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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2106375

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2106375

jeudi 29 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2106375
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère chambre
Avocat requérantMAUGIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 23 juillet 2021 et 6 août 2021, M. B C A, représenté par Me Maugin, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 9 juillet 2020 par laquelle la Direction régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'Emploi (DIRECCTE) de l'Essonne lui a refusé une autorisation de travail ainsi que la décision du 12 novembre 2020 rejetant le recours hiérarchique qu'il a formé auprès du ministre de l'intérieur ;

2°) d'enjoindre au directeur régional des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'Emploi de l'Essonne de lui délivrer l'autorisation de travail sollicitée, dans le délai de quinze jours à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros à verser à Me Maugin en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de sa renonciation à la part contributive de l'Etat.

Il soutient que :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article R. 5221-20 du code du travail et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de ces dispositions.

Par un mémoire en défense enregistré le 17 février 2023, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête en faisant valoir que les moyens invoqués par le requérant ne sont pas fondés.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 3 mai 2021.

Par une ordonnance du 17 janvier 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 17 février 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code du travail ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Degorce ;

- et les conclusions de Mme Bartnicki, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B C A, ressortissant népalais né le 17 août 1992 à Baitadi, est entré en France le 19 septembre 2016, sous couvert d'un visa portant la mention " étudiant ", pour y poursuivre des études de commerce et de management. Dans le cadre de sa demande de changement de statut d'étudiant à salarié, la SARL Palais de l'Himalaya a sollicité auprès de la préfecture de l'Essonne une autorisation de travail pour recruter M. A sur un poste de serveur en restauration. Par une décision du 9 juillet 2020 dont le requérant demande l'annulation, le préfet de l'Essonne a rejeté sa demande. Saisi d'un recours hiérarchique contre cette décision, le ministre de l'intérieur, par décision du 12 novembre 2020, a également rejeté sa demande.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

3. En l'espèce, la décision attaquée comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. En particulier, elle rappelle, après avoir visé les dispositions applicables, celles notamment de l'article R. 5221-20 du code du travail, l'objet de la demande de M. A, l'état du marché du travail pour l'emploi envisagé ainsi que les éléments qui l'ont conduit à considérer que la qualification et l'expérience du requérant n'étaient pas en adéquation avec les caractéristiques de l'emploi proposé. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision attaquée manque en fait et doit être écarté.

4. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier qu'avant de refuser une autorisation de travail à M. A, le préfet de l'Essonne s'est livré à un examen circonstancié de la situation personnelle de celui-ci à l'aune des informations portées à sa connaissance. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen doit être écarté.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article R. 5221-20 du code du travail, dans sa version applicable à la date de la décision attaquée : " Pour accorder ou refuser l'une des autorisations de travail mentionnées à l'article R. 5221-11, le préfet prend en compte les éléments d'appréciation suivants : 1° La situation de l'emploi dans la profession et dans la zone géographique pour lesquelles la demande est formulée, compte tenu des spécificités requises pour le poste de travail considéré, et les recherches déjà accomplies par l'employeur auprès des organismes concourant au service public de l'emploi pour recruter un candidat déjà présent sur le marché du travail ; 2° L'adéquation entre la qualification, l'expérience, les diplômes ou titres de l'étranger et les caractéristiques de l'emploi auquel il postule ; () 3° le respect par l'employeur () de la législation relative au travail et à la protection sociale ; () ".

6. Pour rejeter la demande d'autorisation de travail présentée par M. A, le préfet de l'Essonne et le ministre de l'intérieur se sont fondés sur la situation de l'emploi dans le secteur de la restauration ainsi que sur l'inadéquation des études et diplômes du requérant avec l'emploi proposé.

7. D'une part, il résulte des dispositions précitées de l'article R. 5221-20 du code du travail que la situation de l'emploi dans la profession et la zone géographique pour lesquelles la demande d'autorisation de travail est formulée peut, à elle seule, justifier le refus opposé. De même, pour la délivrance d'une telle autorisation, l'autorité préfectorale doit prendre en compte les démarches accomplies par l'employeur pour recruter un demandeur d'emploi.

8. En l'espèce, M. A soutient que, du fait de la crise sanitaire, le secteur de la restauration est touché par d'importantes difficultés de recrutement. Toutefois, il ne ressort d'aucune pièce du dossier que son employeur aurait publié une offre d'emploi pour le poste qui lui a été proposé ou qu'il aurait procédé à une recherche sérieuse et durable de candidats parmi ceux déjà présents sur le marché francilien avant de recruter le requérant.

9. D'autre part, si le requérant conteste l'appréciation portée par l'autorité préfectorale et le ministre de l'intérieur en se prévalant de l'expérience professionnelle et de la formation qu'il a acquises dans le domaine de la restauration au Népal, en Inde et au Koweït entre 2010 et 2016, ces éléments n'avaient pas à être pris en compte par la DIRECCTE pour évaluer l'adéquation entre sa qualification acquise en France et les caractéristiques de l'emploi auquel il postule. Enfin, il ressort des pièces du dossier que M. A a suivi en France des études de niveau bac +5 en management alors que lui est proposé un emploi de serveur dont son employeur lui-même reconnaît qu'il n'est pas à la hauteur de ses compétences. Dans ces conditions, compte tenu non seulement de la surqualification du requérant mais également de l'absence d'adéquation entre le poste offert et la nature même des études suivies par M. A, le moyen tiré de l'erreur d'appréciation ne peut qu'être écarté.

10. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation ni de la décision du 9 juillet 2020 par laquelle la Direction régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'Emploi (DIRECCTE) de l'Essonne lui a refusé une autorisation de travail, ni de la décision du 12 novembre 2020 rejetant le recours hiérarchique qu'il a formé auprès du ministre de l'intérieur.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

11. Le présent jugement qui rejette les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A n'appelle aucune mesure d'exécution. Dès lors, les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte présentées par le requérant ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais d'instance :

12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il soit mis à la charge de l'Etat, qui n'a pas la qualité de partie perdante dans la présente instance, la somme que M. A réclame au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C A, au préfet de l'Essonne et au ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 15 juin 2023, à laquelle siégeaient :

- M. Blanc, président,

- Mme Lutz, première conseillère,

- Mme Degorce, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 juin 2023.

La rapporteure,

signé

Ch. DegorceLe président,

signé

Ph. BlancLa greffière,

signé

C. Delannoy

La République mande et ordonne au préfet de l'Essonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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