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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2110403

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2110403

lundi 11 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2110403
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationMagistrat Kante
Avocat requérantJOSSEAUME

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 1er décembre 2021, M. A E, représenté par Me Josseaume, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 25 novembre 2021 par lequel la préfète de la Creuse a prononcé la suspension de son permis de conduire pour une durée de six mois.

Il soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'incompétence ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'erreur d'appréciation dès lors que le préfet ne soutient pas qu'il aurait auparavant fait l'objet d'une suspension, ni même d'un retrait de point ou de tout autre type d'infraction ; eu égard à la seule infraction commise, la situation au regard des risques graves encourus n'est pas caractérisée ;

- elle a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière dès lors qu'il n'a pas été mis à même de présenter des observations écrites et orales.

Par un mémoire en défense produit le 13 janvier 2022, la préfète de la Creuse conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de la route ;

- le code de justice administrative ;

- les autres pièces du dossier.

La présidente du tribunal a désigné Mme Kanté, première conseillère, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme C a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Le 20 novembre 2021, M. A E a fait l'objet d'une rétention de son permis de conduire par la brigade motorisée de la gendarmerie de Guéret à Saint-Vaury (23) à 15h55 pour avoir conduit sous l'emprise de stupéfiants et concomitamment, pour un excès de vitesse de 20 à 30km/m au-dessus de la vitesse maximale autorisée. Le dépistage s'étant révélé positif, la préfète de la Creuse a suspendu son permis de conduire pour une durée de six mois par un arrêté du 25 novembre 2021. M. E demande au tribunal d'annuler cette décision.

2. Aux termes de l'article L. 224-2 du code de la route : " I. - Le représentant de l'Etat dans le département peut, dans les soixante-douze heures de la rétention du permis prévue à l'article L. 224-1, ou dans les cent vingt heures pour les infractions pour lesquelles les vérifications prévues aux articles L. 234-4 à L. 234-6 et L. 235-2 ont été effectuées, prononcer la suspension du permis de conduire lorsque : 1° L'état alcoolique est établi au moyen d'un appareil homologué, conformément au 1° du I de l'article L. 224-1, ou lorsque les vérifications mentionnées aux articles L. 234-4 et L. 234-5 apportent la preuve de cet état ou si le conducteur ou l'accompagnateur de l'élève conducteur a refusé de se soumettre aux épreuves et vérifications destinées à établir la preuve de l'état alcoolique ; / 2° Il est fait application des dispositions de l'article L. 235-2 si les analyses ou examens médicaux, cliniques et biologiques établissent que le conducteur conduisait après avoir fait usage de substances ou plantes classées comme stupéfiants ou si le conducteur ou l'accompagnateur de l'élève conducteur a refusé de se soumettre aux épreuves de vérification prévues au même article L. 235-2 " ".

3. En premier lieu, par un arrêté n°23-2021-05-03-00008 du 3 mai 2021, modifié par les arrêtés des 7 juillet 2021 et 12 juillet 2021, publiés les mêmes jours au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture de la Creuse, M. D B, directeur des services du cabinet de la préfecture de la Creuse, signataire de l'arrêté attaqué, a reçu délégation afin de signer tous les arrêtés, correspondances et décisions entrant dans le cadre de ses attributions, et notamment, le suivi et l'instruction de dossiers relatifs aux suspensions de permis de conduire pour l'arrondissement du Guéret, dans lequel se situe la commune de Saint-Vaury. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision contestée doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ". Au sens de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par la présente loi doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

5. En l'espèce, la décision attaquée vise les dispositions du code de la route applicables, notamment ses articles L. 224-1 et L. 224-2. Elle mentionne que M. E, résident à Brétigny-sur-Orge a, le 20 novembre 2021, fait l'objet d'une mesure de rétention de son permis de conduire pour avoir commis une infraction punie par le code de la route de la peine complémentaire de suspension du permis de conduire, à la suite des vérifications prévues à l'article R. 235-5 du code de la route (par prélèvements), lesquelles ont révélé l'usage de substances ou plantes classées comme stupéfiants. Elle précise, en outre, que M. E représente un danger grave et immédiat pour la sécurité des usagers de la route, de ses éventuels passagers et de lui-même. Ainsi, cette décision comporte les considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde, la circonstance qu'elle ait été rédigée au moyen d'un formulaire pré-imprimé étant sans incidence. Il suit de là que le moyen tiré de l'insuffisante motivation de la décision contestée doit être écarté.

6. En troisième lieu, l'article L. 224-1 du code de la route prévoit que les officiers et agents de police judiciaire procèdent à la rétention à titre conservatoire d'un permis de conduire notamment lorsqu'il est fait application des dispositions de l'article L. 235-2 du même code si les épreuves de dépistage se révèlent positives. L'article L. 224-2 de ce code permet au préfet, dans les 120 heures qui suivent la rétention du permis pour les infractions pour lesquelles les vérifications prévues à l'article L. 235-2 ont été effectuées, s'il est établi que le conducteur conduisait après avoir fait usage de substances ou plantes classées stupéfiant, de suspendre le permis pour une durée maximum de six mois.

7. Il ressort des pièces du dossier que les résultats du test salivaire, analysé par l'Unité Fonctionnelle de Toxicologie Biologique et Médicolégale, ont révélé que le requérant avait consommé du cannabis. L'avis de rétention mentionne également l'existence d'une infraction connexe à savoir un excès de vitesse compris entre 20 et 30km/h retenue à 137km/h sur un axe routier limité à 110 km/h, ce qui constitue une circonstance aggravante. Il suit de là que la suspension du permis de conduire de M. E pour une durée de 6 mois est adaptée et proportionnée. Dès lors, le moyen tiré de l'erreur d'appréciation doit être écarté.

8. En quatrième et dernier lieu, aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable. ". De même, au sens de l'article L. 121-2 du même code : " Les dispositions de l'article L. 121-1 ne sont pas applicables : / 1° En cas d'urgence ou de circonstances exceptionnelles ; / 2° Lorsque leur mise en œuvre serait de nature à compromettre l'ordre public ou la conduite des relations internationales ; / () ".

9. Compte tenu des conditions particulières d'urgence dans lesquelles intervient la décision par laquelle la préfète suspend un permis de conduire sur le fondement L. 224-2 du code de la route, qui peut être prise dans les 120 heures et qui a pour objet de faire obstacle à ce qu'un conducteur dont l'usage de substances ou plantes classées comme stupéfiants a été établi retrouve l'usage de son véhicule, la préfète peut légalement, en application du 1° de l'article L. 121-2 du code des relations entre le public et l'administration cité ci-dessus, se dispenser de cette formalité. Ainsi, dans les circonstances de l'espèce, l'urgence étant caractérisée, la préfète de la Creuse pouvait se dispenser de respecter l'obligation de mener la procédure contradictoire prévue par l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration. Par suite, M. E n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière en l'absence de procédure contradictoire.

10. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. E doit être rejetée.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. E est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A E et à la préfète de la Creuse.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 juillet 2022.

La magistrate désignée,

signé

C. CLa greffière,

signé

B. Bartyzel

La République mande et ordonne à la préfète de la Creuse en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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