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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2106485

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2106485

mardi 23 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2106485
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation5ème chambre
Avocat requérantSCP ARBOR TOURNOUD ET ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 27 juillet 2021, le 14 mars 2023, le 21 mars 2023 et le 30 mars 2023, la société civile immobilière (SCI) HAD Immobilière, représentée par la SELARL Arbor-Tournoud agissant par Me Tournoud, demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge, en droits et pénalités, de la cotisation supplémentaire d'impôt sur les sociétés à laquelle elle a été assujettie au titre de l'exercice clos en 2016 ;

2°) à défaut de procéder à la compensation entre les rappels d'impôt sur les sociétés mis à sa charge et l'impôt sur le revenu et les contributions sociales acquittés par ses associés à raison des bénéfices sociaux que ces derniers ont déclarés à tort dans la cédule des revenus fonciers ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 400 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ainsi que les entiers dépens.

Elle soutient que :

- le montant des loyers encaissés en 2016 ne peut être évalué par référence à celui réalisé en 2014 dès lors qu'elle a vendu une part significative des logements dont elle était propriétaire entre 2011 et 2015 ; l'administration dispose, en outre, du montant des loyers encaissés en 2016 qui figurent sur les déclarations n°2172 souscrites selon le régime de transparence fiscale ;

- le produit de la cession intervenue le 21 avril 2016 doit être déterminé après déduction du prix de revient du bien cédé ; l'administration dispose du montant du bénéfice effectivement réalisé, qui a été déclaré par le biais de l'imprimé 2048 MM attaché à l'acte de vente ; la méthode de reconstitution employée par le service est ainsi entachée d'une anomalie substantielle ;

- sa demande de compensation est fondée au regard des dispositions de l'article L. 80 du livre des procédures fiscales et de la jurisprudence.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 15 octobre 2021 et les 17 et 28 mars 2023, le directeur départemental des finances publiques conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- le tribunal s'est déjà prononcé sur le bien-fondé des impositions litigieuses par un jugement revêtu de l'autorité de la chose jugée ;

- les moyens soulevés par la SCI HAD Immobilière ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 28 mars 2023 la clôture d'instruction a été fixée en dernier lieu au 11 avril 2023 à 10h00.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. B,

- les conclusions de Mme Cerf, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. La SCI Had Immobilière, qui exerce une activité de marchand de biens et de gestion immobilière, est soumise à l'impôt sur les sociétés par l'effet de l'option souscrite en ce sens dans sa déclaration de constitution en date du 1er juillet 1993. Propriétaire d'un immeuble sis au 1 de la rue des Cardinaux de Rohan à Rochefort en Yvelines, acquis en 1995 pour un prix de 337 064 euros, et composé de trente-deux appartements, elle a procédé à la mise en vente de ces derniers à compter de l'exercice 2011. Après avoir vainement mis en demeure la société de déposer des déclarations d'impôt sur les sociétés au titre des exercices 2015 et 2016, par courriers en date des 9 août 2016 et 4 décembre 2017, l'administration lui a notifié, par deux propositions de rectification du 23 septembre 2016 et du 11 janvier 2018, portant respectivement sur les exercices 2015 et 2016 et faisant application de la procédure de taxation d'office, des suppléments d'impôt sur les sociétés. Les impositions supplémentaires mises à sa charge au titre de l'année 2016 ont été mises en recouvrement le 15 mai 2018 pour un montant total de 99 335 euros. Sa dernière réclamation contre celles-ci, en date du 24 décembre 2020, ayant été rejetée par décision du 4 juin 2021, la société demande au tribunal de prononcer leur réduction, en retenant comme bases d'imposition le montant des recettes et des plus-values déclarées par le biais des déclarations n°2172 et 2048 MM qui ont été souscrites par la société.

Sur le bien-fondé de l'imposition :

2. Aux termes de l'article L. 193 du livre des procédures fiscales : " Dans tous les cas où une imposition a été établie d'office, la charge de la preuve incombe au contribuable qui demande la décharge ou la réduction de l'imposition ". Aux termes de l'article R. 193-1 du même code : " Dans le cas prévu à l'article L. 193 le contribuable peut obtenir la décharge ou la réduction de l'imposition mise à sa charge en démontrant son caractère exagéré ". L'imposition supplémentaire en litige résulte de la mise en œuvre d'une procédure de taxation d'office, dont la régularité n'est pas contestée. Dès lors, la SCI Had Immobilière supporte la charge de la preuve de son caractère exagéré.

3. Aux termes de l'article 38 du code général des impôts, dans sa rédaction applicable au litige : " 1. () le bénéfice imposable est le bénéfice net, déterminé d'après les résultats d'ensemble des opérations de toute nature effectuées par les entreprises, y compris notamment les cessions d'éléments quelconques de l'actif, soit en cours, soit en fin d'exploitation. () ".

4. Il résulte de l'instruction que pour déterminer le montant du bénéfice imposable de la SCI Had Immobilière au titre de l'exercice clos en 2016, l'administration a tenu compte, d'une part, des loyers perçus par la SCI Had Immobilière au cours de l'exercice, fixé à 70 000 euros, et, d'autre part, des recettes issues de la cession d'un bien immobilier intervenue le 21 avril 2016, à hauteur du prix de cession, soit 169 000 euros, et qu'elle a déduit des produits ainsi constatés des charges à hauteur de 30 000 euros. Il en est résulté, pour la société, un bénéfice imposable de 209 000 euros au titre de l'exercice clos en 2016.

5. D'une part, pour fixer à 70 000 euros le montant des recettes tirées des loyers, le service a estimé qu'il devait être fixé selon " une base comparable " au montant des recettes de loyers constatées au cours de l'exercice 2014. Si la société requérante soutient que, contrairement à ce qu'a estimé le service, le montant des loyers perçus en 2016 ne peut être évalué par référence à celui réalisé en 2014 dès lors qu'elle a vendu une part significative des logements dont elle était propriétaire entre 2011 et 2015, elle ne démontre nullement l'existence des cessions auxquelles elle fait référence ni l'impact que celles-ci ont pu avoir sur le montant des loyers perçus au cours de l'exercice en litige. Si elle fait valoir que l'administration dispose du montant des loyers encaissés en 2016, dont elle soutient qu'ils ont été déclarés par le biais de déclaration n°2172, elle n'a toutefois pas produit la preuve que de telles déclarations auraient été souscrites alors que l'administration soutient ne pas en avoir été destinataire. En tout état de cause ces seules déclarations ne constituent pas une preuve suffisante du montant des recettes de loyers. Dans ces conditions, la société n'apporte pas la preuve du caractère exagéré des recettes de loyer retenues par le service.

6. D'autre part, si la société soutient que le bénéfice correspondant à la cession intervenue le 21 avril 2016 doit être déterminé compte tenu du coût d'acquisition du bien en cause, il est toutefois constant que ce bien a été acquis au cours d'un exercice antérieur et que son prix de revient n'a fait l'objet d'aucun amortissement constaté en 2016, et qu'il n'y a, dès lors, pas lieu de déduire tout ou partie de celui-ci du produit de sa vente pour déterminer les recettes réalisées et le résultat imposable de la SCI Had Immobilière au cours de cet exercice. Par suite et en l'absence de toute contestation sur le montant des charges retenues par le service au titre de l'exercice 2016, soit 30 000 euros, la société n'apporte pas la preuve du caractère exagéré des recettes ni du bénéfice reconstitué par le service.

7. Il résulte de ce qui précède et sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir opposée en défense par l'administration fiscale que la SCI Had Immobilière n'est pas fondée à solliciter la réduction des suppléments d'impôt sur les sociétés mis à sa charge au titre de l'exercice 2016.

Sur la demande de compensation

8. Aux termes de l'article L. 80 du livre des procédures fiscales : " L'administration peut effectuer toutes les compensations entre l'impôt sur le revenu, l'impôt sur les sociétés, la contribution prévue à l'article 234 nonies du code général des impôts, la taxe d'apprentissage, la taxe sur les salaires, la cotisation perçue au titre de la participation des employeurs à l'effort de construction, établis au titre d'une même année. / () Les compensations de droits sont opérées dans les mêmes conditions au profit du contribuable qui a fait l'objet d'une rectification lorsqu'il démontre qu'une taxation excessive a été établie à son détriment ou lorsque la rectification fait apparaître une double imposition ". Par ailleurs, aux termes de l'article L. 203 du même code : " Lorsqu'un contribuable demande la décharge ou la réduction d'une imposition quelconque, l'administration peut, à tout moment de la procédure et malgré l'expiration des délais de prescription, effectuer ou demander la compensation dans la limite de l'imposition contestée, entre les dégrèvements reconnus justifiés et les insuffisances ou omissions de toute nature constatées dans l'assiette ou le calcul de l'imposition au cours de l'instruction de la demande ". Et aux termes de l'article L. 205 de ce code : " Les compensations de droits prévues aux articles L. 203 et L. 204 sont opérées dans les mêmes conditions au profit du contribuable à l'encontre duquel l'administration effectue une rectification lorsque ce contribuable invoque une surtaxe commise à son préjudice ou lorsque la rectification fait apparaître une double imposition ".

9. D'une part, la compensation d'office prévue par les dispositions de l'article L. 80 du livre des procédures fiscales n'est susceptible d'intervenir, à l'initiative de l'administration ou du contribuable, qu'au cours de la procédure d'imposition. Il s'ensuit que la société ne saurait se prévaloir utilement de ces dispositions pour solliciter une compensation de droits à l'occasion de la présente instance.

10. D'autre part, à supposer que la société ait entendu se prévaloir des dispositions des articles L. 203 et suivants du livre des procédures fiscales, dès lors que les impositions mises à la charge de la SCI Had Immobilière au titre de l'impôt sur les sociétés et celles mises à la charge de ses associés au titre des plus-values immobilières concernent des contribuables distincts et relèvent de catégories déterminées de revenus régies par leurs propres règles, la société requérante ne peut utilement soutenir que la rectification prononcée à son encontre ferait apparaître une double imposition au sens des dispositions précitées. Son moyen, à le supposer même soulevé sur un tel fondement, n'est ainsi pas fondé et doit être écarté.

11. Enfin, il résulte de l'instruction que les impositions mises à la charge de M. et Mme A, associés de la SCI Had Immobilière, au titre de l'année 2016 à raison des plus-values qu'ils ont déclarées à tort comme des revenus fonciers, ont fait l'objet d'un dégrèvement par décision du 24 juin 2021.

12. Il s'ensuit que les conclusions présentées à titre subsidiaire par la SCI Had Immobilière et tendant au bénéfice d'une compensation de droits au profit de ses associés ne peuvent en tout état de cause qu'être rejetées.

Sur les frais

13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas partie perdante dans la présente instance, une somme quelconque au titre des frais exposés et non-compris dans les dépens. Elle ne justifie enfin d'aucuns dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la SCI Had Immobilière est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la SCI Had Immobilière et au directeur départemental des finances publiques des Yvelines.

Délibéré après l'audience du 18 avril 2023, à laquelle siégeaient :

M. Delage, président,

M. de Miguel, premier conseiller,

M. Thivolle, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 mai 2023.

Le rapporteur,

Signé

G. B

Le président,

Signé

Ph. Delage La greffière,

Signé

V. Retby

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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