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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2106613

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2106613

mardi 18 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2106613
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationMagistrat Florent
Avocat requérantIOSCA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 29 juillet 2021, M. A B, représenté par Me Iosca, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions portant retrait de points consécutives aux infractions relevées entre le 30 avril et le 17 juillet 2020 ;

2°) d'annuler la décision référencée " 48 SI " du 16 juin 2021 par laquelle le ministre de l'intérieur lui a notifié le retrait de l'ensemble des points de son permis de conduire, a constaté l'invalidité de son titre de conduite pour défaut de points et lui a enjoint de le restituer ;

3°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de lui restituer les points illégalement retirés au capital de points de son permis de conduire dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir.

Il soutient que :

- il n'a pas été tenu compte de son stage de récupération de points effectué les 2 et 3 juillet 2021 ;

- il n'a pas reçu les informations prévues par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route préalablement aux décisions contestées ;

- la réalité des infractions n'est pas établie.

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 octobre 2021, le ministre de l'intérieur conclut au non-lieu à statuer s'agissant des conclusions dirigées contre la décision du 16 juin 2021 et la décision de retrait de points consécutive à l'infraction du 30 juin 2020 ainsi qu'au rejet du surplus des conclusions de la requête.

Il soutient que la décision " 48 SI " a été retirée compte tenu de la prise en compte du stage de récupération de points effectué par le requérant, que les points retirés à la suite de l'infraction du 30 juin 2020 ont également été restitués à l'intéressé et que les autres moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la route ;

- le code de procédure pénale ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Florent, première conseillère, pour statuer sur les litiges mentionnés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative selon la procédure prévue par cet article.

Mme Florent a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Florent a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. A la suite de diverses infractions au code de la route constatées les 30 avril (3 points), 13 juillet (4 points), 17 juillet (4 points) et 30 juin 2020, M. A B s'est vu retirer l'ensemble des points du capital affecté à son permis de conduire. Par une décision référencée " 48 SI " du 16 juin 2021, le ministre de l'intérieur a récapitulé l'ensemble de ces décisions de retrait de points, a invalidé son permis de conduire et lui a enjoint de le restituer. Par la présente requête, M. B demande l'annulation de cette décision ainsi que de l'ensemble des décisions portant retrait de points consécutives aux infractions précitées.

Sur l'exception de non-lieu :

2. Il résulte de l'instruction que postérieurement à l'introduction de la requête de M. B, le ministre de l'intérieur a pris en compte le stage de récupération de points effectué par le requérant les 2 et 3 juillet 2021 et retiré la décision " 48 SI " du 16 juin 2021. Dans ces conditions, il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions de M. B tendant à l'annulation de cette décision.

3. Il ressort également du relevé intégral d'information relatif au permis de conduire de M. B que les points retirés consécutivement à l'infraction du 30 juin 2020 ont finalement été restitués au requérant. Par suite, il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions d'annulation dirigées également contre la décision de retrait de points consécutive à cette infraction.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

4. Aux termes de l'article L. 223-1 du code de la route : " Le permis de conduire est affecté d'un nombre de points. Celui-ci est réduit de plein droit si le titulaire du permis a commis une infraction pour laquelle cette réduction est prévue. (). La réalité d'une infraction entraînant retrait de points est établie par le paiement d'une amende forfaitaire ou l'émission du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée, l'exécution d'une composition pénale ou par une condamnation définitive. " et aux termes de l'article L. 223-3 de ce code : " Lorsque l'intéressé est avisé qu'une des infractions entraînant retrait de points a été relevée à son encontre, il est informé des dispositions de l'article L. 223-2, de l'existence d'un traitement automatisé de ces points et de la possibilité pour lui d'exercer le droit d'accès conformément aux articles L. 225-1 à L. 225-9. Lorsqu'il est fait application de la procédure de l'amende forfaitaire ou de la procédure de composition pénale, l'auteur de l'infraction est informé que le paiement de l'amende ou l'exécution de la composition pénale entraîne le retrait du nombre de points correspondant à l'infraction reprochée, dont la qualification est dûment portée à sa connaissance ; il est également informé de l'existence d'un traitement automatisé de ces points et de la possibilité pour lui d'exercer le droit d'accès. () "

5. Il résulte des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route que l'accomplissement de la formalité substantielle prescrite par ces dispositions, qui constitue une garantie essentielle donnée à l'auteur de l'infraction pour lui permettre d'en contester la réalité et d'en mesurer les conséquences sur la validité de son permis, conditionne la régularité de la procédure suivie et, partant, la légalité du retrait de points. L'administration ne peut légalement prendre une décision retirant des points affectés à un permis de conduire à la suite d'une infraction dont la réalité a été établie que si l'auteur de l'infraction s'est vu préalablement délivrer par elle un document lui permettant de constater la réalité de l'infraction et d'en mesurer les conséquences sur la validité de son permis. Il appartient à l'administration d'apporter la preuve, par tous moyens, de la remise d'un tel document.

6. Il ressort des mentions du relevé d'information intégral relatif au permis de conduire de M. B que les infractions relevées les 30 avril (3 points), 13 juillet (4 points) et 17 juillet 2020 (4 points) ont été constatées par procès-verbal électronique ou par radar automatique et ont donné lieu à l'émission d'un titre exécutoire d'amende forfaitaire majorée. Les procès-verbaux électroniques versés par le ministre de l'intérieur ne comprennent toutefois aucune signature du requérant ni mention " refus de signer ". Si par ailleurs le ministre fait valoir qu'un avis de contravention, comportant l'ensemble des informations prévues par les articles L. 223-3 et R.223-3 du code de la route, a été adressé au requérant à la suite de chacune de ces infractions, il ne l'établit pas, faute d'accusé de réception de ce courrier ou de preuve du paiement de la contravention correspondante. Il en est de même pour les infractions relevées par radar automatique. Enfin, compte tenu de l'ancienneté des infractions commises préalablement par M. B, les informations dont il aurait disposé à l'occasion de ces précédentes infractions ne sauraient pallier le défaut d'information relevé concernant les trois infractions de 2020 alors au surplus qu'il n'est pas établi que la qualification de ces dernières infractions aurait été portée à la connaissance du contrevenant. Dans ces conditions, le requérant a été privé d'une garantie et est fondé à soutenir que les décisions de retrait de points consécutives aux infractions relevées les 30 avril (3 points), 13 juillet (4 points) et 17 juillet 2020 (4 points) sont intervenues au terme d'une procédure irrégulière.

7. Par suite, sans qu'il soit besoin d'examiner l'autre moyen de la requête, M. B est fondé à demander l'annulation des décisions de retrait de points consécutives aux infractions constatées les 30 avril (3 points), 13 juillet (4 points) et 17 juillet 2020 (4 points) et qu'il soit enjoint au ministre de l'intérieur de lui reconnaître le bénéfice des points illégalement retirés, dans la limite d'un capital maximum de douze points, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B dirigées contra décision " 48 SI " du 16 juin 2021 et la décision de retrait de points consécutive à l'infraction du 30 juin 2020.

Article 2 : Les décisions de retrait de points consécutives aux infractions constatées les 30 avril (3 points), 13 juillet (4 points) et 17 juillet 2020 (4 points) sont annulées.

Article 3 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur de reconnaître à M. B le bénéfice des 11 points illégalement retirés, dans la limite d'un capital maximum de douze points, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au ministre de l'intérieur et des Outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 juillet 2023.

La magistrate désignée,

Signé

J. Florent

Le greffier,

Signé

Ch. Gueldry

La République mande et ordonne à la ministre de l'intérieur et des Outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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