mardi 11 octobre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| Section | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| N° Dossier | TA78-2005932 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 5ème chambre |
| Avocat requérant | PRADIE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 14 septembre 2020 et le 17 mai 2021, la société JSM Participations, représentée par Me Pradié, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de prononcer la décharge et d'ordonner la restitution de la TVA facturée et collectée à tort au cours de l'année 2016 à hauteur d'un montant total de 490 667 euros ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 5 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la somme facturée le 2 mai 2016 à la société Financière Parcours correspond, à hauteur de 2 420 000 euros, à une indemnité versée en réparation d'un préjudice, et n'entre pas, par conséquent, dans le champ de la TVA tel qu'il est défini par l'article 256 du code général des impôts ; en refusant de faire droit à sa demande, le service a méconnu la doctrine exprimée sous la référence BOI-TVA-BASE-10-10-10 n°260 et 290 ;
- les prestations facturées à la société Winvest le 5 août 2016 n'aurait pas dû donner lieu à une collecte de TVA, conformément aux dispositions de l'article 259 du code général des impôts ; par conséquent, la société est fondée à solliciter la restitution de la somme de 6 667 euros collectée et acquittée à tort ;
-parallèlement à ses demandes contentieuses, la société a fait l'objet d'une procédure de vérification de sa comptabilité qui n'a donné lieu à aucune rectification.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 19 mars 2021 et le 8 mars 2022, le directeur départemental des finances publiques des Yvelines conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
-la demande tendant à la restitution d'un crédit de TVA de 6 667 euros, présentée sur le fondement du 2e alinéa de l'article L. 190 du livre des procédures fiscales, est irrecevable, dès lors que, lorsqu'un contribuable en situation de crédit de TVA constate une TVA déductible supplémentaire, il lui appartient de reporter sur les déclarations suivantes l'excédent de crédit de taxe déductible pour en permettre l'imputation ultérieure sur la TVA à collecter puis, le cas échéant, de formuler une demande de remboursement de l'excédent de TVA déductible dans les conditions fixées par les articles 242-0 A et suivants de l'annexe II au CGI ;
-au demeurant, la société n'a pas indiqué avec précision les déclarations sur lesquelles figureraient la TVA facturée à tort à la société Winvest, et ne justifie pas davantage de la nature exacte des prestations en cause ; en outre les factures rectificatives qu'elle lui a adressées ne contiennent pas les mentions prévues par le 12° du I de l'article 242 nonies de l'annexe II au code général des impôts ;
-la société n'apporte pas la preuve que la somme facturée le 2 mai 2016 à la société Financière Parcours correspondrait à l'indemnisation d'un préjudice.
Par ordonnance du 29 juin 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 15 juillet 2022 à 10h00.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. B,
- les conclusions de Mme Cerf, rapporteure publique,
- et les observations de Me Pradié, représentant la société JSM Participations.
Une note en délibéré, présentée par la société JSM Participations, a été enregistrée le 6 octobre 2022.
Considérant ce qui suit :
1.Par deux réclamations contentieuses datées des 26 et 28 décembre 2018, la société JSM Participations a sollicité la restitution d'une créance de TVA au titre de l'année 2016, correspondant à la taxe collectée et acquittée à tort par le biais de deux factures, émises respectivement les 2 mai et 5 août 2016, à l'attention des sociétés Financière Parcours et Winvest. Ses demandes ayant été implicitement rejetées, la société JSM Participations demande au tribunal de prononcer la décharge et d'ordonner la restitution de la TVA collectée au titre de l'année 2016 à hauteur d'un montant total de 490 667 euros.
Sur la recevabilité des conclusions en tant qu'elles tendent à la restitution de la TVA déclarée au titre du mois de septembre 2016 pour un montant de 6 667 euros
2. Aux termes de l'article L. 190 du livre des procédures fiscales : " Les réclamations relatives aux impôts, contributions, droits, taxes, redevances, soultes et pénalités de toute nature, établis ou recouvrés par les agents de l'administration, relèvent de la juridiction contentieuse lorsqu'elles tendent à obtenir soit la réparation d'erreurs commises dans l'assiette ou le calcul des impositions, soit le bénéfice d'un droit résultant d'une disposition législative ou réglementaire. / Relèvent de la même juridiction les réclamations qui tendent à obtenir la réparation d'erreurs commises par l'administration dans la détermination d'un résultat déficitaire ou d'un excédent de taxe sur la valeur ajoutée déductible sur la taxe sur la valeur ajoutée collectée au titre d'une période donnée, même lorsque ces erreurs n'entraînent pas la mise en recouvrement d'une imposition supplémentaire. () ". L'article 208 de l'annexe II au code général des impôts dispose : " I. - Le montant de la taxe déductible doit être mentionné sur les déclarations déposées pour le paiement de la taxe sur la valeur ajoutée. Toutefois, à condition qu'elle fasse l'objet d'une inscription distincte, la taxe dont la déduction a été omise sur cette déclaration peut figurer sur les déclarations ultérieures déposées avant le 31 décembre de la deuxième année qui suit celle de l'omission. Les régularisations prévues à l'article 207 doivent également être mentionnées distinctement sur ces déclarations. / II. - Lorsque, sur une déclaration, le montant de la taxe déductible excède le montant de la taxe due, l'excédent de taxe dont l'imputation ne peut être faite est reporté, jusqu'à épuisement, sur les déclarations suivantes. Toutefois, cet excédent peut faire l'objet de remboursements dans les conditions fixées par les articles 242-0 A à 242-0 K. ".
3.Lorsqu'un contribuable estime qu'au cours d'une période d'imposition à la taxe sur la valeur ajoutée donnée lors de laquelle il a été tantôt en situation créditrice et tantôt en situation débitrice, il a déclaré plus de taxe à acquitter qu'il n'aurait dû, il lui appartient de reporter sur les déclarations suivantes le crédit de taxe déductible résultant de cette correction pour en permettre l'imputation ultérieure sur la taxe due, puis, si le montant de ce crédit excède le montant de la taxe due, de présenter une demande de remboursement de cet excédent dans les conditions fixées par les articles 242-0 A et suivants de l'annexe II au code général des impôts (CGI). Il ne peut, à défaut, présenter, pour le même motif, une demande de restitution de la taxe par voie de réclamation, en application de l'article L. 190 du livre des procédures fiscales (LPF), qu'au titre des mois au cours desquels il est en situation débitrice et ce, dans la limite des sommes qu'il n'aurait pas, alors, reversées s'il avait reporté les excédents de crédit de taxe auxquels il prétend au titre des mois précédents.
4.En l'espèce, il est constant qu'à l'issue du dépôt de sa déclaration CA 3 au titre du mois de septembre 2016 la société JSM Participations était en situation de crédit de taxe sur la valeur ajoutée. Il ne résulte pas, en revanche, de l'instruction qu'elle aurait procédé à la déclaration du crédit supplémentaire dont la restitution est réclamée dans les conditions prévues par les dispositions précitées. Par suite, l'administration est fondée à soutenir que les conclusions de la société requérante, en tant qu'elles tendent à la restitution de la TVA déclarée à hauteur de 6 667 euros en septembre 2016, doivent être rejetées comme irrecevables.
Sur le surplus des conclusions aux fins de décharge et de restitution :
5Aux termes du I de l'article 256 du code général des impôts : " Sont soumises à la taxe sur la valeur ajoutée les livraisons de biens et les prestations de services effectuées à titre onéreux par un assujetti agissant en tant que tel ". Il résulte de ces dispositions que le versement d'une somme par un débiteur à son créancier ne peut être regardé comme la contrepartie d'une prestation de service entrant dans le champ de la taxe sur la valeur ajoutée qu'à la condition qu'il existe un lien direct entre ce versement et une prestation individualisable. N'est, en revanche, pas soumis à cette taxe le versement d'une indemnité qui a pour seul objet de réparer le préjudice subi par le créancier du fait du débiteur.
6.Aux termes de l'article R. 194-1 du livre des procédures fiscales : " Lorsque, ayant donné son accord à la rectification ou s'étant abstenu de répondre dans le délai légal à la proposition de rectification, le contribuable présente cependant une réclamation faisant suite à une procédure contradictoire de rectification, il peut obtenir la décharge ou la réduction de l'imposition, en démontrant son caractère exagéré. / Il en est de même lorsqu'une imposition a été établie d'après les bases indiquées dans la déclaration souscrite par un contribuable () ". Il résulte de ces dispositions qu'un contribuable ne peut obtenir la restitution de droits de taxe sur la valeur ajoutée qu'il a déclarés et spontanément acquittés conformément à ses déclarations qu'à la condition d'en établir le mal-fondé.
7.En l'espèce, il résulte de l'instruction que la société a émis le 2 mai 2016 une facture à l'attention de la société Financière Participations d'un montant de 3 620 000 euros, mentionnant la TVA au taux normal de 20 % pour un montant de 724 000 euros, en exécution du protocole transactionnel conclu entre la société JSM, M. A, son gérant, et les autres actionnaires de la société Financière Parcours, les sociétés Trief corporation, Oranje Nassau dévelopment et Oranje Nassau Parcours.
8.Pour refuser de faire droit à la demande de remboursement de la TVA contestée, à hauteur de 484 000 euros, le service a estimé que la totalité de l'indemnité transactionnelle versée par la société Financière Parcours à la société JSM Participations devait s'analyser comme la contrepartie d'une prestation de service, soumise à la TVA en application des dispositions rappelées au point 5. Il résulte, toutefois, de l'instruction que le protocole du 24 février 2016 avait pour objet de mettre mettre fin au litige né entre les actionnaires et la société JSM Participations à l'occasion du rachat de la société Financière Parcours par la Société Générale/ALD, opération approuvée par le conseil d'administration de la société le 16 février 2016, malgré l'opposition de la société JSM Participations, qui occupait depuis 2011 les fonctions de président de la Financière Parcours, et de M. A, son gérant. En vertu du protocole du 24 février 2016, la société JSM s'est engagée à démissionner " de son mandat de président de Financière Parcours ", M. A s'engageant, pour sa part, " à mettre fin immédiatement à ses agissements visant à faire échec à la cession ou à la cession du groupe Parcours à un autre acquéreur ". Pour mettre fin au litige ainsi né entre la société JSM Participations, M. A, et les autres actionnaires, la société Financière Parcours s'est engagée, selon les stipulations du point 3.2.1 du même protocole, intitulé " Versement des indemnités ", à payer " deux millions quatre-cent vingt mille euros, hors taxe, à JSM Participations au titre de la fin de ses fonctions de mandataire social du Groupe Parcours " qu'elle occupait depuis l'année 2011 ; les parties ont, en outre, " pris acte " de la cession de l'intégralité des parts détenues par la société JSM Participations et M. A, dans des conditions et à un prix fixés par eux. La société Financière Parcours s'est engagée, par ailleurs, à verser à la société JSM Participations la somme de " un million deux cent mille euros, hors-taxes, () au titre de son engagement de non-concurrence ", pour laquelle la TVA collectée au taux de 20 % ne fait l'objet d'aucune contestation.
9.Il résulte ainsi clairement des stipulations de ces stipulations que la fraction des indemnités allouées à la société JSM Participations à hauteur de 2 420 000 euros a pour unique objet l'indemnisation du préjudice né de la cessation contrainte de ses fonctions de présidente de la société Financière Parcours, consécutive au rachat approuvé par le conseil d'administration, et qu'une indemnité distincte, dont la soumission à la TVA n'est pas contestée, a été versée en contrepartie des engagements contractuels constitutifs de prestations de service. Contrairement à ce que soutient l'administration, s'il résulte de ces mêmes stipulations que M. A et la société JSM Participations ont également pris, dans le cadre dudit protocole, des engagements de " renonciation à tout recours ", de " confidentialité ", de " loyauté ", de " discrétion " et de " non-dénigrement ", ces engagements constituent, en l'espèce, la conséquence nécessaire de la rupture du contrat liant la société JSM à la Financière Parcours, et ne peuvent être regardées comme des prestations de service individualisables auxquelles correspondrait nécessairement une fraction de l'indemnité litigieuse. Dans ces conditions, la société requérante doit être regardée comme apportant la preuve, qui lui incombe, que les sommes en litige n'entraient pas dans le champ de la TVA.
10.Il résulte de ce qui précède que la société JSM Participations est fondée à solliciter la décharge de la taxe sur la valeur ajoutée (TVA) mise à sa charge au titre du mois de mai 2016 à hauteur d'un montant de 484 000 euros, sans qu'il soit besoin de statuer sur le moyen tiré de l'application de la doctrine administrative. Il y a lieu, par voie de conséquence, d'ordonner à l'Etat de procéder à la restitution de cette somme dont la société s'est acquittée par erreur.
Sur les frais
11.Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat le versement à la société JSM Participations d'une somme de 1 500 euros, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, au titre des frais exposés par elle et non-compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : Il est accordée à la société JSM Participation la restitution d'un montant de 484 000 euros au titre de taxe sur la valeur ajoutée au titre du mois de mai 2016.
Article 2 : L'Etat versera à la société JSM Participations la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la société JSM Participations et au directeur départemental des finances publiques des Yvelines.
Délibéré après l'audience du 27 septembre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Delage, président,
Mme Florent, première conseillère,
M. Thivolle, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 octobre 2022.
Le rapporteur,
Signé
G. B
Le président,
Signé
Ph. Delage La greffière,
Signé
V. Retby
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026