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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2102103

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2102103

jeudi 10 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2102103
TypeDécision
RecoursExécution d'un jugement
Formation2ème chambre
Avocat requérantAARPI GARRIGUES BEAULAC ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 12 mars 2021, M. C D, représenté par Me Beaulac, doit être regardé comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté du 14 janvier 2021 du président du conseil d'administration du service départemental d'incendie et de secours de l'Essonne (SDIS 91) refusant de reconnaître l'imputabilité au service de sa rechute survenue le 18 avril 2019 ;

2°) d'enjoindre au SDIS 91, à titre principal, de régulariser sa situation ; à défaut, d'ordonner, par un jugement avant-dire droit, une expertise médicale afin de déterminer l'imputabilité des troubles survenus le 18 avril 2019 à l'accident de service initial survenu le 20 novembre 2007 ;

3°) de mettre à la charge du SDIS 91 la somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué a été signé par une autorité incompétente ;

- il est entaché d'une erreur d'appréciation au regard de l'article 57 de la loi n °84-53 du 26 janvier 1984 et de l'article 47-18 du décret n°86-442 du 14 mars 1986 en considérant qu'il s'agit d'une pathologie indépendante évoluant pour son propre compte.

Par un mémoire enregistré le 5 mai 2021, le SDIS de l'Essonne, représenté par Me Derridj, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge du requérant la somme de 1 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 20 mai 2021, la clôture de l'instruction a été fixée au 21 juin 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n°83-634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires ;

- la loi n°84-53 du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale ;

- le décret n°87-602 du 30 juillet 1987 pris pour l'application de la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale et relatif à l'organisation des conseils médicaux, aux conditions d'aptitude physique et au régime des congés de maladie des fonctionnaires territoriaux ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Vincent, première conseillère,

- les conclusions de Mme Ozenne, rapporteure publique,

- et les observations de Me Derridj, représentant le SDIS 91.

Considérant ce qui suit :

1. M. C D, sapeur-pompier professionnel exerçant au sein du service départemental d'incendie et de secours de l'Essonne (SDIS 91), a été victime d'un accident le 20 novembre 2007 lors d'un entraînement sportif. Cet accident et l'ensemble des arrêts de travail qui ont suivi ont été reconnus imputables au service après avis favorable de la commission de réforme les 4 mars 2008 et 23 juin 2009.

2. Le 18 avril 2019, à l'occasion d'une séance de natation dans le cadre de son activité professionnelle, il s'est de nouveau blessé. Il a été placé en arrêt de travail, déclaré par son médecin traitant comme étant une rechute de son accident de service initial du 20 novembre 2007. Il a fait l'objet d'une première expertise, le 10 décembre 2019, à la demande du SDIS puis d'une contre-expertise, le 29 septembre 2020, à sa demande, concluant toutes deux à l'absence de rapport direct et certain avec l'accident du 20 novembre 2007. Après avis défavorable rendu par la commission de réforme le 15 décembre 2020, le SDIS a refusé, par arrêté du 14 janvier 2021 dont il demande l'annulation, de reconnaître les douleurs ressenties en avril 2019 comme étant imputables à l'accident de service initial.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que l'arrêté litigieux a été signé par le colonel A B, directeur départemental adjoint du SDIS 91, qui bénéficiait, en vertu d'un arrêté n°205338 du 16 octobre 2020, d'une délégation de signature du président du conseil d'administration à l'effet de signer, en matière d'administration générale, " les arrêtés, décisions et correspondances () relevant de la compétence du SDIS autres que ceux visés dans les matières exclues expressément du champ de la délégation de signature ", dont ne font pas partie les arrêtés relatifs à l'imputabilité au service d'un accident ou d'une rechute. Par suite, le moyen doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983 susvisée, seul applicable au litige à la date de la décision attaquée, dans sa version alors en vigueur : " I.- Le fonctionnaire en activité a droit à un congé pour invalidité temporaire imputable au service lorsque son incapacité temporaire de travail est consécutive à un accident reconnu imputable au service, à un accident de trajet ou à une maladie contractée en service définis aux II, III et IV du présent article. Ces définitions ne sont pas applicables au régime de réparation de l'incapacité permanente du fonctionnaire. Le fonctionnaire conserve l'intégralité de son traitement jusqu'à ce qu'il soit en état de reprendre son service ou jusqu'à la mise à la retraite. Il a droit, en outre, au remboursement des honoraires médicaux et des frais directement entraînés par la maladie ou l'accident. (). II. Est présumé imputable au service tout accident survenu à un fonctionnaire, quelle qu'en soit la cause, dans le temps et le lieu du service, dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice par le fonctionnaire de ses fonctions ou d'une activité qui en constitue le prolongement normal, en l'absence de faute personnelle ou de toute autre circonstance particulière détachant l'accident du service. () ".

5. La rechute d'un accident de service se caractérise par la récidive ou l'aggravation subite et naturelle de l'affection initiale après sa consolidation sans intervention d'une cause extérieure. Cependant, lorsque l'état d'un fonctionnaire est consolidé postérieurement à un accident imputable au service, le bénéfice de ces dispositions est subordonné, non pas à l'existence d'une rechute ou d'une aggravation de sa pathologie, mais à l'existence de troubles présentant un lien direct et certain avec l'accident de service.

6. De plus, l'existence d'un état antérieur ne permet d'écarter l'imputabilité au service de l'état d'un agent que lorsqu'il apparaît que cet état détermine à lui seul l'incapacité professionnelle de l'intéressé.

7. Au cas d'espèce, il est constant que le requérant a été victime, en novembre 2007, d'un traumatisme cervical avec paresthésies du bras gauche en effectuant une roulade lors d'un stage de préparation sportive, qui a nécessité l'intervention d'une opération chirurgicale pour hernie discale C6-C7 le 25 février 2008 et un congé maladie pendant 18 mois. Son état de santé a été considéré comme consolidé en juin 2009. Il est également constant qu'en avril 2019, à l'occasion d'une séance de natation, il a de nouveau ressenti des douleurs avec paresthésies du bras gauche à la suite desquelles a été découverte une hernie discale C5-C6, à la suite de laquelle il a subi une nouvelle intervention chirurgicale en septembre 2019. Si le requérant soutient que la symptomatologie des douleurs ressenties, survenue de manière spontanée et brutale, est identique à celle ayant donné lieu à reconnaissance de son premier accident comme imputable au service, les deux chirurgiens orthopédiques consultés ont conclu à l'absence de lien direct et certain avec l'accident de service survenu initialement, le premier expert consulté indiquant même que les lésions apparues sont " très probablement en lien à une pathologie indépendante évoluant pour son propre compte d'autant plus qu'il existe un état antérieur ", motif également retenu par la commission de réforme dans son avis émis le 15 décembre 2020.

8. Toutefois, si cette première expertise signale l'existence d'un état antérieur lié à une chute de vélo, sans plus de précision, la seconde ne mentionne aucun antécédent médical autre que les deux hernies discales ayant conduit aux interventions chirurgicales de 2008 et 2019 alors que des témoignages versés au dossier confirment que le requérant avait indiqué avoir subi une chute en VTT lors d'une course de sapeur-pompier, préalablement à l'accident subi en 2007. Or, il ressort des pièces du dossier que cette chute en VTT n'a pas été un obstacle à la reconnaissance de l'imputabilité au service de l'accident subi en 2007. En tout état de cause, aucun élément n'est versé au dossier sur les suites médicales qui auraient été données à cette chute en VTT permettant de confirmer l'existence de cet état antérieur. En outre, si le requérant a fait l'objet d'une deuxième expertise à sa demande, l'expert mandaté s'est borné à conclure " pas de rechute au titre de l'AT de 2007, pas de lien de causalité de façon certaine ", sans indiquer les motifs sur lesquels reposent ses conclusions. De plus, il ressort des pièces du dossier que le requérant conteste fermement l'existence d'une pathologie indépendante évoluant pour son propre compte, en faisant valoir que la symptomatologie des douleurs ressenties lors de la séance de natation est rigoureusement identique à celle ayant justifié les arrêts de travail précédemment reconnus comme étant imputables au service, comme en témoignent les éléments médicaux versés au dossier.

9. Il résulte de ce qui précède que l'état du dossier ne permet pas au tribunal d'apprécier si les troubles dont a été victime le requérant en 2019 présentent un lien direct et certain avec l'accident de service dont il a été victime en 2007 ou sont imputables à une pathologie évoluant pour son propre compte. Dès lors, il y a lieu, avant de statuer sur la requête de M. D d'ordonner une expertise sur ces points sur le fondement de l'article R. 621-1 du code de justice administrative, comme le demande le requérant, eu égard aux avis médicaux divergents d'une part, à l'identité de symptomatologie d'autre part.

D E C I D E :

Article 1er : Il sera, avant de statuer sur la requête de M. D, procédé par un expert, désigné par le président du tribunal administratif, à une expertise avec pour mission de :

1°) procéder à l'examen médical de M. D, prendre connaissance de son entier dossier médical et se faire communiquer l'ensemble des éléments qu'il estimera utiles au bon accomplissement de sa mission et entendre tout sachant ;

2°) décrire son état de santé en se prononçant, le cas échéant, sur l'existence ou non d'un état antérieur à l'accident de service survenu en 2007, consécutif à une chute en VTT préalable à cet accident, et dans l'affirmative, décrire cet état antérieur ;

3°) déterminer si les troubles dont a été victime le requérant en 2019 présentent un lien direct et certain avec l'accident de service dont il a été victime en 2007 ou s'ils sont exclusivement imputables à une pathologie évoluant pour son propre compte ou à un état antérieur.

Article 2 : L'expert accomplira sa mission dans les conditions prévues par les articles R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative. Il prêtera serment par écrit devant le greffier en chef du tribunal. L'expert déposera son rapport au greffe du tribunal en deux exemplaires et en notifiera copie aux parties dans le délai fixé par le président du tribunal dans sa décision le désignant.

Article 3 : Les frais d'expertise sont réservés pour y être statué en fin d'instance.

Article 4 : Tous droits et moyens des parties, sur lesquels il n'est pas expressément statué par le présent jugement, sont réservés jusqu'en fin d'instance.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. C D et au service départemental d'incendie et de secours de l'Essonne.

Délibéré après l'audience du 21 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

- Mme Gosselin, présidente,

- Mme Vincent, première conseillère,

- Mme Geismar, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 novembre 2022.

La rapporteure,

signé

L. Vincent

La présidente,

signé

C. GosselinLa greffière,

signé

S. Burel

La République mande et ordonne au préfet de l'Essonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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