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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2106687

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2106687

vendredi 9 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2106687
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème chambre
Avocat requérantGERARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I- Par une requête n° 2106687, enregistrée le 2 août 2021, la société Ferme d'Olivet, représentée par Me Gérard, demande au tribunal :

1°) d'annuler la délibération du 31 mai 2021 par laquelle le conseil municipal de Gressey a approuvé le plan local d'urbanisme (PLU) de la commune ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Gressey la somme de 5 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- il n'est pas établi que la commune a notifié aux personnes publiques associées la délibération du 3 novembre 2014 prescrivant la révision du plan d'occupation des sols ;

- il n'est pas établi que l'ensemble des notifications prévues à l'article L. 123-6 du code de l'urbanisme ont été réalisées s'agissant de la délibération du 3 décembre 2014 ;

- il n'est pas établi que les conseillers municipaux ont été convoqués à la séance du 31 mai 2021 conformément aux articles L. 2121-10 et L. 2121-11 du code général des collectivités territoriales ;

- il n'est pas démontré que la délibération du 31 mai 2021 a été transmise en préfecture ;

- l'adoption du PLU est intervenue en méconnaissance de l'avis défavorable du préfet des Yvelines du 29 novembre 2019 ;

- la création de la zone Ap n'est pas suffisamment justifiée et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ; elle porte une atteinte excessive à l'activité agricole.

Par un mémoire en défense, enregistré le 19 décembre 2022, la commune de Gressey, représentée par Me Le Baut, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 5 000 euros soit mise à la charge de la société requérante en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

La clôture d'instruction a été fixée en dernier lieu au 23 janvier 2023 à midi.

II- Par un déféré n° 2200337 enregistré le 13 janvier 2022, le préfet des Yvelines demande au tribunal :

1°) d'annuler la délibération du 31 mai 2021 par laquelle le conseil municipal de Gressey a approuvé le PLU de la commune ;

2°) d'annuler la décision implicite du 17 novembre 2021 par laquelle le maire de Gressey a refusé de donner suite à sa demande de retrait de la délibération en litige.

Il soutient que :

- en méconnaissance de l'article L. 151-5 du code de l'urbanisme, le projet d'aménagement et de développement durables (PADD) ne précise pas l'objectif chiffré de modération de la consommation de l'espace et de lutte contre l'étalement urbain ;

- une nouvelle enquête publique devait être menée dès lors que le PADD du PLU arrêté avait énoncé un objectif chiffré quant à la limitation de la consommation des terrains agricoles et instauré une orientation d'aménagement et de programmation (OAP) portant sur la réalisation de 15 à 20 logements sur un terrain en extension de la zone urbaine et que le PADD du PLU adopté ne mentionne plus cet objectif et a supprimé l'OAP ;

- le PLU est incompatible avec le schéma directeur de la région Île-de-France (SDRIF) ;

- le règlement est incohérent avec le PADD ;

- le classement de la zone Ap au nord de la commune et du cône de vue sont illégaux.

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 décembre 2022, la commune de Gressey représentée par Me Le Baut conclut :

- au rejet de la requête ;

- à ce que la somme de 5 000 euros soit mise à la charge de l'Etat en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique tenue le 26 mai 2023 :

- le rapport de Mme Rollet-Perraud, présidente-rapporteure,

- les conclusions de M. Maître, rapporteur public,

- les observations de Me Repeta substituant Me Gérard pour la société Ferme d'Olivet ;

- les observations de M. A pour le préfet des Yvelines ;

- et les observations de Me Le Baut, représentant la commune de Gressey ;

Considérant ce qui suit :

1. Par une délibération du 31 mai 2021, le conseil municipal de la commune de Gressey a approuvé son plan local d'urbanisme. La société Ferme d'Olivet et le préfet des Yvelines demandent l'annulation de cette décision.

Sur la jonction :

2. Les requêtes visées ci-dessus sont dirigées contre la même décision et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. D'une part, aux termes de l'article L. 153-43 du code de l'urbanisme : " A l'issue de l'enquête publique, ce projet, éventuellement modifié pour tenir compte des avis qui ont été joints au dossier, des observations du public et du rapport du commissaire ou de la commission d'enquête, est approuvé par délibération de l'organe délibérant de l'établissement public de coopération intercommunale ou du conseil municipal. " Il résulte de l'article L. 153-43 du code de l'urbanisme que le PLU ne peut subir de modifications, entre la date de sa soumission à l'enquête publique et celle de son approbation, qu'à la double condition que ces modifications ne remettent pas en cause l'économie générale du projet et qu'elles procèdent de l'enquête. Doivent être regardées comme procédant de l'enquête les modifications destinées à tenir compte des réserves et recommandations du commissaire ou de la commission d'enquête, des observations du public et des avis émis par les autorités, collectivités et instances consultées et joints au dossier de l'enquête.

4. Il ressort des pièces du dossier que l'objectif de réduire de près de 30% la consommation d'espaces agricoles et naturels pour la durée du PLU par rapport aux dix années précédentes et l'OAP portant sur la réalisation de 15 à 20 logements figurant dans la version arrêtée du PLU ont été supprimés dans sa version approuvée. Il ressort également des pièces du dossier, que cette suppression de l'OAP résulte des observations du public et notamment des propriétaires des parcelles concernées par l'OAP. Si la suppression de cette OAP est de nature à expliquer celle de l'objectif chiffré quant à la limitation de la consommation des terrains agricoles, il n'en demeure pas moins que cet objectif figurait dans le PADD, arrêté par délibération du 26 août 2019, qui aux termes de l'article L. 151-5 du code de l'urbanisme a pour objet notamment de définir les orientations générales des politiques d'aménagement, d'urbanisme, de protection des espaces naturels, agricoles et forestiers et de fixer des objectifs chiffrés de modération de la consommation de l'espace et de lutte contre l'étalement urbain. En outre, au sein de l'axe 2 du PADD, l'objectif de " limitation " de la consommation d'espaces agricoles et naturels est devenu un objectif de " modération ". Dans ces conditions, ces modifications ont eu pour effet de remettre en cause l'économie générale du projet de PLU. Par suite la délibération du 31 mai 2021 approuvant ce projet, sans que celui-ci ait été à nouveau soumis à un débat sur les orientations du PADD en application de l'article L. 153-12 du code de l'urbanisme et a fortiori à une nouvelle enquête publique, est entachée d'illégalité.

5. D'autre part, en vertu de l'article L. 151-9 du code de l'urbanisme : " Le règlement délimite les zones urbaines ou à urbaniser et les zones naturelles ou agricoles et forestières à protéger. / Il peut préciser l'affectation des sols selon les usages principaux qui peuvent en être faits ou la nature des activités qui peuvent y être exercées et également prévoir l'interdiction de construire. / Il peut définir, en fonction des situations locales, les règles concernant la destination et la nature des constructions autorisées ". Aux termes de l'article R. 151-22 du même code : " Les zones agricoles sont dites " zones A ". Peuvent être classés en zone agricole les secteurs de la commune, équipés ou non, à protéger en raison du potentiel agronomique, biologique ou économique des terres agricoles ". L'article R. 151-23 du même code précise : " Peuvent être autorisées, en zone A : / 1°-Les constructions et installations nécessaires à l'exploitation agricole ou au stockage et à l'entretien de matériel agricole par les coopératives d'utilisation de matériel agricole agréées au titre de l'article L. 525-1 du code rural et de la pêche maritime ; / 2° Les constructions, installations, extensions ou annexes aux bâtiments d'habitation, changements de destination et aménagements prévus par les articles L. 151-11, L. 151-12 et L. 151-13, dans les conditions fixées par ceux-ci. "

6. Il résulte de ces dispositions qu'une zone agricole, dite " zone A ", du plan local d'urbanisme a vocation à couvrir, en cohérence avec les orientations générales et les objectifs du projet d'aménagement et de développement durables, un secteur, équipé ou non, à protéger en raison du potentiel agronomique, biologique ou économique des terres agricoles.

7. Aux termes des dispositions de l'article 2.5 du règlement du PLU concernant la zone Ap : " Types d'occupation ou d'utilisation du sol, destination et sous destinations soumis à des conditions particulières : () Sous réserve de ne pas compromettre l'activité agricole et la qualité paysagère du site et pour permettre d'assurer leur insertion dans l'environnement et leur compatibilité avec le maintien du caractère naturel, agricole ou forestier de la zone : /Les abris pour animaux d'une emprise au sol 30 m2 par unité dans la limite de 1 par terrain d'assiette, pour les terrains d'assiette supérieur à 1 hectare il est autorisé 1 unité / hectare / Les extensions des constructions existantes non liées à l'activité agricole et à usage d'habitation à condition que la surface d'emprise au sol créée par l'extension ou les extensions successives soit limitée à 40m2 à la date d'approbation du Plan Local d'Urbanisme ".

8. Le PADD justifie la création de la zone Ap et des règles qui lui sont applicables par son objectif 1 de l'axe 1 : " préserver et mettre en valeur le paysage et les espaces naturels ". Il est indiqué qu'une continuité écologique, repérée au nord-est du territoire, est formée par une succession de bois et bosquets disposés en pas japonais qui s'étalent de la forêt de Civry au Bois de Richebourg. Ces bois et bosquets sont identifiés comme des corridors écologiques. Le PADD indique encore " que la commune entend protéger les massifs boisés et leurs lisières que ce soit pour les massifs boisés de plus de 100 ha que pour les autres massifs boisés et leurs lisières à fort enjeu paysager et environnemental afin de préserver les vues " plateau-espaces boisés " situés sur la partie Nord et Est du territoire " et fixe " un objectif de protection des paysages Nord et Est du village. Ces espaces sont remarquables au niveau des paysages et présentent un enjeu environnemental : continuité écologique, vues remarquables, cote 157 qui est un point de vue remarquable sur le pays Houdanais. ".

9. Toutefois, il ressort des pièces du dossier et notamment du schéma régional de cohérence écologique (SRCE) et d'une expertise datée du 14 septembre 2022 réalisée à la demande de la commune de Gressey que s'il existe un corridor écologique sur le territoire de la commune, il le traverse du nord-est au sud-ouest et ne correspond que pour une très faible part à la zone Ap, elle-même située au nord de la commune, et alors au demeurant qu'au sud se trouvent une zone naturelle d'intérêt écologique faunistique et floristique (ZNIEFF) de type 2 et une zone humide de classe B. Si cette expertise relève également la présence de trois espèces signalées, les corridors et habitats correspondants ne représentent qu'une infime partie de la zone Ap. Par ailleurs la charte paysagère de la communauté de communes du Pays Houdanais situe le secteur classé en zone Ap dans le " plateau des buttes boisées " mais identifie en paysage remarquable les seules zones boisées situées au nord de la commune. Par suite, quand bien même la volonté des auteurs du PLU de protéger des corridors écologiques et le paysage est clairement exprimée dans le PADD, il ne ressort pas des pièces du dossier que le secteur en cause d'une superficie de 84 hectares présente un intérêt paysager et un intérêt écologique justifiant un classement de ce secteur en zone Ap qui interdit toute construction même liée à l'activité agricole et alors que le PADD fixe pour objectif 2 de garantir la pérennité des espaces agricoles : " par la préservation des terres agricoles " " en déterminant des conditions au développement des activités agricoles () cela suppose de ne pas enclaver les exploitations agricoles existantes, de permettre les conditions de leur diversification et de préserver des continuités agricoles sur le territoire. " Il résulte de ce qui précède que la définition de la zone Ap est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

10. Pour l'application de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, en l'état du dossier, aucun autre moyen soulevé n'est susceptible de fonder l'annulation de la délibération contestée.

11. Il résulte de tout ce qui précède que la délibération du 31 mai 2021 par laquelle le conseil municipal de Gressey a approuvé le PLU et par voie de conséquence la décision implicite du 17 novembre 2021 par laquelle le maire de Gressey a refusé de donner suite à la demande du préfet des Yvelines de prononcer son retrait doivent être annulées.

Sur les frais liés à l'instance :

12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la société Ferme d'Olivet et de l'Etat, qui ne sont pas dans la présente instance les parties perdantes, la somme que la commune de Gressey demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune de Gressey la somme de 1 800 euros à verser à la société Ferme d'Olivet sur le fondement de ces mêmes dispositions.

D E C I D E :

Article 1er : La délibération du 31 mai 2021 par laquelle le conseil municipal de Gressey a approuvé le PLU et la décision implicite du 17 novembre 2021 par laquelle le maire de Gressey a refusé de donner suite à la demande du préfet des Yvelines de prononcer son retrait sont annulées.

Article 2 : La commune de Gressey versera à la société Ferme d'Olivet une somme de 1 800 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Les conclusions présentées par la commune de Gressey au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié au préfet des Yvelines, à la SCEA Ferme d'Olivet, à la commune de Gressey et à la communauté de communes du pays houdanais.

Délibéré après l'audience du 26 mai 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Rollet-Perraud, présidente,

Mme Amar-Cid, première conseillère,

Mme Milon, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 juin 2023.

La présidente-rapporteure,

Signé

C. Rollet-PerraudL'assesseure la plus ancienne,

Signé

J. Amar-Cid

La greffière,

Signé

A. Lloria

La République mande et ordonne au préfet des Yvelines en ce qui le concerne et à tous commissaire de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

2, 2200337

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