative du Mesnil-Amelot n° 2, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 11 décembre 2023 par lequel le préfet de police de Paris l'a maintenue en rétention administrative ;
2°) d'enjoindre au préfet de police de Paris de procéder sans délai et sous astreinte à la délivrance d'une attestation de demande d'asile au titre de l'article L. 754-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile jusqu'à la décision de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) et de lui fournir les droits prévus par la directive n° 2013/33/UE du 26 juin 2013 et un lieu susceptible de l'accueillir ainsi qu'une allocation journalière.
Mme G soutient que l'arrêté portant maintien en rétention :
- est entaché d'incompétence ;
- est entaché d'un défaut de motivation ;
- est entaché d'un défaut d'information sur la procédure de demande d'asile prévue à l'article R. 521-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- a été édicté en méconnaissance du principe fondamental du droit d'être entendue tel qu'il est énoncé au 2 de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- méconnaît son droit au recours effectif ;
- est entaché d'une erreur dans l'appréciation portée sur sa situation au regard des dispositions de l'article L. 754-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
La requête a été communiquée au préfet de police de Paris, représenté par Me Schwilden, qui n'a pas présenté de mémoire en défense mais a communiqué des pièces enregistrées le 2 janvier 2024.
Le centre de rétention administrative du Mesnil-Amelot n° 2 a communiqué des pièces enregistrées les 29 décembre 2023 et 2 janvier 2024.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
La présidente du Tribunal a désigné Mme Leconte, première conseillère, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue aux articles R. 776-13-1 et suivants, R. 776-15, R. 777-1 et suivants, R. 777-2 et suivants et R. 777-3 et suivants du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Leconte, qui a informé les parties, en application des dispositions de l'article R. 611-7-3 du code de justice administrative, de ce que la juridiction est susceptible de prononcer d'office des mesures d'injonction, tendant à enjoindre à l'autorité préfectorale de délivrer à Mme G, dans l'attente du réexamen de sa situation, une autorisation provisoire de séjour ainsi que de prendre toute mesure propre à mettre fin à son signalement dans le système d'information Schengen ;
- les observations de Me Stephan, représentant Mme G, assistée de M. D, interprète en langue géorgienne, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens ;
- les observations de Mme G, assistée de M. D, interprète en langue géorgienne, à qui la parole a été donnée et qui a présenté des observations ;
- et les observations de Me Vo, substituant Me Schwilden, représentant le préfet de police de Paris, qui conclut au rejet de la requête, aucun des moyens soulevés n'étant fondé.
Après avoir prononcé la clôture d'instruction à l'issue de l'audience publique à 14 h 56.
Considérant ce qui suit :
1. Mme G, ressortissante géorgienne née le 21 mars 1979, est entrée en France le 5 avril 2021 selon le relevé des informations de la base de données " TelemOfpra " produit en défense. Mme G a sollicité l'asile le 7 mai 2021, qui lui a été refusé par une décision du directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (Ofpra) le 8 décembre 2021, contre laquelle les conclusions en annulation ont été rejetées pour irrecevabilité par une décision de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) du 4 avril 2021 notifiée le 26 avril 2022. L'intéressée a fait l'objet d'un arrêté du préfet de police de Paris du
28 mars 2022 portant obligation de quitter le territoire français sans délai. Mme G a été interpellée et placée en garde à vue le 6 décembre 2023 dans le cadre d'une enquête de flagrance pour des faits du même jour de vol en réunion et port d'arme prohibé de catégorie D2. Par deux arrêtés du 7 décembre 2023, le préfet de police de Paris a obligé l'intéressée à quitter le territoire français sans délai sur le fondement du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée d'office et a prononcé une interdiction de retour pour une durée de deux ans. Par le premier de ces arrêtés, elle a été placée en rétention administrative en application de l'article L. 741-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, placement prolongé par une ordonnance du juge des libertés et de la détention du tribunal judiciaire de Meaux du
9 décembre 2023, contre laquelle les conclusions en annulation ont été rejetées par une ordonnance de la cour d'appel de Paris du 12 décembre 2023.
2. Mme G a, alors qu'elle était en rétention administrative, demandé le réexamen de sa demande d'asile le 11 décembre 2023. Par un arrêté du même jour, le préfet de police de Paris a maintenu Mme G en rétention administrative en application de l'article L. 754-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Cette demande d'asile a fait l'objet d'un rejet pour irrecevabilité par une décision de l'Ofpra notifiée le
28 décembre 2023.
3. La requérante demande au tribunal d'annuler les décisions contenues dans ces arrêtés des 7 et 11 décembre 2023, à l'exception de celle la plaçant en rétention administrative.
Sur le jugement unique pour les deux requêtes :
4. Il est statué sur les requêtes n°s 2313315 relative à la mesure d'éloignement, et 2313315, relative au maintien en rétention, par une seule décision, en application du
troisième alinéa du L. 754-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile aux termes duquel : " Si l'étranger a formé un recours contre la décision portant obligation de quitter le territoire français en application de l'article L. 614-8 et que le président du tribunal administratif ou le magistrat qu'il désigne à cette fin n'a pas encore statué sur ce premier recours, il statue sur les deux requêtes par une seule décision. ".
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne les moyens communs aux différentes décisions du
7 décembre 2023 :
5. En premier lieu, par un arrêté n° 2023-01464 du 29 novembre 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture n° 75-2023-675 du même jour, le préfet de police de Paris a donné délégation à M. B E, attaché d'administration, adjoint au chef de la division des examens administratifs et des expulsions, délégation de signature à l'effet de signer l'ensemble des décisions litigieuses, en cas d'absence ou d'empêchement d'autorités dont il ne ressort pas des pièces du dossier qu'elles n'ont pas été absentes ou empêchées lors de la signature de l'acte attaqué. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur des décisions attaquées doit être écarté.
6. En deuxième lieu, aux termes de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " 1. Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions, organes et organismes de l'Union. / 2. Ce droit comporte notamment : / a) le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre (). ". Aux termes de l'article 51 de la Charte : " 1. Les dispositions de la présente Charte s'adressent aux institutions, organes et organismes de l'Union dans le respect du principe de subsidiarité, ainsi qu'aux États membres uniquement lorsqu'ils mettent en œuvre le droit de l'Union (). ".
7. Ainsi que la Cour de justice de l'Union européenne l'a jugé dans ses arrêts C-166/13 et C-249/13 des 5 novembre et 11 décembre 2014, le droit d'être entendu préalablement à l'adoption d'une décision de retour implique que l'autorité administrative mette le ressortissant étranger en situation irrégulière à même de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur l'irrégularité du séjour et les motifs qui seraient susceptibles de justifier que l'autorité s'abstienne de prendre à son égard une décision de retour. Il n'implique toutefois pas que l'administration ait l'obligation de mettre l'intéressée à même de présenter ses observations de façon spécifique sur la décision l'obligeant à quitter le territoire français ni sur chacune des décisions qui l'assortissent dès lors qu'il a pu être entendu sur l'irrégularité du séjour ou la perspective de l'éloignement. En outre, ainsi que l'a jugé la Cour de justice de l'Union européenne dans son arrêt C-383/13 du 10 septembre 2013, selon le droit de l'Union européenne, une violation des droits de la défense, en particulier du droit d'être entendu, n'entraîne l'annulation de la décision prise au terme de la procédure administrative en cause que si, en l'absence de cette irrégularité, cette procédure pouvait aboutir à un résultat différent.
8. Au cas particulier, si Mme G, convoquée devant l'Ofpra le
30 novembre 2021, fait valoir qu'elle n'a pas pu s'y présenter et ainsi formuler des observations orales, en raison d'un problème de santé, elle n'étaye tout d'abord par aucun élément qu'elle n'aurait pas été mise à même de porter à la connaissance des instances chargées de l'examen de sa demande d'asile l'ensemble des informations relatives à sa situation personnelle dont elle souhaitait se prévaloir, et ne précise pas en quoi elle aurait disposé d'informations pertinentes qu'elle aurait ainsi été empêchée de porter à la connaissance de l'administration, de nature à influer sur le contenu des décisions attaquées. En outre, alors que l'étranger qui présente une demande d'asile ne saurait ignorer qu'en cas de rejet définitif de sa demande, il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français et pourra alors faire l'objet d'une mesure d'éloignement du territoire français, il appartenait à Mme G de fournir spontanément à l'administration, après notification du rejet de sa demande par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 26 avril 2022, tout élément utile relatif à sa situation, ce qu'elle n'a pas fait avant son interpellation le 6 décembre 2023. De plus, il ressort du procès-verbal de l'audition de Mme G par les services de police le 7 décembre 2023, signé par elle sans réserve, que, préalablement à l'édiction des décisions attaquées, l'intéressée, interrogée en présence d'un interprète en langue géorgienne dans le cadre de l'enquête de flagrance mentionnée au point 1, a été entendue notamment sur sa situation familiale, l'irrégularité de sa situation administrative au regard du droit au séjour et la perspective d'un retour dans son pays d'origine en bénéficiant de l'aide versée à cet effet par l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII). Il n'est pas même allégué par la requérante qu'elle aurait disposé d'autres informations pertinentes qui auraient été de nature à faire obstacle à l'édiction des décisions attaquées. Dès lors, celle-ci ne saurait être regardée comme ayant été privée du droit d'être entendue qu'elle tient du principe général du droit de l'Union européenne tel qu'il est notamment énoncé au paragraphe 2 de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne.
9. En dernier lieu, il ne ressort d'aucune pièce du dossier qu'avant d'édicter les décisions attaquées, le préfet de police de Paris n'aurait pas procédé à un examen sérieux et particulier de la situation de la requérante. Ce moyen doit être écarté.
En ce qui concerne le moyen commun aux décisions portant obligation de quitter le territoire français, refus de délai de départ volontaire et interdiction de retour sur le territoire français :
10. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales est inopérant à l'encontre des décisions obligation de quitter le territoire français, refus de délai de départ volontaire et interdiction de retour sur le territoire français, qui n'ont pas pour objet ni pour effet de fixer le pays à destination duquel Mme G pourra être éloignée d'office, lequel est déterminé par une décision distincte.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
11. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; / () 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° ; (). ". Le premier alinéa de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoit que : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. ". Par ailleurs, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
12. En premier lieu, la décision attaquée, qui vise le 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et mentionne le rejet définitif de la demande d'asile présentée par Mme G, comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.
13. En second lieu, il n'est pas contesté et ressort des pièces du dossier que, ainsi que mentionné au point 1, la demande d'asile présentée par Mme G le 7 mai 2021 a fait l'objet d'un rejet définitif par la CNDA par une décision notifiée le 26 avril 2022. Par ailleurs, il résulte des déclarations de l'intéressée, notamment aux termes du procès-verbal de son audition par les services de police le 7 décembre 2023, que celle-ci est dépourvue d'attaches familiales en France hormis son concubin, un compatriote dont il n'est pas contesté qu'il est également en situation irrégulière au regard du droit au séjour. Mme G, présente sur le territoire français depuis à peine un peu plus de deux ans et demi à la date des arrêtés attaqués, ne fait état d'aucun autre lien particulier en France ni d'une insertion socio-professionnelle. Enfin, si elle invoque le traitement médical dont elle bénéficie en France, elle n'étaye pas suffisamment la nature et la gravité des problèmes de santé qu'elle évoque, ni n'expose que sa prise en charge ne pourrait se poursuivre dans de bonnes conditions si elle ne restait pas en France. Ainsi, il n'est pas démontré qu'en édictant l'obligation de quitter le territoire français en litige, le préfet de police de Paris aurait porté une atteinte disproportionnée au droit de Mme G au respect de sa vie privée et familiale, ni porté sur sa situation une appréciation manifestement erronée. Dans ces conditions, l'autorité préfectorale pouvait légalement, donc sans erreur de droit, prononcer à l'encontre de Mme G une obligation de quitter le territoire français sur le fondement le 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il s'ensuit que la requérante n'est pas fondée à soutenir que cette décision serait entachée d'une méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, d'une erreur manifeste d'appréciation et d'erreur de droit.
En ce qui concerne la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :
14. Aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. () ". L'article L. 612-2 de ce code dispose que : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; / () / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Selon l'article
L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; / 2° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français au-delà de la durée de validité de son visa ou, s'il n'est pas soumis à l'obligation du visa, à l'expiration d'un délai de trois mois à compter de son entrée en France, sans avoir sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; / 3° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français plus d'un mois après l'expiration de son titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de son autorisation provisoire de séjour, sans en avoir demandé le renouvellement ; / 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; / 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; / 6° L'étranger, entré irrégulièrement sur le territoire de l'un des États avec lesquels s'applique l'acquis de Schengen, fait l'objet d'une décision d'éloignement exécutoire prise par l'un des États ou s'est maintenu sur le territoire d'un de ces États sans justifier d'un droit de séjour ; / 7° L'étranger a contrefait, falsifié ou établi sous un autre nom que le sien un titre de séjour ou un document d'identité ou de voyage ou a fait usage d'un tel titre ou document ; / 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1,
L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5. ". L'article L. 613-2 du même code dispose : " Les décisions relatives au refus et à la fin du délai de départ volontaire prévues aux articles L. 612-2 et L. 612-5 () sont distinctes de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Elles sont motivées. ".
15. En premier lieu, la décision attaquée, qui vise l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, mentionne expressément refuser à Mme G le bénéfice d'un délai de départ volontaire pour un premier motif tiré de la menace à l'ordre public, caractérisée par le comportement de l'intéressée le 6 décembre 2023, puis, eu égard au défaut d'exécution de l'obligation de quitter le territoire français édictée à l'encontre de l'intéressée le 28 mars 2022, et à l'absence de garanties de représentation suffisantes, faute pour Mme G de justifier de documents d'identité ou de voyage en cours de validité ni d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale. Par ces mentions, l'autorité préfectorale a indiqué les considérations de droit et de fait qui fondent la décision en litige. Le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.
16. En deuxième lieu, tout d'abord, s'agissant du motif retenu par l'autorité préfectorale tiré de la menace à l'ordre public, il ressort des pièces de la procédure judiciaire dont Mme G a fait l'objet, dans le cadre de l'enquête de flagrance mentionnée au point 1, que celle-ci a été interpellée puis placée en garde à vue le 6 décembre 2023 pour être soupçonnée d'avoir commis ou tenté de commettre le même jour les infractions de vol en réunion, en l'occurrence un vol à l'étalage dans un supermarché en compagnie de son concubin, et de port d'arme prohibé de catégorie D2. Or, il ressort du procès-verbal de l'audition de Mme G par les services de police le 7 décembre 2023 que si l'intéressée a nié sa participation dans ce vol, qu'elle impute à son compagnon, elle a simultanément indiqué avoir vu ce dernier dérober des articles avant leur passage en caisse et a déclaré " On vole car nous sommes dans le besoin. Nous volons pour pouvoir revendre les produits et pouvoir acheter à manger ". Elle a en outre admis porter dans le magasin un sac dans lequel un couteau dépliable de type lame de cutter a été retrouvé. La requérante n'oppose dans le cadre de la présente instance aucune contestation précise de ces circonstances. Par ailleurs, il n'est pas contesté que Mme G, qui a déclaré que son passeport lui avait été volé, n'a pas été en mesure de présenter un document d'identité ou de voyage en cours de validité. De plus, en exposant être prise en charge par un centre d'hébergement d'urgence depuis septembre 2022, celle-ci ne peut être regardée, eu égard au caractère provisoire et précaire d'un tel hébergement, comme justifiant d'une résidence stable et permanente au sens des dispositions du 8° de l'article L. 612-3 précité. Il suit de là que l'existence d'un comportement de Mme G constitutif d'une menace pour l'ordre public, ainsi qu'un risque qu'elle se soustraie à l'obligation de quitter le territoire français prise à son encontre, pouvaient être regardés comme établis au sens des dispositions de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Ensuite, eu égard aux considérations qui précèdent sur la durée et les conditions de séjour en France, ainsi que sur la situation familiale de l'intéressée, il n'est justifié d'aucune atteinte disproportionnée par la décision litigieuse au droit de Mme G au respect de sa vie privée et familiale. Il suit de là que la requérante n'est pas fondée à soutenir qu'en lui refusant un délai de départ volontaire, l'autorité préfectorale aurait porté sur sa situation une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences sur sa situation personnelle, ni entaché sa décision d'erreur de droit ou encore, méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Ces moyens doivent être écartés.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
17. Aux termes de l'article L. 721-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative fixe, par une décision distincte de la décision d'éloignement, le pays à destination duquel l'étranger peut être renvoyé en cas d'exécution d'office d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, () ". L'article L. 721-4 du même code prévoit que : " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi : / 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile ; / 2° Un autre pays pour lequel un document de voyage en cours de validité a été délivré en application d'un accord ou arrangement de réadmission européen ou bilatéral ; / 3° Ou, avec l'accord de l'étranger, tout autre pays dans lequel il est légalement admissible. / Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du
4 novembre 1950. ". Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ".
18. En premier lieu, l'arrêté attaqué vise les articles cités au point précédent du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il mentionne en particulier que l'intéressée n'établit pas être exposée à des peines ou traitements entrant dans le champ de l'article 3 de cette convention, et pourra être reconduite dans le pays dont elle a la nationalité ou tout autre pays où elle est légalement admissible. Par ces mentions, l'autorité préfectorale a indiqué les considérations de droit et de fait qui fondent la décision en litige. Le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.
19. En deuxième lieu, Mme G se limite à l'affirmation selon laquelle elle aurait fui son pays d'origine par crainte d'y être persécutée, sans précision ni apporter le moindre document permettant de l'étayer. En l'absence d'élément de nature à faire obstacle à sa reconduite à destination de son pays d'origine, l'autorité préfectorale a pu légalement édicter la décision en litige. Ainsi, la requérante n'est pas fondée à soutenir que cette décision serait entachée d'erreur de droit et d'appréciation quant aux conséquences sur sa situation personnelle, ou méconnaîtrait les stipulations précitées de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Ces moyens doivent être écartés.
20. En dernier lieu, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales est inopérant à l'encontre de la décision fixant le pays à destination duquel l'étranger sera renvoyé en cas d'exécution d'office de la mesure d'éloignement.
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
21. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". L'article L. 612-10 du même code prévoit que : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () ". Enfin, selon l'article L. 613-2 de ce même code : " () les décisions d'interdiction de retour et de prolongation d'interdiction de retour prévues aux articles L. 612-6, L. 612-7, L. 612-8 et
L. 612-11 sont distinctes de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Elles sont motivées. ".
22. En premier lieu, il résulte des dispositions précitées que l'autorité compétente doit, en cas de refus de délai de départ volontaire, assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français, sauf circonstances humanitaires. La motivation de la durée de l'interdiction doit attester de la prise en compte par l'autorité compétente, au vu de la situation de l'intéressé, de l'ensemble des critères prévus par la loi. Il incombe ainsi à l'autorité compétente de faire état des éléments de la situation de l'intéressé au vu desquels elle a arrêté, dans son principe la durée de sa décision, eu égard notamment à la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, à la nature et à l'ancienneté de ses liens avec la France et, le cas échéant, aux précédentes mesures d'éloignement dont il a fait l'objet. Elle doit aussi, si elle estime que figure au nombre des motifs qui justifient sa décision une menace pour l'ordre public, indiquer les raisons pour lesquelles la présence de l'intéressé sur le territoire français doit, selon elle, être regardée comme une telle menace.
23. Au cas particulier, la décision attaquée, qui vise notamment le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, fait état des éléments relatifs à la situation personnelle et familiale de Mme G au vu desquels l'autorité préfectorale a arrêté sa décision, en particulier sa situation de concubinage et sa date d'entrée sur le territoire français, indique que l'intéressée a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français le 28 mars 2022, et mentionne retenir un motif tiré de l'ordre public, en considération du comportement de Mme G le 6 décembre 2023. Par ces mentions, l'autorité préfectorale a indiqué les considérations de droit et de fait qui fondent la décision en litige. Le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.
24. En second lieu, il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi d'un moyen en ce sens, de rechercher si les motifs qu'invoque l'autorité compétente sont de nature à justifier légalement dans son principe et sa durée la décision d'interdiction de retour et si la décision ne porte pas au droit de l'étranger au respect de sa vie privée et familiale garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise.
25. Au cas particulier, il résulte de ce qui a été dit au point 16 du présent jugement que doit être retenue l'existence d'un comportement de Mme G constitutif d'une menace pour l'ordre public. Par ailleurs, pour les mêmes motifs qu'exposés au point 13, le préfet de police de Paris n'a entaché sa décision d'aucune illégalité en ne retenant pas de circonstances humanitaires justifiant qu'il ne prononce pas d'interdiction de retour à l'encontre de Mme G. Dans ces conditions, en édictant cette décision d'interdiction de retour et en en fixant la durée à 24 mois, le préfet de police de Paris n'a commis ni erreur dans l'appréciation portée sur la situation de la requérante, ni erreur de droit, ni davantage n'a méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Ces moyens doivent être écartés.
En ce qui concerne la décision portant maintien en rétention administrative :
26. Aux termes de l'article L. 754-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'un étranger placé ou maintenu en rétention présente une demande d'asile, l'autorité administrative peut procéder, pendant la rétention, à la détermination de l'État responsable de l'examen de cette demande conformément à l'article L. 571-1 et, le cas échéant, à l'exécution d'office du transfert dans les conditions prévues à l'article L. 751-13. ". L'article L. 754-3 du même code précise que : " Si la France est l'État responsable de l'examen de la demande d'asile et si l'autorité administrative estime, sur le fondement de critères objectifs, que cette demande est présentée dans le seul but de faire échec à l'exécution de la décision d'éloignement, elle peut prendre une décision de maintien en rétention de l'étranger pendant le temps strictement nécessaire à l'examen de sa demande d'asile par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et, en cas de décision de rejet ou d'irrecevabilité de
celle-ci, dans l'attente de son départ. / Cette décision de maintien en rétention n'affecte ni le contrôle ni la compétence du juge des libertés et de la détention exercé sur le placement et le maintien en rétention en application du chapitre III du titre IV. La décision de maintien en rétention est écrite et motivée. / A défaut d'une telle décision, il est immédiatement mis fin à la rétention et l'autorité administrative compétente délivre à l'intéressé l'attestation mentionnée à l'article L. 521-7. ". L'article L. 754-4 de ce code dispose prévoie que : " L'étranger peut demander au président du tribunal administratif l'annulation de la décision de maintien en rétention prévue à l'article L. 754-3 dans les quarante-huit heures suivant sa notification afin de contester les motifs retenus par l'autorité administrative pour estimer que sa demande d'asile a été présentée dans le seul but de faire échec à l'exécution de la décision d'éloignement. / Le président du tribunal administratif, ou le magistrat qu'il désigne à cette fin parmi les membres de sa juridiction, ou les magistrats honoraires inscrits sur la liste mentionnée à l'article
L. 222-2-1 du code de justice administrative, statue après la notification de la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides relative au demandeur, dans un délai qui ne peut excéder quatre-vingt-seize heures à compter de l'expiration du délai de recours, dans les conditions prévues aux articles L. 614-7 à L. 614-13. (). ". Enfin, l'article L. 754-6 du même code indique que : " La demande d'asile présentée en application du présent chapitre est examinée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides selon la procédure accélérée, conformément au 3° de l'article L. 531- 24. ".
27. Il résulte notamment de ces dispositions que, hormis le cas particulier où il a été placé en rétention en vue de l'exécution d'une décision de transfert vers l'État responsable de l'examen de sa demande d'asile, prise en application de l'article L. 572-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, cas étranger au présent litige, il doit en principe être mis fin à la rétention administrative d'un étranger qui formule une demande d'asile. Toutefois, l'administration peut maintenir l'intéressé en rétention, par une décision écrite et motivée, dans le cas où elle estime, sur le fondement de critères objectifs, que sa demande d'asile a été présentée dans le seul but de faire échec à l'exécution de la mesure d'éloignement prise à son encontre.
28. En premier lieu, par un arrêté n° 2023-01464 du 29 novembre 2023 régulièrement publié au recueil spécial des actes administratifs de la préfecture de police du même jour, le préfet de police a donné à M. C F, adjoint à la cheffe du bureau de la lutte contre l'immigration irrégulière et signataire de la décision attaquée, délégation à l'effet de signer les décisions dans la limite de ses attributions, dont relève la police des étrangers, en cas d'absence ou d'empêchement d'autorités dont il ne ressort pas des pièces du dossier qu'elles n'ont pas été absentes ou empêchées lors de la signature de l'acte attaqué. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision en litige doit être écarté.
29. En deuxième lieu, l'arrêté du 11 décembre 2023 portant maintien en rétention vise les textes sur lesquels il se fonde et, notamment, les dispositions de l'article L. 754-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il mentionne les éléments essentiels de la situation de Mme G et expose les raisons de fait pour lesquelles le préfet de police de Paris a estimé que sa demande d'asile du 11 décembre 2023 devait être regardée comme ayant été introduite à titre dilatoire dans le seul but de se soustraire à la mesure d'éloignement. L'arrêté contesté comporte ainsi l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent son fondement. Le moyen tiré du vice de forme tenant en une motivation insuffisante doit, par suite, être écarté.
30. En troisième lieu, aux termes de l'article R. 754-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger placé ou maintenu en rétention administrative qui souhaite demander l'asile est informé, sans délai, de la procédure de demande d'asile, de ses droits et de ses obligations au cours de cette procédure, des conséquences que pourrait avoir le non-respect de ces obligations ou le refus de coopérer avec les autorités et des moyens dont il dispose pour l'aider à présenter sa demande. / Cette information lui est communiquée dans une langue qu'il comprend ou dont il est raisonnable de penser qu'il la comprend. ".
31. Si Mme G soutient qu'il n'est pas démontré qu'elle ait reçu l'ensemble des informations prévues par les dispositions précitées, cette circonstance, à la supposer même établie, est sans incidence sur la légalité de la décision attaquée qui se borne à prononcer son maintien en rétention administrative le temps de l'examen de sa demande d'asile.
32. En quatrième lieu, la circonstance que Mme G n'aurait pas été de nouveau entendue, préalablement à l'édiction de l'arrêté attaqué la maintenant en rétention le temps nécessaire à l'examen de sa demande d'asile, ne permet pas de regarder l'intéressée comme ayant été privée du droit d'être entendue qu'elle tient du principe général du droit de l'Union européenne tel qu'il est notamment énoncé au paragraphe 2 de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne.
33. En cinquième lieu, il résulte des dispositions précitées de l'article L. 754-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que, lorsque les conditions du maintien en rétention sont réunies, la demande d'asile est examinée selon la procédure accélérée prévue au 3° de l'article L. 531-24 du même code. La circonstance qu'en pareil cas le recours exercé devant la Cour nationale du droit d'asile à l'encontre de la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, lorsqu'il rejette la demande d'asile présentée devant lui, ne présente pas un caractère suspensif, ne porte pas en elle-même atteinte au droit au recours des demandeurs d'asile. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance du droit à un recours effectif doit en tout état de cause être écarté.
34. En sixième lieu, pour prononcer le maintien en rétention administrative de Mme G, le préfet de police de Paris a en particulier tenu compte des circonstances que l'intéressée, après le rejet de sa demande d'asile présentée le 7 mai 2021 par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (Ofpra) le 8 décembre 2021, a vu également rejeter son recours contre cette décision devant la Cour nationale du droit d'asile (CNDA), en l'absence d'éléments sérieux ainsi qu'il résulte du relevé des informations de la base de données " TelemOfpra " produit en défense, cependant qu'à la suite de cette décision, notifiée le
26 avril 2022, elle n'a sollicité le réexamen de sa demande d'asile que le 11 décembre 2023, soit, postérieurement à son interpellation par les forces de police le 6 décembre 2023, à l'édiction d'une obligation de quitter le territoire français à son encontre le lendemain et à son placement en rétention administrative le même jour. Or, si Mme G mentionne qu'elle a fui la Géorgie en raison de " craintes pour [s]a vie ", elle n'apporte aucune précision ni élément substantiel à l'appui de ses allégations. Au demeurant, entendue par les services de police le
7 décembre 2023, Mme G n'a pas fait la moindre allusion aux craintes en cause, et à la question de savoir si elle souhaitait bénéficier de l'aide versée par l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) pour retourner dans son pays d'origine, elle a seulement répondu " Je dois en discuter avec mon compagnon pour décider ". Eu égard à ces éléments, le préfet de police a légalement pu estimer que la demande d'asile introduite par Mme G durant son placement en rétention était présentée dans le seul but de faire échec à l'exécution de la mesure d'éloignement. Dès lors, en édictant l'arrêté en litige portant maintien en rétention de l'intéressée, cette autorité n'a pas entaché sa décision d'une erreur dans l'appréciation portée sur sa situation au regard des dispositions de l'article L. 754-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
35. Il résulte de tout ce qui précède que Mme G n'est pas fondée à demander l'annulation des décisions, contenues dans les arrêtés du 7 décembre 2023, par lesquelles le préfet de police de Paris l'a obligée à quitter le territoire français, lui a refusé l'octroi d'un délai de départ volontaire, a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée d'office et l'a interdite de retour pour une durée de deux ans, ainsi que l'arrêté du
11 décembre 2023 par lequel la même autorité l'a maintenue en rétention administrative. Par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte ne peuvent qu'être également rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : Les requêtes de Mme G sont rejetées.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A G et au préfet de police de Paris.
Lu en audience publique le 4 janvier 2024.
La magistrate désignée,
Signé : S. LeconteLa greffière,
Signé : O. Dusautois
La République mande et ordonne au préfet de police de Paris en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
N°231311
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026