lundi 11 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| Section | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| N° Dossier | TA78-2107432 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Magistrat Kante |
| Avocat requérant | DE CAUMONT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés les 30 août 2021, 20 janvier 2022 et 28 janvier 2022, M. C A, représenté par Me de Caumont, demande au tribunal :
1°) d'annuler les décisions par lesquelles le ministre de l'intérieur a procédé à des retraits de points de son permis de conduire à la suite des infractions commises les 15 octobre 2017, 28 juillet 2017, 27 septembre 2018, 14 avril 2019, 4 juin 2019, 9 juin 2019, 21 mars 2020, 19 août 2020, 5 septembre 2020 et 7 décembre 2020.
2°) d'annuler la décision " 48 SI " du 20 juillet 2021 par laquelle le ministre de l'intérieur a constaté l'invalidité de son permis de conduire en raison d'un solde de points nul et lui a enjoint de restituer son permis de conduire aux services préfectoraux dans un délai de dix jours ;
3°) d'enjoindre à l'administration de restituer les points illégalement retirés et de rétablir le capital de son permis de conduire, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision attaquée " 48SI " et que les décisions de retrait de points sont intervenues aux termes d'une procédure irrégulière dès lors qu'il n'a pas été destinataire des informations prévues aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route ;
- les mentions " amende forfaitaire " ou " amende forfaitaire majorée " figurant sur le relevé d'information intégral, n'impliquent pas forcément la réception et la détention d'un avis de contravention par le requérant ; le seul relevé d'information intégral est insuffisant à démontrer le respect de la délivrance des informations prévues aux dispositions du code de la route.
Par un mémoire en défense, enregistré le 26 octobre 2021 le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de M. A une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de procédure pénale,
- le code de la route,
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme Kanté, première conseillère, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
La magistrate désignée a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme B a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. C A a commis les 28 juillet 2017, 15 octobre 2017, 27 septembre 2018, 14 avril 2019, 4 juin 2019, 9 juin 2019, 21 mars 2020, 19 août 2020, 5 septembre 2020 et 7 décembre 2020, diverses infractions au code de la route ayant entraîné le retrait de plusieurs points affectés à son permis de conduire. Par une décision " 48 SI " du 20 juillet 2021, le ministre de l'intérieur a récapitulé l'ensemble de ces décisions de retrait de points, a invalidé son permis de conduire et lui a enjoint de le restituer. Par la présente requête, M. A demande l'annulation de cette dernière décision ainsi que des décisions portant retrait de points de son permis de conduire.
Sur l'étendue du litige :
2. S'agissant des infractions des 28 juillet 2017 et 9 juin 2019, il ressort du relevé d'information intégral du 25 octobre 2021 que les retraits d'un point auxquels ces infractions ont donné lieu ont été restitués à M. A respectivement les 9 juillet 2018 et 9 mars 2020, soit avant l'introduction de sa requête. Les conclusions relatives à ces retraits de points sont, par suite, irrecevables.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne le moyen tiré du défaut de communication des informations mentionnées aux articles L.223-3 et R.223-3 du code de la route :
3. Aux termes de l'article L.223-3 du code de la route, " Lorsque l'intéressé est avisé qu'une des infractions entraînant retrait de points a été relevée à son encontre, il est informé des dispositions de l'article L. 223-2, de l'existence d'un traitement automatisé de ces points et de la possibilité pour lui d'exercer le droit d'accès conformément aux articles L. 225-1 à L. 225-9. Lorsqu'il est fait application de la procédure de l'amende forfaitaire ou de la procédure de composition pénale, l'auteur de l'infraction est informé que le paiement de l'amende ou l'exécution de la composition pénale entraîne le retrait du nombre de points correspondant à l'infraction reprochée, dont la qualification est dûment portée à sa connaissance ; il est également informé de l'existence d'un traitement automatisé de ces points et de la possibilité pour lui d'exercer le droit d'accès. Quand il est effectif, le retrait de points est porté à la connaissance de l'intéressé par lettre simple ou, sur sa demande, par voie électronique. Un décret en Conseil d'Etat précise les conditions d'application du présent alinéa. ". Aux termes de l'article R.223-3 du code de la route : " I.- Lors de la constatation d'une infraction entraînant retrait de points, l'auteur de celle-ci est informé qu'il encourt un retrait de points si la réalité de l'infraction est établie dans les conditions définies à l'article L. 223-1. II.- Il est informé également de l'existence d'un traitement automatisé des retraits et reconstitutions de points et de la possibilité pour lui d'accéder aux informations le concernant. Ces mentions figurent sur le document qui lui est remis ou adressé par le service verbalisateur. Le droit d'accès aux informations ci-dessus mentionnées s'exerce dans les conditions fixées par les articles L. 225-1 à L. 225-9 () ".
4. Il résulte de ces dispositions que l'administration ne peut légalement prendre une décision retirant des points affectés à un permis de conduire à la suite d'une infraction dont la réalité a été établie, que si l'auteur de l'infraction s'est vu, préalablement, délivrer un document contenant les informations prévues aux articles précités du code de la route, lesquels constituent une garantie essentielle lui permettant de contester la réalité de l'infraction et d'en mesurer les conséquences sur la validité de son permis. Il appartient à l'administration d'apporter la preuve, par tout moyen, qu'elle a satisfait à cette obligation d'information. Il appartient au juge, saisi d'un moyen tiré de cette omission, de rechercher si compte tenu des circonstances de l'espèce, et notamment, le cas échéant, de l'information dont l'intéressé a bénéficié à l'occasion d'autres infractions, elle a eu pour effet de priver l'intéressé de la garantie instituée par la loi.
S'agissant des infractions commises les 15 octobre 2017 et 27 septembre 2018 :
5. Il résulte des mentions du relevé d'information intégral relatif au permis de conduire de M. A que l'intéressé s'est acquitté du paiement des amendes forfaitaires de façon différée s'agissant des infractions commises les 15 octobre 2017 et 27 septembre 2018, lesquelles ont été constatées au moyen d'un procès-verbal électronique. Ainsi, M. A a nécessairement reçu des courriers du ministre de l'intérieur l'invitant à s'acquitter de ces paiements. Dès lors, l'administration doit être regardée, dans les circonstances de l'espèce, et alors que l'intéressé n'établit pas, à défaut de produire les documents qui lui ont été remis, que ceux-ci ne comportaient pas l'ensemble des informations exigées ou qu'ils seraient inexacts ou incomplets, comme ayant apporté la preuve qu'il a satisfait à l'obligation d'information. Par suite, le moyen tiré du défaut d'information préalable concernant ces infractions doit être écarté.
S'agissant des infractions commises les 14 avril 2019, 4 juin 2019, 21 mars 2020 et 7 décembre 2020 :
6. Le paiement par le contrevenant de l'amende forfaitaire majorée suffit à établir que l'administration s'est acquittée envers le titulaire du permis de son obligation d'information prévue par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route, à moins que l'intéressé, à qui il appartient à cette fin de produire l'avis qu'il a nécessairement reçu, démontre que cet avis était inexact ou incomplet. Lorsque le contrevenant soutient que le paiement est intervenu par la voie du recouvrement forcé et n'est, par suite, pas de nature à apporter la preuve de la réception des avis, il lui appartient d'apporter la preuve, devant le juge du fond, de ce que l'amende a effectivement fait l'objet d'un recouvrement forcé.
7. Il ressort du relevé d'information intégral relatif au permis de conduire de M. A et des attestations de paiement établies par le comptable public de la trésorerie du contrôle automatisé que les infractions commises les 14 avril 2019, 4 juin 2019, 21 mars 2020 et 7 décembre 2020 constatées au moyen d'un radar automatique ont donné lieu à l'émission de titres exécutoires et à l'encaissement des paiements correspondants. Or, s'agissant des infractions des 4 juin 2019, 21 mars 2020 et 7 décembre 2020, M. A, sur lequel repose la charge de la preuve, produit un bordereau de situation détaillé établi par la trésorerie du contrôle automatisé tendant à établir que ces amendes n'ont pas été spontanément acquittées par l'intéressé et ont fait l'objet d'un acte de poursuite dans le cadre d'une procédure de recouvrement forcée. Dans ces conditions, le ministre de l'intérieur ne saurait être regardé comme apportant la preuve qu'il se serait acquitté de l'obligation d'information prévue par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. Le requérant est, par suite, fondé à soutenir que les décisions de retrait de point consécutives à ces infractions sont intervenues au terme d'une procédure irrégulière et à en demander pour ce motif l'annulation.
S'agissant des infractions commises les 19 août 2020 et 5 septembre 2020 :
8. Il résulte du relevé d'information intégral afférent au permis de conduire de M. A que les infractions commises les 19 août 2020 et 5 septembre 2020 ont été constatées par un radar automatique et ont donné lieu à l'émission de titres exécutoire d'amende forfaitaire majorée. Si ces mentions établissent la réalité de l'infraction en application des dispositions du quatrième alinéa de l'article L. 223-1 du code la route, elles ne permettent pas d'établir que M. A aurait reçu l'avis de contravention comportant les informations exigées par l'article L. 223-3 du code de la route. En conséquence, à défaut pour le ministre, à qui incombe la charge de la preuve, de produire les procès-verbaux afférents à ces infractions ou des attestations de situation du trésorier principal du contrôle automatisé permettant d'établir que le contrevenant se serait acquitté des amendes forfaitaires majorées et aurait en conséquence nécessairement eu connaissance de ces titres exécutoire, M. A, est fondé à soutenir que les décisions de retrait de points consécutives à ces infractions sont intervenues au terme d'une procédure irrégulière.
9. Il résulte de tout ce qui précède que M. A est fondé à demander l'annulation des décisions par lesquelles le ministre de l'intérieur a retiré deux fois un point sur son permis de conduire à la suite des infractions relevées, respectivement, les 19 août 2020 et 5 septembre 2020 et six points sur son permis de conduire à la suite des infractions des 4 juin 2019, 21 mars 2020 et 7 décembre 2020.
Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision " 48 SI " du 20 juillet 2021 :
10. En vertu de l'article L. 223-1 du code de la route, le permis de conduire ne perd sa validité qu'en cas de solde de points nul. Le solde de points du permis de M. A n'est pas nul du fait de l'illégalité des décisions de retrait de points consécutives aux infractions relevées les 4 juin 2019, 21 mars 2020, 19 août 2020, 5 septembre 2020 et 7 décembre 2020. Par conséquent, la décision " 48 SI " du 20 juillet 2021 du ministre de l'intérieur doit être annulée en tant qu'elle constate l'invalidité du permis de conduire de M. A en raison d'un solde de points nul et lui enjoint de le restituer aux services préfectoraux dans un délai de dix jours.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
11. Lorsque la décision du ministre de l'intérieur constatant la perte de validité d'un permis de conduire pour solde de points nul est annulée par le juge administratif, cette décision est réputée n'être jamais intervenue. Pour déterminer si l'intéressé peut, en exécution du jugement, prétendre à la restitution du permis par l'administration, il y a lieu de vérifier que son solde de points n'est pas nul. Le solde de points doit être calculé en tenant compte, en premier lieu, des retraits de points sur lesquels reposait la décision annulée qui n'ont pas été regardés comme illégaux par le juge, en deuxième lieu, des retraits de points sur lesquels reposait la décision annulée regardés illégaux, enfin, des reconstitutions de points prévues par les dispositions applicables au permis illégalement retiré.
12. Il y a lieu, en l'espèce, d'enjoindre au ministre de l'intérieur de rétablir les huit points illégalement retirés, dans la limite du capital maximum de points affectés au permis de conduire de M. A, et de restituer à ce dernier son permis de conduire dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, sous réserve que le solde de points y afférent ne soit pas nul.
Sur les frais d'instance :
13. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ".
14. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge du ministre de l'intérieur une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par M. A et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : Les décisions de retrait de huit points consécutifs aux infractions commise les 4 juin 2019, 21 mars 2020, 19 août 2020, 5 septembre 2020 et 7 décembre 2020 sont annulées.
Article 2 : La décision " 48 SI " du 20 juillet 2021 du ministre de l'intérieur, en tant qu'elle a constaté l'invalidité du permis de conduire de M. A en raison d'un solde de points nul et lui a enjoint de le restituer aux services préfectoraux dans un délai de dix jours, est annulée.
Article 3 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur de reconnaître à M. A le bénéfice des huit points illégalement retirés au capital de points affecté à son permis de conduire et de reconstituer ce capital de points dans les conditions définies au présent jugement. Sous réserve que le solde du permis initial ne soit pas nul en raison d'autres infractions commises par l'intéressé, il est enjoint au ministre de l'intérieur de restituer le permis de conduire de M. A dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 4 : L'Etat versera à M. A la somme de 1 500 (mille cinq cents) euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au ministre de l'intérieur.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 juillet 2022.
La magistrate désignée,
signé
C. B La greffière,
signé
B. Bartyzel
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur, en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026