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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2101531

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2101531

vendredi 16 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2101531
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantGERARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire enregistrés les 22 février 2021 et le 9 décembre 2022, M. B A représente par Me Gérard demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté de licenciement en date du 17 décembre 2020 ;

2°) d'enjoindre au Syndicat intercommunal de collecte et de traitement des ordures ménagères de Rambouillet de le réintégrer dans ses fonctions avec effet rétroactif à la date de son éviction et de reconstituer sa carrière et ses droits dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir sous astreinte de 300 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 5 000 euros au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision est entachée d'une erreur d'appréciation eu égard à ce que l'enquête administrative a été menée de façon impartiale et a méconnu le principe du contradictoire ;

- elle est entachée d'erreur matérielle et d'inexactitude des faits reprochés concernant les carences managériales ;

- elle est entachée d'une erreur de qualification juridique des faits en ce que les faits reprochés ne peuvent pas être constitutifs d'une insuffisance professionnelle ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation concernant son aptitude professionnelle ;

- elle est entachée d'un détournement de procédure de sanction.

Par deux mémoires en défense produit les 14 octobre 2022 et 21 décembre 2022, le Syndicat intercommunal de collecte et de traitement des ordures ménagères de Rambouillet représenté par Me Bazin conclut au rejet de la requête et demande que la somme de 1.500 euros soit mise à la charge de M. A au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires ;

- la loi n°84-53 du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale ;

- le décret du 30 décembre 1987 portant statut particulier du cadre d'emplois des attachés territoriaux ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Gosselin, président-rapporteur,

- les conclusions de Mme Ozenne, rapporteure publique,

- les observations de Me Gérard

- et les observations de Me Bazin.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A est agent de la commune de Rambouillet depuis le 1er juin 2003. D'abord recruté par contrats à durée déterminée pour exercer les fonctions de technicien pour la propreté urbaine, il a été ensuite nommé ingénieur stagiaire à compter du 1er juillet 2009 en qualité d'ingénieur et a été titularisé, le 1er juillet 2010. Il a bénéficié d'un avancement de grade le 1er octobre 2015 et occupe l'emploi de responsable technique chargé d'exploitation et des services. A la suite d'un signalement d'un des agents, le président du Syndicat intercommunal de collecte et de traitement des ordures ménagères a diligenté une enquête administrative interne en novembre 2019. Par une décision du 22 janvier 2020, M. A a été suspendu de ses fonctions. Par un arrêté du 7 décembre 2020, le Syndicat intercommunal de collecte et de traitement des ordures ménagères de Rambouillet, a prononcé son licenciement à compter du 1er janvier 2021. M. A demande l'annulation de cette sanction, ainsi à ce qu'il soit enjoint à la commune, d'une part, de le réintégrer et d'autre part, de reconstituer de sa carrière et ses droits.

2. D'une part, aux termes de l'article 29 de la loi du 13 juillet 1983 : " Toute faute commise par un fonctionnaire dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice de ses fonctions l'expose à une sanction disciplinaire sans préjudice, le cas échéant, des peines prévues par la loi pénale ". Et aux termes de l'article 30 de cette même loi : " En cas de faute grave commise par un fonctionnaire, qu'il s'agisse d'un manquement à ses obligations professionnelles ou d'une infraction de droit commun, l'auteur de cette faute peut être suspendu par l'autorité ayant pouvoir disciplinaire qui saisit, sans délai, le conseil de discipline. Le fonctionnaire suspendu conserve son traitement, l'indemnité de résidence, le supplément familial de traitement et les prestations familiales obligatoires. Sa situation doit être définitivement réglée dans le délai de quatre mois. Si, à l'expiration d'un délai de quatre mois, aucune décision n'a été prise par l'autorité ayant le pouvoir disciplinaire, le fonctionnaire qui ne fait pas l'objet de poursuites pénales est rétabli dans ses fonctions ".

3. D'autre part, aux termes de l'article 93 de la loi du 26 janvier 1984 susvisée : " Le licenciement pour insuffisance professionnelle est prononcé après observation de la procédure prévue en matière disciplinaire () ". Enfin, l'article 2 du décret du 30 décembre 1987 susvisé dispose que ces derniers " participent à la conception, à l'élaboration et à la mise en œuvre des politiques décidées dans les domaines administratif, financier, économique, sanitaire, social, culturel, de l'animation et de l'urbanisme. Ils peuvent ainsi se voir confier des missions, des études ou des fonctions comportant des responsabilités particulières, notamment en matière de gestion des ressources humaines, de gestion des achats et des marchés publics, de gestion financière et de contrôle de gestion, de gestion immobilière et foncière et de conseil juridique. Ils peuvent également être chargés des actions de communication interne et externe et de celles liées au développement, à l'aménagement et à l'animation économique, sociale et culturelle de la collectivité. Ils exercent des fonctions d'encadrement et assurent la direction de bureau ou de service " ; une insuffisance professionnelle peut résulter, pour un directeur, du seul fait d'une incapacité à développer des relations de travail adéquates avec ses équipes dès lors que cette insuffisante compétence managériale est susceptible de compromettre le bon fonctionnement du service public alors même que la collectivité publique ne contesterait pas, par ailleurs, les connaissances techniques de l'agent.

4. Le licenciement pour insuffisance professionnelle d'un agent public ne peut être fondé que sur des éléments révélant l'inaptitude de l'agent à exercer normalement les fonctions pour lesquelles il a été engagé, s'agissant d'un agent contractuel, ou correspondant à son grade, s'agissant d'un fonctionnaire, et non sur une carence ponctuelle dans l'exercice de ces fonctions. Lorsque la manière de servir d'un fonctionnaire exerçant des fonctions qui ne correspondent pas à son grade le justifie, il appartient à l'administration de mettre fin à ses fonctions. Une évaluation portant sur la manière dont l'agent a exercé de nouvelles fonctions correspondant à son grade durant une période suffisante et révélant son inaptitude à un exercice normal de ces fonctions peut, alors, être de nature à justifier légalement son licenciement.

5. Pour prononcer le licenciement de M. A pour insuffisance professionnelle, le Syndicat défendeur s'est fondé sur son incapacité à développer des relations de travail adéquates avec ses équipes, eu égard aux difficultés de communication de l'intéressé et à son emploi récurrent de propos inappropriés dans l'exercice de ses fonctions. Il ressort des pièces du dossier que le Syndicat a, dans un premier temps, demandé une enquête administrative au centre interdépartemental de gestion qui n'a pas conclu à une sanction pour le requérant mais en revanche a préconisé la délivrance d'une formation à la gestion du personnel à M. A. Le Syndicat intercommunal de collecte et de traitement des ordures ménagères de Rambouillet (SICTOM) a alors demandé une autre enquête administrative, effectuée par ses services qui a conclu à la sanction de M. A. Toutefois, et alors que le SICTOM de Rambouillet ne conteste pas les connaissances techniques de l'intéressé, le Syndicat ne soutient ni n'allègue avoir proposé une quelconque formation à M. A. Il ressort également des pièces du dossier que la manière de servir de l'intéressé a toujours été satisfaisante depuis plus de dix années sur le même poste, que ses évaluations ont toujours été bonnes et que son dossier ne contient aucun reproche soit disciplinaire soit portant sur sa compétence professionnelle. Par suite, M. A est fondé à soutenir que le président du SICTOM de Rambouillet a entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation en décidant de licencier M. A pour insuffisance professionnelle.

6. Il résulte de tout ce qui précède que la décision du 17 décembre 2020 licenciant M. A doit être annulée.

7. L'exécution de la présente décision requiert que le SICTOM de Rambouillet réintègre M. A dans ses fonctions dans un délai de trois mois à compter de la notification du jugement. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

8. Par ailleurs, dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge du Syndicat intercommunal de collecte et de traitement des ordures ménagères de Rambouillet la somme de 1.800 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative à verser à M. A.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du président du Syndicat intercommunal de collecte et de traitement des ordures ménagères de Rambouillet du 17 décembre 2020 licenciant M. A est annulé.

Article 2 : Le Syndicat intercommunal de collecte et de traitement des ordures ménagères de Rambouillet réintégrera M. A dans son poste dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Le Syndicat intercommunal de collecte et de traitement des ordures ménagères de Rambouillet versera la somme de 1.800 (mille huit cents) euros à M. A au titre des frais d'instance.

Article 4 : Les conclusions présentées par le Syndicat intercommunal de collecte et de traitement des ordures ménagères de Rambouillet au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au Syndicat intercommunal de collecte et de traitement des ordures ménagères de Rambouillet.

Délibéré après l'audience du 2 juin 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Gosselin, président,

Mme Vincent, première conseillère,

Mme Geismar, première conseillère.

Lu en audience publique le 16 juin 2023.

Le président-rapporteur,

Signé

C. GosselinL'assesseur le plus ancien,

Signé

L. Vincent

La greffière,

Signé

S. Lamarre

La République mande et ordonne au préfet des Yvelines en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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