lundi 26 juin 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| Section | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| N° Dossier | TA78-2110774 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 4ème chambre |
| Avocat requérant | TOMAS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés le 13 décembre 2021 et le 26 avril 2023, M. E et Mme C A, représentés par Me Tomas, demandent au tribunal :
1°) de condamner l'Etat à leur verser en leur qualité de représentants légaux 100 000 euros en réparation du préjudice moral subi par leur fils F depuis l'année 2016 ;
2°) de condamner l'Etat à leur verser en leur qualité de représentants légaux de leurs enfants B, né en 2013, et D, née en 2017, 60 000 euros en réparation du préjudice moral subi par ceux-ci depuis l'année 2016 ;
3°) de condamner l'Etat à leur verser les sommes de 15 000 euros en réparation de leur préjudice moral et de 12 373,19 euros en réparation de leur préjudice financier du fait de charges éducatives non compensées par l'allocation versée depuis l'année 2016 ;
4°) de condamner l'Etat à leur verser la somme de 90 576 euros au titre du préjudice financier subi par Mme A qui ne peut exercer d'activité professionnelle depuis l'année 2016 ;
5°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- le défaut de réponse par le préfet de l'Essonne à leur recours indemnitaire préalable notifié le 27 août 2021 rend leur requête recevable ;
- leur fils F n'a pas pu être pris en charge dans un IME conformément aux décisions de la CDAPH de l'Essonne, faute de place ce qui engage la responsabilité de l'Etat ;
- il ne peut leur être reproché de ne pas avoir contesté la décision de la CDAPH plaçant leur fils en ULIS qui était préconisée comme solution d'attente par la MDPH le 29 juin 2022 et le 19 avril 2023;
- la régression subie par leur fils ouvre droit à réparation de son préjudice moral ;
- la famille subit des troubles dans les conditions d'existence ouvrant droit à réparation du préjudice moral subi par les parents et leurs deux autres enfants ainsi qu'à réparation du préjudice financier causé par le coût de l'éducation et l'absence d'exercice d'activité professionnelle de Mme A ou, à tout le moins, la perte de chance de pouvoir exercer une telle activité ;
- la famille s'en rapporte concernant la prescription.
Par un mémoire en défense enregistré le 13 mars 2023, la rectrice de l'académie de Versailles conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que le tribunal est incompétent pour connaître de la contestation d'une décision de la CDAPH, que l'académie n'a pas compétence pour produire des observations en défense aux lieux et place de la CDAPH et que la requête est irrecevable faute de demande préalable indemnitaire adressée à l'académie.
Par un mémoires en défense enregistré le 14 avril 2023, la directrice générale de l'agence régionale de Santé d'Ile-de-France conclut au rejet de la requête.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de l'action sociale et des familles ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 12 juin 2023 en présence de Mme Dalla Guarda, greffière d'audience :
- le rapport de M. Crandal, premier conseiller,
- les conclusions de Mme Mathou, rapporteure publique,
- les observations de Me Tomas, représentant M. et Mme A, présents, qui a maintenu ses conclusions par les mêmes moyens.
Considérant ce qui suit :
1. M. et Mme A sont les parents F, né le 14 octobre 2010, qui souffre de troubles du spectre autistique associés à un retard global de développement. Par décision du 20 mai 2016, la commission des droits et de l'autonomie des personnes handicapées (CDAPH) de la maison départementale de l'autonomie de l'Essonne a orienté F vers un institut médico-éducatif à temps plein en régime de semi-internat jusqu'au 18 mai 2021. Par une décision du 18 mai 2021, la CDAPH a orienté F vers un institut médico-éducatif (IME) pour la période du 19 mai 2021 au 13 octobre 2030 en désignant l'IME la Guillemaine à Egly et l'IME Notre Ecole à Sainte-Geneviève-des-Bois, sous réserve de places disponibles. Le 1er avril 2021, l'IME La Guillemaine avait répondu que le groupe d'accueil correspondant à la tranche d'âge F était complet et a inscrit celui-ci sur liste d'attente tandis que le 2 juin 2021, l'IME " Notre Ecole " confirmait son inscription sur liste d'attente depuis janvier 2016 tout en soulignant " le cruel manque de place au sein de notre établissement ". Par courriers des 2, 3 et 8 mars 2021 quatre IME situés à Draveil, Corbeil-Essonnes, Brunoy et Massy ont répondu ne pas pouvoir accueillir F au motif de l'éloignement du domicile des parents. Par courrier du 5 mai 2021, le conseil départemental de l'Essonne a renvoyé M. et Mme A en direction des IME en ce qui concernait l'admission et la prise en charge de leur enfant en rappelant que ces établissements relevaient de la compétence de l'agence régionale de Santé. Un courrier de demande indemnitaire préalable a été notifié à la préfecture de l'Essonne le 27 août 2021 auquel a été opposé un rejet implicite le 27 octobre 2021. Depuis septembre 2021, Amen-Alah est scolarisé à l'école primaire Ferdinand Buisson de Morsang-sur-Orge en unité localisée pour l'inclusion scolaire à raison d'une heure trente par semaine.
2. Postérieurement à l'enregistrement de la requête, la CDPAH de l'Essonne a par, sa décision du 28 juin 2022, renouvelé sa décision précédente d'orientation F vers une ULIS pour la période du 1er septembre 2022 au 31 août 2023. Le 2 novembre 2022, l'ARS a écrit aux époux A pour noter qu'Amen-Allah était scolarisé en ULIS en classe de CM2 à raison de trois fois 1 h 30 par semaine et qu'il bénéficiait d'une auxiliaire de vie scolaire. Par une décision du 18 avril 2023, la CDAPH de l'Essonne a décidé d'attribuer à F une aide humaine aux élèves handicapés pour la période du 11 avril 2023 au 31 août 2027 dans l'attente d'une place en IME dont elle a réaffirmé la pertinence tout en excluant son orientation en ULIS Collège.
3. M. et Mme A demandent au tribunal de condamner l'Etat à réparer leurs préjudices propres et ceux de leurs enfants subis depuis l'année 2016.
En ce qui concerne l'étendue du litige et la compétence de la juridiction administrative :
4. Aux termes des dispositions de l'article L.134-3 du code de l'action sociale et des familles : " Le juge judiciaire connaît des litiges : ( ) 4° Relatifs à la prestation de compensation accordée aux personnes handicapées mentionnée à l'article L.245-2 ( ). "
5. Il résulte de l'instruction que les requérants ne contestent pas la décision de la CDAPH de la maison départementale de l'autonomie de l'Essonne mais tendent à mettre en cause la responsabilité de l'Etat pour son incapacité à en garantir la bonne exécution. Dès lors, la juridiction administrative est bien compétente pour connaître de ce litige. Par suite, l'exception d'incompétence opposée par l'académie de Versailles est écartée.
En ce qui concerne la fin de non-recevoir opposée par l'académie de Versailles :
6. Aux termes d'une part du deuxième alinéa de l'article L.421-1 du code de justice adminstrative : " Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle. ". Aux termes, d'autre part, de l'article L. 100-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Le présent code régit les relations entre le public et l'administration en l'absence de dispositions spéciales applicables ". L'article L. 110-1 du même code précise que " sont considérées comme des demandes au sens du présent code les demandes et les réclamations, y compris les recours gracieux ou hiérarchiques, adressées à l'administration ". Aux termes de l'article L. 114-2 de ce code : " Lorsqu'une demande est adressée à une administration incompétente, cette dernière la transmet à l'administration compétente et en avise l'intéressé ". Aux termes de l'article L. 114-3 du même code : " Le délai au terme duquel est susceptible d'intervenir une décision implicite de rejet court à compter de la date de réception de la demande par l'administration initialement saisie () ".
7. Il résulte de la combinaison de ces dispositions que la réclamation préalable indemnitaire qu'il incombe à l'auteur de former auprès de l'autorité compétente pour lier le contentieux a la nature d'une demande au sens de l'article L. 114-2 du code cité au point 6. Ainsi, dans le cas où la réclamation préalable a été adressée par l'auteur d'une telle action à une autorité incompétente, il incombe à l'autorité saisie à tort de transmettre cette demande à l'autorité compétente, laquelle est réputée l'avoir rejetée au terme d'un silence de quatre mois gardé par elle à compter de la saisine de l'autorité incompétente, et ce y compris dans l'hypothèse où l'autorité incompétente a notifié au demandeur, avant le terme de ce délai, une décision de rejet motivée. Cette décision implicite de rejet est de nature à lier le contentieux.
8. Il résulte de l'instruction que la demande indemnitaire préalable présentée par les époux A à l'Etat a été adressée au préfet de l'Essonne qui en a reçu notification le 27 août 2021. En l'absence de transmission par le représentant de l'Etat à l'administration compétente, cette notification a fait courir le délai prévu par l'article L.114-3 cité ci-dessus, faisant naître une décision implicite de rejet. Par suite, la fin de non-recevoir opposée par l'académie de Versailles doit être écartée.
En ce qui concerne la responsabilité de l'Etat :
9. Aux termes de l'article L. 114-1 du code de l'action sociale et des familles : " Toute personne handicapée a droit à la solidarité de l'ensemble de la collectivité nationale, qui lui garantit, en vertu de cette obligation, l'accès aux droits fondamentaux reconnus à tous les citoyens ainsi que le plein exercice de sa citoyenneté. ". Aux termes de l'article L. 114-1-1 du même code : " La personne handicapée a droit à la compensation des conséquences de son handicap quels que soient l'origine et la nature de sa déficience, son âge ou son mode de vie. Cette compensation consiste à répondre à ses besoins, qu'il s'agisse de l'accueil de la petite enfance, de la scolarité, de l'enseignement, de l'éducation, de l'insertion professionnelle, des aménagements du domicile ou du cadre de travail nécessaires au plein exercice de sa citoyenneté et de sa capacité d'autonomie, du développement ou de l'aménagement de l'offre de service, permettant notamment à l'entourage de la personne handicapée de bénéficier de temps de répit, du développement de groupes d'entraide mutuelle ou de places en établissements spécialisés, des aides de toute nature à la personne ou aux institutions pour vivre en milieu ordinaire ou adapté, ou encore en matière d'accès aux procédures et aux institutions spécifiques au handicap ou aux moyens et prestations accompagnant la mise en œuvre de la protection juridique régie par le titre XI du livre Ier du code civil. Ces réponses adaptées prennent en compte l'accueil et l'accompagnement nécessaires aux personnes handicapées qui ne peuvent exprimer seules leurs besoins. () ". Aux termes de l'article L. 246-1 du même code: " Toute personne atteinte du handicap résultant du syndrome autistique et des troubles qui lui sont apparentés bénéficie, quel que soit son âge, d'une prise en charge pluridisciplinaire qui tient compte de ses besoins et difficultés spécifiques. / Adaptée à l'état et à l'âge de la personne, cette prise en charge peut être d'ordre éducatif, pédagogique, thérapeutique et social. / Il en est de même des personnes atteintes de polyhandicap. ".
10. Aux termes de l'article L.241-6 du code de l'action sociale : " I.-La commission des droits et de l'autonomie des personnes handicapées est compétente pour : / 1° Se prononcer sur l'orientation de la personne handicapée et les mesures propres à assurer son insertion scolaire ou professionnelle et sociale ; / 2° Désigner les établissements, les services mentionnés à l'article L. 312-1 ou les dispositifs au sens de l'article L. 312-7-1 correspondant aux besoins de l'enfant ou de l'adolescent ou concourant à la rééducation, à l'éducation, au reclassement et à l'accueil de l'adulte handicapé et en mesure de l'accueillir ; / 2° bis Lorsqu'elle a défini un plan d'accompagnement global, désigner nominativement les établissements, services de toute nature ou dispositifs qui se sont engagés à accompagner sans délai la personne ; / ( ) / III.-( ) La décision de la commission prise au titre du 2° du I s'impose à tout établissement ou service dans la limite de la spécialité au titre de laquelle il a été autorisé. Dans le cas des décisions mentionnées au 2° bis du I, l'autorité ayant délivré l'autorisation peut autoriser son titulaire à y déroger. ( ) "
11. Il résulte de ces dispositions que le droit à une prise en charge pluridisciplinaire est garanti à toute personne atteinte du handicap résultant du syndrome autistique, quelles que soient les différences de situation. Si, eu égard à la variété des formes du syndrome autistique, le législateur a voulu que cette prise en charge, afin d'être adaptée aux besoins et difficultés spécifiques de la personne handicapée, puisse être mise en œuvre selon des modalités diversifiées, notamment par l'accueil dans un établissement spécialisé ou par l'intervention d'un service à domicile, c'est sous réserve que la prise en charge soit effective dans la durée, pluridisciplinaire, et adaptée à l'état et à l'âge de la personne atteinte de ce syndrome. Aux termes de l'article L. 241-6 du code de l'action sociale et des familles, il incombe à la CDAPH, à la demande des parents, de se prononcer sur l'orientation des enfants atteints du syndrome autistique et de désigner les établissements ou les services correspondant aux besoins de ceux-ci et étant en mesure de les accueillir, ces structures étant tenues de se conformer à la décision de la commission. Ainsi, lorsqu'un enfant autiste ne peut être pris en charge par l'une des structures désignées par la CDAPH en raison du manque de places disponibles, l'absence de prise en charge pluridisciplinaire qui en résulte est, en principe, de nature à révéler une carence de l'État dans la mise en œuvre des moyens nécessaires pour que cet enfant bénéficie effectivement d'une telle prise en charge dans une structure adaptée. La responsabilité de l'Etat doit toutefois être appréciée en tenant compte, s'il y a lieu, du comportement des représentants légaux de l'enfant, lequel est susceptible de l'exonérer, en tout ou partie, de sa responsabilité. En outre, lorsque sa responsabilité est engagée à ce titre, l'Etat dispose, le cas échéant, d'une action récursoire contre un établissement social et médico-social auquel serait imputable une faute de nature à engager sa responsabilité à raison du refus d'accueillir un enfant orienté par la CDAPH.
12. Il résulte de l'instruction que par décision du 20 mai 2016, la CDAPH de la maison départementale de l'autonomie de l'Essonne a orienté le jeune F vers un institut médico-éducatif à temps plein en régime de semi-internat jusqu'au 18 mai 2021. Par une décision du 18 mai 2021, la CDAPH a orienté F vers un IME pour la période du 19 mai 2021 au 13 octobre 2030 en désignant l'IME la Guillemaine à Egly et l'IME Notre Ecole à Sainte-Geneviève-des-Bois, sous réserve de places disponibles. Le 1er avril 2021, l'IME La Guillemaine a répondu que le groupe d'accueil correspondant à la tranche d'âge F était complet et a inscrit celui-ci sur liste d'attente tandis que, le 2 juin 2021, l'IME " Notre Ecole " a confirmé son inscription sur liste d'attente depuis janvier 2016 tout en soulignant " le cruel manque de place au sein de notre établissement ".
Sur la période du 20 mai 2016 au 19 mai 2021 :
13. M. et Mme A soutiennent que tous les établissements mentionnés au point 12 ont refusé d'accueillir leur fils en raison de l'absence de places disponibles. Toutefois, si les requérants versent au dossier la lettre de l'IME "Notre Ecole" attestant qu'ils avaient présenté une demande dès 2016 à cet établissement mentionné sur la liste annexée à la décision de la CDAPH de l'Essonne, ils ne rapportent pas la preuve du refus opposé par l'IME " La Guillemaine" à Egly qui était l'autre établissement mentionné sur la liste annexée à cette décision du 20 mai 2016. Dans ces conditions, M. et Mme A n'établissent pas que l'absence de prise en charge de leur fils F, pour la période du 20 mai 2016 au 19 mai 2021 serait la conséquence de l'absence de places disponibles dans les établissements désignés par la CDAPH de l'Essonne et, par suite, d'une carence des services de l'Etat dans la mise en œuvre des moyens nécessaires à une prise en charge pluridisciplinaire au sens des dispositions de l'article L.241-6 du code de l'action sociale et des familles, qui serait constitutive d'une faute de nature à engager la responsabilité de l'Etat. Par suite, les conclusions indemnitaires présentées par les requérants pour la période du 20 mai 2016 au 19 mai 2021 ne peuvent qu'être rejetées.
Sur la période postérieure au 19 mai 2021 :
14. En l'espèce, ainsi qu'il a été dit au point 1, par sa décision du 19 mai 2021, la CDAPH de l'Essonne a prescrit une orientation du fils des requérants en IME pour la période du 19 mai 2019 au 13 octobre 2030. Elle les a orientés vers deux IME de l'Essonne qui ont refusé son accueil pour manque de place. Ainsi que l'ARS le reconnait dans son courrier du 2 novembre 2022 adressé à M. et Mme A, la prise en charge F à raison de quatre heures trente hebdomadaires dans une école ULIS avec recours aux services d'accompagnement d'élève en situation de handicap n'est pas suffisante, alors qu'il est établi que seul l'accueil en IME pourrait être qualifié de mise en œuvre des moyens nécessaires pour que cet enfant bénéficie effectivement d'une prise en charge dans une structure adaptée pour bénéficier de la prise en charge pluridisciplinaire prévue par les dispositions de l'article L. 246-1 du code de l'action sociale et de la famille. L'ARS note en effet dans ce courrier que ces temps d'acompagnement peuvent sembler insuffisants et qu'un temps d'accompagnement par la plateforme ressources de l'association d'appui à la participation, à l'inclusion sociale et environnementale auxiliaire de vie scolaire n'a pas abouti. Dans la même lettre, l'ARS informe les parents qu'elle sollicite la cellule de la MDPH ayant la charge du suivi des plans d'accompagnement global afin de proposer qu'un groupe opérationnel de synthèse puisse se réunir et échanger sur les pistes d'accompagnement de leur fils. Dans ces conditions, la carence fautive de l'Etat doit être regardée comme établie pour la période débutant le 19 mai 2021jusqu'à la date du présent jugement au regard des éléments postérieurs à la demande et mentionnés au point 2 du présent jugement.
En ce qui concerne l'indemnisation des préjudices :
15. En premier lieu, il résulte de ce qui précède qu'Amen-Allah A a été privé de la prise en charge pluridisciplinaire prévue par l'article L. 246-1 du code de l'action sociale et des familles dans des conditions fautives engageant la responsabilité de l'Etat et que cette faute s'est non seulement traduite par une perte de chances de voir son état s'améliorer mais encore par une régression. En effet, l'ARS reconnait dans son courrier du 2 novembre 2022 que la situation F relève d'un plan d'accompagnement global en application des dispositions sus-rappelées mais que celui-ci n'a toujours pas été établi, alors que le groupe d'évaluation scolaire constatait déjà dès avril 2021 une régression " sur certains points en particulier sur son comportement parfois dangereux pour les autres. " Il sera fait une juste appréciation du préjudice moral et de la perte de chance subis par F A en allouant à M. et Mme A en leur qualité de représentants légaux de leur fils la somme de 25 000 euros, tous intérêts compris à la date du présent jugement, en réparation de ce préjudice subi par leur fils pour la période comprise entre le 19 mai 2021 et le jour du présent jugement.
16. En deuxième lieu, M. et Mme A invoquent leur préjudice moral résultant du trouble dans leurs conditions d'existence du fait des contraintes imposées par la disponibilité nécessaire dont ils doivent faire preuve en cas de difficultés liées au comportement de leur fils à l'école. Il sera fait une juste appréciation de ce chef de préjudice en l'évaluant, à la somme de 25 000 euros conjointement pour M. et Mme A, et à la somme de 3 000 euros pour chacun de leurs enfants B et D, pour la période comprise entre le 19 mai 2021 et le présent jugement. Ces sommes s'entendent tous intérêts compris à la date du présent jugement.
17. En troisième lieu, M. et Mme A invoquent avoir subi un préjudice matériel chiffré par la différence de 12 373,19 euros entre, d'une part, les dépenses engagées pour le recours à des éducateurs, un psychomotricien, un psychologue, l'achat de matériel et de formation et, d'autre part, le montant perçu au titre de l'allocation d'éducation de l'enfant handicapé et la prestation de compensation de handicap pour la période de 2016 à 2021. Ainsi qu'il a été dit précédemment, ils ne sont fondés à demander réparation que du seul préjudice subi après le 19 mai 2021. Il résulte de l'instruction que les seules dépenses justifiées à compter de cette date sont des dépenses d'éducateurs à hauteur de 4 441,34 euros. A compter de cette même date, le montant cumulé de la prestation de compensation du handicap et de l'allocation d'éducation de l'enfant handicapé qui leur a été versé pour cette période de sept mois et de douze jours de 2021 s'élève à 13 059 euros. Il en résulte que pour cette période, les époux A ne justifient pas de dépenses liées à la prise en charge de leur enfant qui soient supérieures au montant des allocations perçues. Leurs conclusions à fin d'indemnisation de ce chef de préjudice ne peuvent qu'être rejetées sur ce point.
18. En dernier lieu, Mme A demande la réparation du préjudice qu'elle invoque avoir subi du fait que la situation de son fils F l'aurait empêchée de reprendre depuis 2016 l'emploi de traductrice qui était le sien. Mme A produit quatre bulletins de paie établis entre septembre et décembre 2008. Cces bulletins de paie font apparaître que le contrat de travail à durée déterminée de Mme A exécuté depuis le 5 novembre 2007 est arrivé à son terme à la fin de décembre 2008, soit plus de vingt-et-un mois avant la naissance F. Dans ces conditions, Mme A n'établit pas que la perte de chance de retrouver un emploi qu'elle allègue résulte de la nécessaire prise en charge de son fils. Ses conclusions à fin d'indemnisation de la perte de salaire estimée par elle à 90 576 euros ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
19. L'Etat versera à M. et Mme A la somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er :L'Etat versera la somme de 25 000 euros tous intérêts compris à la date du jugement, à Mme et M. A en leur qualité de représentants légaux de leur fils F,
Article 2 : L'Etat versera à M et Mme A en leur qualité de représentants légaux de leur fils B et de leur fille D. la somme de deux fois 3 000 euros tous intérêts compris à la date du jugement.
Article 3 : L'Etat versera la somme de 25 000 euros tous intérêts compris à la date du jugement à M. et Mme A.
Article 4 : L'Etat versera à M. et à Mme A la somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. E et à Mme C A, et au ministre des solidarités, de l'autonomie et des personnes handicapées.
Copie en sera adressée au Défenseur des droits, à la rectrice de l'académie de Versailles, à la directrice de l'Agence régionale de santé d'Ile-de-France.
Délibéré après l'audience du 12 juin 2023, à laquelle siégeaient :
M. Le Gars, président,
M. Crandal, premier conseiller honoraire,
M. Bélot, premier conseiller.
Rendu public, par mise à disposition au greffe, le 26 juin 2023.
Le rapporteur,
signé
J-M Crandal
Le président,
signé
J. Le Gars
La greffière,
signé
B. Dalla Guarda
La République mande et ordonne au ministre des solidarités, de l'autonomie et des personnes handicapées en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N° 2110774
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026