lundi 10 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| Section | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| N° Dossier | TA78-2203793 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | MICHEL |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés les 16 mai 2022 et 9 mai 2024, l'Association départementale des pupilles de l'enseignement public de l'Essonne (AD PEP 91), représentée par Me Michel, demande au tribunal :
1°) de condamner la commune de Bruyères-le-Châtel à lui verser une indemnité de 256 189,20 euros, assortie des intérêts au taux légal à compter du 17 janvier 2022 et de la capitalisation des intérêts, en réparation des préjudices qu'elle estime avoir subis ;
2°) de mettre à la charge de la commune de Bruyères-le-Châtel une somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la commune de Bruyères-le-Châtel a commis une première faute de nature à engager sa responsabilité en retirant illégalement la décision, individuelle et créatrice de droit, constituée par la délibération du 6 février 2020 ;
- la commune de Bruyères-le-Châtel a commis une seconde faute en l'incitant à développer son projet et en lui promettant la conclusion d'un bail auquel elle s'est finalement dérobée ;
- elle est fondée à demander l'indemnisation de ses préjudices qu'elle évalue à la somme totale de 256 189,20 euros.
Par deux mémoires en défense enregistrés les 12 avril 2024 et 17 mai 2024, la commune de Bruyères-le-Châtel, représentée par Me Blard, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de l'AD PEP 91 une somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- la juridiction administrative est incompétente pour connaître du litige ;
- la requête est irrecevable dès lors que la décision autorisant le président de l'AD PEP 91 à ester en justice est irrégulière ;
- elle n'a commis aucune faute de nature à engager sa responsabilité ;
- les préjudices dont il lui est demandé l'indemnisation consistent en des dépenses usuelles et obligatoires à la présentation du projet dont l'association requérante était à l'initiative et qu'elle n'a jamais demandé ou incité cette dernière à engager ces dépenses dont le caractère nécessaire n'est pas établi.
Par une ordonnance du 13 mai 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 17 mai 2024.
Par courrier du 15 mai 2024, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de l'incompétence de la juridiction administrative pour statuer sur la demande de réparation des préjudices causés par la rupture d'une promesse de conclure un bail emphytéotique portant sur des parcelles relevant du domaine privé de la commune.
Par un mémoire enregistré le 21 mai 2024, l'Association départementale des pupilles de l'enseignement public de l'Essonne, représentée par Me Michel, a présenté des observations en réponse au moyen d'ordre public.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code général de la propriété des personnes publiques ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Degorce ;
- les conclusions de Mme Winkopp-Toch, rapporteure publique ;
- et les observations de Me Gallo pour la commune de Bruyères-le-Châtel.
Considérant ce qui suit :
1. La commune de Bruyères-le-Châtel est propriétaire du domaine du château du même nom, acquis par voie de préemption en septembre 2014, qu'elle a divisé en trois parcelles cadastrées A711, terrain dit " B ", A712, terrain dit " C " et A710, terrain dit " A ". Au cours de l'année 2015, désireuse d'occuper une partie de ces terrains pour y héberger des groupes dans les domaines de l'éducation populaire, du médico-social et du tourisme, l'Association département des pupilles de la nation de l'Essonne (AD PEP 91) s'est rapprochée de la commune afin de proposer la conclusion d'un bail emphytéotique sur les terrains dits " B " et " C ". Un accord de principe a été trouvé à l'été 2017 entre la commune et l'association. Toutefois, pendant la période d'élaboration du projet, d'instruction des demandes administratives et de préparation des marchés de travaux, la commune de Bruyères-le-Châtel a accepté que l'Association d'appui à la participation, à l'inclusion sociale et environnementale (AAPISE), qui avait alors besoin d'un local temporaire durant le temps des travaux de reconstruction de son établissement à Arpajon, puisse louer la parcelle dite " B " et a signé un bail précaire en ce sens le 17 août 2018. Par délibérations des 30 novembre 2018 et 6 février 2020, le conseil municipal de la commune de Bruyères-le-Châtel a approuvé le projet de signature d'un bail emphytéotique avec l'AD PEP 91 et autorisé son maire à prendre toutes dispositions nécessaires à la poursuite du projet notamment à signer toutes pièces en la matière. L'acte finalisé du projet de bail emphytéotique a été transmis au notaire le 23 octobre 2020 dans l'attente de la fixation d'une date de signature.
2. Le 8 décembre 2020, au cours d'un échange téléphonique, l'AD PEP 91 a appris que la commune de Bruyères-le-Châtel avait reçu un projet émanant de l'AAPISE désireuse d'acquérir et d'aménager les parcelles " B " et " C ". Le 11 décembre 2020, le président de l'AP PEP 91 a envoyé un courrier au maire pour manifester son étonnement face à ce revirement et lui demander de fixer une date de signature du bail emphytéotique, conformément au projet dont elles avaient préalablement convenu. Le silence gardé par la commune et la délibération du 29 juin 2021 par laquelle son conseil municipal a autorisé le maire à signer une promesse de vente puis l'acte de vente de ces deux terrains avec l'AAPISE a définitivement mis fin au projet de l'AD PEP 91. Par la présente requête, celle-ci demande au tribunal de condamner la commune de Bruyères-le-Châtel à lui verser une indemnité de 256 189,20 euros en réparation des préjudices qu'elle estime avoir subis.
Sur la compétence de la juridiction administrative :
En ce qui concerne la domanialité des parcelles en litige :
3. Aux termes de l'article L. 2111-1 du code général de la propriété des personnes publiques : " Sous réserve de dispositions législatives spéciales, le domaine public d'une personne publique mentionnée à l'article L. 1 est constitué des biens lui appartenant qui sont soit affectés à l'usage direct du public, soit affectés à un service public pourvu qu'en ce cas ils fassent l'objet d'un aménagement indispensable à l'exécution des missions de ce service public ". Aux termes de l'article L. 3111-1 du même code : " Les biens des personnes publiques mentionnées à l'article L. 1, qui relèvent du domaine public, sont inaliénables et imprescriptibles. ". Enfin, aux termes de l'article L. 2141-1 de ce code : " Un bien d'une personne publique mentionnée à l'article L. 1, qui n'est plus affecté à un service public ou à l'usage direct du public, ne fait plus partie du domaine public à compter de l'intervention de l'acte administratif constatant son déclassement ".
4. Il ne résulte pas de l'instruction que les parcelles dites " B " et " C ", sur lesquelles sont implantés des bâtiments, seraient affectées à l'usage direct du public ou à un service public et auraient fait, en ce dernier cas, l'objet d'un aménagement indispensable à l'exécution de telles missions. Par ailleurs, aux termes de la délibération du 29 juin 2021, le conseil municipal de Bruyères-le-Châtel a autorisé son maire à signer une promesse de vente puis l'acte de vente de ces terrains avec l'AAPISE sans procéder, au préalable, à leur déclassement dans le domaine privé. Il résulte de l'ensemble de ces éléments que les parcelles " B " et " C " doivent être regardées comme faisant partie du domaine privé de la commune de Bruyères-le-Châtel.
En ce qui concerne la responsabilité fautive de la commune de Bruyères-le-Châtel du fait du retrait illégal de la délibération du 6 février 2020 approuvant le bail emphytéotique :
5. La contestation par une personne privée de l'acte, délibération ou décision du maire, par lequel une commune ou son représentant, gestionnaire du domaine privé, initie avec cette personne, conduit ou termine une relation contractuelle, quelle qu'en soit la forme, dont l'objet est la valorisation ou la protection de ce domaine et qui n'affecte ni son périmètre ni sa consistance, ne met en cause que des rapports de droit privé et relève, à ce titre, de la compétence du juge judiciaire. En revanche, l'acte d'une personne publique, qu'il s'agisse d'une délibération ou d'une décision, qui modifie le périmètre ou la consistance de son domaine privé ne se rapporte pas à la gestion de ce domaine, de sorte que la contestation de cet acte ressortit à la compétence du juge administratif. Il en va de même du litige par lequel est recherchée la responsabilité de cette personne publique à raison d'un tel acte, du refus de le prendre ou de son retrait.
6. En l'espèce, la délibération du 6 février 2020 approuvant le bail emphytéotique a pour objet la valorisation des parcelles " B " et " C " qui appartiennent au domaine privé de la commune de Bruyères-le-Châtel. Cette délibération n'affectant ni la consistance ni le périmètre du domaine privé de la commune, les conclusions tendant à engager la responsabilité de la commune de Bruyères-le-Châtel à raison de la faute qu'elle aurait commise en retirant illégalement cette décision relèvent donc de la compétence du juge judiciaire.
En ce qui concerne la responsabilité fautive de la commune de Bruyères-le-Châtel du fait de la rupture des pourparlers :
7. Un litige qui a pour objet la responsabilité extra-contractuelle d'une collectivité locale encourue à l'occasion de la gestion de son domaine privé en raison du comportement adopté par celle-ci lors de la conduite des pourparlers en vue de la signature d'un bail qui n'avait pas trait à l'exercice d'une mission de service public sur le domaine privé, relève de la compétence de la juridiction judiciaire.
8. En l'espèce, les conclusions tendant à l'engagement de la responsabilité de la commune de Bruyères-le-Châtel en raison de la rupture des pourparlers qu'elle avait menés avec l'AD PEP 91 en vue de la signature d'un bail emphytéotique administratif sur les parcelles " B " et " C ", qui appartenaient à son domaine privé et qu'elle a finalement vendues à une autre association, relèvent de la compétence de la juridiction judiciaire.
9. Il résulte de ce qui précède que l'ensemble des conclusions indemnitaires présentées par l'AD PEP 91 doivent être rejetées comme portées devant un ordre de juridiction incompétent pour en connaître.
Sur les frais d'instance :
10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il soit mis à la charge de la commune de Bruyères-le-Châtel, qui n'a pas la qualité de partie perdante dans la présente instance, la somme que l'AD PEP 91 réclame au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. Par ailleurs, il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'association requérante la somme demandée à ce titre par la commune de Bruyères-le-Châtel.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de l'AD PEP 91 est rejetée comme portée devant un ordre de juridiction incompétent pour en connaître.
Article 2 : Les conclusions présentées par la commune de Bruyères-le-Châtel au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à l'association départementale des pupilles de l'enseignement public de l'Essonne et à la commune de Bruyères-le-Châtel.
Délibéré après l'audience du 27 mai 2024, à laquelle siégeaient :
- Mme Sauvageot, présidente,
- Mme Lutz, première conseillère,
- Mme Degorce, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 juin 2024.
La rapporteure,
signé
Ch. DegorceLa présidente,
signé
J. Sauvageot
La greffière,
signé
C. Delannoy
La République mande et ordonne à la préfète de l'Essonne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026