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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2411203

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2411203

lundi 23 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2411203
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantCABINET HUG & ABOUKHATER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 11 septembre 2024, M. A C B, représenté par Me Hug, doit être entendu comme demandant au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) de suspendre la décision implicite par laquelle la préfète du Val-de-Marne a refusé de lui délivrer une carte de résident ;

3°) d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne de réexaminer sa demande, dans le délai de quinze jours à compter de la notification de l'ordonnance à venir, et de le munir d'une autorisation provisoire de séjour assortie d'une autorisation de travail, dans le délai de 48 heures à compter de la même notification et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros, à verser à son conseil en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, ou en cas de non admission à l'aide juridictionnelle, à lui verser directement en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la condition tenant à l'urgence est remplie dès lors qu'il doit être protégé contre une mesure d'éloignement, en sa qualité de réfugié ;

- la décision en litige le prive de la possibilité de travailler et a entraîné la fin du versement du revenu de solidarité active depuis le mois de mai 2024 ;

- cette décision est prise par une autorité incompétente dès lors que seul l'OFPRA peut prononcer le retrait du statut de réfugié ;

- elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation puisque la délivrance d'une carte de résident est de plein droit.

Par un mémoire en défense, enregistré le 18 septembre 2024 à 9 h 55, la préfète du Val-de-Marne, représentée par Me Termeau, conclut à titre principal au non-lieu à statuer sur la requête, et à titre subsidiaire à son rejet.

Elle fait valoir que ses services ont délivré à M. B une attestation de prolongation d'instruction valable jusqu'au 13 mars 2025.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Letort, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référés, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue le 18 septembre 2024 à 14 h 00, ont été entendus :

- le rapport de Mme Letort,

- et les observations de Me Capuano, représentant la préfète du Val-de-Marne, qui maintient ses conclusions par les mêmes moyens.

M. B n'était ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

Sur la demande d'aide juridictionnelle à titre provisoire :

1. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président () ". Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de prononcer l'admission provisoire de M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur l'exception de non-lieu à statuer opposée en défense :

2. La préfète du Val-de-Marne fait valoir que les conclusions présentées par M. B sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative auraient perdu leur objet en conséquence de la délivrance, le 17 septembre 2024, d'une attestation de prolongation d'instruction valable jusqu'au 16 mars 2025. Toutefois, un tel document ne se prononce pas sur la demande de titre de séjour du requérant mais lui permet simplement de justifier de la régularité de son séjour pendant six mois, le temps de l'instruction de cette demande. En conséquence, la délivrance d'une attestation de prolongation d'instruction ne saurait être regardée comme retirant ou abrogeant la décision implicite par laquelle la préfète a rejeté la demande de titre présentée par M. B. Il s'ensuit que l'exception de non-lieu à statuer opposée en défense doit être écartée.

Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

3. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ".

4. Il résulte des dispositions précitées que la condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier ou le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendu.

5. M. B, ressortissant afghan né le 4 novembre 1991 à Deykandi (Afghanistan), a obtenu le bénéfice de la protection internationale par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 31 août 2023. Le requérant a saisi la préfecture du Val-de-Marne le 23 octobre suivant d'une demande de délivrance d'une carte de résident, et demande la suspension de l'exécution de la décision implicite par laquelle la préfète du Val-de-Marne a rejeté cette demande.

6. Pour soutenir que la condition l'urgence prévue à l'article L. 521-1 du code de justice administrative serait remplie, M. B se prévaut de la perte du bénéfice du revenu de solidarité active, de l'impossibilité de travailler et du risque d'éloignement auquel il est exposé, alors qu'il bénéficie du statut de réfugié. Toutefois, il résulte de l'instruction que, postérieurement à l'enregistrement de sa requête, M. B a été rendu destinataire d'une nouvelle attestation de prolongation d'instruction, valable du 17 septembre 2024 au 16 mars 2025. Il s'ensuit qu'à la date de notification de la présente ordonnance, les circonstances invoquées ne sont plus de nature à justifier de l'urgence qui s'attacherait à la suspension immédiate de la décision implicite par laquelle la préfète du Val-de-Marne a rejeté la demande de carte de résident présentée par M. B.

7. Il résulte de ce qui précède que les conclusions présentées par M. B sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative doivent être rejetées, ainsi, par voie de conséquence, que ses conclusions à fin d'injonction avec astreinte.

Sur les frais de justice :

8. M. B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Hug, avocate de M. B, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat et sous réserve de l'admission définitive de son client à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Hug de la somme de 1 500 euros. Dans l'hypothèse où la demande d'aide juridictionnelle serait rejetée, cette somme sera versée directement à M. B.

O R D O N N E :

Article 1er : M. B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : Les conclusions présentées par M. B sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : L'Etat versera la somme de 1 500 euros à Me Hug, sous réserve qu'elle renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle, sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique. Dans l'hypothèse d'un rejet de la demande d'aide juridictionnelle, cette somme sera versée directement à M. B.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A C B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée à la préfète du Val-de-Marne.

La juge des référés,

Signé : C. LetortLa greffière,

Signé : C. Sistac

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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