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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2200103

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2200103

mardi 30 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2200103
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème chambre
Avocat requérantADMINIS AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 4 janvier 2022, M. C B, représenté par Me Adeline-Delvolvé, demande au tribunal :

1°) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté du 13 juillet 2021 par lequel la commune de Saint-Germain-en-Laye a refusé de lui délivrer un permis de construire, ensemble la décision du 8 novembre 2021 portant rejet de son recours gracieux ;

2°) d'enjoindre au maire de Saint-Germain-en-Laye de lui délivrer le permis sollicité ou, à défaut, de réexaminer sa demande ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Saint-Germain-en-Laye une somme de 3 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et une somme de 13 euros au titre des frais de plaidoirie.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé en fait ;

- il méconnaît les dispositions du a. de l'article 2 du règlement de la zone UD du plan local d'urbanisme (PLU) de la commune de Saint-Germain-en-Laye, dès lors que les travaux envisagés portent sur une construction existante et non sur une ruine et que le projet litigieux respecte les dispositions relatives à l'implantation des constructions existantes.

Par un mémoire en défense, enregistré le 19 septembre 2022, la commune de Saint-Germain-en-Laye conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens invoqués par le requérant ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 15 juin 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 3 juillet 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la sécurité sociale ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Connin, conseiller ;

- les conclusions de Mme Benoit, rapporteure publique ;

- et les observations de Mme A, représentant la commune de Saint-Germain-en-Laye.

Considérant ce qui suit :

1. M. B a déposé le 24 juin 2021 une demande de permis de construire en vue de la " réhabilitation d'un bâtiment à usage de studio et de garage " sur la parcelle cadastrée section AB n° 394 située 34 rue Carnot à Saint-Germain-en-Laye en zone UDa du plan local d'urbanisme (PLU) de cette commune. Par un arrêté du 13 juillet 2021, le maire de Saint-Germain-en-Laye a rejeté sa demande. M. B demande au tribunal l'annulation de cet arrêté, ensemble la décision du 8 novembre 2021 portant rejet du recours gracieux qu'il a formé le 9 septembre 2021.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, contrairement à ce que soutient le requérant, l'arrêté attaqué comporte, avec une précision suffisante, l'énoncé des motifs de fait ayant conduit le maire de Saint-Germain-en-Laye à estimer que les éléments sur lesquels s'appuie le projet litigieux ne peuvent être qualifiés de construction existante au sens du lexique du règlement du PLU de la commune de Saint-Germain-en-Laye, dont il reproduit d'ailleurs les dispositions pertinentes. Dès lors, le moyen tiré de l'insuffisante motivation en fait de cet arrêté ne peut qu'être écarté.

3. En second lieu, pour refuser de délivrer à M. B le permis de construire qu'il sollicite, le maire de Saint-Germain-en-Laye s'est fondé sur le motif tiré de ce que le projet consiste en une construction nouvelle à usage d'habitation qui méconnaît la règle fixée par les dispositions du a. de l'article 2 du règlement de la zone UD du PLU de Saint-Germain-en-Laye, en vertu de laquelle les constructions doivent en principe, hors secteur UDc, être implantées à l'intérieur d'une bande de 30 mètres mesurée à partir de l'alignement actuel ou futur des voies de desserte ou de l'emprise publique. Les mêmes dispositions prévoient toutefois des dérogations à cette règle pour l'aménagement et l'extension des constructions existantes, et autorisent notamment, au-delà de la bande constructible, " l'aménagement et l'extension des constructions existantes à la date d'entrée en vigueur du PLU, en bon état dans la limite de 5 m supplémentaire ".

4. Selon le lexique du règlement du PLU, " une construction est considérée comme existante si elle est reconnue comme légalement construite et si la majorité des fondations ou des éléments hors fondations déterminant la résistance et la rigidité de l'ouvrage remplissent leurs fonctions ", étant précisé qu'" une ruine ne peut pas être considérée comme une construction existante ".

5. D'une part, il ressort des pièces du dossier qu'une structure, délimitée par une dalle en béton, a été légalement construite sur les parcelles cadastrées section AB nos 394 et 393. Si la commune de Saint-Germain-en-Laye fait valoir, dans ses écritures en défense, que l'ossature en béton existante résulte de travaux de démolition illégalement entrepris, cette circonstance ne fait pas obstacle à ce que les éléments conservés soient reconnus comme légalement construits.

6. D'autre part, la structure est implantée à cheval sur les parcelles cadastrées section AB nos 394 et 393, au-delà de la bande constructible mentionnée au point 3 du présent jugement. Sur la parcelle cadastrée section AB n° 394, seule incluse dans l'emprise de l'opération projetée, la dalle est surmontée d'une toiture plate en béton soutenue par des piliers dont il ne ressort pas des pièces du dossier qu'ils ne rempliraient pas leurs fonctions, en dépit de la pose d'un étai à l'extrémité Sud-Est. Compte tenu de ce qui a été dit au point précédent, cet ensemble doit être regardé comme une construction existante au sens du lexique du règlement du PLU. Est sans incidence à cet égard la circonstance qu'un mur en parpaing aurait été illégalement édifié sur la parcelle contigüe.

7. Il résulte de ce qui précède qu'en rejetant la demande de permis de construire de M. B au motif que la structure en béton sur laquelle s'appuie le projet litigieux ne peut être qualifiée de construction existante mais constitue une ruine, le maire de Saint-Germain-en-Laye a fait une inexacte application des dispositions du a. de l'article 2 du règlement de la zone UD du PLU de la commune.

8. Il résulte de tout ce qui précède que M. B est fondé à demander l'annulation des décisions qu'il attaque.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

9. Aux termes de l'article L. 600-2 du code de l'urbanisme : " Lorsqu'un refus opposé à une demande d'autorisation d'occuper ou d'utiliser le sol ou l'opposition à une déclaration de travaux régies par le présent code a fait l'objet d'une annulation juridictionnelle, la demande d'autorisation ou la déclaration confirmée par l'intéressé ne peut faire l'objet d'un nouveau refus ou être assortie de prescriptions spéciales sur le fondement de dispositions d'urbanisme intervenues postérieurement à la date d'intervention de la décision annulée sous réserve que l'annulation soit devenue définitive et que la confirmation de la demande ou de la déclaration soit effectuée dans les six mois suivant la notification de l'annulation au pétitionnaire. "

10. Lorsque le juge annule un refus d'autorisation d'urbanisme, y compris une décision de sursis à statuer, ou une opposition à une déclaration, après avoir censuré l'ensemble des motifs que l'autorité compétente a énoncés dans sa décision conformément aux prescriptions de l'article L. 424-3 du code de l'urbanisme ainsi que, le cas échéant, les motifs qu'elle a pu invoquer en cours d'instance, il doit, s'il est saisi de conclusions à fin d'injonction, ordonner à l'autorité compétente de délivrer l'autorisation ou de prendre une décision de non-opposition, sur le fondement de l'article L. 911-1 du code de justice administrative. Il n'en va autrement que s'il résulte de l'instruction soit que les dispositions en vigueur à la date de la décision annulée, qui eu égard aux dispositions de l'article L. 600-2 du code de l'urbanisme demeurent applicables à la demande, interdisent de l'accueillir pour un motif que l'administration n'a pas relevé, ou que par suite d'un changement de circonstances, la situation de fait existant à la date du jugement y fait obstacle.

11. Il résulte des dispositions du a. de l'article 2 du règlement de la zone UD du PLU de Saint-Germain-en-Laye rappelées au point 3 du présent jugement, en vigueur à la date de l'arrêté attaqué, que, pour bénéficier de la dérogation à la règle d'implantation dans la bande de 30 mètres à partir de l'alignement qu'elles fixent, les travaux en cause doivent porter sur une construction existante " en bon état ". Il résulte de l'instruction, et notamment des photographies jointes au procès-verbal d'infraction au code de l'urbanisme dressé le 12 avril 2019 par la commune de Saint-Germain-en-Laye, que la construction existante sur la parcelle d'assiette du projet ne comporte plus qu'une façade et qu'une partie de la toiture, à l'extrémité Sud-Est de la construction, est détruite. Cette construction ne peut ainsi être regardée comme étant " en bon état " au sens des dispositions dérogatoires de l'article UD2-a du règlement du PLU, ce qui fait obstacle, au-delà de la bande constructible mentionnée au même article, tant à l'aménagement qu'à l'extension de cette construction. Dès lors, le présent jugement implique seulement mais nécessairement que le maire de Saint-Germain-en-Laye procède à une nouvelle instruction de la demande de permis de construire de M. B et prenne une nouvelle décision dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

12. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions de M. B présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et au titre des frais de plaidoirie.

D É C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 13 juillet 2021 du maire de Saint-Germain-en-Laye et la décision du 8 novembre 2021 portant rejet du recours gracieux formé par M. B sont annulés.

Article 2 : Il est enjoint au maire de Saint-Germain-en-Laye de procéder à une nouvelle instruction de la demande de permis de construire déposée le 24 juin 2021 par M. B et de prendre une nouvelle décision dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête sont rejetées.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et à la commune de Saint-Germain-en-Laye.

Délibéré après l'audience publique du 29 mars 2024, à laquelle siégeaient :

- Mme Rollet-Perraud, présidente,

- Mme Milon, première conseillère,

- M. Connin, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 avril 2024.

Le rapporteur,

Signé

N. Connin

La présidente,

Signé

C. Rollet-Perraud

La greffière,

Signé

A. Lloria

La République mande et ordonne au préfet des Yvelines en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

4

N° 1901371

5

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