jeudi 1 juin 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| Section | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| N° Dossier | TA78-2105571 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | SELARL RACINE CABINET D'AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 30 juin 2021 et le 1er septembre 2022, la SAS Groupe Delta, représentée par Me Rogez, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 26 novembre 2020, par laquelle l'inspecteur du travail a rejeté sa demande d'autorisation du licenciement de M. D B, ainsi que la décision du ministre du travail rejetant implicitement le recours hiérarchique formé contre cette décision ;
2°) d'enjoindre à l'autorité administrative de procéder au réexamen de sa demande d'autorisation de licenciement ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision contestée a été signée par une autorité incompétente ;
- elle est entachée d'un vice de procédure, dès lors que le principe du contradictoire de l'enquête n'a pas été respecté et qu'une partie des pièces adressées par le salarié ne lui a pas été communiquée ;
- les faits reprochés à M. B sont établis et fautifs ;
- ils présentent un caractère de gravité suffisante pour justifier son licenciement.
Par deux mémoires en défense, enregistrés le 26 juillet 2021 et le 23 septembre 2021, M. D B, représenté par Me Jose, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de la SAS Groupe Delta une somme de 4 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la procédure préalable au licenciement n'a pas été respectée, dès lors que le comité social et économique n'a pas été consulté ;
- la procédure de mise à pied conservatoire n'a pas été respectée ;
- il a effectué la copie reprochée afin de constituer des preuves dans un contexte de tension avec son employeur ;
- les faits qui lui sont reprochés ne sont pas constitutifs d'une faute.
Par un mémoire en défense, enregistré le 13 septembre 2021, le ministre du travail conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens présentés à l'appui de la requête ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code du travail ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Lutz,
- et les conclusions de Mme Bartnicki, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. B a été recruté par la SAS Groupe Delta à compter du 18 avril 2017, sous contrat à durée indéterminée, en qualité d'ingénieur support avant-vente. A compter du 1er avril 2019, il a été nommé au poste d'administration des ventes. Depuis le 13 décembre 2019, il détient un mandat de membre suppléant du comité social et économique. Le 24 septembre 2020, alors qu'un entretien avec sa hiérarchie était prévu en fin de journée, l'un des collègues de M. B a signalé à la direction qu'une clé USB était branchée sur l'ordinateur de l'intéressé. Cette clé a alors été saisie et ouverte en sa présence et il a été constaté que M. B y avait copié, à deux reprises, l'intégralité de sa boîte mail professionnelle. Dès le lendemain, M. B a été mis à pied à titre conservatoire et convoqué à un entretien préalable au licenciement le 9 octobre suivant. Par courrier du 16 octobre 2020, la SAS Groupe Delta a sollicité auprès de l'inspecteur du travail l'autorisation de licencier M. B. Par décision du 26 novembre 2020, l'inspecteur du travail a refusé d'autoriser ce licenciement. Le recours hiérarchique formé contre cette décision par la société a fait l'objet d'un rejet implicite. Par la présente requête, la SAS Groupe Delta demande au tribunal d'annuler ces deux décisions.
2. En premier lieu, les inspecteurs du travail détiennent leur compétence des dispositions du code du travail, particulièrement de l'article L. 8112-1 du code du travail, sans qu'ils aient donc à justifier d'une délégation de signature. Par ailleurs, M. C A, signataire de la décision du 26 novembre 2020, a été régulièrement nommé en qualité d'agent de contrôle au sein de l'Unité de contrôle n°3 par décision des 29 octobre 2019 et 11 septembre 2020. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision contestée doit donc être écarté.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 2421-4 du code du travail : " L'inspecteur du travail procède à une enquête contradictoire au cours de laquelle le salarié peut, sur sa demande, se faire assister d'un représentant de son syndicat ". Le caractère contradictoire de l'enquête menée conformément à ces dispositions impose à l'inspecteur du travail, saisi d'une demande d'autorisation de licenciement d'un salarié protégé fondée sur un motif disciplinaire, de mettre à même l'employeur et le salarié de prendre connaissance de l'ensemble des éléments déterminants qu'il a pu recueillir, y compris les témoignages, et qui sont de nature à établir ou non la matérialité des faits allégués à l'appui de la demande d'autorisation. Toutefois, lorsque la communication de ces éléments serait de nature à porter gravement préjudice aux personnes qui les ont communiqués, l'inspecteur du travail doit se limiter à informer le salarié protégé et l'employeur, de façon suffisamment circonstanciée, de leur teneur.
4. En l'espèce, si la société requérante fait valoir qu'un courrier de 21 pages, adressé le 4 novembre 2020, par courriel, par M. B à l'inspecteur du travail, ne lui aurait pas été communiqué, elle n'apporte aucun élément à l'appui de cette allégation, alors, par ailleurs, qu'elle verse elle-même cette pièce aux débats et qu'il ressort des pièces du dossier qu'elle a été reçue par l'inspecteur du travail, dans le cadre de l'enquête contradictoire, le 5 novembre 2020. En outre, dès lors que la société requérante ne précise pas quels éléments contenus dans ce courriel n'auraient pas été portés à sa connaissance lors des auditions, il n'est pas établi qu'elle n'aurait pas été informée d'éléments déterminants de l'enquête, de sorte que le moyen tiré du vice de procédure dont serait entachée la décision contestée doit, en tout état de cause, être écarté.
5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 2411-3 du code du travail : " Le licenciement d'un délégué syndical ne peut intervenir qu'après autorisation de l'inspecteur du travail ". Aux termes de l'article R. 2421-16 du même code : " L'inspecteur du travail et, en cas de recours hiérarchique, le ministre examinent notamment si la mesure de licenciement envisagée est en rapport avec le mandat détenu, sollicité ou antérieurement exercé par l'intéressé ".
6. En vertu de ces dispositions du code du travail, les salariés légalement investis de fonctions représentatives bénéficient, dans l'intérêt de l'ensemble des salariés qu'ils représentent, d'une protection exceptionnelle. Lorsque le licenciement d'un de ces salariés est envisagé, ce licenciement ne doit pas être en rapport avec les fonctions représentatives normalement exercées ou l'appartenance syndicale de l'intéressé. Dans le cas où la demande de licenciement est motivée par un comportement fautif, il appartient à l'inspecteur du travail et, le cas échéant, au ministre, de rechercher, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, si les faits reprochés au salarié sont d'une gravité suffisante pour justifier son licenciement, compte tenu de l'ensemble des règles applicables au contrat de travail de l'intéressé et des exigences propres à l'exécution normale du mandat dont il est investi.
7. En l'espèce, l'inspecteur du travail a retenu que M. B avait, le 24 septembre 2020, effectué une copie de sa boîte mail professionnelle sur une clé USB personnelle. Ces faits ne sont pas contestés par M. B qui reconnaît en outre qu'un tel agissement méconnaît la clause de confidentialité de son contrat de travail et la charte informatique de la société. Toutefois, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. B, qui soutient sans être utilement contredit qu'il a procédé à cette copie en vue de disposer d'éléments concrets à faire valoir auprès de son employeur dans le cadre d'une rupture conventionnelle de son contrat de travail, aurait entendu divulguer les données ainsi sauvegardées ou qu'il aurait eu l'intention de nuire à son employeur. Si, M. B a, en effectuant cette copie, enregistré les adresses mail de contacts qu'il a pu avoir dans l'exercice de ces fonctions ou de documents, comme le catalogue tarifaire, destinés à rester internes à l'entreprise, cette sauvegarde, bien que méconnaissant la charte informatique de la société, présente un caractère limité. Par suite, au regard des faits reprochés et en l'absence de tout antécédent disciplinaire de M. B, l'inspecteur du travail n'a pas commis d'erreur d'appréciation, en refusant d'accorder à la SAS Groupe Delta l'autorisation de le licencier.
8. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de la SAS Groupe Delta doit être rejetée, y compris en ses conclusions présentées au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
9. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de la SAS Groupe Delta une somme de 1 500 euros à verser à M. B sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la SAS Groupe Delta est rejetée.
Article 2 : La SAS Groupe Delta versera à M. B une somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la SAS Groupe Delta, à M. D B et au ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion.
Délibéré après l'audience du 17 mai 2023, à laquelle siégeaient :
- M. Blanc, président,
- Mme Lutz, première conseillère,
- Mme Degorce, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er juin 2023.
La rapporteure,
signé
F. Lutz Le président,
signé
P. BlancLa greffière,
signé
C. Delannoy
La République mande et ordonne au ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
No 2105571
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026