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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2200941

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2200941

vendredi 3 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2200941
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème chambre
Avocat requérantGABARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 7 février 2022 et 10 janvier 2023, ce dernier n'ayant pas été communiqué, la SARL Rivale, représentée par Me Gabard, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 4 août 2021 par lequel le maire de Saint-Germain-en-Laye a refusé de lui délivrer un permis de construire modificatif portant sur la réalisation de travaux d'aménagement intérieur dans un immeuble situé 3, rue des Coches, ainsi que la décision du 3 décembre 2021 rejetant son recours gracieux ;

2°) d'enjoindre au maire de Saint-Germain-en-Laye de lui délivrer le permis de construire sollicité ou, à défaut, de réexaminer sa demande, dans un délai à déterminer, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Saint-Germain-en-Laye une somme de 3 000 euros, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la présente requête, introduite dans le délai de recours contentieux, est recevable ;

- la compétence du signataire de l'arrêté contesté n'est pas démontrée ;

- cette décision est entachée d'une première erreur de droit dès lors que les travaux refusés ne relèvent pas du régime du permis de construire ;

- elle est entachée d'une deuxième erreur de droit dès lors que les conduits et manteaux de cheminées ne figurent pas parmi les éléments protégés par le règlement du plan de sauvegarde et de mise en valeur (PSMV) ; au demeurant, la suppression des manteaux de cheminées ne saurait être regardée comme dénaturant la construction en cause repérée comme étant " à conserver " ;

- elle est entachée d'une troisième erreur de droit dans la mesure où ce plan ne saurait " interdire toute modification intérieure " au motif que l'immeuble est repéré comme " à conserver " ; en tout état de cause, la suppression de manteaux de cheminée ne saurait être considérée, au sens de l'article US.2 de ce plan, comme une démolition, un enlèvement, une modification ou une altération de l'immeuble, dont les caractéristiques essentielles - murs, ossature, charpente, volumes - sont maintenues ;

- l'arrêté de refus de permis de construire est également illégal en ce que les modifications du projet initial sont rendues nécessaires par des contraintes techniques, qui excluent que le PSMV lui soit opposé.

Par un mémoire en défense, enregistré le 9 septembre 2022, la commune de Saint-Germain-en-Laye conclut au rejet de la requête de la SARL Rivale.

Elle soutient que :

- la requête est irrecevable, faute pour la société requérante d'avoir préalablement saisi le préfet de région du recours prévu à l'article R. 424-14 du code de l'urbanisme ;

- aucun des moyens soulevés dans la requête n'est, en tout état de cause, fondé.

Par une ordonnance du 22 décembre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 10 janvier 2023, en application de l'article R. 613-1 du code de justice administrative.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code du patrimoine ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme A ;

- les conclusions de M. Maitre, rapporteur public ;

- et les observations de Mme B pour la commune de Saint-Germain-en-Laye.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 4 août 2021, le maire de Saint-Germain-en-Laye a refusé de délivrer à la SARL Rivale un permis de construire modificatif en vue de la réalisation de travaux d'aménagement intérieur dans un immeuble situé 3, rue des Coches. Cette dernière demande l'annulation de cet arrêté ainsi que de la décision du 3 décembre 2021 rejetant son recours gracieux.

2. Aux termes de l'article R. 423-54 du code de l'urbanisme : " Lorsque le projet est situé dans le périmètre d'un site patrimonial remarquable ou dans les abords des monuments historiques, l'autorité compétente recueille l'accord ou, pour les projets mentionnés à l'article L. 632-2-1 du code du patrimoine, l'avis de l'architecte des Bâtiments de France ". Aux termes de l'article L. 632-1 du code du patrimoine : " Dans le périmètre d'un site patrimonial remarquable, sont soumis à une autorisation préalable les travaux susceptibles de modifier l'état des parties extérieures des immeubles bâtis, y compris du second œuvre, ou des immeubles non bâtis. / Sont également soumis à une autorisation préalable les travaux susceptibles de modifier l'état des éléments d'architecture et de décoration, immeubles par nature ou effets mobiliers attachés à perpétuelle demeure, au sens des articles 524 et 525 du code civil, lorsque ces éléments, situés à l'extérieur ou à l'intérieur d'un immeuble, sont protégés par le plan de sauvegarde et de mise en valeur. Pendant la phase de mise à l'étude du plan de sauvegarde et de mise en valeur, sont soumis à une autorisation préalable les travaux susceptibles de modifier l'état des parties intérieures du bâti. / L'autorisation peut être refusée ou assortie de prescriptions lorsque les travaux sont susceptibles de porter atteinte à la conservation ou à la mise en valeur du site patrimonial remarquable ". Aux termes de l'article L. 632-2 du même code : " I. - L'autorisation prévue à l'article L. 632-1 est, sous réserve de l'article L. 632-2-1, subordonnée à l'accord de l'architecte des Bâtiments de France, le cas échéant assorti de prescriptions motivées. (). Tout avis défavorable de l'architecte des Bâtiments de France rendu dans le cadre de la procédure prévue au présent alinéa comporte une mention informative sur les possibilités de recours à son encontre et sur les modalités de ce recours. () / III. - Un recours peut être exercé par le demandeur à l'occasion du refus d'autorisation de travaux. Il est alors adressé à l'autorité administrative, qui statue (). En cas de silence, l'autorité administrative est réputée avoir confirmé la décision de l'autorité compétente pour délivrer l'autorisation. ". L'article R. 424-14 de l'urbanisme dispose que : " Lorsque le projet est situé dans le périmètre d'un site patrimonial remarquable ou dans les abords des monuments historiques, le demandeur peut, en cas d'opposition à une déclaration préalable ou de refus de permis fondé sur un refus d'accord de l'architecte des Bâtiments de France, saisir le préfet de région, par lettre recommandée avec demande d'avis de réception, d'un recours contre cette décision dans le délai de deux mois à compter de la notification de l'opposition ou du refus () / Le délai à l'issue duquel le préfet de région est réputé avoir confirmé la décision de l'autorité compétente en cas de recours du demandeur est de deux mois à compter de la réception de ce recours. () ". Aux termes de l'article R. 421-5 du code de justice administrative : " Les délais de recours contre une décision administrative ne sont opposables qu'à la condition d'avoir été mentionnés, ainsi que les voies de recours, dans la notification de la décision. ".

3. Il résulte de ces dispositions que, quels que soient les moyens sur lesquels ce recours est fondé, un pétitionnaire n'est pas recevable à former un recours pour excès de pouvoir contre une décision de refus de permis de construire portant sur un immeuble situé dans le périmètre d'un site patrimonial remarquable opposé à la suite d'un refus d'accord de l'architecte des Bâtiments de France, s'il n'a pas, préalablement, saisi le préfet de région d'une contestation de cet avis, selon la procédure spécifique prévue à l'article R. 424-14 du code de l'urbanisme.

4. Il ressort des termes de la décision attaquée que le maire de Saint-Germain-en-Laye a refusé de délivrer à la SARL Rivale le permis de construire modificatif qu'elle sollicitait en vue de la réalisation de travaux dans un immeuble situé 3, rue des Coches, dans le périmètre du site patrimonial remarquable de Saint-Germain-en-Laye, en se fondant sur la circonstance, ayant motivé le refus d'accord de l'architecte des Bâtiments de France en date du 11 mai 2021, que le projet prévoit la suppression ou la modification d'éléments identifiés comme étant à conserver par le PSMV. Or, il ressort des pièces du dossier que la SARL Rivale n'a pas saisi, préalablement à l'introduction de la présente requête, le préfet de région d'une contestation du refus d'accord de l'architecte des bâtiments de France sur lequel est fondée la décision de refus attaquée. Si l'intéressée justifie avoir formé un tel recours le 21 octobre 2022, l'exercice de ce recours obligatoire postérieurement à l'introduction de la requête n'est pas de nature, eu égard à son caractère non préalable, à régulariser l'irrecevabilité de sa requête, présentée directement devant le tribunal. Par ailleurs, si la SARL Rivale fait valoir que l'obligation d'exercer ce recours administratif préalable n'a pas été mentionnée dans l'arrêté contesté, le caractère obligatoire d'un tel recours préalable était précisé dans le refus d'accord du 11 mai 2021 de l'architecte des Bâtiments de France qu'elle produit à l'appui de sa requête et dont elle a ainsi été destinataire avant d'introduire celle-ci. En tout état de cause, la circonstance que l'existence d'un tel recours ainsi que son caractère obligatoire n'auraient pas été indiqués est sans incidence sur l'irrecevabilité de la requête portée directement devant le juge. La fin de non-recevoir tirée d'une telle irrecevabilité doit, par suite, être accueillie.

5. La requête de la SARL Rivale doit, dès lors, être rejetée, en toutes ses conclusions.

DÉCIDE :

Article 1er : La requête de la SARL Rivale est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la SARL Rivale et à la commune de Saint-Germain-en-Laye.

Délibéré après l'audience du 20 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

- Mme Rollet-Perraud, présidente,

- Mme Milon, première conseillère,

- Mme Amar-Cid, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 février 2023.

La rapporteure,

Signé

J. A

La présidente,

Signé

C. Rollet-Perraud

La greffière,

Signé

A. Lloria

La République mande et ordonne au préfet des Yvelines en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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