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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2007534

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2007534

jeudi 10 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2007534
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantPORTEL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 16 novembre 2020 et le 4 mars 2022, M. A B, représenté par Me Portel, doit être regardé comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté du président du centre interdépartemental de gestion de la Grande Couronne de la région Ile-de-France (CIG) du 16 septembre 2020 le licenciant ;

2°) de mettre à la charge du CIG la somme de 3 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté est entaché de vices de procédure, en l'absence de saisine préalable du conseil de discipline, conformément à l'article 36 du décret n°88-145 du 15 février 1988, à l'article 19 de la loi n°83-634 du 13 juillet 1983 et à l'article 89 de la loi n°84-53 du 26 janvier 1984 ;

- il est entaché d'une erreur de fait et d'une erreur d'appréciation au regard de l'article 97 de la loi n°84-53 du 26 janvier 1984, le requérant étant en incapacité de travailler comme en témoignent les arrêts de travail produits.

Par des mémoires enregistrés le 15 juin 2021 et le 31 mars 2022, le centre interdépartemental de gestion de la Grande Couronne de la Région d'Ile-de-France, représenté par Me Le Baut, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge du requérant une somme de 3 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 1er avril 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 2 mai 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n°83-634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires ;

- la loi n°84-53 du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale ;

- le décret n°88-145 du 15 février 1988 pris pour l'application de l'article 136 de la loi du 26 janvier 1984 modifiée portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale et relatif aux agents contractuels de la fonction publique territoriale ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Vincent, première conseillère,

- les conclusions de Mme Ozenne, rapporteure publique,

- et les observations de Me Le Baut.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, né le 21 septembre 1959 et titulaire du grade d'agent technique territorial depuis 1989, exerçait ses fonctions pour le compte de l'Office public intercommunal d'habitations à loyer modéré (OPHLM) d'Argenteuil. A la suite de plusieurs accidents de service survenus en 1991, 2007, 2009 et 2010, un reclassement a d'abord été préconisé. Il a ensuite été placé en congé de longue maladie d'office puis, après avis du comité médical, en congé de longue maladie, renouvelé jusqu'au terme de sa durée légale maximum soit jusqu'au 10 novembre 2018.

2. L'Office ayant par ailleurs été dissous, le centre interdépartemental de gestion de la Grande Couronne de la région Ile-de-France (CIG) a pris en charge le requérant avec effet au 1er janvier 2016, en application de l'article 97 de la loi du 26 janvier 1984 susvisée. En septembre 2017, le requérant a ensuite informé le CIG qu'il avait déménagé depuis fin 2016 en Martinique.

3. Consulté par le CIG sur son aptitude à la reprise de ses fonctions à l'issue de ses droits statutaires à congé, le comité médical a estimé, dans son avis rendu le 16 avril 2019, qu'il était apte à la reprise de ses fonctions, sous réserve d'aménagements validés par le médecin de prévention. Le CIG l'a ensuite convoqué à deux visites médicales obligatoires auxquelles il ne s'est pas rendu puis l'a mis en demeure de régulariser sa situation administrative, avant de suspendre son traitement le 1er janvier 2020. Après l'avoir convoqué à un entretien préalable à un licenciement auquel il n'a pas participé, le CIG l'a licencié à compter du 5 octobre 2020 par arrêté du 16 septembre 2020 dont il demande l'annulation.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. En premier lieu, si le requérant soutient que le CIG a entaché sa décision de vices de procédure, en l'absence de saisine préalable du conseil de discipline, conformément à l'article 36 du décret du 15 février 1988 susvisé, il ressort des pièces du dossier que le requérant est fonctionnaire. Dès lors, il ne peut utilement se prévaloir des dispositions de l'article 36 du décret du 15 février 1988 précité, qui ne s'appliquent qu'aux agents contractuels, comme le fait valoir le défendeur. En outre, il ressort de l'arrêté attaqué que le CIG s'est fondé sur les dispositions de l'article 97 de la loi du 26 janvier 1984 susvisée pour le licencier et non sur les dispositions de l'article 19 de la loi n°83-634 du 13 juillet 1983 relatif à la procédure disciplinaire et de l'article 89 de la loi n°84-53 du 26 janvier 1984 relatif aux sanctions disciplinaires dont ne fait pas partie, au demeurant, le licenciement. Par suite, les moyens tirés des vices de procédure et de l'erreur de droit commises par le CIG doivent être écartés.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article 97 de la loi du 26 janvier 1984 susvisée, dans sa version applicable au litige : " Dès lors qu'un emploi est susceptible d'être supprimé, l'autorité territoriale recherche les possibilités de reclassement du fonctionnaire concerné. I.- () Si la collectivité ou l'établissement ne peut lui offrir un emploi correspondant à son grade dans son cadre d'emplois ou, avec son accord, dans un autre cadre d'emplois, le fonctionnaire est maintenu en surnombre pendant un an. (). Au terme de ce délai, le fonctionnaire est pris en charge par le centre de gestion dans le ressort duquel se trouve la collectivité ou l'établissement (). Pendant la période de prise en charge, l'intéressé est placé sous l'autorité du Centre national de la fonction publique territoriale ou du centre de gestion, lesquels exercent à son égard toutes les prérogatives reconnues à l'autorité investie du pouvoir de nomination ; l'intéressé est soumis à tous les droits et obligations attachés à sa qualité de fonctionnaire ; (). Le fonctionnaire a l'obligation de faire état tous les six mois à l'autorité de gestion de sa recherche active d'emploi, en communiquant en particulier les candidatures auxquelles il a postulé ou auxquelles il s'est présenté spontanément et les attestations d'entretien en vue d'un recrutement. (). II.- -La prise en charge cesse après trois refus d'offre d'emploi. (). Le Centre national de la fonction publique territoriale ou le centre de gestion peuvent mettre fin à la prise en charge d'un fonctionnaire qui n'a pas respecté, de manière grave et répétée, les obligations prévues par le présent article, en particulier les actions de suivi et de reclassement mises en œuvre par l'autorité de gestion. Dans ce cas, le fonctionnaire peut être licencié ou, le cas échéant, admis à la retraite. () ".

6. Le requérant soutient que le CIG a considéré à tort qu'il n'avait pas respecté ses obligations au sens de l'article 97 précité, lui ayant régulièrement adressé ses arrêts de travail. Il produit à cet égard des arrêts de travail s'étendant du 11 octobre 2019 au 10 avril 2020 puis du 1er octobre 2020 au 31 mars 2021 pour rupture bicipitale droite.

7. Au cas d'espèce, il ressort de l'arrêté attaqué qu'est reproché au requérant de ne pas avoir fait état, tous les six mois, de sa recherche active d'emploi et de ne pas s'être présenté, par visio-conférence, à l'entretien préalable au licenciement. Il est constant que le requérant a été déclaré apte à reprendre ses fonctions sous réserve d'aménagements de poste, à la suite de l'avis rendu par le comité médical dans sa séance du 16 avril 2019, avec maintien de son congé de longue maladie jusqu'à la date de sa reprise effective. Il n'est pas contesté qu'il a refusé d'accepter un emploi d'ouvrier de régie, en contrat à durée indéterminée ou par la voie du détachement, auprès de la société coopérative d'intérêt collectif (SCIC) AB Habitat liée au CIG par convention, à la suite duquel le CIG l'a informé qu'il était convoqué à une visite médicale le 24 septembre 2019 à laquelle il ne s'est pas présenté, de même qu'à celle reprogrammée le 14 novembre 2019. Il ressort en outre des pièces du dossier que le CIG l'a mis en demeure, par plusieurs courriers datés du 9 décembre 2019, du 6 janvier 2020, du 3 février 2020 et du 25 février 2020, de régulariser sa situation administrative. Il l'a ainsi enjoint, dans l'hypothèse d'une nouvelle pathologie, de transmettre par courrier des éléments médicaux sous pli confidentiel en faisant état afin qu'il soumette d'abord son dossier au comité médical et qu'il puisse ensuite statuer sur une mise en disponibilité d'office pour raisons de santé ou, dans l'hypothèse d'arrêts de travail liés à la pathologie pour laquelle il a été déclaré apte, organiser un rendez-vous auprès de la responsable du service Bourse de l'Emploi pour l'accompagner dans sa recherche d'emploi. Or, il ressort des pièces du dossier que le requérant, qui s'est installé aux Antilles, n'a pas répondu à ces mises en demeure et s'est borné à transmettre des éléments insuffisants pour conduire le CIG à saisir de nouveau le comité médical. Dès lors, le requérant n'établit pas la réalité de son empêchement physique à satisfaire à son obligation de recherche active d'emploi. Dans ces circonstances, le requérant doit être regardé comme n'ayant pas respecté de manière grave et répétée les obligations attachées à sa qualité de fonctionnaire, telles que prévues par l'article 97 de la loi précitée. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de fait et de l'erreur manifeste d'appréciation doit être rejeté.

8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation dirigées contre l'arrêté le licenciant doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge du centre interdépartemental de gestion de la Grande Couronne de la région Ile-de-France, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que M. B demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de M. B une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par le centre de gestion et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : M. B versera au centre interdépartemental de gestion de la Grande Couronne de la région Ile-de-France la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au centre interdépartemental de gestion de la Grande Couronne de la région Ile-de-France.

Délibéré après l'audience du 21 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

- Mme Gosselin, président,

- Mme Vincent, première conseillère,

- Mme Geismar, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 novembre 2022.

La rapporteure,

signé

L. Vincent

Le président,

signé

C. GosselinLa greffière,

signé

S. Burel

La République mande et ordonne au préfet des Yvelines en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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