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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2102973

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2102973

vendredi 14 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2102973
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantDELACHARLERIE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I. Par une requête enregistrée sous le n°2102973 le 11 avril 2021, un mémoire enregistré le 2 mars 2023 et un mémoire du 23 mars 2023 non communiqué, M. A B, représenté par Me Delacharlerie, demande au tribunal :

1°) d'annuler pour excès de pouvoir la décision du maire de la commune du Plessis-Pâté du 12 février 2021 le suspendant de ses fonctions ;

2°) de mettre à la charge de la commune la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision est intervenue à la suite d'une procédure irrégulière ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'une erreur de droit, d'une erreur de fait et d'une erreur d'appréciation au regard de l'article 30 de la loi du 13 juillet 1983.

Par un mémoire enregistré le 10 décembre 2021, la commune du Plessis-Pâté, représentée par Me Van Elslande, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge du requérant la somme de 3 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

II. Par une requête enregistrée sous le n°2108446 le 4 octobre 2021, un mémoire enregistré le 2 mars 2023 et un mémoire du 23 mars 2023 non communiqué, M. A B, représenté par Me Delacharlerie, demande au tribunal :

1°) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté du maire de la commune du Plessis-Pâté du 19 juillet 2021 l'excluant temporairement de ses fonctions pour une durée de quinze jours ;

2°) de mettre à la charge de la commune la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision est entachée d'un vice de procédure, faute de communication d'un dossier administratif complet et compte tenu de la mention d'une sanction annulée, dans le rapport disciplinaire ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'une erreur de droit, d'une erreur de fait et d'une erreur d'appréciation.

Par un mémoire enregistré le 20 janvier 2022 la commune du Plessis-Pâté, représentée par Me Van Elslande, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge du requérant la somme de 3 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la loi n°83-634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires ;

- la loi n°84-53 du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale ;

- le décret n°89-677 du 18 septembre 1989 relatif à la procédure disciplinaire applicable aux fonctionnaires territoriaux ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Vincent, première conseillère,

- les conclusions de Mme Ozenne, rapporteure publique,

- et les observations de Me Elslande, représentant la commune du Plessis-Pâté.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, né le 20 juillet 1975, a été recruté sous contrat par la commune du Plessis-Pâté en août 1998. Il a ensuite été titularisé dans le cadre d'emplois des agents des services techniques. Il exerce, depuis 2013, des missions d'agent d'entretien polyvalent au sein de la direction des services techniques. A la suite d'un incident l'ayant opposé à l'une de ses collègues, le 5 février 2021, à l'occasion d'une formation interne, la commune l'a suspendu de ses fonctions par arrêté du 12 février 2021. Après enquête administrative, elle l'a ensuite réintégré dans ses fonctions, à compter du 11 avril 2021. Par courrier du 6 mai 2021, la commune l'a par ailleurs informé qu'elle engageait une procédure disciplinaire à son encontre. Après avis favorable rendu par le conseil de discipline, le requérant a été exclu de ses fonctions pour une durée de 15 jours, par arrêté du 19 juillet 2021, avec effet du 9 au 23 août 2021.

2. Dans la requête n°2102973, le requérant demande au tribunal l'annulation pour excès de pouvoir de l'arrêté du 12 février 2021 le suspendant de ses fonctions. Dans la requête n°2108446, il demande au tribunal l'annulation pour excès de pouvoir de l'arrêté du 19 juillet 2021 l'excluant de ses fonctions pour une durée de 15 jours.

3. Les requêtes n°2102973 et n°2108446, présentées par M. B, concernent la situation d'un même fonctionnaire. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

Sur la légalité de l'arrêté le suspendant de ses fonctions :

4. En premier lieu, aux termes de l'article 29 de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, dans sa version applicable au litige : " Toute faute commise par un fonctionnaire dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice de ses fonctions l'expose à une sanction disciplinaire sans préjudice, le cas échéant, des peines prévues par la loi pénale. () ". Aux termes de l'article 30 de la même loi : " En cas de faute grave commise par un fonctionnaire, qu'il s'agisse d'un manquement à ses obligations professionnelles ou d'une infraction de droit commun, l'auteur de cette faute peut être suspendu par l'autorité ayant pouvoir disciplinaire qui saisit, sans délai, le conseil de discipline. () ".

5. D'une part, la mesure provisoire de suspension prévue par l'article 30 de la loi du 13 juillet 1983 précitée ne présente pas, par elle-même, un caractère disciplinaire et est uniquement destinée à écarter temporairement un agent du service en attendant qu'il soit statué disciplinairement ou pénalement sur sa situation. D'autre part, une telle mesure peut légalement être prise dès lors que l'administration est en mesure d'articuler à l'encontre de l'intéressé des griefs qui ont un caractère de vraisemblance suffisant et qui permettent de présumer que celui-ci a commis une faute grave.

6. Au cas d'espèce, il ressort des pièces du dossier que le maire de la commune a été destinataire d'un courrier d'une de ses agents, daté du 11 février 2021, dénonçant tout d'abord des faits de harcèlement moral et sexuel de la part du requérant à son endroit, subis au quotidien sur son lieu de travail depuis plus d'un an, sans témoins. Ce même courrier dénonçait en outre les propos et gestes déplacés à connotation sexuelle de la part du requérant à son égard devant témoins, lors d'une formation interne le 5 février 2021, au cours de laquelle elle a même retrouvé un dessin obscène laissé à son attention sur sa table. Ce témoignage est corroboré par des attestations de trois autres témoins datées du même jour. Dans ces conditions, ces faits présentaient, à la date de la décision attaquée, un caractère de vraisemblance suffisant et sont constitutifs d'une faute grave de nature à justifier, en application de l'article 30 de la loi du 13 juillet 1983, la mesure de suspension prise à son encontre. Par suite, les moyens tirés de l'erreur de droit, y compris du défaut d'examen particulier de sa situation personnelle, de l'erreur de fait et de l'erreur d'appréciation commise par le maire de la commune du Plessis-Pâté doivent être écartés.

7. En deuxième lieu, si le requérant soutient que la décision est entachée d'un vice de procédure, il n'assortit pas son moyen de précisions suffisantes pour en apprécier le bien-fondé. En tout état de cause, la mesure de suspension est une mesure conservatoire prise dans l'intérêt du service qui ne présente pas par elle-même un caractère disciplinaire. De ce fait, elle n'a pas à être motivée et n'a pas davantage à être précédée de la communication à l'agent concerné de son dossier ni à faire l'objet d'une procédure contradictoire. Par suite, les moyens tirés du vice de procédure et du défaut de motivation doivent être écartés.

8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation dirigées contre l'arrêté le suspendant de ses fonctions doivent être rejetées.

Sur la légalité de l'arrêté l'excluant de ses fonctions pour une durée de quinze jours :

9. En premier lieu, aux termes de l'article 29 de la loi du 13 juillet 1983 susvisée, dans sa version applicable au litige : " Toute faute commise par un fonctionnaire dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice de ses fonctions l'expose à une sanction disciplinaire sans préjudice, le cas échéant, des peines prévues par la loi pénale. () ". Aux termes de l'article 66 de la loi du 11 janvier 1984 susvisée : " Les sanctions disciplinaires sont réparties en quatre groupes. () Deuxième groupe : - l'exclusion temporaire de fonctions pour une durée maximale de quinze jours ; () ".

10. Il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi de moyens en ce sens, de rechercher si les faits reprochés à un agent public ayant fait l'objet d'une sanction disciplinaire constituent des fautes de nature à justifier une sanction et si la sanction retenue est proportionnée à la gravité de ces fautes.

11. Au cas d'espèce, si le requérant conteste l'exactitude matérielle des faits et en particulier le fait d'avoir déposé un post-it avec un dessin obscène sur la table de l'agent qui a dénoncé ses agissements lors de la formation, il résulte de ce qui a été dit précédemment que les faits survenus le 5 février 2021, tels que relatés par l'agent en question, ont été corroborés par des témoignages écrits et tout à fait concordants de trois autres agents ayant assisté à la formation. Il en ressort en particulier que le requérant a tenu des propos déplacés et inappropriés entre collègues sur l'apparence physique dudit agent, obligeant celle-ci à finir la formation en manteau. De plus, il ressort également des pièces du dossier que le responsable de la formation a signalé à la responsable des ressources humaines de la commune, par courriel du 5 mars 2021, avoir été témoin, lors de cette formation qu'il dispensait, de la recherche de contacts physiques et visuels du requérant avec ledit agent, de tentatives d'échanges verbaux repoussés à plusieurs reprises par celle-ci, ainsi que de transmission de post-it, obligeant le formateur à réclamer le silence à plusieurs reprises. Il ressort par ailleurs du rapport disciplinaire transmis au conseil de discipline que le requérant, qui reconnaît lui-même son tempérament de séducteur, a déjà fait l'objet de recadrage s'agissant de son comportement avec ses collègues féminines, oscillant, selon ledit rapport, entre des compliments et tentatives de charmer ses collègues féminines et des commentaires inappropriés et embarrassants, alors que le conseil de discipline a lui-même observé que M. B ne fait pas la différence entre un compliment galant acceptable et un compliment corporel inadapté. Dès lors, les faits commis le 5 février 2021 sont matériellement établis.

12. Si le requérant conteste par ailleurs la proportionnalité de la sanction d'exclusion temporaire de ses fonctions pour une durée de 15 jours, il ressort des pièces du dossier que ce comportement, qui n'est pas isolé comme précisé au point précédent, est constitutif d'un manquement aux obligations de moralité et de dignité applicables à tout fonctionnaire et plus généralement d'avoir des relations adaptées avec ses collègues de travail, en particulier exemptes de sexisme, comme l'a relevé le conseil de discipline dans son avis rendu à l'unanimité. Par suite, la sanction prononcée est proportionnée à la gravité des fautes commises.

13. En deuxième lieu, le requérant soutient que l'arrêté est entaché d'un vice de procédure, n'ayant pu consulter qu'un dossier administratif incomplet.

14. Aux termes de l'article 19 de la loi du 13 juillet 1983 susvisée, dans sa version applicable au litige : " (). Le fonctionnaire à l'encontre duquel une procédure disciplinaire est engagée a droit à la communication de l'intégralité de son dossier individuel et de tous les documents annexes et à l'assistance de défenseurs de son choix. L'administration doit informer le fonctionnaire de son droit à communication du dossier. Aucune sanction disciplinaire autre que celles classées dans le premier groupe par les dispositions statutaires relatives aux fonctions publiques de l'Etat, territoriale et hospitalière ne peut être prononcée sans consultation préalable d'un organisme siégeant en conseil de discipline dans lequel le personnel est représenté ". De plus, aux termes de l'article 4 du décret du 18 septembre 1989 susvisé : " L'autorité investie du pouvoir disciplinaire informe par écrit l'intéressé de la procédure disciplinaire engagée contre lui, lui précise les faits qui lui sont reprochés et lui indique qu'il a le droit d'obtenir la communication intégrale de son dossier individuel au siège de l'autorité territoriale et la possibilité de se faire assister par un ou plusieurs conseils de son choix. L'intéressé doit disposer d'un délai suffisant pour prendre connaissance de ce dossier et organiser sa défense. Les pièces du dossier et les documents annexés doivent être numérotés. A sa demande, une copie de tout ou partie de son dossier est communiqué à l'agent dans les conditions prévues par l'article 14 du décret n° 2011-675 du 15 juin 2011 relatif au dossier individuel des agents publics et à sa gestion sur support électronique ".

15. Il est constant que le dossier administratif du requérant, antérieur au 1er juin 2019, date de sa réintégration dans les effectifs de la commune après annulation juridictionnelle d'une sanction de révocation infligée en 2015 a été égaré. Toutefois, il ressort des pièces du dossier qu'un nouveau dossier administratif a ensuite été constitué, comprenant l'intégralité de son dossier administratif depuis le 1er juin 2019 dont l'intégralité de son dossier disciplinaire ainsi que les comptes rendus d'entretien professionnel pour les années 2019 et 2020 auquel il a eu accès le 11 juin 2021, en présence de son conseil. En outre, il n'est pas contesté qu'il avait eu précédemment communication de son dossier administratif à l'occasion de la précédente procédure disciplinaire menée à son encontre, le 19 février 2015, et qu'il avait alors notamment demandé copie de l'ensemble de ses bulletins de notation. Par suite, le moyen tiré du vice de procédure entachant l'arrêté attaqué pour incomplétude du dossier doit être écarté sans qu'il soit par ailleurs établi que les pièces égarées aient été en rapport avec les griefs formulés à son encontre en 2021.

16. Si le requérant soutient que la commune a entaché sa décision d'un deuxième vice de procédure, en mentionnant dans le rapport disciplinaire, à l'attention du conseil de discipline une sanction annulée, il ne ressort pas des pièces du dossier que ce vice, à le supposer établi, l'ait privé d'une garantie. Par suite, le moyen doit être également écarté.

17. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation dirigées contre l'arrêté portant exclusion temporaire de ses fonctions pour une durée de quinze jours doivent être rejetées.

Sur les frais liés aux litiges :

18. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune du Plessis-Pâté, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, les sommes que M. B demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens dans les deux requêtes. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de M. B une somme de 1 000 euros au titre des frais exposés par la commune du Plessis-Pâté et non compris dans les dépens, dans les deux requêtes.

D E C I D E :

Article 1er : Les requêtes n°2102973 et n°2108446 de M. B sont rejetées.

Article 2 : M. B versera à la commune du Plessis-Pâté une somme globale de 1 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, dans les deux requêtes.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la commune du Plessis-Pâté.

Délibéré après l'audience du 31 mars 2023, à laquelle siégeaient :

- Mme Gosselin, président,

- Mme Vincent, première conseillère,

- Mme Geismar, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 avril 2023.

La rapporteure,

Signé

L. Vincent

Le président,

Signé

C. GosselinLa greffière,

Signé

S. Lamarre

La République mande et ordonne au préfet de l'Essonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°s 2102973 - 2108446

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