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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2203364

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2203364

lundi 30 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2203364
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationPrésident LE GARS
Avocat requérantIOSCA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 29 avril 2022 et 21 novembre 2022, M. A D, représenté par Me Iosca, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision référencée " 48 SI " du 7 mars 2022 par laquelle le ministre de l'intérieur a constaté la nullité de son permis pour solde de points nul et l'a enjoint à restituer son titre de conduite aux services préfectoraux ;

2°) d'annuler les décisions ministérielles de retrait de points suite aux infractions commises les 13 février 2016, 10 novembre 2017, 12 juin 2018, 11 juin 2019, 11 avril 2020, 21 mai 2020 et 18 décembre 2020 ;

3°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de restituer son titre de conduite invalidé et de reconstituer son capital de points dans un délai de deux mois à compter du jugement à intervenir.

Il soutient que :

- il n'a pas reçu l'information prévue par les dispositions des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route ;

- la réalité de ces infractions n'est pas établie.

Par un mémoire en défense enregistré le 31 mai 2022, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la route ;

- le code de procédure pénale ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Le Gars, vice-président, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. C a été entendu au cours de l'audience publique.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A D a commis, les 13 février 2016, 10 novembre 2017, 12 juin 2018, 11 juin 2019, 11 avril 2020, 21 juin 2020 et 18 décembre 2020, diverses infractions au code de la route ayant entraîné des retraits de points sur son permis de conduire. Par une décision référencée " 48 SI " du 11 février 2022, le ministre de l'intérieur lui a notifié le retrait de points afférent à l'infraction du 21 juin 2020, a constaté, en lui rappelant les précédentes décisions portant retrait de points, la perte de validité de son permis de conduire pour solde de points nuls et l'a enjoint à restituer son titre de conduite aux services préfectoraux. M. D conteste l'ensemble de ces décisions.

Sur l'étendue du litige :

2. Il résulte tant des écritures du ministre que des mentions portées sur le relevé d'information intégral de M. D édité le 30 mai 2022 que la mention de la décision portant retrait de point à la suite de l'infraction du 21 juin 2020, et non le 21 mai 2020 comme indiqué par erreur dans la requête, a été supprimée de ce relevé. Le ministre doit être regardé comme ayant retiré cette décision ainsi que la décision 48 SI du 11 février 2022 dès lors que le permis de conduire de M. D est valide avec un solde positif de quatre points. Par suite, les conclusions de la requête dirigées contre la décision portant retrait de point à la suite de l'infraction du 21 juin 2020 et contre la décision 48 SI du 11 février 2022 sont devenues sans objet, et qu'il n'y a, dès lors, plus lieu d'y statuer.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le défaut d'information préalable :

3. Il résulte des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route que l'accomplissement de la formalité substantielle prescrite par ces dispositions, qui constitue une garantie essentielle donnée à l'auteur de l'infraction pour lui permettre d'en contester la réalité et d'en mesurer les conséquences sur la validité de son permis et éventuellement d'en contester la réalité devant le juge pénal, conditionne la régularité de la procédure suivie et, partant, la légalité du retrait de points. L'administration ne peut légalement prendre une décision retirant des points affectés à un permis de conduire à la suite d'une infraction dont la réalité a été établie que si l'auteur de l'infraction s'est vu préalablement délivrer par elle un document lui permettant de constater la réalité de l'infraction et d'en mesurer les conséquences sur la validité de son permis. Il appartient à l'administration d'apporter la preuve, par tous moyens, de la remise d'un tel document.

S'agissant des infractions commises les 11 juin 2019 (4 points) et 11 avril 2020 (quatre points):

4. Depuis une mise à jour logicielle effectuée le 15 avril 2015, tous les appareils électroniques utilisés par les agents verbalisateurs font apparaître sur la page présentée au contrevenant, en cas d'infraction entraînant un retrait de points, l'ensemble des informations exigées par la loi. Dès lors, pour les infractions constatées à compter de cette date, la signature apposée par l'intéressé et conservée par voie électronique établit que ces informations lui ont été délivrées. La mention certifiée par l'agent selon laquelle le contrevenant a refusé d'apposer sa signature sur la page qui lui était présentée possède la même valeur probante.

5. En l'espèce, il ressort des mentions du relevé d'information intégral relatif à la situation du permis de conduire de M. D, produit en défense par le ministre de l'intérieur, que l'infraction au code de la route commise le 11 juin 2019 a été relevée par procès-verbal électronique et a entraîné un retrait de quatre points sur le permis de conduire de l'intéressé ainsi que l'émission d'un titre exécutoire d'amende forfaitaire majorée. Le ministre de l'intérieur produit la copie de ce procès-verbal, établi le jour de l'infraction, qui comporte sous l'énoncé de l'ensemble des informations exigées par la loi, la signature du requérant. Dans ces conditions, M. B n'est pas fondé à soutenir que le retrait de deux points consécutif à l'infraction commise le 11 juin 2019 est intervenu en méconnaissance des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. En revanche, si M. D n'a pas signé le procès-verbal de l'infraction commise le 11 avril 2020, il résulte de l'instruction que la nature de cette infraction est strictement identique à celle du 11 juin 2019, moins d'un an plus tôt, et il ne saurait par suite sérieusement alléguer que le retrait de points afférent à l'infraction du 11 avril 2020 serait entaché d'une même irrégularité pour absence d'information. Par suite le moyen tiré du défaut d'information doit être écarté.

S'agissant de l'infraction commise le 13 février 2016 (six points) :

6. Lorsque la réalité de l'infraction a été établie par une condamnation devenue définitive prononcée par le juge pénal qui a statué sur tous les éléments de fait et de droit portés à sa connaissance et que l'auteur de l'infraction a ainsi pu la contester, l'omission de la formalité prévue à l'article L. 223-1 du code de la route est sans influence sur la régularité du retrait de points résultant de la condamnation.

7. Il ressort des mentions du relevé d'information intégral relatif à la situation du permis de conduire de M. D que l'infraction commise le 13 février 2016 a donné lieu à un jugement rendu par le tribunal de grande instance de Versailles le 11 octobre 2016, devenu définitif. Cette condamnation du juge pénal établit la réalité de l'infraction contestée. En revanche, elle n'établit pas que l'administration s'est acquittée de son obligation d'information. Cependant, il résulte de ce qui a été dit au point précédent, que lorsque la condamnation a acquis un caractère définitif, l'omission de l'obligation prévues aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route est sans incidence sur la légalité de la décision de retrait de points afférente à cette infraction. Dès lors, le moyen ne peut qu'être écarté.

S'agissant des infractions commises les 12 juin 2018 (trois points) et 18 décembre 2020 (trois points) :

8. Il résulte de ce qui a été dit au point 4 que pour les infractions constatées à compter du 15 avril 2015, la signature apposée par l'intéressé et conservée par voie électronique établit que les informations prévues à l'article L. 223-1 du code de la route lui ont été délivrées.

9. En l'espèce, il ressort des mentions du relevé d'information intégral relatif à la situation du permis de conduire de M. D, produit en défense par le ministre de l'intérieur, que les infractions au code de la route commises les 12 juin 2018 et 18 décembre 2020 ont été relevées par procès-verbal électronique et ont entraîné des retrait respectifs de trois et quatre points sur le permis de conduire de l'intéressé ainsi que l'émission de titres exécutoires d'amende forfaitaire majorée. Le ministre de l'intérieur produit la copie de du procès-verbal afférent à l'infraction du 12 juin 2018qui ne comporte ni les informations exigées par la loi, ni la signature du requérant, ni même la mention " refus de signer ". Enfin, s'agissant de l'infraction commise le 18 décembre 2020, il ressort du relevé d'information intégral relatif à la situation du permis de conduire de M. D qu'elle a bien été relevée par un procès-verbal électronique. Toutefois, ce procès-verbal n'est pas produit en défense par le ministre, à qui incombe pourtant la charge de la preuve.

10. Il résulte de tout ce qui précède que M. D doit être regardé comme ayant été privé de la garantie instituée par les dispositions des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. Par suite, il est fondé à soutenir que les décisions relatives aux infractions commises les 12 juin 2018et 18 décembre 2020 sont intervenues à la suite d'une procédure irrégulière et sont illégales. Par suite, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, ces décisions doivent être annulées.

En ce qui concerne la réalité des infractions contestées :

11. Il résulte de la combinaison des articles L. 223-1 et L. 225-1 du code la route, des articles 529, 529-1, 529-2 et 530 du code de procédure pénale et de l'arrêté du 29 juin 1992 fixant les supports techniques de la communication par le ministère public au ministère de l'intérieur des informations prévues par ces articles que le mode d'enregistrement et de contrôle des informations relatives aux infractions au code de la route conduit à considérer que la réalité de l'infraction est établie dans les conditions prévues à l'article L. 223-1 du code de la route dès lors qu'est inscrite, dans le système national des permis de conduire, la mention de l'exécution d'une composition pénale, la notification d'une condamnation pénale devenue définitive, du paiement de l'amende forfaitaire, de l'émission du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée, sauf si l'intéressé justifie avoir présenté une requête en exonération dans les quarante-cinq jours de la constatation de l'infraction ou de l'envoi de l'avis de contravention ou formé, dans le délai prévu à l'article 530 du code de procédure pénale, une réclamation ayant entraîné l'annulation du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée. Quand de telles mentions figurent au relevé d'information intégral relatif à la situation de son permis de conduire, extrait du système national du permis de conduire, l'intéressé ne peut, dès lors, utilement les contredire en se bornant à affirmer qu'il n'a pas payé une amende forfaitaire enregistrée comme payée ou à soutenir que l'administration n'apporte pas la preuve que la réalité de l'infraction a été établie dans les conditions requises par les dispositions précitées.

12. Les infractions commises les 11 juin 2019, 11 avril 2020 et 18 décembre 2020 ont donné lieu, en l'absence du paiement de l'amende forfaitaire afférente dans le délai de quarante-cinq jours, à l'émission d'un titre exécutoire d'une amende forfaitaire majorée. En dépit de ce qu'il soutient, M. D n'établit pas avoir présenté une requête en exonération ou formé des réclamations. Dès lors, conformément à ce qui précède, la réalité de ces infractions est établie.

13. S'agissant de l'infraction du 13 février 2016, sa réalité est établie par la condamnation rendue par le tribunal de grande instance de Versailles et devenue définitive le 11 octobre 2016. Par suite, le moyen tiré de l'absence de réalité des infractions querellées doit être écarté.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

14. Le présent jugement implique nécessairement que l'administration restitue à M. D, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, les dix points qui lui ont été irrégulièrement retirés à la suite des infractions des 12 juin 2018, 11 avril 2020 et 18 décembre 2020.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu à statuer sur les conclusions à fin d'annulation de la décision " 48 SI " du 11 février 2022 et de la décision de retrait de points relative à l'infraction du 21 juin 2020.

Article 2 : Les décisions par lesquelles le ministre de l'intérieur a procédé au retrait de deux fois trois points affectés au permis de conduire de M. D, à la suite des infractions des 12 juin 2018 et 18 décembre 2020 sont annulées.

Article 3 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur et des outre-mer de restituer à M. D, dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement, son permis de conduire, affecté des six points illégalement retirés à la suite des infractions des 12 juin 2018 et 18 décembre 2020.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A D et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 janvier 2023.

Le magistrat désigné,

signé

J. CLa greffière,

signé

B. Dalla Guarda

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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