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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2102615

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2102615

vendredi 2 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2102615
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème chambre
Avocat requérantCABINET PHILIPPE PETIT ET ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 29 mars 2021 et 6 septembre 2022, la société Free mobile, représentée par Me Pascal Martin, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 1er février 2021 par laquelle le maire de Gambais s'est opposé à la déclaration préalable présentée le 12 novembre 2020 en vue de l'édification d'une station relais de téléphonie mobile sur un terrain sis route d'Olivet ;

2°) d'enjoindre au maire de lui délivrer une décision de non-opposition, dans un délai d'un mois à compter de la notification à intervenir, sous astreinte de 500 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Gambais une somme de 5 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le motif tiré de la méconnaissance de l'article A11 du plan local d'urbanisme (PLU) est erroné ; la décision ne fait état d'aucune appréciation des caractéristiques, de la qualité ou de l'intérêt du milieu dans lequel le projet va s'implanter ; l'appréciation est erronée ; la parcelle qui doit accueillir le projet comporte déjà un pylône tubulaire ; le projet prévoit un pylône treillis.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 10 juin et 29 octobre 2021, la commune de Gambais, représentée par Me Géraldine Pyanet, conclut au rejet de la requête ainsi qu'à la mise à la charge de la société requérante de la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- les moyens de la requête ne sont pas fondés ;

- une substitution de motifs pourrait être effectuée, le projet méconnaissant l'article A6 du règlement du PLU.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Fejérdy, première conseillère,

- les conclusions de M. Maitre, rapporteur public,

- et les observations de Me Friger, représentant la commune de Gambais.

Considérant ce qui suit :

1. La société Free Mobile a déposé le 12 novembre 2020 une déclaration préalable en vue de la construction d'un pylône d'une hauteur de 30 mètres destiné à recevoir 3 antennes et 3 paraboles sur un terrain sis 21 route d'Olivet à Gambais. Par arrêté en date du 1er février 2021, le maire de Gambais s'est opposé à la réalisation de ces travaux. La société Free Mobile demande l'annulation de cet arrêté.

Sur le motif de la décision attaquée :

2. Aux termes de l'article A11 du règlement du PLU : " L'autorisation d'utilisation du sol peut être refusée ou n'être accordée que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales si les constructions, par leur situation, leur architecture, leurs dimensions ou l'aspect extérieur des bâtiments ou l'ouvrage à édifier ou à modifier sont de nature à porter atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains, ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales. () "

3. Il ressort des pièces du dossier que si le terrain d'assiette du projet, en bord de route, est situé au cœur d'une plaine agricole, ne comportant que de rares constructions, sur laquelle il offre une vue panoramique et dégagée, il ne présente toutefois en lui-même aucune singularité au regard de cet environnement étendu. Si la commune de Gambais fait valoir la présence à proximité de plusieurs monuments historiques, tels que l'église St Aignan et le moulin de Gambais, ces monuments sont cependant situés à près d'un kilomètre du terrain d'assiette, lequel n'offre donc qu'une covisibilité très réduite avec eux. De même, le terrain est situé à plusieurs centaines de mètres des hameaux et du bourg de Gambais, et comporte déjà, dans sa proximité directe, un pylône tubulaire de taille similaire à celui du projet. Enfin, si celui-ci est d'une hauteur de 31,90 mètres, le choix d'un pylône treillis permet d'en réduire fortement la visibilité. Dans ces circonstances, le projet, qui n'est pas susceptible, à lui seul, de remettre en cause la vue sur la plaine agricole ni le caractère ouvert de l'espace, ne peut être regardé comme portant atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants. Dès lors, en retenant que le projet méconnaissait l'article A11 du règlement du PLU, le maire de Gambais a entaché sa décision d'une erreur d'appréciation.

Sur la substitution de motif demandée par la commune :

4. L'administration peut, en première instance comme en appel, faire valoir devant le juge de l'excès de pouvoir que la décision dont l'annulation est demandée est légalement justifiée par un motif, de droit ou de fait, autre que celui initialement indiqué, mais également fondé sur la situation existant à la date de cette décision. Il appartient alors au juge, après avoir mis à même l'auteur du recours de présenter ses observations sur la substitution ainsi sollicitée, de rechercher si un tel motif est de nature à fonder légalement la décision, puis d'apprécier s'il résulte de l'instruction que l'administration aurait pris la même décision si elle s'était fondée initialement sur ce motif. Dans l'affirmative il peut procéder à la substitution demandée, sous réserve toutefois qu'elle ne prive pas le requérant d'une garantie procédurale liée au motif substitué.

5. Pour établir que la décision attaquée était légale, la commune de Gambais soutient, dans son mémoire en défense communiqué à la société Free Mobile, que le projet méconnaît les dispositions de l'article A6 du règlement du PLU.

6. Aux termes des dispositions de l'article A6 du règlement du PLU relatif à l'implantation des constructions par rapport aux voies, s'agissant des " bâtiments techniques ", " les constructions devront être réalisées en recul minimum de la moitié de la hauteur du bâtiment, mesurée au faitage, superstructures non comprises. "

7. Il résulte de ces dispositions que la hauteur des constructions des " bâtiments techniques " correspond à la différence d'altitude entre le point le plus bas et le point le plus haut de la construction, ce dernier étant mesuré au faîtage. Le pylône treillis d'une station relais ne comportant toutefois pas de faîtage, il n'entre pas, en tout état de cause, dans le champ d'application des règles de l'article A6 relatives aux " bâtiments techniques ". Dès lors, le projet ne méconnaît pas les dispositions de l'article A6 relatives aux bâtiments techniques, et la substitution de motif demandée par la commune ne peut être accueillie.

8. Il résulte de tout ce qui précède que la société Free Mobile est fondée à demander l'annulation de la décision du 1er février 2021 par laquelle le maire de Gambais s'est opposé à sa déclaration préalable.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

9. Le présent jugement, qui annule la décision d'opposition à la déclaration préalable de la société Free Mobile, implique nécessairement, compte tenu de son motif, la délivrance à cette société d'une décision de non-opposition. Il y a lieu d'enjoindre au maire de Gambais de délivrer cette décision dans le délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement, sans qu'il y ait lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

10. Ces dispositions font obstacle à ce que soit mise à la charge de la société Free Mobile, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que la commune de Gambais demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de la commune la somme de 1 000 euros à verser à la société requérante au même titre.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 1er février 2021, par laquelle le maire de Gambais s'est opposé à la déclaration préalable de Free mobile, est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au maire de Gambais de prendre une décision de non-opposition à la déclaration préalable de la société Free Mobile, dans le délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : La commune de Gambais versera la somme de 1 000 (mille) euros à la société Free Mobile au titre des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Les conclusions présentées par la commune de Gambais sur le fondement des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à la société Free mobile et à la commune de Gambais.

Délibéré après l'audience du 12 mai 2023, à laquelle siégeaient :

- Mme Rollet-Perraud, présidente,

- Mme Fejérdy, première conseillère,

- Mme Milon, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 juin 2023.

La rapporteure,

signé

B. Fejérdy

La présidente,

signé

C. Rollet-Perraud

La greffière,

signé

K. Dupré

La République mande et ordonne au préfet des Yvelines en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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