mardi 2 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2401955 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Avocat requérant | ADDEN AVOCATS PARIS |
Vu
- la décision contestée
- les autres pièces du dossier.
Vu
- le code du travail ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- les conditions générales d'utilisation de la plateforme " Mon compte formation " applicable aux relations entre la Caisse des dépôts et consignations et les organismes de formation ;
- le code de justice administrative.
Par une requête enregistrée le 29 février 2024 sous le numéro 2400979, la société
" Nos Formations " a demandé l'annulation de la décision contestée.
La présidente du Tribunal administratif de Melun a désigné M. Aymard, vice-président, pour statuer en tant que juge des référés en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.
Après avoir, au cours de l'audience du 5 mars 2024, tenue en présence de Mme Dusautois, greffière d'audience, présenté son rapport et entendu :
- les observations de Me Azema, représentant la société " Nos Formations ", qui rappelle qu'elle est un organisme de formation créé en juillet 2021, qu'elle a fait l'objet d'un déréférencement, qui soutient que la décision menace sa survie car elle n'a pas d'autres sources de revenus notamment dans le domaine privé, que son activité n'est pas possible en dehors du compte personnel de formation, qu'elle a dû cesser toutes les formations, que la condition d'urgence est satisfaite, que les indices d'anomalies retenue en raison du taux anormal des réalisation des formations ne sont pas établis, que toutes les formations ont été réalisées, qu'il n'est pas nécessaire de faire de la publicité car son dirigeant était déjà connu dans le secteur de la formation, où il avait des antécédents, que l'utilisation d'un " VPN " n'a pas été interdite et ne révèle pas par elle-même un schéma de fraude, que les alertes de La Poste n'ont donné lieu à aucun dossier de formation pour la moitié d'entre elles, qu'il y a un doute sérieux sur la matérialité des faits qui lui sont reprochés et qu'il n'y a eu aucune procédure contradictoire et aucune prise en compte de ses observations alors qu'elle est obligatoire en la matière ;
- les observations de Me Guéna, représentant la Caisse des dépôts et consignations, qui rappelle que le compte personnel de formation est un service public géré par elle, que la société requérante dispense des formations dans le domaine des langues et de la bureautique, qui soutient qu'il y a eu un détournement de fonds public par la société qui a justifié l'utilisation des règles dérogatoires du code des relations entre le public et l'administration, que la requête a été enregistrée deux mois après la décision, que la condition d'urgence n'est donc pas satisfaite par les pièces du dossier en l'absence de documents comptables, que la société peut toujours élargir son offre de formation dans le secteur privé , que le compte formation ne couvre que 7 % du marché de la formation, que le choix d'effectuer la totalité de son activité sur la plateforme relève d'un choix de gestion qui est le sien, que la condition tenant à la prise en urgence de la décision du 18 décembre 2023 est satisfaite en raison de la gravité des faits et de la nécessité de protéger l'emploi des deniers publics, que les faits ont été établis par l'enquête, que la société a utilisé une faille dans le système informatique de la Caisse qui a été utilisé par des opérateurs malveillants, qu'il y a même un tutoriel sur le " Darknet " qui explique comment on usurpe les identités des titulaires de comptes personnels de formation, que le service de lutte contre la fraude s'est intéressé au cas de la société " Nos Formatons " en procédant à la localisation des données et au parcours utilisateur des stagiaires, que le schéma de fraude est assez simple, que le dirigeant de la société a déjà été sanctionné sur le même sujet et est donc familier du système de fraude, qu'un nouveau système d'identification des stagiaires plus sûr a été créé mais qui a révélé de nouvelles failles de sécurité, que La Poste a identifié des fraudes possibles, que les validations des formations par la société est très rapide et prend à peine deux minutes, que beaucoup de stagiaires partagent la même adresse " VPN ", que l'enquête a montré que 17 % des stagiaires partagent la même adresse " IP " et que 459 comptes de stagiaires ont un réseau commun, que le " VPN " est utilisé par 40 % des stagiaires, que ce schéma de fraude est bien connu, que la société a des liens avec 27 autres sociétés connues également pour une fraude et le partage de comptes de stagiaires, que la matérialité des faits est établie de même que la proportionnalité car les sommes en jeu sont importantes, que les sanctions sont prévues par les conditions d'utilisation du site, que la procédure contradictoire n'a pas été suivie en raison de l'extrême urgence et des risques de détournement de fonds lors de la procédure ;
- les observations complémentaires de Me Azema, représentant la société
" Nos Formations ", qui maintient que la condition d'urgence est satisfaite car les formations ont été réalisées, que les fraudes identifiées par La Poste n'ont pas été réalisées pour moitié, que qui indique que la rapidité des activations est la résultante des contacts entre la société et les stagiaires et qui soutient enfin que la procédure contradictoire aurait permis à al société de se justifier.
- les observations complémentaires de Me Guéna, représentant la Caisse des dépôts et consignations, qui relève que la société ne répond pas sur la question des adresses partagées.
Considérant ce qui suit :
1. La société " Nos Formations " demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de la décision du
18 décembre 2023 par laquelle par laquelle la Caisse des dépôts et consignations lui a infligé une sanction de déréférencement de la plateforme " mon compte formation " pour une durée de
12 mois, a décidé le recouvrement des sommes versées et le non-paiement des sommes concernant les dossiers de formation engagés, et a décidé le non-reversement, le cas échéant, des sommes rétrocédées par son établissement bancaire.
Sur la mise en œuvre de la procédure prévue à l'article R. 412-2-1 du code de justice administrative
2. Aux termes de l'article R. 412-2-1 du code de justice administrative : " Lorsque la loi prévoit que la juridiction statue sans soumettre certaines pièces ou informations au débat contradictoire ou lorsque le refus de communication de ces pièces ou informations est l'objet du litige, la partie qui produit de telles pièces ou informations mentionne, dans un mémoire distinct, les motifs fondant le refus de transmission aux autres parties, (). Le mémoire distinct et, le cas échéant, la version non confidentielle desdites pièces sont communiqués aux autres parties. / Les pièces ou informations soustraites au contradictoire ne sont pas transmises au moyen des applications informatiques mentionnées aux articles R. 414-1 et R. 414-6 mais sont communiquées au greffe de la juridiction sous une double enveloppe, () / Si la juridiction estime que ces pièces ou informations ne se rattachent pas à la catégorie de celles qui peuvent être soustraites au contradictoire, elle les renvoie à la partie qui les a produites (). Elle peut, si elle estime que ces pièces ou informations sont utiles à la solution du litige, inviter la partie concernée à les verser dans la procédure contradictoire, () / Lorsque des pièces ou informations mentionnées au premier alinéa sont jointes au dossier papier, celui-ci porte de manière visible une mention signalant la présence de pièces soustraites au contradictoire. Ces pièces sont jointes au dossier sous une enveloppe portant la mention : "pièces soustraites au contradictoire-Article R. 41-2-1 du code de justice administrative" ".
3. Dans le cadre de l'instruction de la présente affaire, l'examen du document versé à l'instance par la Caisse des dépôts et consignations en mettant en œuvre la procédure définie à l'article R. 412-2-1 du code de justice administrative, permet de conclure que ce document n'est pas utile à la solution du litige. En conséquence, il n'est pas statué au vu de cette pièce, et il n'y a pas lieu de la soumettre au débat contradictoire.
Sur les conclusions sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative
4. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision (). ".
5. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier objectivement et concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant et de l'ensemble des circonstances de chaque espèce, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit être appréciée objectivement et globalement, compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'affaire.
6. Il résulte de l'instruction que la société " Nos Formations ", organisme de formation, propose, par l'intermédiaire de la plateforme " mon compte formation ", différentes formations en langues, bureautique et digital. A ce titre, elle avait perçu, à la date de la décision attaquée et depuis le mois de décembre 2021, de la Caisse des dépôts et consignations une somme totale de 1.204.987 euros provenant des comptes personnels de formation. Pour l'exclure temporairement de la plateforme par la décision litigieuse du 18 décembre 2023, la caisse des dépôts et consignations a relevé que des indices d'anomalie liées aux données de connexion en lien avec la société " Nos Formations " avaient été constatées et révélaient un schéma de fraude indiquant l'usurpation d'identité des stagiaires de cet organisme. La Caisse des dépôts et consignations a décidé, eu égard à la consommation indue de droits à formation des stagiaires, et au risque de disparition immédiate et définitive des fonds versés à la société " Nos Formations " pour la rémunération d'action de formations frauduleuses, le prononcé sans délai d'une sanction de déréférencement pour douze mois, le recouvrement des sommes versées, et le non-paiement de l'ensemble des dossiers de formation déjà engagés.
7. Pour établir l'urgence à suspendre cette décision, la société " Nos Formations " fait valoir, avec une seule attestation de son expert-comptable datée du 12 février 2024, que son chiffre d'affaires provient en totalité du compte personnel de formation, qu'elle n'a pas d'autres sources de revenus, qu'elle est menacée de liquidation et que les produits attendus pour 2023 ne permettront pas de couvrir ses charges fixes. Toutefois, la société requérante n'établit pas qu'elle serait dans l'impossibilité de proposer ses formations autrement que par le biais de la plateforme " Mon compte formation ". Enfin, la société requérante, qui ne déclare aucun salarié, est domiciliée chez un de ses anciens dirigeants, ne produit aucun bilan comptable et ne fait état d'aucune charge de fonctionnement précise.
8. Il résulte d'autre part de l'instruction que pour établir la fraude reprochée à la société " Nos Formations ", la Caisse des dépôts et consignations produit une note précise établie le 17 décembre 2023 par son unité de lutte contre la fraude, dont il résulte que
467 comptes de stagiaires, soit plus du tiers, partageaient les mêmes adresses " IP " ce qui permet d'en déduire sur la gestion des dossiers de formation a été réalisée à partir d'une même connexion, que 216 comptes, soit 17 % du total, partageaient les mêmes adresses " IP " que la société requérante alors même que cette dernière indique effectuer les formations à distance, qu'un minimum de 471 comptes, soit plus du tiers, utilisaient une adresse " VPN ", dont 6 % depuis l'étranger, qu'elle partage avec d'autres sociétés déjà identifiées dans des systèmes de fraude 80 comptes communs de stagiaires. Cette note détaille ainsi de manière précise le mode opératoire de la fraude reprochée, et relève les différents indices, notamment liés au parcours atypique de l'inscription, marquée par une rapidité extrême de la validation. En l'état de l'instruction, ces éléments, appuyés par des données de connexion précises, dont certaines sont produites à l'instance, ne font l'objet d'aucune contradiction sérieuse dès lors que la société " Nos Formations " ne fournit pas le moindre élément permettant de les contredire ni de justifier de la réalisation effective et de l'utilisation non frauduleuse des droits au compte personnel de formation des stagiaires à qui elle affirme avoir pourtant dispensé des formations en 2023. Dans ces conditions, alors que la Caisse des dépôts et consignations établit le risque de disparition des sommes frauduleusement obtenues par l'organisme de formation avant leur recouvrement, l'intérêt public qui s'attache, d'une part, au bon fonctionnement du dispositif de financement de formation continue " Mon compte formation " et, d'autre part, à la préservation des finances publiques fait obstacle à ce que puisse être regardée comme remplie la condition d'urgence au sens des dispositions précitées de l'article L. 521-1 du code de justice administrative.
9. En conséquence, l'une au moins des conditions posées par l'article L. 521-1 du code de justice administrative n'étant pas remplie, les conclusions de la société
" Nos Formations " tendant à la suspension de l'exécution de la décision attaquée de la Caisse des dépôts et consignations ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
10. La société " Nos Formations " étant la partie perdante dans la présente instance, ses conclusions tendant à ce qu'une somme soit mise à la charge de la Caisse des dépôts et consignations au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent être accueillies. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de la société " Nos Formations " la somme de 2 000 euros à la Caisse des dépôts et consignations sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
ORDONNE :
Article 1er : La requête de la société " Nos Formations " est rejetée.
Article 2 : La société " Nos Formations " versera à la Caisse des dépôts et consignations la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à la société " Nos Formations " ainsi qu'à la Caisse des dépôts et consignations.
Le juge des référés,
Signé : M. AymardLa greffière,
Signé : O. Dusautois
La République mande et ordonne au ministre de l'économie et des finances, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026