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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2105567

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2105567

vendredi 22 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2105567
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantLAPLANTE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 1er juillet 2021 et le 24 novembre 2022, M. A B, représenté par Me Laplante, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision par laquelle le maire de la commune de Grigny a rejeté sa demande indemnitaire ;

2°) de condamner la commune de Grigny à lui verser la somme de 28 755,98 euros en réparation des préjudices subis en raison du non-renouvellement de son contrat à durée déterminée ;

3°) à titre subsidiaire, d'enjoindre à la commune de lui verser la somme correspondante aux congés payés dus qu'il n'a pas pu prendre ;

4°) de mettre à la charge de la commune de Grigny la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision prise par la commune de Grigny de ne pas renouveler son contrat de travail est constitutive d'une faute de nature à engager sa responsabilité dès lors qu'elle n'est pas motivée par l'intérêt du service et qu'elle n'a pas respecté le délai de prévenance prévu par les dispositions de l'article 38-1 du décret du 15 février 1988 relatif aux agents contractuels de la fonction publique territoriale, ni l'obligation de réaliser un entretien préalable ;

- la commune doit être condamnée à réparer les préjudices subis, correspondant :

- à la perte de sa rémunération pour une période de six mois, qui doit être évaluée à la somme de 13 992,80 euros, déduction faite du revenu de remplacement perçu ;

- à l'impossibilité d'épuiser ses droits à congés, qui doit être évaluée à la somme de 4 763,18 euros ;

- au préjudice moral lié au délai très court et aux conditions dans lesquelles la décision lui a été notifiée, qui doit être évalué à la somme de 5 000 euros et au préjudice moral lié au caractère fautif de l'absence de renouvellement de son contrat qui doit également être évalué à la somme de 5 000 euros.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 5 janvier 2022 et le 27 janvier 2023, la commune de Grigny, représentée par Me Carrère, conclut dans le dernier état de ses écritures, au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge du requérant la somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 14 mars 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 4 avril 2023.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la loi n°84-53 du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale ;

- le décret n°88-145 du 15 février 1988 relatif aux agents contractuels de la fonction publique territoriale ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Maitre, premier conseiller

- les conclusions de Mme Vincent, rapporteure publique,

- les observations de Me Laplante,

- et les observations de Me Abbal, substituant Me Carrère.

Considérant ce qui suit :

1. Par un contrat à durée déterminée, conclu initialement le 21 août 2015, M. A B a été recruté par la commune de Grigny pour occuper les fonctions de directeur jeunesse, sport, vie associative, vacances, loisirs et animations, sur le grade d'attaché principal. Ce contrat a été régulièrement renouvelé, dont, en dernier lieu par un contrat conclu le 28 juillet 2020 avec une date d'échéance fixée au 28 février 2021. Par un courrier daté du 11 janvier 2021, notifié le 6 février 2021, la commune a informé M. B de son intention de ne pas procéder au renouvellement de ce contrat. Par courrier du 7 avril 2021, ce dernier a formé un recours indemnitaire préalable, qui a été rejeté pour l'essentiel par une décision en date du 19 mai 2021. Par la présente requête, M. B demande à titre principal au tribunal de condamner la commune à l'indemniser des préjudices qu'il estime avoir subis en raison de l'illégalité de la décision de non renouvellement de son contrat.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En demandant la réparation des préjudices subis à raison du non-renouvellement de son contrat de travail, M. B a donné à l'ensemble de sa requête le caractère d'un recours de plein-contentieux. Par suite, il ne saurait utilement demander l'annulation de la décision par laquelle le maire de la commune de Grigny a rejeté sa demande indemnitaire et ces conclusions ne peuvent, dès lors, qu'être rejetées.

Sur les conclusions indemnitaires :

En ce qui concerne la responsabilité pour faute de la commune :

3. En premier lieu, aux termes de l'article 38-1 du décret du 15 février 1988 susvisé, dans sa version applicable au litige : " Lorsqu'un agent contractuel a été engagé pour une durée déterminée susceptible d'être renouvelée en application des dispositions législatives ou réglementaires qui lui sont applicables, l'autorité territoriale lui notifie son intention de renouveler ou non l'engagement au plus tard () deux mois avant le terme de l'engagement pour l'agent recruté pour une durée égale ou supérieure à deux ans ; () La notification de la décision finale doit être précédée d'un entretien lorsque le contrat est susceptible d'être reconduit pour une durée indéterminée ou lorsque la durée du contrat ou de l'ensemble des contrats conclus sur emploi permanent conformément à l'article 3-3 de la loi du 26 janvier 1984 susvisée est supérieure ou égale à trois ans. () Pour la détermination de la durée du délai de prévenance, les durées d'engagement mentionnées aux deuxième, troisième, quatrième et cinquième alinéas sont décomptées compte tenu de l'ensemble des contrats conclus avec l'agent, y compris ceux conclus avant une interruption de fonctions, sous réserve que cette interruption n'excède pas quatre mois et qu'elle ne soit pas due à une démission de l'agent. ". Aux termes de l'article 3-3 de la loi du 26 janvier 1984 susvisée alors applicable : " Par dérogation au principe énoncé à l'article 3 de la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 précitée et sous réserve de l'article 34 de la présente loi, des emplois permanents peuvent être occupés de manière permanente par des agents contractuels dans les cas suivants : () 2° Lorsque les besoins des services ou la nature des fonctions le justifient et sous réserve qu'aucun fonctionnaire n'ait pu être recruté dans les conditions prévues par la présente loi ".

4. Si la méconnaissance du délai institué par l'article 38-1 du décret précité, ainsi que l'absence de réalisation d'un entretien n'entraînent pas nécessairement l'illégalité de la décision de non-renouvellement du contrat de travail, elles sont néanmoins susceptibles d'engager la responsabilité de l'administration.

5. Il résulte en l'espèce de l'instruction qu'à la date à laquelle la commune de Grigny a décidé de ne pas renouveler le contrat de travail de M. B, ce dernier bénéficiait d'une ancienneté dans la collectivité supérieure à cinq ans. En outre, ainsi qu'en attestent les visas de ses derniers contrats de travail, le requérant était titulaire d'un contrat conclu sur un emploi permanent conformément au 2° de l'article 3-3 de la loi du 26 janvier 1984. Il est constant que la décision de ne pas renouveler son contrat à durée déterminée lui a été notifiée le 6 février 2021, soit 22 jours seulement avant le terme de ce contrat et n'a pas été précédée d'un entretien préalable, en méconnaissance des dispositions rappelées au point 3 ci-dessus. Si la commune fait valoir qu'elle avait informé M. B une première fois le 10 juin 2020 de son intention de mettre fin à son contrat en raison de la réorganisation en cours des services communaux, il ne résulte pas de l'instruction, alors que le contrat de l'intéressé a finalement été renouvelé pour une nouvelle période de six mois, que la commune aurait clairement informé le requérant de ce qu'aucun renouvellement ultérieur ne pourrait être envisagé. Dans ces conditions, la commune ne peut être regardée comme ayant respecté le préavis de deux mois, ni a fortiori l'obligation de réaliser un entretien préalable. Par suite, M. B est fondé à soutenir qu'en méconnaissant les dispositions de l'article 38-1 du décret précité, la commune a commis une faute de nature à engager sa responsabilité.

6. En deuxième lieu, un agent public qui a été recruté par un contrat à durée déterminée ne bénéficie pas d'un droit au renouvellement de son contrat. Toutefois, l'administration ne peut légalement décider, au terme de son contrat, de ne pas le renouveler que pour un motif tiré de l'intérêt du service. Un tel motif s'apprécie au regard des besoins du service ou de considérations tenant à la personne de l'agent.

7. Il résulte de l'instruction que la commune de Grigny a entrepris de réorganiser ses services en supprimant notamment la direction dirigée par M. B pour répartir ses différentes missions entre trois directions générales adjointes différentes. Cette réorganisation, qui a notamment été soumise au comité technique du 10 décembre 2020, était très avancée à la date à laquelle le contrat de travail du requérant a pris fin, le nouvel organigramme ayant été déployé en avril 2021 et le conseil municipal ayant délibéré le 10 mai 2021 sur les créations et suppressions de poste liées à cette réorganisation, notamment celui occupé initialement par M. B. Bien que certains des nouveaux postes reprenant les missions antérieurement effectuées par le requérant n'aient pas encore été pourvus mais seulement en cours de recrutement, la décision de ne pas renouveler le contrat de travail de M. B répond à des motifs tirés de l'intérêt du service. Dès lors, en refusant de renouveler ce contrat, la commune de Grigny n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation et le requérant n'est ainsi pas fondé à soutenir qu'elle aurait commis, pour cette raison, une faute de nature à engager sa responsabilité.

En ce qui concerne les préjudices :

8. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit au point 7 du présent jugement qu'en décidant de ne pas renouveler le contrat de travail de M. B, la commune de Grigny n'a pas pris une décision illégale. Par suite, le requérant n'est pas fondé à demander la réparation d'un préjudice moral résultant de cette décision ni du préjudice résultant des revenus qu'il aurait dû percevoir si son contrat avait été renouvelé.

9. En deuxième lieu, aux termes de l'article 5 du décret du 15 février 1988 précité, dans sa version applicable au litige : " A la fin d'un contrat à durée déterminée ou en cas de licenciement n'intervenant pas à titre de sanction disciplinaire, l'agent qui, du fait de l'autorité territoriale, en raison notamment de la définition du calendrier des congés annuels, n'a pu bénéficier de tout ou partie de ses congés annuels a droit à une indemnité compensatrice. ".

10. Il est constant qu'à la date à laquelle lui a été notifiée la décision de la commune de ne pas renouveler son contrat de travail, M. B bénéficiait d'un reliquat de congés de 23 jours tandis qu'il ne lui restait que 15 jours ouvrés pour pouvoir épuiser ce solde. Si le requérant fait valoir que certaines missions lui ont encore été confiées par sa hiérarchie durant cette période, notamment une demande de participation à une réunion du bureau municipal le 8 février 2021, une demande de validation d'absence des agents de sa direction le 20 février et la participation à une réunion de chantier le 24 février, il n'établit pas, par ces seuls éléments, que l'absence de prise des 15 jours de congés possibles serait imputable à un fait de l'administration, alors que le courrier qui lui a été notifié le 6 février 2021 l'invitait à solder ses congés avant la fin de son contrat. Par suite, M. B ne peut prétendre à l'indemnisation de ces 15 jours de congés non pris. S'agissant du reliquat de 8 jours de congés dont il est constant qu'il a été privé du fait de la notification tardive de la décision de ne pas renouveler son contrat, il résulte de l'instruction que la commune de Grigny lui a versé une indemnité compensatrice en mai 2021, dont le montant n'est pas contesté. Dès lors, M. B n'est pas fondé à demander l'indemnisation d'un préjudice supplémentaire à ce titre.

11. En dernier lieu, d'une part, dès le mois de juin 2020, M. B a été informé par la commune de Grigny de son intention de ne pas renouveler son contrat à durée déterminée, dans un contexte de réorganisation en cours des services municipaux. Si ce contrat a finalement été renouvelé, il ne l'a été que pour une période raccourcie de six mois, durant lesquels le projet de réorganisation du service, qui ne pouvait être ignoré du requérant, est entré en phase d'application, ainsi qu'il a été dit au point 7 du présent jugement. D'autre part, si le requérant n'a pas pu bénéficier d'un préavis complet de deux mois, il a tout de même reçu notification de la décision de non renouvellement de son contrat 22 jours avant la fin de ce dernier. Dans ces conditions, il ne résulte pas de l'instruction que cette décision serait intervenue de manière brutale et sans aucune information préparatoire de sorte que l'absence de réalisation d'un entretien préalable à la décision de non renouvellement du contrat n'a pas été de nature à créer, par elle-même, un préjudice moral pour le requérant. S'agissant de l'absence de bénéfice d'un préavis complet, il sera fait une juste appréciation du préjudice moral et des troubles de toute nature dans les conditions d'existence subis par le requérant en les évaluant à la somme de 1 000 euros.

12. Il résulte de tout ce qui précède que M. B est fondé à demander à la commune de Grigny l'indemnisation de ses préjudices à hauteur de 1 000 euros.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

13. Ainsi qu'il a été dit au point 10 du présent jugement, le requérant ne peut prétendre qu'à l'indemnisation de 8 jours de congés non pris, dont l'indemnité compensatrice lui a été versée par la commune de Grigny en mai 2021. Par suite, les conclusions tendant à ce qu'il soit enjoint à la commune de lui verser la somme correspondante aux congés payés dus qu'il n'a pas pu prendre ne peuvent, en tout état de cause, qu'être rejetées.

Sur les frais de l'instance :

14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de M. B, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que la commune de Grigny demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de la commune de Grigny une somme de 1 800 euros au titre des frais exposés par M. B et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La commune de Grigny est condamnée à verser à M. A B la somme de 1 000 (mille) euros.

Article 2 : La commune de Grigny versera à M. A B la somme de 1 800 (mille huit cents) euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la commune de Grigny.

Délibéré après l'audience du 8 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Gosselin, président,

M. Maitre, premier conseiller,

Mme Geismar, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 septembre 2023,

Le rapporteur,

Signé

B. Maitre

Le président,

Signé

C. Gosselin

Le greffier,

Signé

S. Lamarre

La République mande et ordonne au préfet de l'Essonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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