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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-1905773

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-1905773

lundi 24 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-1905773
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation6ème chambre
Avocat requérantCABINET ABEILLE ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance du 19 juillet 2019 enregistrée le 23 juillet suivant, le premier vice-président du tribunal administratif de Montreuil a renvoyé au tribunal la requête de la société Axa France IARD, enregistrée le 26 novembre 2018.

Par cette requête et un mémoire enregistrés les 26 novembre 2018 et 30 août 2021, la société Axa France IARD, représentée par Me Zandotti, avocat, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'avis des sommes à payer n° 2018-846 émis le 17 juillet 2018 par le directeur de l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (ONIAM) pour un montant de 13 036,88 euros ;

2°) de le décharger de l'obligation de payer la somme de 13 036,88 euros ;

3°) de mettre à la charge de l'ONIAM la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elles soutient que :

- elle s'est conformée à l'indication des voies et délais de recours portés sur le titre exécutoire attaqué même si la juridiction administrative est incompétente pour annuler le titre en litige ;

- le titre exécutoire n° 2018-846 a été émis par une autorité incompétente dès lors que l'ONIAM ne peut user du procédé du titre exécutoire pour recouvrer les sommes qu'il estime lui être dues en application des dispositions de l'article L. 1221-14 du code de la santé publique ;

- le titre exécutoire attaqué est irrégulier dès lors qu'il ne comporte pas la signature de l'ordonnateur ;

- il est entaché d'un vice de procédure ;

- le titre exécutoire méconnait l'article 24 du décret du 7 novembre 2012 dès lors qu'il ne précise pas les bases de la liquidation de la créance ;

- l'ONIAM ne justifie d'aucune des conditions requises pour prétendre détenir une créance de garantie certaine, liquide et exigible à l'encontre de l'assureur de l'ancien centre de transfusion sanguine de Poissy dès lors que l'office ne rapporte la preuve ni de l'existence et du contenu du contrat d'assurance ni de la responsabilité du centre de transfusion sanguine de Poissy dans la contamination de la victime, ni même d'une transfusion sanguine de celle-ci et la date à laquelle elle aurait été effectuée.

Par un mémoire en défense enregistré le 30 juin 2021, l'ONIAM, représenté par Me Saumon, avocat, conclut :

1°) au rejet de la requête ;

2°) à la condamnation de la société à lui payer la somme de 13 036,88 euros, assortie des intérêts à compter du 26 novembre 2018 et de la capitalisation des intérêts ;

3°) à ce que la caisse primaire d'assurance maladie des Yvelines soit appelée à la cause ;

4°) à la condamnation de la société à lui verser la somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ainsi que les dépens.

Il fait valoir que :

- il s'en rapporte à la sagesse du tribunal s'agissant de la compétence juridictionnelle ;

- les moyens de légalité interne et externe de la requête ne sont pas fondés ;

- la responsabilité de l'établissement français du sang est engagée au motif que Mme A a été contaminé le 28 mars 1983 au virus de l'hépatite C à la suite d'une transfusion de produits sanguins fournis par le centre de transfusion sanguine de Poissy ;

- il dispose d'une créance à l'encontre de la société Axa France IARD d'un montant de 13 036,88 euros correspondant à la somme qu'il a versée à Mme A.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la santé publique ;

- le code des marchés publics ;

- la loi n° 2001-1168 du 11 décembre 2001 ;

- le décret n° 98-111 du 27 février 1998 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Gibelin, rapporteur,

- et les conclusions de Mme Ghiandoni, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. L'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (ONIAM) a émis le 17 juillet 2018 un ordre à recouvrer exécutoire n° 2018-846 d'un montant de 13 036,88 euros, à l'encontre de la société d'assurance Axa France IARD, correspondant à la somme versée à Mme A en indemnisation de ses préjudices liés à sa contamination post-transfusionnelle par le virus de l'hépatite C (VHC). Par sa requête, la société requérante demande au tribunal d'annuler ce titre exécutoire. L'ONIAM a présenté dans son mémoire en défense des conclusions reconventionnelles tendant à la condamnation de la société requérante à lui verser la somme de 13 036,88 euros au titre des indemnités versées à Mme A.

2. Aux termes de l'article L. 1221-14 du code de la santé publique : " Les victimes de préjudices résultant de la contamination par le virus de l'hépatite B ou C ou le virus T-lymphotropique humain causée par une transfusion de produits sanguins ou une injection de médicaments dérivés du sang réalisée sur les territoires auxquels s'applique le présent chapitre sont indemnisées au titre de la solidarité nationale par l'office mentionné à l'article L. 1142-22 dans les conditions prévues à la seconde phrase du troisième alinéa de l'article L. 3122-1, aux deuxième et troisième alinéas de l'article L. 3122-2, au premier alinéa de l'article L. 3122-3 et à l'article L. 3122-4, à l'exception de la seconde phrase du premier alinéa. / () Lorsque l'office a indemnisé une victime, il peut directement demander à être garanti des sommes qu'il a versées par les assureurs des structures reprises par l'Etablissement français du sang en vertu du B de l'article 18 de la loi n° 98-535 du 1er juillet 1998 relative au renforcement de la veille sanitaire et du contrôle de la sécurité sanitaire de produits destinés à l'homme, de l'article 60 de la loi de finances rectificative pour 2000 (n° 2000-1353 du 30 décembre 2000) et de l'article 14 de l'ordonnance n° 2005-1087 du 1er septembre 2005 relative aux établissements publics nationaux à caractère sanitaire et aux contentieux en matière de transfusion sanguine, que le dommage subi par la victime soit ou non imputable à une faute ".

3. L'ordre de juridiction compétent pour connaître de l'action en garantie ouverte à l'ONIAM par l'article L. 1221-14 du code de la santé publique doit être déterminé en fonction de la nature du contrat d'assurance conclu entre l'assureur, contre lequel cette action est dirigée, et la structure de transfusion sanguine reprise par l'Etablissement français du sang. Si ce contrat est de droit privé, la juridiction judiciaire est compétente pour connaître d'une telle action. S'il présente le caractère d'un contrat administratif, par application de l'article 2 de la loi du 11 décembre 2001 portant mesures urgentes de réformes à caractère économique et financier et de l'article 29 du code des marchés publics, l'action en garantie de l'ONIAM doit être portée devant la juridiction administrative.

4. La juridiction compétente pour connaître de l'action en garantie formée par l'ONIAM sur le fondement de ces dispositions l'est également pour connaître de l'opposition formée par l'assureur contre le titre exécutoire émis par l'office, lorsque celui-ci a choisi cette voie pour procéder au recouvrement de sa créance.

5. Les litiges relatifs aux marchés publics passés en application du code des marchés publics relèvent de la compétence des juridictions administratives. L'article 2 de la loi du 11 décembre 2001 portant mesures urgentes de réformes à caractère économique et financier détermine cette compétence à compter de la date de son entrée en vigueur, y compris pour les contrats en cours, à l'exception de ceux qui ont été portés devant le juge judiciaire avant cette date. Par ailleurs, le décret du 27 février 1998 modifiant le code des marchés publics en ce qui concerne les règles de mise en concurrence et de publicité des marchés de services a soumis pour la première fois les marchés publics ayant pour objet des services d'assurances aux règles du code des marchés publics.

6. Il résulte de l'instruction que le titre exécutoire n° 2018-846 attaqué est fondé sur un contrat d'assurance conclu le 22 avril 1981, soit antérieurement à l'entrée en vigueur du décret du 27 février 1998, avec tacite reconduction entre l'ancien centre de transfusion sanguine des Yvelines Nord à Poissy, repris par la suite par l'Etablissement français du sang, et l'Union des assurances de Paris dont il n'est pas contesté que les droits et obligations ont été transférés à la société requérante. Ainsi, ce contrat ne peut avoir le caractère d'un contrat passé en application du code des marchés publics. Par suite, l'article 2 de la loi du 11 décembre 2001 ne lui a pas donné la nature de contrat administratif. En outre, il résulte de l'instruction que ce contrat ne comporte pas de clause exorbitante du droit commun et n'a pas pour objet de faire participer l'assureur au service public de transfusion sanguine.

7. Il résulte de ce qui précède que la juridiction administrative n'est compétente pour connaître ni de l'opposition formée par l'assureur à l'encontre du titre exécutoire émis par l'ONIAM aux fins de recouvrer des sommes versées à des victimes de contamination transfusionnelle, ni de l'action en garantie formée par l'ONIAM à titre reconventionnel sur le fondement de l'article L. 1221-14 du code de la santé publique. Ces conclusions doivent, par suite, être rejetées comme portées devant une juridiction incompétente pour en connaître, sans qu'il soit besoin de mettre en cause la caisse primaire d'assurance maladie des Yvelines.

8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'ONIAM, qui n'a pas la qualité de partie perdante dans la présente instance, le versement d'une somme au titre des frais exposés par les requérantes et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la société d'assurance Axa France IARD la somme demandée par l'ONIAM au titre des mêmes frais.

DECIDE :

Article 1er : La requête de la société Axa France IARD est rejetée comme portée devant une juridiction incompétente pour en connaître.

Article 2 : Les conclusions de l'ONIAM tendant à la condamnation de la société d'assurance Axa France IARD au paiement d'une somme de 13 036,88 euros au titre des indemnités versées, assortie des intérêts et de la capitalisation des intérêts, sont rejetées comme portées devant une juridiction incompétente pour en connaître.

Article 3 : Les conclusions des parties au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la société Axa France IARD et à l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales.

Délibéré après l'audience du 10 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Mégret, présidente,

Mme Rivet, première conseillère,

M. Gibelin, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 octobre 2022.

Le rapporteur,

signé

F. GibelinLa présidente,

signé

S. Mégret

La greffière,

signé

C. Delannoy

La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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