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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2400129

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2400129

mercredi 24 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2400129
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantLA CIMADE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée, le 5 janvier 2024, M. A B, retenu au centre de rétention administrative du Mesnil-Amelot n°2, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 3 janvier 2024 par lequel le préfet du Val-d'Oise l'a maintenu en rétention administrative ;

2°) d'ordonner à l'administration la production de son entier dossier ;

3°) de procéder sans délai et sous astreinte à la délivrance d'une attestation de demande d'asile au titre de l'article L. 754-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile jusqu'à la décision de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) et de lui fournir les droits prévus par la directive n° 2013/33/UE du 26 juin 2013 et un lieu susceptible de l'accueillir ainsi qu'une allocation journalière.

M. B soutient que la décision portant maintien en rétention :

- est entachée d'incompétence ;

- est entachée d'un défaut de motivation et d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- viole le respect du principe du contradictoire dans la procédure préalable ;

- méconnaît le droit au recours effectif devant la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) ;

- méconnaît l'article R. 521-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sur le droit à l'information.

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 janvier 2024, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens soulevés par M. B n'est fondé.

Le centre de rétention administrative du Mesnil-Amelot n° 2 a communiqué des pièces enregistrées les 15 et 22 janvier 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la Convention de Genève du 28 juillet 1951 relative au statut des réfugiés ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du Tribunal a désigné M. Girard-Ratrenaharimanga, premier conseiller, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue aux articles R. 776-13-1 et suivants, R. 776-15, R. 777-1 et suivants, R. 777-2 et suivants et R. 777-3 et suivants du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Girard-Ratrenaharimanga ;

- les observations de Me Frésard, représentant M. B, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens tout en abandonnant le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté ;

- et M. B qui indique souffrir d'une maladie chronique pour laquelle il a été hospitalisé à deux reprises dont les soins n'ont pu être continués en rétention administrative. Il ajoute en rappelant qu'il est marié à une ressortissante française qui lui manque.

Le préfet du Val-d'Oise n'était ni présent ni représenté.

Après avoir prononcé la clôture d'instruction à l'issue de l'audience publique à 14h55.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant algérien, né le 24 février 1995 à Oran (République algérienne démocratique et populaire), est entré en France le 14 janvier 2019 muni d'un passeport revêtu d'un visa Schengen valable du 4 janvier au 3 juillet 2019. Par deux arrêtés du 8 septembre 2023, le préfet du Val-d'Oise a refusé à l'intéressé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination duquel il pourra être éloigné d'office, l'a interdit le retour sur le territoire français pour une durée d'un an et l'a assigné à résidence. Par un jugement n° 2311832 du 20 septembre 2023 du tribunal administratif de Cergy-Pontoise produit en défense, les conclusions dirigées contre le refus de séjour ont été renvoyées devant une formation collégiale et les autres conclusions ont été rejetées. Le 23 décembre 2023, le préfet du Val-d'Oise a placé l'intéressé en rétention administrative, placement prolongé par une ordonnance du juge des libertés et de la détention du tribunal judiciaire de Meaux du 25 suivant. M. B a, alors qu'il était en rétention administrative, déposé une demande d'asile le 3 janvier 2024. Par arrêté du 3 janvier 2024, le préfet du Val-d'Oise a maintenu M. B en rétention administrative en application de l'article L. 754-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La demande d'asile de l'intéressé a été rejetée par une décision d'irrecevabilité du directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (Ofpra) notifiée par et au centre de rétention administrative du Mesnil-Amelot n° 2 le 9 janvier 2024. M. B demande au tribunal d'annuler cet arrêté du 3 janvier 2024.

Sur la communication du dossier administratif du requérant :

2. Aux termes de l'article L. 614-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger peut demander au président du tribunal administratif ou au magistrat désigné à cette fin () la communication du dossier contenant les pièces sur la base desquelles la décision contestée a été prise. ". L'affaire est en état d'être jugée, le principe du contradictoire a été respecté et il n'apparaît donc pas nécessaire, dans les circonstances de l'espèce, d'ordonner la communication de l'entier dossier de M. B détenu par l'administration.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. Aux termes de l'article L. 754-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'un étranger placé ou maintenu en rétention présente une demande d'asile, l'autorité administrative peut procéder, pendant la rétention, à la détermination de l'État responsable de l'examen de cette demande conformément à l'article L. 571-1 et, le cas échéant, à l'exécution d'office du transfert dans les conditions prévues à l'article L. 751-13. ". L'article L. 754-3 du même code précise que " Si la France est l'État responsable de l'examen de la demande d'asile et si l'autorité administrative estime, sur le fondement de critères objectifs, que cette demande est présentée dans le seul but de faire échec à l'exécution de la décision d'éloignement, elle peut prendre une décision de maintien en rétention de l'étranger pendant le temps strictement nécessaire à l'examen de sa demande d'asile par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et, en cas de décision de rejet ou d'irrecevabilité de celle-ci, dans l'attente de son départ. / Cette décision de maintien en rétention n'affecte ni le contrôle ni la compétence du juge des libertés et de la détention exercé sur le placement et le maintien en rétention en application du chapitre III du titre IV. La décision de maintien en rétention est écrite et motivée. / A défaut d'une telle décision, il est immédiatement mis fin à la rétention et l'autorité administrative compétente délivre à l'intéressé l'attestation mentionnée à l'article L. 521-7. ". L'article L. 754-4 de ce code dispose que " L'étranger peut demander au président du tribunal administratif l'annulation de la décision de maintien en rétention prévue à l'article L. 754-3 dans les quarante-huit heures suivant sa notification afin de contester les motifs retenus par l'autorité administrative pour estimer que sa demande d'asile a été présentée dans le seul but de faire échec à l'exécution de la décision d'éloignement. / Le président du tribunal administratif, ou le magistrat qu'il désigne à cette fin parmi les membres de sa juridiction, ou les magistrats honoraires inscrits sur la liste mentionnée à l'article L. 222-2-1 du code de justice administrative, statue après la notification de la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides relative au demandeur, dans un délai qui ne peut excéder quatre-vingt-seize heures à compter de l'expiration du délai de recours, dans les conditions prévues aux articles L. 614-7 à L. 614-13. (). ". Enfin, l'article L. 754-6 du même code indique que " La demande d'asile présentée en application du présent chapitre est examinée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides selon la procédure accélérée, conformément au 3° de l'article L. 531- 24. ".

4. Pour prononcer le maintien en rétention administrative de M. B, le préfet du Val-d'Oise a relevé que l'intéressé est entré en France le 14 janvier 2019 et séjourne irrégulièrement sur le territoire depuis lors, n'a entrepris aucune démarche en vue de formuler une demande d'asile, n'a fait état d'aucun risque ou menace grave dans le cas d'un retour dans son pays d'origine lors de son audition dans le cadre de la garde à vue, a déjà fait l'objet antérieurement d'une ou plusieurs mesures d'éloignement auxquelles il s'est soustrait, ne peut justifier de la possession de documents d'identité et de voyage en cours de validité ni d'un lieu de résidence stable et que sa demande d'asile, faite en rétention administrative, n'a été présentée que dans le seul but de faire échec à l'exécution de la mesure d'éloignement dont il fait l'objet.

5. Premièrement, il ressort des pièces du dossier que M. B n'avait aucun intérêt à solliciter l'asile avant son placement en rétention administrative dès lors qu'il avait préalablement tenté de régulariser sa situation en sollicitant un titre de séjour en qualité de conjoint de Français sur le fondement de l'accord franco-algérien. Il ne peut donc lui être reproché cette absence de demande préalable d'asile. Deuxièmement, les précédentes mesures dont il a fait l'objet ne portent aucunement sur l'asile et le conseil du requérant n'avait pas soulevé le moyen tiré de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ou celui de l'erreur d'appréciation à l'encontre du pays de destination ainsi que cela ressort du jugement produit en défense en sorte qu'il est impossible de déterminer s'il existait un risque concernant le requérant notamment au regard de ce qui vient d'être dit. D'ailleurs, il est constant que le procès-verbal d'audition du 23 décembre 2023 à 9 heures est particulièrement sommaire sur la partie concernant sa situation administrative et il en ressort qu'aucune question ne lui a été posée sur les motifs l'ayant conduit à quitter son pays d'origine. Troisièmement, s'il n'a pu présenter un passeport, ce qui n'est pas contesté, force est de constater que le préfet a été en mesure de produire au consulat d'Algérie la copie du passeport de l'intéressé, passeport valable jusqu'en août 2028. Quatrièmement et dernièrement, il est constant que M. B justifie d'une adresse contrairement à ce qu'indique l'autorité administrative, adresse qui figure comme celle déclarée tout au long des procédures dont il a fait l'objet. Dans ces conditions, et alors que l'ensemble de ces éléments figurent au dossier, le préfet du Val-d'Oise a entaché sa décision, au regard des exigences prévues à l'article L. 754-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile cité au point 3, d'une erreur manifeste d'appréciation en estimant que la demande d'asile faite par M. B alors qu'il était encore en rétention administrative ne l'avait été que pour faire échec à sa reconduite.

6. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. B est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 3 janvier 2024 par laquelle le préfet du Val-d'Oise l'a maintenu en rétention administrative.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

7. En premier lieu, aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. / La juridiction peut également prescrire d'office cette mesure. ". Aux termes de l'article L. 911-3 de ce code : " La juridiction peut assortir, dans la même décision, l'injonction prescrite en application des articles L. 911-1 et L. 911-2 d'une astreinte qu'elle prononce dans les conditions prévues au présent livre et dont elle fixe la date d'effet. ". Aux termes du dernier alinéa de l'article L. 754-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " En cas d'annulation de la décision de maintien en rétention, il est immédiatement mis fin à la rétention et l'autorité administrative compétente délivre à l'intéressé l'attestation mentionnée à l'article L. 521-7. Dans ce cas l'étranger peut être assigné à résidence en application de l'article L. 731-3. ". Il appartient au juge, saisi de conclusions sur le fondement des dispositions précitées, de statuer sur ces conclusions, en tenant compte, le cas échéant après une mesure d'instruction, de la situation de droit et de fait existant à la date de sa décision.

8. Eu égard aux motifs du présent jugement qui annule l'arrêté portant maintien en rétention administrative pour caractère non dilatoire de la demande d'asile faite en rétention administrative, il y a lieu d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise, ou à tout autre préfet territorialement compétent, dans un délai de sept jours à compter de la notification du présent jugement, d'enregistrer la demande d'asile de M. B en procédure normale et de lui délivrer l'attestation de demande d'asile afférente prévue par l'article R. 521-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que l'imprimé mentionné à l'article R. 531-3 du même code lui permettant de saisir l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (Ofpra). Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

9. Enfin, eu égard aux termes de l'article L. 754-4 précité du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français implique nécessairement qu'il soit mis fin aux mesures de surveillance dont M. B fait l'objet à la date de la notification du dispositif c'est-à-dire à la date de l'audience.

10. En outre, l'annulation prononcée n'implique aucune autre injonction.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 3 janvier 2024 par lequel le préfet du Val-d'Oise a maintenu M. A B en rétention administrative est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet du Val-d'Oise, ou à tout autre préfet territorialement compétent, dans un délai de sept jours à compter de la notification du présent jugement, d'enregistrer la demande d'asile de M. A B en procédure normale et de lui délivrer l'attestation de demande d'asile afférente prévue par l'article R. 521-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que l'imprimé mentionné à l'article R. 531-3 du même code lui permettant de saisir l'Office français de protection des réfugiés et apatrides.

Article 3 : Il est mis fin aux mesures de surveillance dont M. A B fait l'objet.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A B est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet du Val-d'Oise.

Lu en audience publique le 24 janvier 2024 à 15h47.

Le magistrat désigné,

Signé : G. Girard-Ratrenaharimanga

La greffière,

Signé : N. Riellant

La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N. Riellant

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