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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2102793

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2102793

jeudi 13 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2102793
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation8ème chambre
Avocat requérantPIRALIAN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 2 avril et 5 octobre 2021, M. A D, représenté par Me Piralian, demande au tribunal :

1°) d'annuler pour excès de pouvoir la décision du 19 janvier 2021 par laquelle le préfet des Yvelines a rejeté sa demande tendant à la délivrance d'une carte de résident de dix ans ;

2°) d'enjoindre au préfet des Yvelines de lui délivrer un titre de séjour de dix ans, subsidiairement une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale ", dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard, ou, à défaut, de réexaminer sa situation sous les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 400 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est entachée d'une insuffisance de motivation ;

- elle a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière, dès lors que le maire de la commune dans laquelle il réside n'a pas été saisi pour avis pour apprécier la condition d'intégration en méconnaissance de l'article L. 314-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux et particulier de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les dispositions du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le préfet des Yvelines a commis une erreur dans l'appréciation de son intégration républicaine.

Par un mémoire en défense, enregistré le 1er septembre 2021, le préfet des Yvelines conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens invoqués par le requérant ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 6 juillet 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 16 septembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention entre la République française et la République du Cameroun relative à la circulation et au séjour des personnes, signée à Yaoundé le 24 janvier 1994 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Connin, conseiller,

- et les observations de Me Martinez, substituant Me Piralian, pour M. D.

Considérant ce qui suit :

1. M. A D, ressortissant camerounais né le 3 août 1977, s'est vu délivrer en 2014 une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale ", régulièrement renouvelée jusqu'en 2020. Par une décision du 19 janvier 2021, le préfet des Yvelines a rejeté sa demande tendant à la délivrance d'une carte de résident et lui a délivré une carte de séjour pluriannuelle portant la mention " vie privée et familiale " valable du 3 février 2021 au 28 mars 2023. M. D demande au tribunal l'annulation de cette décision en tant qu'elle rejette sa demande de carte de résident.

2. En premier lieu, Mme Camélia Beloucif, secrétaire administrative de classe normale de l'intérieur et de l'outre-mer, disposait d'une délégation de signature en vertu d'un arrêté du 20 novembre 2020 du préfet des Yvelines, publié le 23 novembre 2020 au recueil spécial des actes administratifs de la préfecture, pour signer, en cas d'absence ou d'empêchement de Mme C B, cheffe du bureau de l'accueil et du séjour, la décision attaquée du 19 janvier 2021. Il ne ressort pas des pièces du dossier que Mme B n'ait pas été absente ou empêchée à la date du 19 janvier 2021. Il suit de là que le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de la décision attaquée manque en fait et doit être écarté.

3. En deuxième lieu, la décision litigieuse mentionne l'article L. 314-3 et les articles L. 314-8 à L. 314-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors en vigueur. Elle fait état, pour apprécier l'intégration républicaine de M. D dans la société française, des condamnations pénales prononcées à son encontre les 21 octobre et 30 novembre 2015 par le tribunal correctionnel de Paris et le 9 avril 2018 par la cour d'appel de Paris, et indique par ailleurs que la carte de résident peut être refusée à tout étranger dont la présence constitue une menace pour l'ordre public. Elle précise ainsi les motifs de refus de la demande de carte de résident de dix ans de M. D. La décision attaquée, dont la motivation s'apprécie indépendamment du bien-fondé des motifs retenus, comporte ainsi l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Dès lors, le moyen tiré de son insuffisante motivation ne peut qu'être écarté.

4. En troisième lieu, il ne ressort ni des pièces du dossier, ni des termes de la décision attaquée que le préfet des Yvelines, qui a renouvelé la carte de séjour temporaire de M. D portant la mention " vie privée et familiale ", n'aurait pas procédé à un examen sérieux et particulier de la situation personnelle et familiale de l'intéressé avant de refuser de lui accorder une carte de résident de dix ans.

5. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 314-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors en vigueur : " La carte de résident est valable dix ans. () ". L'article L. 314-2 du même code, alors en vigueur, dispose que : " Lorsque des dispositions législatives du présent code le prévoient, la délivrance d'une première carte de résident est subordonnée à l'intégration républicaine de l'étranger dans la société française, appréciée en particulier au regard de son engagement personnel à respecter les principes qui régissent la République française, du respect effectif de ces principes et de sa connaissance de la langue française, qui doit être au moins égale à un niveau défini par décret en Conseil d'Etat. / Pour l'appréciation de la condition d'intégration, l'autorité administrative saisit pour avis le maire de la commune dans laquelle il réside. Cet avis est réputé favorable à l'expiration d'un délai de deux mois à compter de la saisine du maire par l'autorité administrative. () ". L'article L. 314-3 du même code, alors en vigueur, énonce que : " La carte de résident peut être refusée à tout étranger dont la présence constitue une menace pour l'ordre public. ". L'article L. 314-10 du même code, alors en vigueur, prévoit que : " Dans tous les cas prévus dans la présente sous-section, la décision d'accorder la carte de résident ou la carte de résident portant la mention "résident de longue durée-UE" est subordonnée au respect des conditions prévues à l'article L. 314-2. ".

6. D'une part, il ressort des termes de la décision attaquée que, pour refuser de délivrer à M. D la carte de résident mentionnée à l'article L. 314-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors en vigueur, le préfet des Yvelines s'est fondé sur l'insuffisante intégration républicaine de l'intéressé dans la société française, eu égard aux condamnations pénales prononcées à son encontre les 21 octobre et 30 novembre 2015 par le tribunal correctionnel de Paris et le 9 avril 2018 par la cour d'appel de Paris. Ainsi, alors même qu'elle rappelle les termes de l'article L. 314-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors en vigueur, selon lesquelles que la carte de résident peut être refusée à tout étranger dont la présence constitue une menace pour l'ordre public, la décision attaquée doit être regardée comme fondée sur les dispositions précitées de l'article L. 314-2 du même code.

7. D'autre part, si les actes administratifs doivent être pris selon les formes et conformément aux procédures prévues par les lois et règlements, un vice affectant le déroulement d'une procédure administrative préalable, suivie à titre obligatoire ou facultatif, n'est de nature à entacher d'illégalité la décision prise que s'il ressort des pièces du dossier qu'il a été susceptible d'exercer, en l'espèce, une influence sur le sens de la décision prise ou qu'il a privé les intéressés d'une garantie.

8. Il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet des Yvelines ait saisi pour avis le maire de La Celle-Saint-Cloud préalablement à l'édiction de la décision contestée, en méconnaissance des dispositions précitées de l'article L. 314-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Toutefois, M. D n'apporte aucun élément relatif à une quelconque participation à la vie locale de La Celle-Saint-Cloud, qui compte environ 20 000 habitants, qui aurait permis au maire d'être à même de donner un avis circonstancié sur sa situation. Dans les circonstances de l'espèce, le défaut de consultation du maire de La Celle-Saint-Cloud n'a ainsi pas privé le requérant d'une garantie et n'a pas été susceptible d'exercer une influence sur le sens de la décision attaquée.

9. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors en vigueur : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, la carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" est délivrée de plein droit : () / 7° A l'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France, appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'intéressé, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec la famille restée dans le pays d'origine, sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, sans que la condition prévue à l'article L. 313-2 soit exigée. L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République () ".

10. Il ressort des termes mêmes de la décision attaquée que M. D s'est vu délivrer une carte de séjour pluriannuelle portant la mention " vie privée et familiale " valable du 3 février 2021 au 28 mars 2023. Dès lors, ce dernier ne peut utilement soutenir que le préfet des Yvelines aurait méconnu les dispositions précitées du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

11. En sixième lieu, l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales stipule que : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

12. Il ressort des pièces du dossier que M. D réside régulièrement en France depuis 2014, qu'il est marié depuis le 30 décembre 2016 à une ressortissante camerounaise, en situation régulière sur le sol français, et qu'il a deux enfants mineurs scolarisés en France, nés les 19 janvier et 29 septembre 2014 de précédentes relations. Cependant, M. D n'établit pas, ni même n'allègue qu'il contribuerait effectivement à l'entretien et à l'éducation de ses deux enfants qui vivent chez leur mère respective. Il produit par ailleurs le contrat à durée indéterminée en vertu duquel il a travaillé du 28 janvier 2019 au 31 juillet 2021 en qualité d'employé commercial pour le compte d'une société de grande distribution, ainsi que ses bulletins de paie correspondant à des activités exercées en intérim entre les mois de juin et août 2021. Toutefois, il ressort des pièces du dossier qu'il a été condamné le 21 octobre 2015 par le tribunal correctionnel de Paris à une peine d'un an et six mois d'emprisonnement, dont huit mois avec sursis, pour des faits d'escroquerie commis au mois de mai 2011 et du mois de janvier 2012 au 15 février 2013 et de recel de bien provenant d'un délit puni d'une peine n'excédant pas cinq ans d'emprisonnement commis le 26 mai 2011, et le 9 avril 2018 par la cour d'appel de Paris à une peine de cent jours-amende à 10 euros à titre principal pour des faits d'escroquerie commis le 25 mars 2015. Au demeurant, ainsi qu'il a été dit ci-dessus, le préfet des Yvelines, par la décision attaquée, a délivré à M. D une carte de séjour pluriannuelle portant la mention " vie privée et familiale " valable du 3 février 2021 au 28 mars 2023, qui lui permet de continuer à vivre et travailler en France. Compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce, eu égard, notamment, au caractère répété des agissements délictuels de l'intéressé, la décision attaquée refusant de lui accorder la carte de résident prévue par l'article L. 314-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors en vigueur, ne porte pas à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Par suite, elle ne méconnaît pas l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

13. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point précédent, le moyen tiré de ce que le préfet des Yvelines aurait commis une erreur dans l'appréciation de l'intégration républicaine de M. D doit être écarté.

14. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de M. D doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et celles tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A D et au préfet des Yvelines.

Délibéré après l'audience publique du 29 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Christine Grenier, présidente,

Mme Virginie Caron, première conseillère,

M. Nicolas Connin, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 octobre 2022.

Le rapporteur,

signé

N. Connin

La présidente,

signé

C. Grenier

La greffière,

signé

G. Le Pré

La République mande et ordonne au préfet des Yvelines en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

4

N° 1901371

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