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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2110297

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2110297

lundi 6 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2110297
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantSOULARUE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 26 novembre 2021, M. A B, représenté par Me Soularue, demande au tribunal :

1°) de condamner la commune des Ulis à lui verser la somme de 33 301,30 euros, en réparation du préjudice matériel subi, ainsi que la somme de 10 000 euros en raison de son préjudice moral, avec intérêts au taux légal à compter de la demande indemnitaire du 26 juillet 2021 ;

2°) de mettre à la charge de la mairie des Ulis la somme de 2 000 euros à verser à Me Soularue en contrepartie de sa renonciation à percevoir la somme correspondante à la part contributive de l'Etat à sa mission d'aide juridictionnelle, en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, ainsi que de mettre à sa charge la somme de 13 euros au titre des droits de plaidoirie, en application des articles L. 723-3 et R. 723-26-1 et R. 723-26-2 du code de la sécurité sociale.

Il soutient que :

- la commune des Ulis a commis une faute en cessant de lui verser l'intégralité de son traitement alors que son arrêt de travail résulte de l'accident de service du 27 mai 2016 ;

- elle a également commis une faute en refusant de le reclasser au motif qu'il n'existait pas de poste vacant ;

- ces fautes, conduisant à son placement en disponibilité pour épuisement des droits à congés de maladie ordinaire, lui ont causé un préjudice financier puisqu'il a cessé de percevoir ses traitements, ses droits à avancement et à la retraite à compter du 13 septembre 2017 ; son traitement mensuel, initialement de 1 429,10 euros en 2016 a été réduit à 798,89 euros en avril 2018 et à 697,79 euros en avril 2019, puis à 758,66 euros en avril 2020 avant d'atteindre 741,81 euros ; il a donc perdu une somme moyenne de 714,55 euros par mois pendant 46 mois, soit un préjudice financier de 32 869,30 euros ;

- son accident de service du 27 mai 2016 a nécessité une hospitalisation pour une opération de la hanche, occasionnant des frais de 432 euros dont il sollicite le remboursement ;

- ces fautes ont également entrainé un préjudice moral et des troubles dans ses conditions d'existence qu'il évalue à 10 000 euros.

La requête a été communiqué à la mairie des Ulis qui n'a pas produit d'observation.

La clôture de l'instruction a été fixée au 7 octobre 2022 par une ordonnance du 7 septembre 2022.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la loi n°83-634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires ;

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale ;

- le décret n° 86-68 du 13 janvier 1986 relatif aux positions de détachement, hors cadres, de disponibilité, de congé parental des fonctionnaires territoriaux et à l'intégration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Geismar, première conseillère,

- les conclusions de Mme Ozenne, rapporteure publique,

- et les observations de Me Soularue.

Une note en délibéré, présentée par la commune des Ulis, a été enregistrée le 13 février 2023

Considérant ce qui suit :

1. M. A B est adjoint technique au sein de la mairie des Ulis depuis 1995. Il a été victime de deux accidents de service, le 15 novembre 2014, en chutant dans les escaliers, et le 27 mai 2016. Par un avis du 2 février 2017, la commission de réforme l'a considéré définitivement inapte à l'exercice de ses fonctions. Par un avis du 19 décembre 2017, le comité médical a émis un avis favorable à sa mise en disponibilité d'office pour épuisement de ses droits à congé de maladie ordinaire. En parallèle, M. B a sollicité son reclassement notamment par un courrier du 17 juillet 2017 et la ville lui a répondu, le 13 septembre 2017, qu'elle ne disposait d'aucun poste vacant. Par un arrêté du 13 septembre 2017, M. B a été placé en disponibilité d'office pour épuisement de ses droits à congés de maladie ordinaire, et ce, dans l'attente d'un nouvel avis du comité médical qui a finalement conclu, le 3 juillet 2018, à l'inaptitude totale et définitive à ses fonctions d'agent technique, à son reclassement sur un poste sédentaire, et à ce que sa disponibilité d'office pour raison de santé soit prolongée. Sa disponibilité a ainsi été renouvelée depuis. Par plusieurs courriers adressés au requérant, notamment du 3 septembre 2018 et du 10 août 2020, le maire des Ulis a indiqué ne pas disposer de poste vacant susceptible de lui être proposé dans le cadre d'un reclassement. En octobre 2020, le comité médical a, à nouveau, été saisi de la situation de M. B et a sollicité une expertise médicale, laquelle a conclu le 5 mars 2021 que l'intéressé paraissait " apte à reprendre une activité professionnelle sur un poste à aménager par le médecin de prévention ". Puis, le comité médical à nouveau réuni le 15 avril 2021 a conclu à " l'aptitude à la reprise de l'agent à temps complet dès que possible sur un poste aménagé validé par le médecin de prévention ". Toutefois, par un courrier du 10 mai 2021, le maire des Ulis a indiqué au requérant que sa reprise n'était pas possible à ce jour, au motif d'une part, qu'il avait été déclaré inapte totalement et définitivement à l'exercice de ses fonctions tant par la commission de réforme le 2 février 2017 que par le comité médical le 3 juillet 2019 et a précisé également que le comité médical était de nouveau saisi sur ce point. D'autre part le médecin de prévention avait émis un avis défavorable à la reprise du requérant sur ses anciennes fonctions. Enfin, par un arrêté du 2 septembre 2021, le maire des Ulis a accordé à M. B la période de préparation au reclassement, et a décidé qu'il percevrait l'intégralité de son traitement à compter du 14 septembre 2021. M. B, estimant que les refus successifs opposés à ses demandes de reclassement sont à l'origine de préjudices matériel et moral, il a formé le 26 juillet 2021 une réclamation préalable, restée sans réponse. M. B demande au tribunal de condamner la commune des Ulis à lui verser une somme de 43 301,30 euros en réparation des préjudices qu'il estime avoir subis.

Sur les fautes alléguées :

2. En premier lieu, aux termes de l'article 19 du décret du 13 janvier 1986 susvisé : " La mise en disponibilité peut être prononcée d'office à l'expiration des droits statutaires à congés de maladie prévus au premier alinéa du 2°, au premier alinéa du 3° et au 4° de l'article 57 de la loi du 26 janvier 1984 et s'il ne peut, dans l'immédiat, être procédé au reclassement du fonctionnaire dans les conditions prévues aux articles 81 à 86 de la loi du 26 janvier 1984 () ". L'article 57 de ce même décret prévoit que : " Le fonctionnaire en activité a droit : () 2° A des congés de maladie dont la durée totale peut atteindre un an pendant une période de douze mois consécutifs en cas de maladie dûment constatée mettant l'intéressé dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions. Celui-ci conserve alors l'intégralité de son traitement pendant une durée de trois mois ; () Toutefois, si la maladie provient de l'une des causes exceptionnelles prévues à l'article L. 27 du code des pensions civiles et militaires de retraite, à l'exception des blessures ou des maladies contractées ou aggravées en service, le fonctionnaire conserve l'intégralité de son traitement jusqu'à ce qu'il soit en état de reprendre son service ou jusqu'à la mise à la retraite. Il a droit, en outre, au remboursement des honoraires médicaux et des frais directement entraînés par la maladie ou l'accident, même après la date de radiation des cadres pour mise à la retraite. ". De plus, aux termes de l'article 81 de la loi du 26 janvier 1984 susvisée : " Les fonctionnaires territoriaux reconnus, par suite d'altération de leur état physique, inaptes à l'exercice de leurs fonctions peuvent être reclassés dans les emplois d'un autre cadre d'emploi, emploi ou corps s'ils ont été déclarés en mesure de remplir les fonctions correspondantes. Le reclassement est subordonné à la présentation d'une demande par l'intéressé ".

3. En l'espèce, il résulte de l'instruction que M. B a été victime de deux accidents de service : le 15 novembre 2014, en chutant dans les escaliers, et le 27 mai 2016 lorsque le véhicule d'un usager l'a, selon ses dires, effleuré aux genoux alors qu'il nettoyait les abords d'un parking. La commission de réforme, saisie le 2 février 2017, de l'imputabilité au service du second accident, a conclu que les lésions aux genoux devaient être prises en charge au titre de l'accident de service, mais qu'elles étaient consolidées au 13 septembre 2016 sans justifier un arrêt de travail. Elle a également précisé que la pathologie du dos dont souffre le requérant était en lien avec un état préexistant, qu'elle ne pouvait être regardée comme imputable au service et qu'ainsi, l'arrêt de travail en cause devait être pris en charge dans le cadre d'un congé de maladie ordinaire. Enfin, la commission de réforme a conclu en l'inaptitude définitive et absolue de l'agent à l'exercice de ses fonctions.

4. Ainsi, et dans la mesure où le requérant n'apporte aucun autre élément de nature à contredire l'avis de la commission de réforme s'agissant de l'imputabilité au service de sa pathologie, il ne résulte pas de l'instruction que la commune des Ulis ait commis une faute en s'abstenant de lui verser son plein traitement en dépit de l'accident de service dont il a été précédemment victime.

5. Toutefois, il est constant que l'agent a formulé une demande de reclassement dès le 17 juillet 2017 et qu'il l'a renouvelée depuis, sans qu'aucune proposition ne lui soit adressée. Or, il ne résulte pas de l'instruction qu'aucun poste n'était susceptible d'être proposé au requérant par la commune. De même, il ne résulte d'aucun élément que cette dernière aurait saisi, afin de faciliter le reclassement de M. B, le centre de gestion de la situation de ce dernier. Dans ses conditions, le requérant est fondé à soutenir que ce faisant, la commune, qui ne démontre pas avoir accompli des démarches sérieuses afin de le reclasser, a commis une faute.

Sur les préjudices allégués :

6. Le requérant fait valoir que l'absence de reclassement a généré un préjudice financier puisqu'il a été privé d'une partie de sa rémunération. Toutefois, la faute de la commune, résultant de ce qu'elle ne démontre pas avoir entrepris des démarches notamment en saisissant le centre de gestion, et en ce qu'elle n'établit pas l'absence de poste vacant susceptible de correspondre au profil de M. B entre sa demande de reclassement en 2017 et sa réclamation préalable en 2021, ne présente pas de caractère direct et certain avec le préjudice financier allégué dès lors qu'en principe, un agent ne dispose pas d'un droit à rémunération pendant sa mise en disponibilité et que la saisine du centre de gestion de sa situation professionnelle n'emporte pas de manière directe et certaine un reclassement ni d'ailleurs le droit au versement d'une quelconque rémunération. Il n'est donc pas fondé à solliciter l'indemnisation du préjudice financier qu'il allègue.

7. M. B soutient avoir réglé la somme de 432 euros à l'occasion de l'opération de sa hanche qu'il estime en lien avec l'accident de service dont il a été victime le 27 mai 2016. Toutefois, il ne résulte pas de l'instruction que cet accident soit à l'origine de son hospitalisation du 18 janvier au 25 janvier 2021, soit près de 5 ans après. En l'absence de lien direct et certain démontré entre cette dépense de santé et son accident de service, il n'est pas fondé à en solliciter le remboursement.

8. Enfin, M. B soutient subir un préjudice moral, expliquant avoir dû faire face à une dépression et des troubles dans ses conditions d'existence en raison des refus successifs opposés à ses demandes de reclassement et de la privation de son plein traitement. Il résulte en effet de l'instruction que l'intéressé a dû faire face à des impayés conduisant à un plan d'apurement de ses dettes sur 36 mois par la caisse d'allocations familiales. Toutefois, ainsi qu'il a été précisé ci-dessus, la commune n'a pas commis de faute en cessant de lui verser son plein traitement. En outre, il bénéficie, depuis septembre 2021 d'une période de préparation au reclassement. Compte tenu de l'ensemble des éléments, son préjudice moral et ses troubles dans les conditions d'existence, imputables en partie à la faute commise par la commune dans les recherches pour le reclasser, peuvent être évalués à 2 000 euros.

Sur les autres conclusions :

9. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge d'une partie la somme que l'autre réclame en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La commune des Ulis versera une somme de 2 000 euros à M. B en réparation de son préjudice moral.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le jugement sera notifié à M. A B et à la commune des Ulis.

Délibéré après l'audience du 10 février 2023, à laquelle siégeaient :

- Mme Gosselin, président,

- Mme Vincent, première conseillère,

- Mme Geismar, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 mars 2023.

La rapporteure,

Signé

M. Geismar Le président,

Signé

C. Gosselin

La greffière,

Signé

S. Lamarre

La République mande et ordonne au préfet de l'Essonne en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No2110297

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