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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2102310

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2102310

mardi 9 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2102310
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation6ème chambre
Avocat requérantPIGOT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 18 mars 2021, Mme E C, représentée par Me Pigot, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 18 février 2021 par lequel le préfet des Yvelines a refusé de l'admettre au séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet des Yvelines de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de 15 jours à compter de la notification du jugement, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, ou à défaut de réexaminer sa situation à fin de délivrance d'un titre de séjour et ce dans un délai de 15 jours à compter de la notification du jugement, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros qui sera versée à son conseil, Me Pigot, en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 sous réserve de sa renonciation à percevoir la part contributive de l'Etat, ou, à défaut d'admission à l'aide juridictionnelle, qui lui sera versée en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Mme C soutient que :

- la décision de refus de titre de séjour est insuffisamment motivée ;

- le préfet des Yvelines n'a pas respecté son droit à être entendue tiré de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 29 décembre 2022, le préfet des Yvelines conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- la fille de Mme C a obtenu le statut de réfugié par décision de l'OFPRA le 24 novembre 2021, il appartient donc à la requérante de solliciter de plein droit une carte de séjour en qualité de parent d'enfant de réfugié ;

- les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Par une décision du 28 janvier 2022, la demande d'aide juridictionnelle de Mme C a été rejetée en raison de sa caducité.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code des relations entre le public et l'administration,

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme D,

- et les observations de Me Frydryszak, représentant Mme C.

Considérant ce qui suit :

1. Mme E C, ressortissante éthiopienne, née le 26 juillet 1993 entrée en France le 10 mars 2018, a sollicité le 09 mai 2018 son admission au séjour dans le cadre des dispositions des articles L. 313-25 et L. 314-11-8° du code de l'entrée du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le 15 octobre 2018, l'office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) a rejeté sa demande d'asile, décision confirmée par la cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 31 décembre 2020. Par un arrêté du 18 février 2021, dont Mme C demande l'annulation, le préfet des Yvelines a refusé de l'admettre au séjour.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 314-11 8° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et de droit d'asile : " Sauf si la présence de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public, la carte de résident est délivrée de plein droit, sous réserve de la régularité du séjour : () A l'étranger reconnu réfugié en application du livre VII ainsi qu'à : () d) Ses ascendants directs au premier degré si l'étranger qui a obtenu le bénéfice de la protection est un mineur non marié. () ". Aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Enfin, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ".

3. Il ressort des pièces du dossier qu'à la date de l'arrêté attaqué, Mme C était devenue mère d'une enfant, F A, née le 26 décembre 2020 de son union avec un compatriote M. B A, né le 1er janvier 1993, et titulaire d'une carte de résident en qualité de réfugié valable du 29 septembre 2017 au 28 septembre 2027. La directrice de l'établissement Coallia de Bagnolet atteste par ailleurs que le couple est intégré dans un dispositif d'hébergement social depuis le 17 novembre 2020. En outre, il ressort également des pièces du dossier que par une décision du 24 novembre 2021, la jeune F A a été placée sous la protection juridique et administrative de l'OFPRA qui lui a reconnu la qualité de réfugiée en application de l'article

L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et de droit d'asile. Or, en raison du caractère recognitif du statut de réfugié, le juge de l'excès de pouvoir peut en tenir compte de cette circonstance nouvelle pour apprécier la légalité d'une décision administrative prise antérieurement à son intervention. Dans ces conditions, Mme C est fondée à soutenir que le préfet des Yvelines a commis une erreur manifeste d'appréciation de sa situation en refusant de l'admettre au séjour en qualité de réfugiée.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

4. Il y a lieu, sous réserve d'un changement substantiel dans la situation de droit ou de fait de l'intéressée, par application des dispositions de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, d'enjoindre à l'administration de délivrer au requérant un titre de séjour sur le fondement de l'article du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

5. Mme C n'a pas obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Dans ces conditions, il y a lieu de mettre à la charge de l'État, partie perdante, une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du préfet des Yvelines du 18 février 2021 est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au préfet des Yvelines ou au préfet territorialement compétent, de délivrer à Mme C, dans le délai de deux mois, une carte de résident en qualité de réfugiée sur le fondement des dispositions de l'article L. 314-11-8° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Article 3 : L'Etat versera à Mme C une somme de 1 000 euros en application des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme E C et au préfet des Yvelines.

Délibéré après l'audience du 17 avril 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Mégret, présidente,

Mme Rivet, première conseillère,

M. Gibelin, premier conseiller,

Rendu public par mise à disposition du greffe le 9 mai 2023.

La rapporteure,

signé

S. D

La présidente,

signé

S. Mégret

La greffière,

signé

Y. Bouakkaz

La République mande et ordonne au préfet des Yvelines en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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