Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 29 septembre 2025, M. A... B..., représenté par Me Gabeaud, demande au juge des référés, sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) de suspendre l’exécution de la décision du 12 septembre 2025 de prolongation de la mesure d’isolement par mesure de protection au-delà d’un an ;
2°) de mettre à la charge de l’Etat (garde des sceaux, ministre de la justice) la somme de 2.000 euros au titre de l’article L7 61-1 du code de justice administrative.
Il indique qu’il est incarcéré depuis le 7 décembre 2022 pour des faits d’escroquerie, qu’il a été condamné le 23 mai 2025 à dix ans d’emprisonnement dont deux avec sursis par un jugement donc il a fait appel, qu’il a été transféré le 3 juillet 2025 au centre pénitentiaire de Meaux-Chauconin,, que lorsqu’il était incarcéré à Nanterre, il avait été placé à l’isolement et qu’il lui a été notifié, le 13 septembre 2025, une mesure d’isolement par mesure de protection ou de sécurité au-delà d’un an jusqu’au 13 décembre 2025.
Il soutient que la condition d’urgence est satisfaite car il a été placé à l’isolement depuis le 13 septembre 2024 et que ce placement met en danger son état de santé physique et psychologique, qu’il fait l’objet de plusieurs réveils nocturnes et de fouilles corporelles répétées et que ce traitement injustifié est assimilable à un traitement inhumain et dégradant prohibé par l’article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales, et, sur le doute sérieux, que cette décision n’est pas motivée, qu’elle méconnait les dispositions de l’article L. 224-5 du code pénitentiaire et est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation, ainsi que d’une erreur d’appréciation sur les conséquences de la mesure sur sa vulnérabilité.
Par un mémoire en défense enregistré le 7 octobre 2025, le garde des sceaux, ministre de la justice, conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens ne sont pas fondés, la condition d’urgence n’étant pas satisfaite eu égard au profil pénal de l’intéressé, bénéficiant de nombreux soutiens extérieurs qui lui ont permis de détenir des objets interdits en détention, et des conditions spécifiques de détention au quartier d’isolement qui ne consiste pas en un isolement total mais dans une séparation avec les autres détenus.
Vu :
la décision contestée,
- les autres pièces du dossier.
Vu
- le code pénitentiaire ;
- le code de justice administrative.
Par une requête enregistrée le 29 septembre 2025 sous le numéro 2514006, M. B... a demandé l’annulation de la décision contestée.
La présidente du tribunal administratif de Melun a désigné M. Aymard, vice-président, pour statuer en tant que juge des référés en application de l’article L. 511-2 du code de justice administrative.
Après avoir, au cours de l’audience du 8 octobre, tenue en présence de Madame Aubret, greffière d’audience, présenté son rapport, en l’absence du requérant et du garde des sceaux, ministre de la justice, ou de leurs représentants, dûment convoqués.
Considérant ce qui suit :
M. B..., écroué le 2 décembre 2022, est incarcéré au centre pénitentiaire de Meaux-Chauconin-Neufmontiers (Seine-et-Marne) depuis le 3 juillet 2025. Il a été condamné le 23 mai 2025 par le tribunal correctionnel de Nanterre à huit ans d’emprisonnement délictuel pour détention non autorisée d'arme, munition ou de leurs éléments de catégorie B, en récidive, refus de remettre aux autorités judiciaires ou de mettre en œuvre la convention secrète de déchiffrement d'un moyen de cryptologie, en récidive, faux dans un document administratif constatant un droit, une identité ou une qualité, ou accordant une autorisation, en récidive, ainsi que pour blanchiment aggravé par concours en bande organisée à une opération de placement, dissimulation ou conversion du produit d'un crime ou d'un délit, également en récidive, et pour détention non autorisée de matériel de guerre, arme, munition ou de leurs éléments de catégorie A, en état de récidive légale. Il a fait appel de ce jugement uniquement sur le quantum de peine prononcé, sans remettre en cause la matérialité des faits reprochés. Lorsqu’il était incarcéré au centre pénitentiaire de Nanterre (Hauts-de-Seine), il avait fait l’objet, par une décision en date du 13 septembre 2024, d’un placement provisoire en urgence à l’isolement, puis par une décision du 17 septembre 2024, d’un placement initial à l’isolement, mesure prolongée à plusieurs reprises, y compris après son transfert. M. B... a aussi été mis en examen le 12 décembre 2024 pour avoir organisé plusieurs escroqueries afin de subtiliser les coordonnées bancaires d’individus après avoir récupéré l’accès à leur ligne téléphonique grâce à la méthode du « swapping » de carte « SIM ». Le 13 septembre 2025, après avis du substitut général près la cour d’appel de Versailles, le garde des sceaux, ministre de la justice a ordonné la prolongation de son placement à l’isolement jusqu’au 13 décembre 2025. Par une requête enregistrée le 29 septembre 2025, M. B... a demandé l’annulation de cette décision et sollicite du juge des référés, par une requête du même jour, la suspension de son exécution.
Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : « Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision (...) ». Aux termes du premier alinéa de l’article R. 522-1 dudit code : « La requête visant au prononcé de mesures d’urgence doit (...) justifier de l’urgence de l’affaire. ».
Aux termes d’autre part de l’article L. 213-8 du code pénitentiaire : « Toute personne détenue majeure peut être placée par l'autorité administrative, pour une durée maximale de trois mois, à l'isolement par mesure de protection ou de sécurité soit à sa demande, soit d'office. Cette mesure ne peut être renouvelée pour la même durée qu'après un débat contradictoire, au cours duquel la personne intéressée, qui peut être assistée de son avocat, présente ses observations orales ou écrites. L'isolement ne peut être prolongé au-delà d'un an qu'après avis de l'autorité judiciaire. Le placement à l'isolement n'affecte pas l'exercice des droits prévus par les dispositions de l'article L. 6, sous réserve des aménagements qu'impose la sécurité. Lorsqu'une personne détenue est placée à l'isolement, elle peut saisir le juge des référés en application de l'article L. 521-2 du code de justice administrative ». Aux termes de l’article R. 213-18 du même code : « La mise à l'isolement d'une personne détenue, par mesure de protection ou de sécurité, qu'elle soit prise d'office ou sur demande de la personne détenue, ne constitue pas une mesure disciplinaire. La personne détenue placée à l'isolement est seule en cellule. Elle conserve ses droits à l'information, aux visites, à la correspondance écrite et téléphonique, à l'exercice du culte et à l'utilisation de son compte nominatif. Elle ne peut participer aux promenades et activités collectives auxquelles peuvent prétendre les personnes détenues soumises au régime de détention ordinaire, sauf autorisation, pour une activité spécifique, donnée par le chef de l'établissement pénitentiaire. Toutefois, le chef de l'établissement pénitentiaire organise, dans toute la mesure du possible et en fonction de la personnalité de la personne détenue, des activités communes aux personnes détenues placées à l'isolement. La personne détenue placée à l'isolement bénéficie d'au moins une heure quotidienne de promenade à l'air libre ». Aux termes de l’article R. 218-20 du même code : « Les cellules du quartier d'isolement ont un ameublement identique à celui des cellules de détention ordinaire. Les personnes détenues accèdent aux installations sportives et aux cours de promenade propres au quartier d'isolement. Les personnes détenues ne participent pas aux offices célébrés en détention, sauf autorisation individuelle accordée par le chef de l'établissement pénitentiaire. En accord avec les représentants des différents cultes, des offices particuliers peuvent être mis en place. Les dispositions du règlement intérieur, défini aux articles L. 112-4 et R. 112-22, relatives à l'isolement, sont affichées dans le quartier d'isolement. Chaque personne détenue placée au quartier d'isolement en reçoit une copie ». Aux termes de l’article R. 213-21 du même code : « Lorsqu'une décision d'isolement d'office initiale ou de prolongation est envisagée, la personne détenue est informée, par écrit, des motifs invoqués par l'administration, du déroulement de la procédure et du délai dont elle dispose pour préparer ses observations. (…) / Le chef de l'établissement, après avoir recueilli préalablement à sa proposition de prolongation l'avis écrit du médecin intervenant à l'établissement, transmet le dossier de la procédure accompagné de ses observations au directeur interrégional des services pénitentiaires lorsque la décision relève de la compétence de celui-ci ou du garde des sceaux, ministre de la justice. / La décision est motivée. Elle est notifiée sans délai à la personne détenue par le chef de l'établissement ». Aux termes de son article R. 213-25 : « Lorsqu'une personne détenue est à l'isolement depuis un an à compter de la décision initiale, le garde des sceaux, ministre de la justice, peut prolonger l'isolement pour une durée maximale de trois mois renouvelable. / La décision est prise sur rapport motivé du directeur interrégional des services pénitentiaires saisi par le chef de l'établissement pénitentiaire selon les modalités prévues par les dispositions de l'article R. 213-21. (…) ».
Eu égard à son objet et à ses effets sur les conditions de détention, la décision plaçant d’office à l’isolement une personne détenue, ainsi que les décisions prolongeant éventuellement un tel placement, prises sur le fondement de l’article L. 213-8 du code pénitentiaire, portent en principe une atteinte grave et immédiate à la situation de la personne détenue, de nature à créer une situation d’urgence justifiant que le juge administratif des référés, saisi sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, puisse ordonner la suspension de leur exécution s’il estime remplie l’autre condition posée par cet article. Toutefois, si l’autorité administrative justifie de circonstances particulières faisant apparaître qu’un intérêt public s’attache à l’exécution sans délai de cette mesure, compte tenu en particulier des risques pour la sécurité de l’établissement et des personnes, y compris extérieures à celui-ci, appréciés notamment au regard des motifs d’incarcération de l’intéressé, des éléments figurant dans son dossier individuel ou de son comportement en détention, la condition d’urgence ne peut être regardée comme satisfaite.
En l’espèce, le garde des sceaux, ministre de la ministre fait valoir que la captation par les services de police des conversations tenues au parloir entre M. B... et un de ses visiteurs ont permis de constater que celui-ci poursuivait des activités illégales en détention, que les interceptions judicaires de la ligne téléphonique utilisée frauduleusement par M. B... alors qu’il était incarcéré au centre pénitentiaire de Nanterre a permis de constater que ce dernier poursuivait ses activités de « SIM-swapping » au sein de la détention ayant motivé sa mise en examen du 12 décembre 2024, que la perquisition de la cellule occupée par le requérant effectuée le 5 décembre 2023 avait permis la découverte de trois téléphones portables, que l’intéressé dispose donc de connexions extérieures, lui permettant de mobiliser des moyens humains, logistiques et financiers, que, le 19 juin 2023, la fouille de sa cellule a permis la découverte d’un téléphone portable et d’un câble de chargeur, que le 25 juin 2024, il a de nouveau été sanctionné à la suite de la découverte d’un téléphone portable et de deux câbles, que le 5 septembre 2024, une autre fouille a également permis de découvrir deux téléphones portables et les accessoires nécessaires à leur fonctionnement, et que, le 11 juin 2025, il a été sanctionné de dix jours de placement en cellule disciplinaire à la suite de la découverte d’un téléphone portable ainsi que d’une paire d’écouteurs et d’un câble de chargeur dissimulée dans la machine à café du requérant, et ce alors même qu’il était placé au quartier disciplinaire.
Par suite, et dès lors que le requérant a démontré sa capacité à se procurer des objets prohibés en détention, notamment afin de communiquer avec l’extérieur, lui permettant de poursuivre ses activités d’escroquerie dans l’enceinte d’un établissement pénitentiaire au moyen d’un téléphone portable introduit illégalement en détention, eu égard à son profil pénal et à son comportement en détention, qui nécessite une gestion individualisée qui ne peut être réalisée qu’au quartier isolement, les nécessités du maintien de l’ordre dans l’établissement doivent être regardées comme s’opposant à ce que la condition d’urgence prévue à l’article L. 521-1 du code de justice administrative soit considérée comme remplie.
Au surplus, et en tout état de cause, en l’état de l’instruction, les moyens tirés du défaut de motivation de la décision attaquée, de la méconnaissance des dispositions de l’article L. 224-5 du code pénitentiaire, et de l’erreur manifeste d’appréciation,, de l’erreur d’appréciation et de la méconnaissance des stipulations de l’article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ne sont pas de nature à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision en litige, celle-ci étant suffisamment motivée et n’étant pas prise en application des dispositions de l’article L. 224-5 du code pénitentiaire, et le comportement du requérante en détention étant de nature à la justifier.
Il résulte de l’ensemble de ce qui précède que la requête de M. B... ne pourra qu’être rejetée.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de M. B... est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A... B... et au garde des sceaux, ministre de la justice.
Le juge des référés,
Signé : M. AymardLa greffière,
Signé : S. Aubret
La République mande et ordonne au garde des sceaux, ministre de la justice, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,