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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2105402

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2105402

vendredi 16 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2105402
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantGABARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 28 juin 2021 et le 9 mars 2023 et un mémoire du 10 mai 2023 mais non communiqué, M. A B, représenté par Me Gabard, demande au tribunal :

1°) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté du directeur général des services de la commune de Saint-Rémy-lès-Chevreuse du 27 avril 2021 l'excluant temporairement de ses fonctions pour une durée de trois jours ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Saint-Rémy-lès-Chevreuse la somme de 3 600 euros sur le fondement de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté a été signé par une autorité incompétente ; il ne lui est pas opposable non plus, en l'absence de preuve de publication ;

- il est entaché d'un vice de procédure, ses droits à se défendre ayant été méconnus ;

- il est insuffisamment motivé ;

- il est entaché d'une erreur de droit, la sanction prenant effet pendant son arrêt maladie ;

- il est entaché d'une erreur de fait et d'une erreur d'appréciation ;

- à titre subsidiaire, la sanction est disproportionnée.

Par des mémoires en défense enregistrés le 1er octobre 2021 et le 19 avril 2023, la commune de Saint-Rémy-lès-Chevreuse, représentée par Me Poisson, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge du requérant la somme de 3 000 euros sur le fondement de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 17 avril 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 10 mai 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- la loi n°83-634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires ;

- la loi n°84-53 du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale ;

- le décret n°2020-1310 prescrivant les mesures générales nécessaires pour faire face à l'épidémie de covid-19 dans le cadre de l'état d'urgence sanitaire ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Vincent, première conseillère,

- les conclusions de Mme Ozenne, rapporteure publique,

- et les observations de Me Gabard.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ingénieur principal titulaire, occupait, depuis octobre 2020, le poste de directeur des services techniques, au sein de la commune de Saint-Rémy-lès-Chevreuse. Dans le contexte de la crise sanitaire, il a participé à un repas, le 8 avril 2021, réunissant une vingtaine d'agents des services techniques et administratifs, organisé en vue de son départ dans la commune de Marolles-en-Hurepoix le 30 avril 2021 suivant. Par courrier du 19 avril 2021, la commune l'a informé de son intention de prononcer une sanction disciplinaire à son encontre. Par arrêté du 27 avril 2021, la commune a ensuite décidé de l'exclure temporairement de ses fonctions pour une durée de trois jours. Le requérant a alors formé un recours gracieux par courrier du 28 avril 2021, rejeté par décision du 30 avril 2021. Par la présente requête, il demande l'annulation pour excès de pouvoir de l'arrêté du 27 avril 2021.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article 19 de la loi 13 juillet 1983 susvisée, dans sa version alors applicable : " Le pouvoir disciplinaire appartient à l'autorité investie du pouvoir de nomination. () ". De plus, aux termes de l'article L.2122-19 du code général des collectivités territoriales : " Le maire peut donner, sous sa surveillance et sa responsabilité, par arrêté, délégation de signature : 1° Au directeur général des services et au directeur général adjoint des services de mairie ; () ".

3. Au cas d'espèce, il ressort de l'arrêté attaqué qu'il a été signé par le directeur général des services de la commune, M. C. Si la commune produit l'arrêté de délégation de signature du 16 juin 2020 consenti par le maire de la commune à celui-ci, il ne résulte d'aucune de ces dispositions, et notamment pas de la disposition selon laquelle il aurait reçu délégation pour signer les arrêtés de recrutement des agents permanents de la commune, ni d'aucune autre matière listée à l'article 1er point 3) et intitulé " Pilotage du recrutement, mobilité et formation des agents ", qu'il ait reçu délégation pour signer l'arrêté litigieux. De plus, la commune n'établit pas que l'arrêté de délégation ait été régulièrement publiée. Par suite, le moyen tiré du vice de compétence doit être accueilli.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 29 de la loi du 13 juillet 1983 susvisée, dans sa version applicable au litige : " Toute faute commise par un fonctionnaire dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice de ses fonctions l'expose à une sanction disciplinaire sans préjudice, le cas échéant, des peines prévues par la loi pénale. () ". Aux termes de l'article 89 de la loi du 26 janvier 1984 susvisée, dans sa version alors applicable : " Les sanctions disciplinaires sont réparties en quatre groupes : Premier groupe : l'avertissement ; le blâme ; l'exclusion temporaire de fonctions pour une durée maximale de trois jours ; () ".

5. De plus, aux termes de l'article 1er du décret du 29 octobre 2020 susvisé : " I. - Afin de ralentir la propagation du virus, les mesures d'hygiène définies en annexe 1 au présent décret et de distanciation sociale, incluant la distanciation physique d'au moins un mètre entre deux personnes, dites barrières, définies au niveau national, doivent être observées en tout lieu et en toute circonstance. II. - Les rassemblements, réunions, activités, accueils et déplacements ainsi que l'usage des moyens de transports qui ne sont pas interdits en vertu du présent décret sont organisés en veillant au strict respect de ces mesures. Dans les cas où le port du masque n'est pas prescrit par le présent décret, le préfet de département est habilité à le rendre obligatoire, sauf dans les locaux d'habitation, lorsque les circonstances locales l'exigent ". Aux termes de son article 3 : " I. - Tout rassemblement, réunion ou activité sur la voie publique ou dans un lieu ouvert au public, qui n'est pas interdit par le présent décret, est organisé dans des conditions de nature à permettre le respect des dispositions de l'article 1er. (). III. - Les rassemblements, réunions ou activités sur la voie publique ou dans un lieu ouvert au public autres que ceux mentionnés au II mettant en présence de manière simultanée plus de six personnes sont interdits. Ne sont pas soumis à cette interdiction : 1° Les rassemblements, réunions ou activités à caractère professionnel ; () ".

6. Il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi de moyens en ce sens, de rechercher si les faits reprochés à un agent public ayant fait l'objet d'une sanction disciplinaire constituent des fautes de nature à justifier une sanction et si la sanction retenue est proportionnée à la gravité de ces fautes.

7. Il ressort de l'arrêté attaqué qu'a été reprochée au requérant " une attitude inappropriée sur le lieu de travail en période de crise sanitaire " c'est-à-dire, selon le courrier du 19 avril 2021 de la commune qui lui a été adressé précédemment, d'avoir pris part à un déjeuner collectif le 8 avril 2021 au centre technique municipal, en dépit du contexte sanitaire et au mépris des consignes gouvernementales et des rappels réguliers de la commune au respect des gestes barrières.

8. Il est constant que le requérant a participé à un pot de départ organisé en son honneur dans les locaux techniques de la commune, au cours duquel étaient présents une vingtaine d'agents de la commune et l'adjoint au maire de la commune, en charge des services techniques, alors que venait d'être annoncé par le président de la République, dans son allocution du 31 mars 2021, un troisième confinement national. Par suite, les faits sont matériellement établis, contrairement à ce que fait valoir le requérant.

9. Le requérant soutient toutefois que ces faits ne sont pas fautifs, dans la mesure où ils ne méconnaissaient aucune disposition législative ou réglementaire ni d'ailleurs les consignes données par le maire de la commune concernant le respect des gestes barrières, les règles de présence dans l'espace cafétéria, dans l'espace restauration et dans la salle de conseil.

10. S'il résulte des dispositions précitées que le repas organisé à l'occasion de son départ ne tombait pas sous le coup de l'interdiction de rassemblement sur la voie publique ou dans un lieu ouvert au public édicté par le décret précité, il résulte néanmoins de ces mêmes dispositions qu'un repas entre collègues ne peut pas non plus être regardé comme une réunion ou activité à caractère professionnel, seules activités autorisées. De plus, il ressort des pièces du dossier que ce repas a eu lieu dans le contexte d'un troisième reconfinement national décidé par les autorités gouvernementales quelques jours plus tôt au regard de la recrudescence de l'épidémie de Covid-19 due à la propagation d'un nouveau variant et entraînant la dégradation de la situation sanitaire. Il ressort par ailleurs des pièces du dossier qu'à cette occasion, il a été rappelé par les autorités gouvernementales, sous diverses formes, la nécessité de privilégier le télétravail et de limiter les interactions entre un trop grand nombre de personnes au point, pour la commune, d'interdire les pauses café, dans son relevé de décisions et d'information du comité de direction de la commune du 29 mars 2021. S'il n'est pas contesté que le requérant n'a pas organisé ce pot de départ et qu'il y a été convié sous un faux prétexte de réunion de travail, par son directeur adjoint, alors qu'était par ailleurs présent un des maires adjoints de la commune, il n'en demeure pas moins qu'au vu de ses fonctions de directeur technique, il a manqué au devoir d'exemplarité qui s'impose à toute haute autorité exerçant ses fonctions au sein de la commune, en n'interrompant pas le repas. Par suite, les faits reprochés constituent une faute de nature à justifier une sanction.

11. Toutefois, il ressort également des pièces du dossier et notamment de l'attestation produite par l'adjoint au maire de la commune présent au repas que celui-ci a été organisé en respectant au maximum les gestes barrières. A cet égard, il n'est pas contesté que les convives portaient tous un masque lorsqu'ils ne mangeaient pas, que les tables, au nombre de sept à huit, avaient été mises bout à bout en quinconce pour respecter la distanciation sociale nécessaire, avec gel hydro-alcoolique à disposition et ouverture des fenêtres et portes, dans un hall technique de la commune, de grande dimension. Il ressort par ailleurs des pièces du dossier que la présence au repas d'un des maires adjoints a pu laisser croire au requérant qu'il y avait accord implicite du maire pour l'organisation de ce moment de convivialité. Enfin, il n'est pas contesté que le maire lui-même est passé rapidement et n'a formulé aucune remarque. Par suite, la sanction prononcée est disproportionnée.

12. Sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation doivent être accueillies.

Sur les frais liés au litige :

13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de M. B, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que la commune demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de la commune une somme de 1 800 euros au titre des frais exposés par M. B et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du directeur général des services de la commune de Saint-Rémy-lès-Chevreuse du 27 avril 2021 est annulé.

Article 2 : La commune de Saint-Rémy-lès-Chevreuse versera à M. B la somme de 1 800 euros sur le fondement de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la commune de Saint-Rémy-lès-Chevreuse.

Délibéré après l'audience du 2 juin 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Gosselin, président,

Mme Vincent, première conseillère,

Mme Geismar, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 juin 2023.

La rapporteure,

signé

L. Vincent

Le président,

signé

C. GosselinLa greffière,

signé

S. Lamarre

La République mande et ordonne au préfet des Yvelines en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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