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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2202529

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2202529

jeudi 27 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2202529
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationPrésident Boukhéloua
Avocat requérantDE CAUMONT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 31 mars 2022 et 18 mai 2022, M. A B, représenté par Me Sabatakakis, demande au tribunal :

1°) d'annuler les retraits de points relatifs aux infractions des 25 août 2018, 6 février 2019, 8 février 2019 et 8 juin 2021 ;

2°) d'annuler la décision " 48 SI " du 13 janvier 2022 par laquelle le ministre de l'intérieur a constaté la cessation de validité de son permis de conduire par défaut de points ;

3°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de restituer les points retirés et de rétablir le capital de son permis de conduire, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement la décision à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros, à lui verser, en application des dispositions de l'article L. 761 du code de justice administrative ;

5°) de rejeter la demande de l'Etat en application des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que les décisions de retrait de points sont intervenues aux termes d'une procédure irrégulière dès lors qu'il n'a pas été destinataire des informations prévues aux articles L.223-1, L.223-3 et R.223-3 du Code de la route.

Par un mémoire en défense enregistré le 12 mai 2022, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Par une ordonnance du 5 septembre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 23 septembre 2022 à 12 heures.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la route ;

- le code de procédure pénale ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Boukheloua, vice-présidente, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative pour statuer sur les litiges relevant de cet article.

La magistrate désignée a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme C a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B a commis, les 25 août 2018, 6 février 2019, 8 février 2019 et 8 juin 2021, diverses infractions au code de la route ayant entraîné le retrait de plusieurs points affectés à son permis de conduire. Par une décision " 48SI " du 13 janvier 2022, le ministre de l'intérieur a invalidé le permis de conduire de l'intéressé et lui a enjoint de le restituer. Par la présente requête, M. B demande l'annulation de la décision du 13 janvier 2022 et de toutes les décisions portant retrait de points de son permis de conduire qui figurent sur cette décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 223-3 du code de la route : " Lorsque l'intéressé est avisé qu'une des infractions entraînant retrait de points a été relevée à son encontre, il est informé des dispositions de l'article L. 223-2, de l'existence d'un traitement automatisé de ces points et de la possibilité pour lui d'exercer le droit d'accès conformément aux articles L. 225-1 à L. 225-9./ Lorsqu'il est fait application de la procédure de l'amende forfaitaire ou de la procédure de composition pénale, l'auteur de l'infraction est informé que le paiement de l'amende ou l'exécution de la composition pénale entraîne le retrait du nombre de points correspondant à l'infraction reprochée, dont la qualification est dûment portée à sa connaissance ; il est également informé de l'existence d'un traitement automatisé de ces points et de la possibilité pour lui d'exercer le droit d'accès. / Quand il est effectif, le retrait de points est porté à la connaissance de l'intéressé par lettre simple ou, sur sa demande, par voie électronique. Un décret en Conseil d'Etat précise les conditions d'application du présent alinéa ". Aux termes de l'article R. 223-3 du même code : " I.- Lors de la constatation d'une infraction entraînant retrait de points, l'auteur de celle-ci est informé qu'il encourt un retrait de points si la réalité de l'infraction est établie dans les conditions définies à l'article L. 223-1. / II.-Il est informé également de l'existence d'un traitement automatisé des retraits et reconstitutions de points et de la possibilité pour lui d'accéder aux informations le concernant. Ces mentions figurent sur le document qui lui est remis ou adressé par le service verbalisateur. Le droit d'accès aux informations ci-dessus mentionnées s'exerce dans les conditions fixées par les articles L. 225-1 à L. 225-9 ".

3. La délivrance, au titulaire du permis de conduire à l'encontre duquel est relevée une infraction donnant lieu à retrait de points, de l'information prévue aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route constitue une garantie essentielle donnée à l'auteur de l'infraction pour lui permettre, avant d'en reconnaître la réalité par le paiement d'une amende forfaitaire ou l'exécution d'une composition pénale, d'en mesurer les conséquences sur la validité de son permis et éventuellement d'en contester la réalité devant le juge pénal. Cette information revêt le caractère d'une formalité substantielle et conditionne la régularité de la procédure au terme de laquelle le retrait de points est décidé.

En ce qui concerne les infractions commises le 25 août 2018 et le 6 février 2019 :

4. Depuis une mise à jour logicielle effectuée le 15 avril 2015, tous les appareils électroniques utilisés par les agents verbalisateurs font apparaître sur la page présentée au contrevenant, en cas d'infraction entraînant retrait de points, l'ensemble des informations exigées par la loi. Dès lors, pour les infractions constatées à compter de cette date, la signature apposée par l'intéressé et conservée par voie électronique établit que ces informations lui ont été délivrées. La mention certifiée par l'agent selon laquelle le contrevenant a refusé d'apposer sa signature sur la page qui lui était présentée possède la même valeur probante.

5. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier, notamment du procès-verbal électronique relatif à l'infraction relevée le 25 août 2018 produit par le ministre de l'intérieur, et comportant la signature de M. B, que celui-ci mentionne que l'infraction est susceptible d'entraîner un retrait de points et comporte les informations exigées par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route.

6. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier, notamment du procès-verbal électronique relatif à l'infraction relevée le 6 février 2019 produit par le ministre de l'intérieur, que M. B a refusé de signer, que celui-ci mentionne également que l'infraction est susceptible d'entraîner un retrait de points et comporte les informations exigées par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route.

7. Par suite, le moyen tiré du manquement à l'obligation d'information préalable prévue par les dispositions précitées manque en fait et doit être écarté.

En ce qui concerne l'infraction commise le 8 février 2019 :

8. Le paiement par le contrevenant de l'amende forfaitaire majorée suffit à établir que l'administration s'est acquittée envers le titulaire du permis de son obligation d'information prévue par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route, à moins que l'intéressé, à qui il appartient à cette fin de produire l'avis qu'il a nécessairement reçu, démontre que cet avis était inexact ou incomplet. Lorsque le contrevenant soutient que le paiement est intervenu par la voie du recouvrement forcé et n'est, par suite, pas de nature à apporter la preuve de la réception des avis, il lui appartient d'apporter la preuve, devant le juge du fond, de ce que l'amende a effectivement fait l'objet d'un recouvrement forcé.

9. Il ressort des pièces du dossier, notamment du bordereau de situation établi par la trésorerie, produit par la défense, que M. B s'est acquitté de l'amende afférente à l'infraction relevée le 8 février 2019. Ainsi, à défaut pour le requérant, qui n'allègue pas que ces amendes ont fait l'objet d'un recouvrement forcé, de justifier s'être vu remettre un avis inexact ou incomplet, l'administration doit être regardée comme s'étant acquittée envers ce dernier de son obligation de lui délivrer les informations requises préalablement au paiement de l'amende. Par suite, le moyen tiré du manquement à l'obligation d'information préalable prévue par les dispositions précitées doit être écarté.

En ce qui concerne l'infraction commise le 8 juin 2021 :

10. S'il ressort des mentions du relevé d'information intégral du 9 mai 2022, produit en défense, que l'infraction commise le 8 juin 2021 a été constatée par un radar automatique, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. B se serait acquitté de l'amende forfaitaire majorée émise à la suite de cette infraction. Par suite, M. B est fondé à soutenir que la décision de retrait de point consécutive à cette infraction est intervenue au terme d'une procédure irrégulière.

11. Il résulte de tout ce qui précède que M. B est fondé à demander l'annulation du retrait de points consécutif à l'infraction commise le 8 juin 2021. Il ressort des pièces du dossier que, par l'effet de cette annulation, le solde de points du permis de conduire de M. B est positif. Il convient, par voie de conséquence, d'annuler la décision " 48SI " du 13 janvier 2022 en ce que le ministre de l'intérieur a invalidé le permis de conduire de l'intéressé.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

12. Si l'annulation contentieuse d'une décision " 48SI " en ce que le ministre de l'intérieur invalide un permis de conduire et d'une décision de retrait de points implique nécessairement que le ministre de l'intérieur reconnaisse à l'intéressé le bénéfice des points illégalement retirés, le capital de points dont dispose ce dernier doit être recalculé en tenant compte également des retraits de points légalement intervenus à son encontre et le cas échéant, des décisions de retrait ou de reconstitution de points qui n'avaient pu être prises en compte par l'administration aussi longtemps que l'invalidation annulée était exécutoire.

13. Il y a lieu, dès lors, d'enjoindre au ministre de l'intérieur de reconnaitre à l'intéressé le bénéfice des points irrégulièrement retirés et de réexaminer la situation de M. B dans le sens des observations qui précèdent en en tirant lui-même toutes les conséquences sur le capital de points et le droit de conduire de l'intéressé. Ce réexamen devra intervenir dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais d'instance :

14. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ".

15. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de l'Etat une somme de 500 euros au titre des frais exposés par M. B et non compris dans les dépens.

DECIDE:

Article 1er : La décision " 48SI " du 13 janvier 2022 du ministre de l'intérieur et la décision de retrait de points consécutif à l'infraction commise le 8 juin 2021 sont annulées.

Article 2 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur de restituer à M. B, dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement, les points illégalement retirés à la suite de l'infraction commise le 8 juin 2021, dans la limite du capital de points affecté à son permis de conduire, sans préjudice des décisions de retrait de points ultérieurement prises à la suite de la commission de nouvelles infractions routières.

Article 3 : L'Etat versera à M. B la somme de 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 octobre 2022.

La magistrate désignée,

signé

N. C

La greffière,

signé

B. Bartyzel

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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