mardi 18 juillet 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| Section | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| N° Dossier | TA78-2106054 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 8ème chambre |
| Avocat requérant | SELAFA CABINET CASSEL |
Vu les procédures suivantes :
I - Par une requête, enregistrée le 15 juillet 2021 sous le n° 2106054, Mme C D, représentée par le cabinet Cassel, demande au tribunal :
1°) d'annuler le titre de recette n° DEFE-19-2900031174 émis et rendu exécutoire le 27 novembre 2019 par le Centre expert pour les ressources humaines du personnel civil du ministère des armées à l'effet de recouvrer la somme de 4 064,84 euros, ainsi que la décision du 25 mai 2021 rejetant sa réclamation ;
2°) à titre principal, de la décharger de l'obligation de payer cette somme, ou du moins de la créance restante de 2 970,84 euros ;
3°) à titre subsidiaire, de réduire le montant de la créance en considération de la faute de l'administration ;
4°) d'enjoindre au ministre des armées de réexaminer sa situation et de prononcer la décharge des sommes en litige ;
5°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- sa requête est recevable, dès lors que le titre de perception qui lui a été notifié ne mentionnait pas les voies et délais de recours ;
- le titre de recette litigieux ne comporte pas la signature de l'ordonnateur ;
- il ne mentionne pas les bases de liquidation de la créance ;
- la créance est dépourvue de caractère certain, liquide et exigible ;
- le ministre des armées est responsable de la faute commise dans le versement erroné de ses indemnités, ce qui justifie que le montant de sa créance soit réduit.
Par un mémoire en défense, enregistré le 12 janvier 2022, le directeur régional des finances publiques d'Aquitaine et du département de la Gironde conclut à sa mise hors de cause.
Il soutient qu'aucun des griefs invoqués ne concerne la procédure de recouvrement et qu'ainsi seul le ministre des armées est compétent pour défendre dans la présente requête.
Par un mémoire en défense, enregistré le 16 juin 2023, le ministre des armées conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par Mme D ne sont pas fondés.
Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que je jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de la tardiveté de la requête, dès lors que Mme D a eu connaissance du titre exécutoire émis et rendu exécutoire le 27 novembre 2019 plus d'un an avant l'enregistrement de sa requête, le 15 juillet 2021, cette requête ayant été enregistrée au-delà du délai raisonnable dont elle disposait pour contester ce titre.
II - Par une requête enregistrée le 15 juillet 2021 sous le n° 2106055, Mme D, représentée par le cabinet Cassel, demande au tribunal :
1°) d'annuler la saisie à tiers détenteur n° DEFE-19-2900031174 émise le 10 mars 2021 et notifiée le 17 mars 2021 par le directeur régional des finances publiques d'Aquitaine et de Gironde auprès de Pôle emploi pour la somme de 2 970,84 euros ;
2°) de la décharger de l'obligation de payer la somme initiale de 4 064,84 euros, ou à tout le moins, la somme de 2 970,84 euros ;
3°) d'enjoindre au directeur régional des finances publiques d'Aquitaine et du département de la Gironde d'ordonner la mainlevée des poursuites et de restituer la somme saisie sur les allocations de retour à l'emploi versée par Pôle emploi ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- sa requête du 18 mai 2021 est recevable, dès lors que la décision de saisie à tiers détenteur, émise le 10 mars 2021, lui a été notifiée le 17 mars 2021 ;
- la saisie à tiers détenteur est entachée d'irrégularité, faute d'avoir été précédée d'une mise en demeure préalable ;
- la créance est dépourvue de caractère certain, liquide et exigible ;
- le préjudice moral et financier qu'elle a subi du fait de la mauvaise gestion de son dossier par l'administration la décharge de l'obligation de payer.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 29 octobre 2021 et 12 janvier 2022, le directeur régional des finances publiques d'Aquitaine et du département de la Gironde conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- la saisie administrative à tiers détenteur n'est pas irrégulière ;
- elle est fondée en l'absence de paiement par Mme D des sommes dont elle est redevable.
Par un mémoire en défense, enregistré le 16 juin 2023, le ministre des armées conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par Mme D ne sont pas fondés.
Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que je jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'incompétence de la juridiction administrative pour apprécier la régularité de la saisie administrative à tiers détenteur.
III- Par une requête, enregistrée le 15 septembre 2021 sous le n°2107942, Mme D, représentée par le cabinet Cassel, demande au tribunal :
1°) d'annuler le titre de recette n° DEFE-20-2900019586 émis et rendu exécutoire le 13 octobre 2020 par le Centre expert pour les ressources humaines du personnel civil du ministère des armées à l'effet de recouvrer la somme de 2 113,82 euros ainsi que la décision implicite rejetant sa réclamation préalable ;
2°) à titre principal, de la décharger de l'obligation de payer cette somme ;
3°) à titre subsidiaire, de réduire le montant de la créance en considération de la faute de l'administration ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- sa requête est recevable, dès lors que le titre de perception litigieux ne faisait pas mention des voies et délais de recours ;
- le titre de perception litigieux ne comporte pas la signature de l'ordonnateur ;
- la créance est dépourvue de caractère certain, liquide et exigible ;
- le ministre des armées est responsable de la faute commise dans le versement erroné de ses indemnités, ce qui justifie que le montant de sa créance soit réduit.
Par un mémoire en défense, enregistré le 12 janvier 2022, le directeur régional des finances publiques d'Aquitaine et du département de la Gironde conclut à sa mise hors de cause.
Il soutient qu'aucun des griefs invoqués ne concerne la procédure de recouvrement et qu'ainsi seul le ministre des armées est compétent pour défendre dans la présente requête.
Par un mémoire en défense, enregistré le 16 juin 2023, le ministre des armées conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par Mme D ne sont pas fondés.
Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que je jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de la tardiveté du recours administratif préalable obligatoire formé par Mme D, ce qui entache sa requête d'irrecevabilité.
IV - Par une requête enregistrée le 17 août 2022 sous le n° 2206280, Mme D, représentée par le cabinet Cassel, demande au tribunal :
1°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 12 702,80 euros en réparation des préjudices résultant de l'illégalité de la procédure de recouvrement mise en œuvre à son encontre, cette somme étant assortie du versement des intérêts légaux à compter du 10 mai 2022 et de leur capitalisation ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la direction régionale des finances publiques d'Aquitaine et de Gironde a, en dépit des réclamations préalables qu'elle a formées et de l'introduction d'un recours contentieux, poursuivi l'exécution du recouvrement ce qui constitue une faute de nature à engager la responsabilité de l'Etat ;
- le recouvrement illégal des sommes mises à sa charge lui a causé un préjudice moral.
Par un mémoire en défense, enregistré le 16 juin 2023, le ministre des armées conclut au rejet de la requête.
Il soutient que l'Etat n'a commis aucune faute de nature à engager sa responsabilité.
La procédure a été communiquée au directeur régional des finances publiques d'Aquitaine et de Gironde qui n'a pas produit de mémoire en défense.
V - Par une requête, enregistrée le 17 août 2022 sous le n° 2206281, Mme D, représentée par le cabinet Cassel, demande au tribunal, sur le fondement de l'article R. 541-1 du code de justice administrative :
1°) de condamner l'Etat à lui verser la provision de 12 702,80 euros ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la direction régionale des finances publiques d'Aquitaine et de Gironde a, en dépit des réclamations préalables qu'elle a formées et de l'introduction d'un recours contentieux, poursuivi l'exécution du recouvrement ce qui constitue une faute de nature à engager la responsabilité de l'Etat ;
- le recouvrement illégal des sommes lui a causé un préjudice moral.
Par un mémoire en défense, enregistré le 29 septembre 2022, le directeur régional des finances publiques d'Aquitaine et de Gironde conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- Mme D a demandé un échelonnement de sa dette qui a été accepté mais qu'elle n'a pas respecté, la saisie administrative à tiers détenteur étant, en conséquence, fondée ;
- la procédure de recouvrement du titre de perception du 13 octobre 2020 a été suspendue ;
- elle n'a pas formé d'opposition à exécution dans le délai de deux mois qui lui était imparti en ce qui concerne le titre de perception du 27 novembre 2019 ;
- sa réclamation du 18 mai 2021 a été adressée plus d'un an après qu'elle a reconnu sa dette et a demandé un échelonnement de paiement ;
- l'opposition à poursuites n'a pas d'effet suspensif.
Par un mémoire en défense, enregistré le 16 juin 2023, le ministre des armées conclut au rejet de la requête.
Il soutient que l'Etat n'a commis aucune faute de nature à engager sa responsabilité.
Vu :
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de la sécurité sociale ;
- le livre des procédures fiscales ;
- la loi n° 2010-1658 du 29 décembre 2010 ;
- le décret n° 2012-1246 du 7 novembre 2012 ;
- le décret n° 2005-850 du 27 juillet 2005 ;
- le décret n° 72-154 du 24 février 1972 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Grenier, présidente,
- et les conclusions de Mme Marc, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme D, ouvrière d'Etat, était affectée au sein du bureau des frais de déplacement du 8ème RMAT au détachement de Versailles. A la suite d'un accident de travail le 31 janvier 2019, elle a été placée en arrêt de travail du 1er février 2019 au 12 décembre 2019. Elle a ensuite repris ses fonctions dans le cadre d'un mi-temps thérapeutique du 12 décembre 2019 au 11 juin 2020, date à laquelle elle a repris ses fonctions à temps plein. En raison de trop-perçus sur sa rémunération, le centre expert des ressources humaines du personnel civil du ministère des armées a émis deux titres de perception, le premier, n° DEFE-19-2900031174, le 27 novembre 2019 pour un montant de 4 064,84 euros et le second, n° DEFE-20-2900019586, le 13 octobre 2020, d'un montant de 2 113,82 euros. Mme D a procédé au paiement de la somme de 1 500 euros sur le premier titre. Le 10 mars 2021, le directeur régional des finances publiques d'Aquitaine et de Gironde a effectué une saisie à tiers détenteur sur le titre de perception n° DEFE-19-2900031174 auprès de l'agence Pôle emploi de Noisy-le-Grand à hauteur de la somme de 2 970,84 euros. La somme totale de 2 702,80 euros a été recouvrée à la suite de cette procédure. Mme D demande l'annulation de ces titres de perception, de la saisie administrative à tiers détenteur et la décharge de l'obligation de payer les sommes mises à sa charge. Le 10 mai 2022, Mme D a également adressé une demande indemnitaire préalable au directeur régional des finances publiques d'Aquitaine et de Gironde tendant, d'une part, à la restitution des sommes prélevées à la suite de la saisie administrative à tiers détenteur du 10 mars 2021 et, d'autre part, à l'indemnisation du préjudice moral qu'elle estime avoir subi en raison du recouvrement forcé de la somme mise à sa charge par le titre exécutoire du 27 novembre 2019. Le silence gardé par le directeur régional des finances publiques d'Aquitaine et de Gironde sur cette demande qu'il a reçue le 12 mai 2021 a fait naître une décision implicite de rejet, le 12 juillet suivant. Mme D demande l'indemnisation des préjudices qu'elle estime avoir subis et le versement d'une provision sur le fondement de l'article R. 541-1 du code de justice administrative.
2. Les cinq requêtes enregistrées sous les n°s 2106054, 2106055, 2107492, 2206080 et 2206081 présentent à juger les mêmes questions et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.
Sur le titre de perception émis le 27 novembre 2019 :
En ce qui concerne la régularité du titre :
3. En premier lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Toute décision prise par une administration comporte la signature de son auteur ainsi que la mention, en caractères lisibles, du prénom, du nom et de la qualité de celui-ci ". Aux termes du B du V de l'article 55 de la loi du 29 décembre 2010 de finances rectificative pour 2010 : " Pour l'application de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration aux titres de perception délivrés par l'Etat en application de l'article L. 252 A du livre des procédures fiscales, afférents aux créances de l'Etat ou à celles qu'il est chargé de recouvrer pour le compte de tiers, la signature figure sur un état revêtu de la formule exécutoire, produit en cas de contestation. ".
4. Il résulte de ces dispositions, d'une part, que le titre de perception individuel délivré par l'Etat doit mentionner les nom, prénom et qualité de l'auteur de cette décision et, d'autre part, qu'il appartient à l'autorité administrative de justifier, en cas de contestation, que l'état revêtu de la formule exécutoire comporte la signature de cet auteur. Ces dispositions n'imposent pas, en revanche, de faire figurer sur cet état les nom, prénom et qualité du signataire.
5. D'autre part, aux termes de l'article 1er du décret du 27 juillet 2005 relatif aux délégations de signature des membres du Gouvernement, dans sa rédaction applicable au litige : " A compter du jour suivant la publication au Journal officiel de la République française de l'acte les nommant dans leurs fonctions ou à compter de l'enregistrement de cet acte au recueil spécial mentionné à l'article L. 861-1 du code de la sécurité intérieure, lorsqu'il est fait application de cet article, ou à compter du jour où cet acte prend effet, si ce jour est postérieur, peuvent signer, au nom du ministre ou du secrétaire d'Etat et par délégation, l'ensemble des actes, à l'exception des décrets, relatifs aux affaires des services placés sous leur autorité : ()/ 2° Les chefs de service, directeurs adjoints, sous-directeurs, les chefs des services à compétence nationale mentionnés au deuxième alinéa de l'article 2 du décret du 9 mai 1997 susvisé ainsi que les hauts fonctionnaires et les hauts fonctionnaires adjoints mentionnés aux articles R. 1143-1 et R. 1143-2 du code de la défense (). ".
6. Par une décision du 31 mars 2015, régulièrement publiée du Journal Officiel de la République française du 5 avril 2015, Mme A B a été nommée directrice du centre expert pour les ressources humaines du personnel civil du ministère de la défense et avait ainsi la qualité d'ordonnateur secondaire ayant compétence pour émettre le titre de perception attaqué.
7. Il résulte de l'instruction que le ministre des armées a produit en défense l'état revêtu de la formule exécutoire relatif au titre de perception n° DEFE-19-2900031174, revêtu de la signature de Mme B. Par suite, le moyen tiré de l'absence de signature de l'auteur de l'acte doit être écarté.
8. En second lieu, aux termes de l'article 24 du décret du 7 novembre 2012 : "() Toute créance liquidée faisant l'objet d'une déclaration ou d'un ordre de recouvrer indique les bases de la liquidation (). ". En vertu de ces dispositions, l'Etat ne peut mettre en recouvrement une créance sans indiquer, soit dans le titre lui-même, soit par une référence précise à un document joint à ce titre ou précédemment adressé au débiteur, les bases et les éléments de calcul sur lesquels il se fonde pour mettre les sommes en cause à la charge de ce débiteur.
9. Il résulte de l'instruction que le titre de perception n° DEFE-19-2900031174 mentionne les bases de liquidation, à savoir un indu de rémunération sur l'année 2019 en raison d'un trop-perçu de rémunération. Les éléments de calcul de cet indu sont précisés dans la rubrique " détail des sommes " de ce titre correspondant à des trop-perçus sur les indemnités journalières d'accident de travail, sur les heures supplémentaires d'août et septembre 2019, la prime de rendement sur l'année 2019 et l'indemnité compensatrice de CSG. Par suite, Mme D n'est pas fondée à soutenir que ce titre n'indiquerait pas suffisamment les bases et éléments de calcul de la somme mise à sa charge.
En ce qui concerne le bien-fondé de la créance liée au titre de perception émis le 27 novembre 2019 :
10. En premier lieu, aux termes de l'article 6 du décret du 24 février 1972 relatif aux congés en cas de maladie, de maternité et d'accidents du travail dont peuvent bénéficier certains personnels ouvriers de l'Etat mensualisés : " En cas d'accident du travail ou de maladie professionnelle, les trois premiers mois d'incapacité temporaire sont rémunérés à plein salaire.". Selon l'article 8 du même décret : " En dehors des avantages qui sont actuellement consentis aux ouvriers affiliés au régime spécial de retraite du décret n° 2004-1056 du 5 octobre 2004 relatif au régime des pensions des ouvriers des établissements industriels de l'Etat, les ouvriers mensualisés ne peuvent bénéficier que des dispositions prévues par le présent texte et les législations sur les assurances sociales et les accidents du travail. ". En vertu des dispositions des articles L. 433-2, R. 433-1 et R. 433-1 du code de la sécurité sociale, l'assuré bénéficie de 60 % du salaire de référence pendant les 28 premiers jours d'arrêt de travail et de 80% du salaire de référence à partir du 29ème jour d'arrêt de travail lorsque l'accident est imputable au travail.
11. Il résulte de l'instruction que Mme D a bénéficié d'un plein salaire pendant trois mois, du 1er au 4 février 2019, le 17 avril 2019, puis du 8 mai au 31 juillet 2019 inclus, ainsi que d'indemnités journalières d'accident de travail à hauteur de 60% pendant les 28 premiers jours d'arrêt de travail, puis à hauteur de 80 % à compter du 29 août 2019, tout en continuant à percevoir l'intégralité de sa rémunération entre le 1er août et le 30 septembre 2019. Elle a donc bénéficié d'un trop-perçu de rémunération à hauteur de 4 268 euros de son traitement brut, de 458,20 euros d'heures supplémentaires restructuration, de 632,08 euros de prime de rendement et de 45,12 euros d'indemnité compensatrice de la CSG, soit 5 403,40 euros. Cet indu a été réduit à la somme de 4 064,84 euros après déduction de la somme de 1 035,61 euros correspondant au remboursement des cotisations sociales obligatoires dues au titre de ce trop-perçu et de 302,95 euros correspondant au remboursement du prélèvement à la source. Mme D a, par ailleurs, perçu les indemnités journalières d'accident du travail pour un montant de 5 323,99 euros pour la période du 1er août au 31 octobre 2019.
12. Mme D n'est, par suite, pas fondée à soutenir que le titre de perception du 27 novembre 2019 reposerait sur des éléments de fait erronés et qu'ainsi la somme de 4 064,84 euros mise à sa charge serait dépourvue de caractère certain, liquide et exigible.
En ce qui concerne les conclusions présentées à titre subsidiaire par Mme D tendant à la réduction des sommes mises à sa charge par le titre de perception du 27 novembre 2019 :
13. Il résulte de ce qui a été dit au point précédent que l'administration n'a commis aucune faute en demandant à Mme D la restitution des trop-perçus sur sa rémunération en raison du cumul de ses traitements et des indemnités journalières d'accident du travail. En outre, l'administration a demandé à Mme D de reverser ces sommes quelques mois seulement après leur versement. Par suite, la requérante n'est pas fondée à soutenir que l'administration aurait commis une faute de nature à engager sa responsabilité et qu'ainsi le montant de l'obligation de payer mise à sa charge devrait être réduit par compensation avec le préjudice qu'elle a subi.
14. Il résulte de tout ce qui précède que Mme D n'est pas fondée à demander l'annulation du titre de perception du 27 novembre 2019. Ses conclusions tendant à la décharge, totale ou partielle, de l'obligation de payer la somme correspondante doivent, par voie de conséquence, être rejetées. Il en va de même de ses conclusions à fin d'injonction tendant au réexamen de sa situation.
Sur le titre de perception du 13 octobre 2020 :
15. Aux termes de l'article 118 du décret du 7 novembre 2012 relatif à la gestion budgétaire et comptable publique : " En cas de contestation d'un titre de perception, avant de saisir la juridiction compétente, le redevable doit adresser cette contestation, appuyée de toutes pièces ou justifications utiles, au comptable chargé du recouvrement de l'ordre de recouvrer. / Le droit de contestation d'un titre de perception se prescrit dans les deux mois suivant la notification du titre ou, à défaut, du premier acte de poursuite qui procède du titre en cause. / Le comptable compétent accuse réception de la contestation en précisant sa date de réception ainsi que les délais et voies de recours. Il la transmet à l'ordonnateur à l'origine du titre qui dispose d'un délai pour statuer de six mois à compter de la date de réception de la contestation par le comptable. A défaut d'une décision notifiée dans ce délai, la contestation est considérée comme rejetée. / La décision rendue par l'administration en application de l'alinéa précédent peut faire l'objet d'un recours devant la juridiction compétente dans un délai de deux mois à compter de la date de notification de cette décision ou, à défaut de cette notification, dans un délai de deux mois à compter de la date d'expiration du délai prévu à l'alinéa précédent. ".
16. Il résulte de l'instruction que, le 23 novembre 2020, Mme D a adressé un recours gracieux au centre expert des ressources humaines du ministère des armées pour demander des explications sur la somme mise à sa charge par le titre exécutoire émis le 13 octobre 2020 dont le numéro est mentionné en objet de ce courrier. Il résulte ainsi de l'instruction que ce titre a été porté à la connaissance de Mme D au plus tard le 23 novembre 2020. Il résulte également de l'instruction que ce titre comportait la mention des voies et délais de recours, contrairement à ce que fait valoir Mme D. Le recours gracieux adressé par Mme D au ministre des armées le 23 novembre 2020 n'a pas été de nature à interrompre le délai de deux mois dont elle disposait pour former la réclamation prévue par l'article 118 du décret du 7 novembre 2012. Il résulte de l'instruction que Mme D n'a formé le recours administratif préalable obligatoire prévu par l'article 118 du décret du 7 novembre 2012 que le 17 mai 2021, au-delà du délai de deux mois dont elle disposait à cette fin à compter du 23 novembre 2020. Il suit de là que sa requête tendant à l'annulation du titre n° DEFE-20-2900019586 et à la décharge de l'obligation de payer la somme de 2 113,82 euros est tardive et, par suite, irrecevable.
Sur la saisie administrative à tiers détenteur :
En ce qui concerne la régularité de la forme de la saisie à tiers détenteur :
17. Aux termes de l'article L. 273 A du livre des procédures fiscales : " I - Les créances de l'Etat ou celles qu'il est chargé de recouvrer pour le compte de tiers sur la base d'un titre de perception délivré par lui en application de l'article L. 262 peuvent être recouvrées par voie de saisie à tiers détenteur. ". Aux termes de l'article L. 281 de ce livre : " Les contestations relatives au recouvrement des impôts, taxes, redevances, amendes, condamnations pécuniaires et sommes quelconques dont la perception incombe aux comptables publics doivent être adressées à l'administration dont dépend le comptable qui exerce les poursuites. / Lorsque les contestations portent sur le recouvrement de créances détenues par les établissements publics de l'Etat, par un de ses groupements d'intérêt public ou par les autorités publiques indépendantes, dotés d'un agent comptable, ces contestations sont adressées à l'ordonnateur de l'établissement public, du groupement d'intérêt public ou de l'autorité publique indépendante pour le compte duquel l'agent comptable a exercé ces poursuites. / Les contestations relatives au recouvrement ne peuvent pas remettre en cause le bien-fondé de la créance. Elles peuvent porter : / 1° Sur la régularité en la forme de l'acte ; / 2° A l'exclusion des amendes et condamnations pécuniaires, sur l'obligation au paiement, sur le montant de la dette compte tenu des paiements effectués et sur l'exigibilité de la somme réclamée. / Les recours contre les décisions prises par l'administration sur ces contestations sont portés dans le cas prévu au 1° devant le juge de l'exécution. Dans les cas prévus au 2°, ils sont portés : ()/ b) Pour les créances non fiscales de l'Etat, des établissements publics de l'Etat, de ses groupements d'intérêt public et des autorités publiques indépendantes, dotés d'un agent comptable, devant le juge de droit commun selon la nature de la créance (). ".
18. Il n'appartient pas au juge administratif de connaître d'une contestation relative à la régularité en la forme de l'acte de poursuite, qui ressortit de la compétence du juge de l'exécution et, par voie de conséquence, de celle des juridictions judiciaires. Par suite, le moyen tiré par Mme D de l'absence de mise en demeure préalable à la saisie à tiers détenteur, qui porte sur la régularité en la forme de la procédure de recouvrement, relève de la compétence du juge de l'exécution, et ne peut être utilement soulevé par Mme D à l'appui de sa contestation, portée devant le juge administratif, de son obligation de payer.
En ce qui concerne l'obligation de payer :
19. D'une part, il résulte de ce qui a été dit au point 12 que la créance résultant du titre de perception du 27 novembre 2019 est certaine, liquide et exigible. Mme D ne peut pas, en conséquence, demander la décharge de l'obligation de payer la somme de 2 970,84 euros mise à sa charge par la saisie administrative à tiers détenteur, qui déduit du titre de perception du 27 novembre 2019 le versement de la somme 1 500 euros qu'elle a effectué et ajoute le montant des majorations de retard de 406 euros.
20. D'autre part, il résulte de ce qui est dit au point 13 qu'en l'absence de toute carence de l'administration de nature à engager sa responsabilité, Mme D n'est pas fondée à demander la compensation entre la somme dont elle est redevable et l'indemnisation du préjudice financier et moral qu'elle soutient avoir subi.
21. Il résulte de ce qui précède que les conclusions présentées par Mme D tendant à l'annulation de la saisie administrative à tiers détenteur et à la décharge de l'obligation de payer la somme de 2 970,84 euros mise à sa charge par cette saisie ne peuvent qu'être rejetées. Il en va de même de ses conclusions tendant à ce qu'il soit enjoint au directeur régional des finances publiques d'Aquitaine et du département de la Gironde d'ordonner la mainlevée des poursuites et de restituer la somme saisie sur les allocations de retour à l'emploi versée par Pôle emploi.
Sur la responsabilité de l'Etat :
22. En premier lieu, aux termes de l'article 117 du décret du 7 novembre 2012 relatif à la gestion budgétaire et comptable publique : " Les titres de perception émis en application de l'article L. 252 A du livre des procédures fiscales peuvent faire l'objet de la part des redevables : / 1° Soit d'une contestation portant sur l'existence de la créance, son montant ou son exigibilité ; / 2° Soit d'une contestation portant sur la régularité du titre de perception. / Les contestations du titre de perception ont pour effet de suspendre le recouvrement de la créance. ".
23. Il résulte de ces dispositions que seule l'opposition formée contre un titre exécutoire devant la juridiction fait obstacle au recouvrement de la créance de l'Etat, à l'exclusion de toute autre instance ayant pour objet de contester le bien-fondé de la créance pour le paiement de laquelle l'ordonnateur émet un titre exécutoire.
24. Il ne résulte pas de l'instruction que le titre de perception émis le 27 novembre 2019, a été régulièrement notifié à Mme D. Il résulte toutefois du courrier du 7 mars 2020 adressé à la directrice régionale des finances publiques d'Aquitaine et de Gironde par Mme D à la suite de la lettre de relance qui lui a été adressée le 12 février 2020, que celle-ci connaissait le montant de la somme mise à sa charge et de la majoration pour retard ainsi que l'objet de l'obligation de payer mise à sa charge au plus tard à la date de ce courrier. Elle demandait notamment l'échelonnement de sa dette ainsi qu'une remise gracieuse de la majoration. Un échéancier de paiement lui a d'ailleurs été proposé le 11 mars 2020, que Mme D n'a pas respecté. Le 27 juillet 2020, une mise en demeure de payer la somme dont elle était redevable, après déduction du versement qu'elle a effectué spontanément, lui a été adressée. Cette mise en demeure, que Mme D ne conteste pas avoir reçue, rappelait les voies et délais de recours dont elle disposait pour s'opposer à l'exécution du titre de perception. Or, Mme D a adressé une réclamation préalable contestant la régularité de ce titre et le bien-fondé de l'obligation de payer mise à sa charge le 18 mai 2021, au-delà du délai de deux mois dont elle disposait pour former une opposition à l'exécution du titre du 27 novembre 2019 à compter de la réception de la mise en demeure du 27 juillet 2020. Elle ne peut, en conséquence être regardée comme s'étant opposée à l'exécution de ce titre dans les délais prévus par l'article 118 du décret du 7 novembre 2012 cité au point 15. Par suite, en l'absence d'opposition à exécution formée dans le délai de deux mois, Mme D n'est pas fondée à soutenir que le recouvrement de la créance aurait dû être suspendu.
25. En second lieu, l'article 119 du décret du 7 novembre 2012 relatif à la gestion budgétaire et comptable publique énonce que : " Les actes de poursuites, délivrés pour le recouvrement des titres de perception émis dans le cadre de l'article L. 252 A du livre des procédures fiscales peuvent faire l'objet de la part des redevables d'une contestation conformément aux articles L. 281 et R. 281-1 et suivants du même livre (). ".
26. Il résulte de l'instruction que Mme D a formé une opposition à la saisie administrative à tiers détenteur le 18 mai 2021, dans les délais dont elle disposait à cet effet. Cette opposition au recouvrement de la somme mise à sa charge, qui ne constitue pas une opposition à poursuite contre un titre de perception en application des articles 117 et 118 du décret du 7 novembre 2012, mais une contestation contre un acte de poursuite, relevant en vertu de l'article 119 du même décret, de la procédure prévue par l'article L. 281 du livre des procédures fiscales cité au point 17, n'a pas d'effet suspensif sur le recouvrement de la somme mise à sa charge.
27. Par suite, Mme D n'est pas fondée à soutenir que le recouvrement de la somme de 2 702,80 euros à la suite de la saisie à tiers détenteur serait de nature à engager la responsabilité pour faute de l'Etat. De plus, elle n'établit pas la réalité du préjudice moral dont elle aurait été victime en raison de la mise en recouvrement de cette somme, laquelle, ainsi qu'il a été dit, n'est pas entachée d'illégalité.
28. Il résulte de tout ce qui précède qu'en l'absence de faute de nature à engager la responsabilité de l'Etat, les conclusions présentées par Mme D tendant à la restitution de la somme 2 702,80 euros et à l'indemnisation de son préjudice moral ne peuvent qu'être rejetées.
Sur la provision :
29. Le présent jugement statuant sur la demande indemnitaire de Mme D, il n'y a plus lieu de statuer sur ses conclusions tendant au versement d'une provision, devenues sans objet. Par suite, il n'y a pas lieu de statuer sur la requête enregistrée sous le n°2206081.
Sur les frais liés aux litiges :
30. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge l'Etat, qui n'est pas dans les présentes instances, la partie perdante, la somme que demande Mme D au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur la requête enregistrée sous le n° 2206081 présentée par Mme D.
Article 2 : Les requêtes enregistrées sous les n°s 2106054, 2106055, 2107942 et 2206080 présentées par Mme D sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme C D, au ministre des armées et au directeur régional des finances publiques d'Aquitaine et du département de la Gironde.
Copie en sera adressée pour information à Pôle emploi Ile de France.
Délibéré après l'audience du 3 juillet 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Grenier, présidente,
Mme Caron, première conseillère,
M. Connin, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 juillet 2023.
La présidente-rapporteure,
signé
C. GrenierL'assesseure la plus ancienne
dans le grade,
signé
V. Caron
La greffière,
signé
G. Le Pré
La République mande et ordonne au ministre des armées en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision
N°s 2106054,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026