jeudi 27 avril 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| Section | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| N° Dossier | TA78-2106536 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | DADI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés les 28 juillet 2021 et 1er octobre 2021, la commune de Sartrouville, représentée par l'AARPI Richer et associés droit public, demande au tribunal :
1°) d'enjoindre à Mme C, ainsi que tous les occupants irréguliers de son chef, de quitter le logement situé dans l'enceinte de l'école Léo Lagrange, sis 41, rue Saint-Exupéry à Sartrouville, sans délai à compter de la notification du jugement à intervenir, à peine d'astreinte de 200 euros par jour de retard en cas de maintien dans les lieux ;
2°) d'expulser Mme C, ou tout autre occupant illégal de son chef, du logement en cause au besoin avec le concours de la force publique et d'un serrurier en cas de maintien dans les lieux un mois après ladite notification ;
3°) de mettre à la charge de Mme C une somme de 2 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- le logement en litige, qui se trouve dans l'enceinte de l'école Léo Lagrange et dispose d'un accès direct à l'enceinte de l'école, est affecté au service public de l'enseignement et a été spécialement aménagé à cette fin ; le tribunal administratif est donc bien compétent pour prononcer l'expulsion de Mme C ;
- une convention d'occupation précaire a été conclue avec M. B avant qu'il ne divorce de Mme C et ne quitte le logement en janvier 2015 ;
- alors que Mme C n'est pas partie à la convention, le délai de préavis qu'elle prévoit a été respecté et le congé lui a été donné par courrier du 16 mai 2018 recommandé avec accusé de réception ;
- en dépit de mise en demeure de quitter les lieux, Mme C, qui ne dispose pourtant d'aucun droit d'occupation, ni d'aucun titre, continue d'occuper illégalement le logement ;
- le paiement d'une redevance par prélèvement bancaire, pas plus que l'émission de quittances de loyer, n'entraînent de reconnaissance d'un droit ou d'une convention tacite d'occupation du domaine public ;
- Mme C ne peut se prévaloir de la loi n° 89-462 du 6 juillet 1989 qui n'est pas applicable aux occupants du domaine public, ni de la volonté de son ex-époux de lui céder le droit d'occupation qu'il détenait grâce à la convention conclue avec la ville ;
- la demande d'expulsion de Mme C n'est pas excessive au regard des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 10 et 18 septembre 2021, Mme A C, représentée par Me Dadi, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de la commune de Sartrouville une somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- l'article 6 de la convention d'occupation précaire stipulait que la commune aurait dû lui donner congé par pli recommandé avec accusé de réception ;
- son ex-époux a fait part de sa volonté de lui céder le droit d'occupation qu'il détenait sur ce logement ;
- en éditant des quittances de loyer à son nom pendant plusieurs années, la commune de Sartrouville doit être regardée comme ayant accepté tacitement que le bail soit désormais détenu par elle depuis son divorce d'avec son ex-époux, conformément à l'article 21 de la loi n°89-432 du 6 juillet 1989 ;
- la décision de la commune de Sartrouville de l'expulser contrevient aux stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par une ordonnance du 22 décembre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 27 janvier 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général de la propriété des personnes publiques ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Degorce ;
- les conclusions de Mme Bartnicki, rapporteure publique ;
- et les observations de Me Brard pour la commune de Sartrouville.
Considérant ce qui suit :
1. Le 19 décembre 2002, la commune de Sartrouville a signé avec M. B, professeur des écoles, une convention d'occupation à titre précaire et révocable mettant à sa disposition et celle de sa famille, composée de son épouse, Mme C, et de leurs trois enfants, un logement de type F4, sis 41, rue de Saint-Exupéry, dans l'enceinte de l'école élémentaire Léo Lagrange. A la suite de son divorce en avril 2017, M. B a quitté le domicile familial, tandis que son ex-épouse décidait de se maintenir dans les lieux avec leurs enfants. Afin de lui permettre de trouver un nouveau logement, la commune de Sartrouville a proposé à Mme C, au cours du mois de décembre 2017, de signer une convention d'occupation de son logement avec une date d'échéance au 31 août 2018. Mme C n'ayant pas donné suite à cette proposition, la commune de Sartrouville lui a donné son congé pour le 31 août 2018, par courrier recommandé du 16 mai 2018 avec accusé de réception qu'elle a signé le 19 mai suivant. En dépit de plusieurs mises en demeure de quitter les lieux qui lui ont été adressées les 24 juillet 2018, 25 septembre 2018 et 11 mars 2021, Mme C a refusé de quitter son logement. Par la présente requête, la commune de Sartrouville doit être regardée comme demandant au tribunal de lui enjoindre de libérer le logement.
Sur les conclusions à fin d'expulsion :
2. En premier lieu, lorsque le juge administratif est saisi d'une demande tendant à l'expulsion d'un occupant d'une dépendance appartenant à une personne publique, il lui incombe, pour déterminer si la juridiction administrative est compétente pour se prononcer sur ces conclusions, de vérifier que cette dépendance relève du domaine public à la date à laquelle il statue. A cette fin, il lui appartient de rechercher si cette dépendance a été incorporée au domaine public, en vertu des règles applicables à la date de l'incorporation, et, si tel est le cas, de vérifier, en outre, qu'à la date à laquelle il se prononce, aucune disposition législative ou, au vu des éléments qui lui sont soumis, aucune décision prise par l'autorité compétente n'a procédé à son déclassement. Avant l'entrée en vigueur de la partie législative du code général de la propriété des personnes publiques, intervenue le 1er juillet 2006, l'appartenance d'un bien au domaine public était, sauf si ce bien était directement affecté à l'usage du public, subordonnée à la double condition qu'il ait été affecté à un service public et spécialement aménagé en vue du service public auquel il était destiné. Il résulte par ailleurs des dispositions de l'article L. 2111-1 de ce code que le domaine public d'une personne publique est constitué des biens lui appartenant qui sont soit affectés à l'usage direct du public, soit affectés à un service public pourvu qu'en ce cas ils fassent l'objet d'un aménagement indispensable à l'exécution des missions de ce service public.
3. En l'espèce, il est constant que le logement occupé par Mme C est situé dans l'enceinte de l'école élémentaire Léo Lagrange, dans un immeuble aménagé en vue de son affectation au service public de l'Education nationale, afin d'y loger des instituteurs. Cet immeuble, dont il ne résulte pas de l'instruction qu'il aurait fait l'objet d'une mesure de déclassement, doit donc être regardé comme faisant partie du domaine public de la commune de Sartrouville.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 2122-1 du code général de la propriété des personnes publiques : " Nul ne peut, sans disposer d'un titre l'y habilitant, occuper une dépendance du domaine public d'une personne publique () ou l'utiliser dans des limites dépassant le droit d'usage qui appartient à tous () ".
5. En l'espèce, il résulte de l'instruction qu'en vertu d'une convention de mise à disposition précaire et révocable, conclue le 19 décembre 2002, la commune de Sartrouville a autorisé M. B, en sa qualité de professeur des écoles, à occuper le logement en litige avec son épouse et leurs enfants. Toutefois, il est constant que M. B, à la suite de son divorce, en avril 2017, a quitté le domicile familial. Mme C, qui n'était pas partie à la convention signée par son ex-époux et la commune de Sartrouville, ne dispose d'aucun droit ni titre l'habilitant à occuper ce logement et doit être ainsi regardée comme dépourvue de tout titre d'occupation, sans que la circonstance qu'elle ait continué à s'acquitter des sommes correspondant à la redevance d'occupation du domaine public, telle que prévue par la convention conclue par la commune avec M. B ne soit de nature à révéler l'existence d'un renouvellement tacite de cette autorisation. En se bornant à soutenir, d'une part, que son époux a fait part de sa volonté de lui céder le droit d'occupation qu'il détenait sur ce logement et, d'autre part, que la commune de Sartrouville ne lui aurait pas régulièrement donné congé, moyen qui, en tout état de cause, est inopérant et manque en fait, Mme C ne conteste pas occuper le logement en litige sans droit ni titre.
6. En troisième et dernier lieu, il incombe au juge administratif, saisi d'un litige relatif à l'expulsion d'un occupant d'un logement de fonction dans un établissement scolaire, de prendre en compte, d'une part, la nécessité d'assurer le fonctionnement normal et la continuité du service public dont cet établissement public a la charge et, d'autre part, la situation de l'occupant en cause ainsi que les exigences qui s'attachent au respect de sa dignité et de sa vie privée et familiale.
7. En l'espèce, si Mme C fait valoir que son expulsion porterait atteinte à sa vie privée et familiale, elle ne justifie nullement d'une éventuelle impossibilité de retrouver un logement, ni ne se prévaut d'aucune considération particulière tenant à sa situation personnelle. Par suite, elle n'est pas fondée à invoquer la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
8. Saisi dans ces conditions par la commune de Sartrouville d'une demande d'expulsion de son domaine public indûment occupé, le juge administratif est tenu d'y faire droit. Il y a donc lieu, d'une part, d'enjoindre à Mme C, ainsi qu'à tous occupants introduits de son chef, de libérer sans délai le logement qu'elle occupe au sein de l'école élémentaire Léo Lagrange à Sartrouville. Cette injonction sera assortie d'une astreinte d'un montant de 100 euros par jour de retard, si elle n'est exécutée dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.
Sur les frais de l'instance :
9. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de Mme C la somme que la commune de Sartrouville demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font par ailleurs obstacle à ce que les sommes demandées à ce titre par Mme C soient mises à la charge de la commune de Sartrouville, qui n'est pas la partie perdante.
D E C I D E :
Article 1er : Il est enjoint à Mme A C, et à tous occupants introduits de son chef, de libérer sans délai le logement qu'elle occupe sans droit ni titre au 41 rue Saint-Exupéry à Sartrouville, sous astreinte d'un montant de 100 euros par jour de retard à compter de l'expiration d'un délai de trois mois partant de la date de notification du présent jugement.
Article 2 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la commune de Sartrouville et à Mme A C.
Délibéré après l'audience du 13 avril 2023, à laquelle siégeaient :
- M. Blanc, président,
- M. Jauffret, premier conseiller,
- Mme Degorce, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 avril 2023.
La rapporteure,
signé
Ch. DegorceLe président,
signé
Ph. Blanc
La greffière,
signé
Ch. Laforge
La République mande et ordonne au préfet des Yvelines en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
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Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026