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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2100238

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2100238

jeudi 1 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2100238
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation8ème chambre
Avocat requérantTRICAUD

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I. Par une ordonnance du 3 décembre 2020, le président de la 5ème section du tribunal administratif de Paris a transmis au tribunal la requête présentée par M. C A.

Par une requête, enregistrée sous le n° 2100238 et un mémoire, enregistrés au greffe du tribunal administratif de Paris le 30 décembre 2019 et le 7 octobre 2020, M. C A, représenté par Me Harabi, demande au tribunal :

1°) d'annuler pour excès de pouvoir la décision du 14 août 2019 par laquelle le conseiller réglementaire du service des ressources humaines du Centre national de la recherche scientifique (CNRS) Île-de-France Gif-sur-Yvette a refusé de lui accorder, au titre de la mission de recherche dans les Terres australes et antarctiques françaises à laquelle il a participé du 1er décembre 2018 au 19 janvier 2019, le bénéfice du régime particulier de rémunération institué par le décret du 21 juin 1968 fixant le régime particulier de rémunération des personnels civils de l'État et des établissements publics à caractère administratif envoyés en service temporaire dans le territoire des Terres australes et antarctiques françaises ;

2°) d'enjoindre au président du CNRS de lui accorder, au titre de la mission de recherche dans les Terres australes et antarctiques françaises à laquelle il a participé du 1er décembre 2018 au 19 janvier 2019, le bénéfice du régime particulier de rémunération prévu par le décret du 21 juin 1968 dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge du CNRS une somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'un vice d'incompétence ;

- elle est entachée d'une erreur de droit, dès lors que le décret du 21 juin 1968 n'exclut pas les agents contractuels du bénéfice du régime particulier de rémunération qu'il institue et que les stipulations de son contrat de travail ne sauraient justifier qu'il soit dérogé aux dispositions réglementaires qui lui sont applicables ;

- elle méconnaît le principe d'égalité de traitement des agents publics ;

- elle méconnaît la clause 4 de l'accord-cadre du 18 mars 1999 sur le travail à durée déterminée.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 5 octobre 2020 et 8 juillet 2022, le CNRS conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 30 août 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 30 septembre 2022.

II. Par une ordonnance du 11 janvier 2021, le président de la 5ème section du tribunal administratif de Paris a transmis au tribunal la requête présentée par M. C A.

Par une requête, enregistrée sous le n° 2100239 et un mémoire, enregistrés au greffe du tribunal administratif de Paris le 30 décembre 2019 et le 7 octobre 2020, M. C A, représenté par Me Harabi, demande au tribunal :

1°) d'annuler pour excès de pouvoir la décision implicite de rejet résultant du silence gardé par le président du CNRS sur la demande qu'il lui a adressée le 17 septembre 2019 tendant à bénéficier, au titre de la mission de recherche dans les Terres australes et antarctiques françaises à laquelle il a participé du 1er décembre 2018 au 19 janvier 2019, du régime particulier de rémunération institué par le décret du 21 juin 1968 fixant le régime particulier de rémunération des personnels civils de l'État et des établissements publics à caractère administratif envoyés en service temporaire dans le territoire des Terres australes et antarctiques françaises ;

2°) d'enjoindre au président du CNRS de lui accorder, au titre de la mission de recherche dans les Terres australes et antarctiques françaises à laquelle il a participé du 1er décembre 2018 au 19 janvier 2019, le bénéfice du régime particulier de rémunération institué par le décret du 21 juin 1968 dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge du CNRS une somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'une erreur de droit, dès lors qu'il fait partie du personnel civil d'un établissement public à caractère administratif et que le décret du 21 juin 1968 n'exclut pas les agents contractuels du bénéfice du régime particulier de rémunération qu'il institue ;

- elle méconnaît le principe d'égalité de traitement des agents publics ;

- elle méconnaît la clause 4 de l'accord-cadre du 18 mars 1999 sur le travail à durée déterminée.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 5 octobre 2020 et 8 juillet 2022, le CNRS conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 30 août 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 30 septembre 2022.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 ;

- le décret n° 52-1122 du 6 octobre 1952 ;

- le décret n° 67-600 du 23 juillet 1967 ;

- le décret n° 68-568 du 21 juin 1968 ;

- le décret n° 2009-464 du 23 avril 2009 ;

- l'arrêté du 29 août 2016 fixant le montant de la rémunération du doctorant contractuel ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Connin, conseiller ;

- les conclusions de Mme Marc, rapporteure publique ;

- et les observations de Mme B, représentant le CNRS.

Considérant ce qui suit :

1. M. C A a été recruté en qualité de doctorant contractuel par le CNRS pour une durée de trois ans à compter du 1er janvier 2018. Ayant participé à une mission de recherche dans les Terres australes et antarctiques françaises du 1er décembre 2018 au 19 janvier 2019, il a sollicité le bénéfice du régime particulier de rémunération institué par le décret du 21 juin 1968 fixant le régime particulier de rémunération des personnels civils de l'État et des établissements publics à caractère administratif envoyés en service temporaire dans le territoire des Terres australes et antarctiques françaises. Par une décision du 14 août 2019, le conseiller réglementaire du service des ressources humaines du CNRS Île-de-France Gif-sur-Yvette a rejeté sa demande au motif que le décret du 21 juin 1968 n'est applicable qu'aux fonctionnaires. Par un courrier du 17 septembre 2019, reçu le 19 septembre 2019, M. A a réitéré sa demande auprès du président du CNRS. Le silence gardé par ce dernier sur cette demande a fait naître une décision implicite de rejet le 19 novembre 2019. Par deux requêtes qui présentent à juger les mêmes questions et qu'il y a lieu de joindre pour statuer par un seul jugement, M. A demande au tribunal l'annulation des décisions des 14 août et 19 novembre 2019.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article 1er du décret du 21 juin 1968 fixant le régime particulier de rémunération des personnels civils de l'État et des établissements publics à caractère administratif envoyés en service temporaire dans le territoire des Terres australes et antarctiques françaises : " Les personnels civils de l'Etat et des établissements publics à caractère administratif appelés à servir de façon temporaire dans le territoire des Terres australes et antarctiques françaises perçoivent, pendant la durée de leur séjour et à l'exclusion d'indemnité journalière de mission, le traitement afférent à l'indice hiérarchique détenu dans l'emploi occupé, augmenté de l'indemnité de résidence et du supplément familial de traitement qu'ils percevraient s'ils étaient en service à Paris, l'ensemble étant multiplié par le coefficient de majoration prévu par l'article 2 du décret n° 67-600 du 23 juillet 1967 susvisé. ". L'article 2 du même décret précise que : " Les personnels visés à l'article 1er peuvent prétendre, d'autre part, à l'indemnité d'éloignement prévue par l'article 6 du décret n° 52-1122 du 6 octobre 1952. / Cette indemnité, dont le montant est calculé proportionnellement à la durée de leur séjour effectif, leur sera toutefois versée en même temps que leur rémunération. ".

3. Le principe d'égalité ne s'oppose pas à ce que l'autorité investie du pouvoir réglementaire règle de façon différente des situations différentes ni à ce qu'elle déroge à l'égalité pour des raisons d'intérêt général pourvu que, dans l'un comme l'autre cas, la différence de traitement qui en résulte soit en rapport direct avec l'objet de la norme qui l'établit et ne soit pas manifestement disproportionnée au regard des motifs susceptibles de la justifier. Ces modalités de mise en œuvre du principe d'égalité sont applicables à l'édiction de normes régissant la situation d'agents publics qui, en raison de leur contenu, ne sont pas limitées à un même corps ou à un même cadre d'emplois de fonctionnaires.

4. Il ressort des pièces du dossier que le décret du 21 juin 1968 a institué un régime particulier de rémunération qui vise à prendre en compte les sujétions particulières attachées aux conditions d'exercice de leurs fonctions par les personnels civils de l'État et des établissements publics à caractère administratif appelés à servir de façon temporaire dans le territoire des Terres australes et antarctiques françaises. Pour la mise en œuvre de ce régime particulier de rémunération, les dispositions de ce décret se réfèrent au traitement, à l'indemnité de résidence et au supplément familial de traitement, ainsi qu'au coefficient de majoration prévu par l'article 2 du décret du 23 juillet 1967 relatif au régime de rémunération des magistrats et des fonctionnaires de l'État en service dans les territoires d'Outre-mer et à l'indemnité d'éloignement prévue par l'article 6 du décret du 6 octobre 1952 fixant le régime de rémunération, la durée de séjour réglementaire, les congés administratifs et les prestations familiales des personnels en service dans les Établissements permanents des terres australes et antarctiques.

5. Si les fonctionnaires et les agents contractuels sont placés dans des situations différentes, notamment pour ce qui concerne la détermination des éléments de leur rémunération, il ressort des pièces du dossier qu'au regard de la nature de leurs missions et des conditions d'exercice de leurs fonctions, les doctorants contractuels servant de façon temporaire dans le territoire des Terres australes et antarctiques françaises sont exposés à des sujétions comparables, liées à l'éloignement géographique de ces territoires, à celles des autres personnels civils de l'État et des établissements publics à caractère administratif bénéficiant du régime particulier de rémunération prévu par le décret du 21 juin 1968. Les circonstances, invoquées en défense, tenant à la particularité du statut des doctorants contractuels, au caractère forfaitaire de leur rémunération qui n'est pas fixée par référence à un indice et à l'encadrement de leur rémunération par le décret du 23 avril 2009 relatif aux doctorants contractuels des établissements publics d'enseignement supérieur ou de recherche et l'arrêté du 29 août 2016 fixant le montant de la rémunération du doctorant contractuel, ne sont pas en rapport direct avec l'objet du régime particulier de rémunération institué par le décret du 21 juin 1968.

6. Il résulte de ce qui précède que le conseiller réglementaire du service des ressources humaines du CNRS Île-de-France Gif-sur-Yvette et le président du CNRS n'ont pu, sans méconnaître le principe d'égalité devant la loi, se fonder sur la qualité de doctorant contractuel de M. A, qui a participé à une mission de recherche dans les Terres australes et antarctiques françaises du 1er décembre 2018 au 19 janvier 2019, pour refuser de lui accorder le bénéfice du régime particulier de rémunération institué par le décret du 21 juin 1968.

7. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. A est fondé à demander l'annulation des décisions qu'il attaque.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

8. En raison des motifs qui la fonde, l'annulation des décisions attaquées implique nécessairement, compte tenu de l'absence de changement dans les circonstances de droit ou de fait y faisant obstacle et résultant de l'instruction, que M. A bénéficie, au titre de la mission de recherche dans les Terres australes et antarctiques françaises à laquelle il a participé du 1er décembre 2018 au 19 janvier 2019, du régime particulier de rémunération institué par le décret du 21 juin 1968. Il y a lieu, par suite, d'enjoindre au président du CNRS d'accorder à M. A ce bénéfice, dans un délai de quatre mois à compter de la notification du présent jugement. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du CNRS une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par M. A et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er : La décision du 14 août 2019 du conseiller réglementaire du service des ressources humaines du CNRS Île-de-France Gif-sur-Yvette et la décision implicite de rejet du 19 novembre 2019 du président du CNRS sont annulées.

Article 2 : Il est enjoint au président du CRNS d'accorder à M. A, au titre de la mission de recherche dans les Terres australes et antarctiques françaises à laquelle il a participé du 1er décembre 2018 au 19 janvier 2019, le bénéfice du régime particulier de rémunération institué par le décret du 21 juin 1968, dans un délai de quatre mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Le CNRS versera à M. A une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et à la ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche.

Copie en sera adressée pour information au Centre national de la recherche scientifique

Délibéré après l'audience publique du 17 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Christine Grenier, présidente,

Mme Virginie Caron, première conseillère,

M. Nicolas Connin, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er décembre 2022.

Le rapporteur,

signé

N. CONNIN

La présidente,

signé

C. GRENIER

La greffière,

signé

G. LE PRÉ

La République mande et ordonne à la ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

4

N° 1901371

1

Nos 2100238, 2100239

7

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