lundi 6 novembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| Section | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| N° Dossier | TA78-2108121 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 5ème chambre |
| Avocat requérant | SELARL CORNET VINCENT SEGUREL |
Vu les procédures suivantes :
I. Par une requête et un mémoire, enregistrés le 20 septembre 2021 et le 7 septembre 2022, la société par actions simplifiée (SAS) du parc zoologique et de loisirs de Thoiry, représentée par Me Greffard, demande au tribunal :
1°) de prononcer, à titre principal, la décharge de la taxe d'apprentissage qu'elle a acquittés en 2019 au titre des salaires de l'année 2018 pour un montant total de 14 740 euros ou, à titre subsidiaire, de prononcer la réduction du montant de cette taxe à hauteur de 10 363 euros ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la juridiction administrative est compétente pour statuer sur ses demandes dès lors que la taxe d'apprentissage constitue une imposition dont les réclamations relèvent de l'article L. 190 du livre des procédures fiscales ;
- elle exerce une activité agricole au sens de l'article 1450 du code général des impôts et peut en conséquence bénéficier de l'exonération de taxe d'apprentissage, en application de l'instruction administrative référencée au BOI-TPS-TA-20-20150204 n° 50 ;
- à titre subsidiaire, elle peut bénéficier d'une exonération partielle de taxe d'apprentissage sur l'activité strictement agricole d'exploitation du parc zoologique, en application de l'instruction administrative référencée au BOI-TPS-TA-20-20150204 n° 50.
Par un mémoire en défense, enregistré le 18 mars 2022, le directeur départemental des finances publiques des Yvelines conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- à titre principal, les conclusions sont irrecevables dès lors que les versements libératoires effectués auprès d'un organisme collecteur de la taxe d'apprentissage ne présentent pas le caractère d'une créance fiscale susceptible de faire l'objet de conclusions aux fins de décharge devant le juge de l'impôt ;
- à titre subsidiaire, aucun des moyens invoqués n'est fondé.
II. Par une requête et un mémoire, enregistrés le 20 septembre 2021 et le 5 octobre 2023, ce dernier mémoire n'ayant pas été communiqué, la société par actions simplifiée (SAS) du parc zoologique et de loisirs de Thoiry, représentée par Me Greffard, demande au tribunal :
1°) de prononcer, à titre principal, la décharge de la taxe d'apprentissage qu'elle a acquittée en 2017 et 2018 au titre des salaires des années 2016 et 2017 pour un montant total de 28 165 euros ou, à titre subsidiaire, de prononcer la réduction du montant de ces mêmes taxes à hauteur d'un montant total de 19 603 euros
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- elle exerce une activité agricole au sens de l'article 1450 du code général des impôts et peut en conséquence bénéficier de l'exonération de taxe d'apprentissage, en application de l'instruction administrative référencée au BOI-TPS-TA-20-20150204 n° 50 ;
- à titre subsidiaire, elle peut bénéficier d'une exonération partielle de taxe d'apprentissage sur l'activité strictement agricole d'exploitation du parc zoologique, en application de l'instruction administrative référencée au BOI-TPS-TA-20-20150204 n° 50.
Par un mémoire en défense, enregistré le 18 mars 2022, le directeur départemental des finances publiques des Yvelines conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- à titre principal, les conclusions sont irrecevables dès lors que les versements libératoires effectués auprès d'un organisme collecteur de la taxe d'apprentissage ne présentent pas le caractère d'une créance fiscale susceptible de faire l'objet de conclusions aux fins de décharge devant le juge de l'impôt ;
- à titre subsidiaire, aucun des moyens invoqués n'est fondé.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- le code du travail ;
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Féral, président-rapporteur ;
- les conclusions de Mme Mathé, rapporteure publique ;
- et les observations de Me Laillè, représentant la SAS Parc zoologique de Thoiry.
Considérant ce qui suit :
1. Les requêtes n° 2108121 et 2108122, qui concernent la situation d'un même redevable, présentent à juger des questions semblables et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.
2. La société par actions simplifiée (SAS) du Parc zoologique et de loisirs de Thoiry gère un parc zoologique. Elle s'est libérée du paiement de la taxe d'apprentissage et de la contribution supplémentaire à l'apprentissage dues au titre des années 2017, 2018 et 2019 auprès du Fonds national d'assurance formation des salariés des exploitations et entreprises agricoles (FAFSEA). Estimant qu'elle devait être exonérée de cette taxe et de cette contribution en raison de la nature agricole de son activité, elle a présenté, les 18 décembre 2019 et 29 décembre 2020, des réclamations préalables devant l'administration fiscale sur le fondement de l'article L. 190 du livre des procédures fiscales, la première portant sur les années 2017 et 2018 et la seconde sur l'année 2019. Ses demandes ont été implicitement rejetées. Elle demande au tribunal, sous le n° 2108122, de prononcer la décharge de la taxe d'apprentissage et de la contribution supplémentaire à l'apprentissage qu'elle a acquittées au titre des années 2017 et 2018 et, sous le n° 2108121, de prononcer la décharge de la taxe d'apprentissage et de la contribution supplémentaire à l'apprentissage qu'elle a acquittées au titre de l'année 2019.
3. En premier lieu, aux termes, d'une part, de l'article 1599 ter A du code général des impôts, dans sa version applicable au litige : " 1. Il est établi une taxe, dite taxe d'apprentissage, dont le produit favorise l'égal accès à l'apprentissage sur le territoire national et contribue au financement d'actions visant au développement de l'apprentissage dans les conditions prévues à l'article L. 6241-2 du code du travail () ". Le A du III de l'article 37 de la loi du 5 septembre 2018 pour la liberté de choisir son avenir professionnel dispose que : " La collecte des contributions dues au titre des rémunérations versées en 2018 est assurée : / 1° Par les organismes mentionnés aux articles L. 6242-1 et L. 6242-2 du code du travail dans sa rédaction en vigueur au 31 décembre 2018, pour les contributions mentionnées à l'article L. 6241-1 du même code (). / Ces contributions sont collectées, contrôlées, gérées et affectées selon les dispositions légales, réglementaires et conventionnelles applicables au titre de l'année 2018 ". Selon l'article L. 6241-2 du code du travail, dans sa rédaction applicable au 31 décembre 2018 : " I.- Une première fraction du produit de la taxe d'apprentissage mentionnée à l'article 1599 ter A du code général des impôts, dénommée : "fraction régionale pour l'apprentissage", est versée au Trésor public avant le 30 avril de l'année concernée, par l'intermédiaire des organismes collecteurs de la taxe d'apprentissage mentionnés au chapitre II du présent titre IV. Le montant de cette fraction est égal à 51 % du produit de la taxe due. / Cette fraction est reversée aux régions, à la collectivité territoriale de Corse et au Département de Mayotte pour le financement du développement de l'apprentissage, selon les modalités définies au présent I (). / II.- Une deuxième fraction du produit de la taxe d'apprentissage, dénommée : "quota", dont le montant est égal à 26 % du produit de la taxe due, est attribuée aux personnes morales gestionnaires des centres de formation d'apprentis et des sections d'apprentissage au titre de ces centres et sections. / Après versement au Trésor public de la fraction régionale pour l'apprentissage prévue au I du présent article, l'employeur peut se libérer du versement de la fraction prévue au présent II en apportant des concours financiers dans les conditions prévues aux articles L. 6241-4 à L. 6241-6 du présent code (). / III.- Le solde, soit 23 % du produit de la taxe d'apprentissage due, est destiné à des dépenses libératoires effectuées par l'employeur en application de l'article L. 6241-8. Ces dépenses sont réalisées par l'intermédiaire des organismes collecteurs de la taxe d'apprentissage mentionnés au chapitre II du présent titre IV, après versement des fractions prévues aux I et II du présent article ". Aux termes de l'article L. 6242-3-1 du même code : " L'entreprise verse à un organisme collecteur unique de son choix, parmi ceux mentionnés aux articles L. 6242-1 et L. 6242-2 du présent code, la totalité de la taxe d'apprentissage () dont elle est redevable () ". Selon le I de l'article L. 6242-1 du même code : " Les organismes mentionnés à l'article L. 6332-1 peuvent être habilités par l'Etat à collecter, sur le territoire national et dans leur champ de compétence professionnelle ou interprofessionnelle, les versements des entreprises donnant lieu à exonération de la taxe d'apprentissage et à les reverser aux établissements autorisés à les recevoir. / Ils répartissent les fonds collectés non affectés par les entreprises en application de l'article L. 6241-2 et selon des modalités fixées par décret ". Aux termes de l'article 1599 ter I du code général des impôts, dans sa rédaction en vigueur au 31 décembre 2018 : " A défaut de versement ou en cas de versement insuffisant de la taxe d'apprentissage aux organismes collecteurs habilités en application des articles L. 6242-1 et L. 6242-2 du code du travail avant le 1er mars de l'année suivant celle du versement des salaires, le montant de la taxe, acquitté selon les modalités définies au III de l'article 1678 quinquies, est majoré de l'insuffisance constatée ". Selon le III de l'article 1678 quinquies du code général des impôts : " Le versement de la taxe d'apprentissage prévu à l'article 1599 ter I est effectué auprès du comptable public compétent, accompagné du bordereau établi selon un modèle fixé par l'administration, et déposé au plus tard le 30 avril de l'année qui suit celle du versement des rémunérations ". L'article 1599 ter M, dans sa rédaction applicable au 31 décembre 2018, dispose que : " Les réclamations concernant la taxe d'apprentissage sont présentées, instruites et jugées comme en matière de taxes sur le chiffre d'affaires ".
4. Aux termes, d'autre part, de l'article L. 190 du livre des procédures fiscales : " Les réclamations relatives aux impôts, contributions, droits, taxes, redevances, soultes et pénalités de toute nature, établis ou recouvrés par les agents de l'administration, relèvent de la juridiction contentieuse lorsqu'elles tendent à obtenir soit la réparation d'erreurs commises dans l'assiette ou le calcul des impositions, soit le bénéfice d'un droit résultant d'une disposition législative ou réglementaire ".
5. S'il appartient à la juridiction administrative, en application des dispositions citées aux points 3 et 4, de connaître du litige engagé devant le juge de l'impôt par la société requérante dans les présentes instances contre l'Etat, il résulte toutefois de l'instruction que la SAS Parc zoologique et de loisirs de Thoiry a procédé dans les délais requis à la déclaration du montant de la taxe d'apprentissage dont elle était redevable au titre des années 2017, 2018 et 2019 ainsi qu'à son versement spontané auprès d'un organisme paritaire collecteur agréé. Ce versement n'a ainsi été ni établi, ni recouvré par les agents de l'administration, et ne constitue dès lors pas une créance fiscale, nonobstant la circonstance qu'il ait pour partie été reversé au Trésor public. Ce n'est qu'en cas d'insuffisance du versement spontané que la taxe, majorée de l'insuffisance constatée, est recouvrée par le comptable public compétent. Par suite, et en l'absence d'insuffisance constatée en l'espèce par l'administration au titre des années en litige, les réclamations de société requérante ne relevaient pas de la juridiction contentieuse au sens des dispositions précitées de l'article L. 190 du livre des procédures fiscales, et le juge de l'impôt n'est pas susceptible d'être saisi de conclusions aux fins de décharge ou de restitution des versements effectués. Par suite, la société requérante n'est pas recevable, comme le fait valoir l'administration fiscale, à demander au juge de l'impôt d'ordonner la décharge par les services fiscaux de versements qu'elle a effectués au profit de l'organisme collecteur agréé.
6. En tout état de cause, d'une part, il résulte des dispositions de 1599 ter A du code général des impôts que les sociétés passibles de l'impôt sur les sociétés, à l'exception des organismes mentionnés au 5 de l'article 206 du même code, sont assujetties à la taxe d'apprentissage qu'elles instituent, quel que soit leur objet. Il résulte, enfin, de l'article 225 du même code que l'assiette de cette taxe est déterminée conformément aux dispositions du titre IV du livre II du code de la sécurité sociale et du titre IV du livre VII du code rural et de la pêche maritime. Il résulte de ces dispositions combinées qu'une société passible de l'impôt sur les sociétés ne peut, sur le terrain de la loi fiscale, et à raison de son objet, bénéficier d'une exonération de taxe d'apprentissage. D'autre part, il est constant que la société requérante a retenu dans la base imposable les rémunérations de ses salariés agricoles dans ses déclarations de taxe d'apprentissage des années 2017 à 2019, conformément à la loi. Elle n'avait donc pas fait application de l'instruction administrative dont elle se prévaut avant la date limite de paiement de la taxe et de la contribution spéciale à cette taxe. Elle ne s'est prévalue de cette instruction administrative que dans ses réclamations préalables des 18 décembre 2019 et 29 décembre 2020. Dès lors, elle n'est pas fondée à se prévaloir du paragraphe n° 50 de l'instruction publiée au BOI-TPS-TA-20-20150204 sur le fondement des dispositions de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales.
7. Il résulte de ce qui précède que les conclusions aux fins de décharge et de réduction des requêtes de la SAS Parc zoologique et de loisirs de Thoiry doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D É C I D E :
Article 1er : Les requêtes de la SAS Parc zoologique et de loisirs de Thoiry sont rejetées.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la SAS Parc zoologique et de loisirs de Thoiry et au directeur départemental des finances publiques des Yvelines.
Délibéré après l'audience du 17 octobre 2023, à laquelle siégeaient :
M. Féral, président, Mme Bartnicki, première conseillère M. Thivolle, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 novembre 2023.
Le Président-rapporteur,
Signé
R. Féral
L'assesseure la plus ancienne
dans l'ordre du tableau,
Signé
A. BartnickiLa greffière,
Signé
V. Retby
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
N° 2100821, 210812
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026