mercredi 26 octobre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| Section | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| N° Dossier | TA78-2204928 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 4ème chambre - 4/11 |
| Avocat requérant | GERARD |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 24 juin 2022, M. A C demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 22 juin 2022 par lequel le préfet de l'Essonne l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il sera renvoyé en cas d'exécution d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans en l'informant qu'il faisait l'objet d'un signalement à fin de non-admission dans le système d'information Schengen ;
2°) d'enjoindre au préfet de l'Essonne de lui délivrer un titre de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale ".
Il soutient que :
- il est entré en France à l'âge de neuf ans ;
- l'arrêté attaqué méconnaît les dispositions des articles L. 313-11 (7°) et L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il porte atteinte à sa vie privée et familiale ;
- il méconnaît l'article 8 de la convention de Genève ;
- il méconnaît les droits de sa fille qui lui sont conférés par la convention internationale des droits de l'enfant.
Par un mémoire en défense enregistré le 18 octobre 2022, le préfet de l'Essonne conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens invoqués par le requérant ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention de Genève du 28 juillet 1951 ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention relative aux droits de l'enfant signée à New York le 26 janvier 1990 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal administratif de Versailles a désigné M. B pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en application de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 21 octobre 2022 :
- le rapport de M. B ;
- les observations de Me Gérard, avocate désignée d'office, représentant M. C, présent, qui conclut aux mêmes fins que sa requête par les mêmes moyens et soutient en outre que, s'il n'est effectivement lui-même pas français, il ne peut faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français dès lors qu'il est parent d'un enfant français ;
- les observations de M. C qui reconnaît les faits ayant donné lieu à des condamnations mais conteste la matérialité de ceux à l'origine de deux signalements en 2010 et 2012 pour viol sur personnes mineures ;
- le préfet de l'Essonne n'étant ni présent, ni représenté ;
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. A C, ressortissant congolais né le 30 juin 1994 à Kinshasa, est entré en France à l'âge de 9 ans, selon ses déclarations. Il demande l'annulation de l'arrêté du 22 juin 2022 par lequel le préfet de l'Essonne l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il sera renvoyé en cas d'exécution d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans en l'informant qu'il faisait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen.
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () 2° L'étranger qui justifie par tous moyens résider habituellement en France depuis qu'il a atteint au plus l'âge de treize ans ; ()5° L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France, à condition qu'il établisse contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans () ".
3. D'une part, il ressort des pièces du dossier que M. C ne rapporte pas la preuve d'une résidence habituelle en France depuis qu'il a atteint au plus l'âge de treize ans, le 30 juin 2007. En effet si M. C produit un certain nombre de pièces pour les années 2009, 2011, 2018, 2019, 2021 et 2022, les nombreux signalements, mandats de dépôt et condamnations ne permettent pas de tenir sa résidence pour acquise et habituelle sur les années non couvertes par ces pièces. Cet ensemble d'éléments ne serait de toute manière pas de nature à caractériser une violation des dispositions précitées dès lors qu'aucun élément ne permet de constater la présence en France de l'intéressé durant l'année 2007-2008. Ainsi, et à supposer même que M. C ait entendu, en se bornant à évoquer son ancienneté sur le territoire français, se prévaloir des dispositions du 2° de l'article L. 611-3 précité, lesquelles n'ont pas été évoquées lors de l'audience publique, le moyen manque en fait et doit être écarté.
4. D'autre part, il ressort des pièces du dossier, et notamment de ses propres déclarations à l'audience publique du 21 octobre 2022, que M. C a notamment été incarcéré du 5 février 2020 au 23 juin 2022. Si la détention ne fait pas en elle-même obstacle à ce qu'un parent puisse revendiquer une contribution à l'entretien et à l'éducation de son enfant, il n'est pas établi en l'espèce ni même allégué que l'intéressé aurait reçu des visites de sa fille lors de sa période de détention. Les allégations tenues à l'audience selon lesquelles M. C se serait installé après sa détention à proximité du lieu où vit sa fille, irait la voir tous les jours, la chercher à l'école et aurait participé à son entretien en lui achetant du matériel de natation ne sont pas établies. Enfin, les attestations produites, rédigées de la main même de la mère de l'enfant, ne sauraient seules démontrer l'investissement du père pour sa fille. Il s'ensuit que M. C n'est pas fondé à soutenir que les dispositions du 5° de l'article L. 611-3 précité ont été méconnues. Le moyen doit être écarté.
5. En deuxième lieu, d'une part, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ". Aux termes de l'article 3-1 de la convention relative aux droits de l'enfant signée à New York le 26 janvier 1990 : " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ". Il résulte de ces dernières stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.
6. D'autre part, aux termes de l'article L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La circonstance que la présence d'un étranger en France constitue une menace pour l'ordre public fait obstacle à la délivrance et au renouvellement de la carte de séjour temporaire, de la carte de séjour pluriannuelle et de l'autorisation provisoire de séjour prévue aux articles L. 425-4 ou L. 425-10 ainsi qu'à la délivrance de la carte de résident et de la carte de résident portant la mention " résident de longue durée-UE ". ". Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dont les dispositions reprennent celles de l'ancien 7° de l'article L. 313-11 du même code : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ". Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dont les dispositions reprennent celles de l'ancien article L. 313-14 du même code: " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. ". Indépendamment de l'énumération donnée par l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile des catégories d'étrangers qui ne peuvent faire l'objet d'une mesure d'éloignement, l'autorité administrative ne saurait légalement prendre une mesure d'éloignement à l'encontre d'un étranger que si ce dernier se trouve en situation irrégulière au regard des règles relatives à l'entrée et au séjour. Lorsque la loi prescrit que l'intéressé doit se voir attribuer de plein droit un titre de séjour, cette circonstance fait obstacle à ce qu'il puisse légalement être l'objet d'une obligation de quitter le territoire français. Il en résulte que M. C ne peut utilement se prévaloir que des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, celles de l'article L. 435-1 du même code ne prévoyant pas, contrairement aux précédentes, la délivrance de plein droit d'un titre de séjour.
7. Il ressort des pièces du dossier que l'ancienneté de résidence en France de M. C s'explique, selon ses propres déclarations lors de son audition le 21 juin 2022, par son entrée sans document de voyage et son maintien en situation irrégulière jusqu'à la date de la décision attaquée. Si M. C se prévaut de ses liens personnels et familiaux en France, au motif qu'il y est entré à ses neuf ans pour rejoindre son père, de nationalité française, avec ses frères et sœurs, il n'établit, par les pièces qu'il produit, ni la véracité de ces allégations, ni la présence en France de membres de sa famille, ni même l'intensité, l'ancienneté et la stabilité des liens qu'il pourrait entretenir avec eux. S'il se prévaut également de liens avec sa fille née en 2018 et avec la mère de cette dernière, la seule production de deux attestations de la mère n'est pas de nature à caractériser l'intensité, l'ancienneté et la stabilité de ces liens, alors qu'au regard des condamnations dont il a fait l'objet, il a passé depuis 2020 plus de vingt-quatre mois en prison durant lesquels il n'est pas établi ni même allégué qu'il ait vu sa fille ou la mère de cette dernière. Par ailleurs, s'il joint également à l'instance un passeport français, il reconnaît lui-même dans ses écritures et à l'audience que ce dernier lui a été délivré par erreur, qu'il lui a été retiré et qu'il ne dispose pas de la nationalité française. Il ne peut enfin justifier que d'une insertion professionnelle extrêmement récente et n'établit pas être dépourvu d'attaches au Congo. En tout état de cause, il reconnaît avoir fait l'objet de très nombreux signalements et condamnations, notamment pour usage illicite, transport, acquisition et détention non autorisé de stupéfiants en récidive, vol en récidive, conduite d'un véhicule sans permis en récidive, violences sur personne dépositaire de l'autorité publique et refus d'obtempérer dans des circonstances exposant directement autrui à un risque de mort ou d'infirmité. Dans ces conditions M. C n'est pas fondé à soutenir que le préfet de l'Essonne, en prenant l'arrêté litigieux, aurait méconnu les dispositions précitées relatives au séjour et porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Pour les mêmes motifs, il n'a pas porté atteinte à l'intérêt supérieur de la fille de M. C. Les moyens doivent être écartés.
8. En troisième et dernier lieu, si M. C soutient que l'arrêté attaqué méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de Genève du 28 juillet 1951 relative au statut de réfugié, il n'établit ni même n'allègue avoir sollicité la reconnaissance de la qualité de réfugié. Par suite, le moyen est inopérant et doit être écarté.
9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par M. C tendant à l'annulation de l'arrêté du préfet de l'Essonne du 22 juin 2022 doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au préfet de l'Essonne.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 octobre 2022.
Le magistrat désigné,
signé
J. B La greffière,
signé
E. Amegee
La République mande et ordonne au préfet de l'Essonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
No 2204928
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026