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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2205442

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2205442

jeudi 18 août 2022

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2205442
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationReconduites à la frontière
Avocat requérantWALLOIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 4 juillet 2022 au greffe du tribunal administratif de Paris puis transmise par une ordonnance du 11 juillet 2022 et enregistrée au greffe du tribunal administratif de Versailles le 13 juillet 2022, M. F D demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du préfet de police du 3 mai 2022 portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, et l'arrêté du 3 juillet 2022 par lequel le préfet de police de Paris a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de vingt-quatre mois ;

2°) d'enjoindre au préfet de police de Paris de réexaminer sa situation administrative dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) d'enjoindre au préfet de police de Paris de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail en cas d'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français ou de celle fixant le pays de destination, dans un délai d'une semaine à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision portant obligation de quitter le territoire français a été signé par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée et cette insuffisance révèle un défaut d'examen complet de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision lui refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire a été signé par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision fixant le pays de destination a été signé par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision lui interdisant le retour sur le territoire français a été signé par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 22 juillet 2022, le préfet de police de Paris, représenté par Me Tomasi, conclut au rejet de la requête en faisant valoir que les moyens soulevés par M. D ne sont pas fondés.

Il oppose une fin de non-recevoir tirée de la tardiveté des conclusions tendant à l'annulation de l'arrêté du 3 mai 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal administratif de Versailles a désigné Mme A pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue aux articles L. 614-5 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en application de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 16 août 2022, en présence de M. Rion, greffier :

- le rapport de Mme A ;

- les observations de Me Wallois, avocat désigné d'office, représentant M. D, présent, assisté de M. C, interprète en langue arabe, qui indique que M. D souhaite un renvoi d'audience pour contester également la décision portant obligation de quitter le territoire français, qui ne lui a pas été notifiée, et conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens en précisant en outre qu'il vit en concubinage et qu'il est suivi à l'hôpital Georges Pompidou pour sa pathologie ;

- le préfet de police de Paris n'étant ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Entrée sur le territoire français en 2018, selon ses déclarations, M. D, ressortissant algérien né le 26 mars 1994 à Hussein Dey, a fait l'objet, par arrêté du préfet de police du 3 mai 2022, d'un refus de séjour assorti d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours. Le 2 juillet 2022, il a été interpellé pour vol en réunion et placé en garde à vue. Dès lors, par l'arrêté du 3 juillet 2022 dont M. D demande l'annulation, le préfet de police de Paris a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de vingt-quatre mois.

Sur les conclusions tendant à l'annulation de l'arrêté du 3 mai 2022 :

2. Aux termes de l'article L. 614-1 du code de justice administrative : " L'étranger qui fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français peut, dans les conditions et délais prévus au présent chapitre, demander au tribunal administratif l'annulation de cette décision, ainsi que l'annulation de la décision relative au séjour, de la décision relative au délai de départ volontaire et de la décision d'interdiction de retour sur le territoire français qui l'accompagnent le cas échéant ". Aux termes de l'article L. 614-4 du même code : " Lorsque la décision portant obligation de quitter le territoire français prise en application des 3°, 5° ou 6° de l'article L. 611-1 est assortie d'un délai de départ volontaire, le tribunal administratif est saisi dans le délai de trente jours suivant la notification de la décision ".

3. Il ressort des pièces du dossier que l'arrêté du 3 mai 2022 portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours a été adressé à M. D le 4 mai 2022 par recommandé avec avis de réception, retourné à la préfecture de police avec la mention " pli avisé et non réclamé ". Cet arrêté doit donc être regardé comme ayant été régulièrement notifié à l'intéressé, qui n'a pas déposé de requête aux fins d'annulation dans le délai de trente jours qui lui est imparti par l'article L. 614-4 précité. Par suite, les conclusions tendant à l'annulation de l'arrêté du 3 mai 2022 doivent être rejetées comme irrecevables ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions aux fins d'injonction de délivrance d'une autorisation de travail.

Sur les conclusions tendant à l'annulation de l'arrêté du 3 juillet 2022 :

4. En premier lieu, par un arrêté n° 2022-00263 du 18 mars 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial n° 75-2022-210 du même jour de la préfecture de police de Paris, Mme E B, adjointe au chef de la section des reconduites à la frontière au 8e bureau, a reçu délégation du préfet de ce département pour signer les décisions contenues dans l'arrêté attaqué. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de cet arrêté manque en fait et doit être écarté.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. " Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français () ".

6. Il ressort des termes mêmes de l'arrêté que le préfet a retenu l'ensemble des quatre critères qu'il devait prendre en compte pour motiver le délai de l'interdiction de retour sur le territoire français prise à l'encontre de M. D, à savoir la durée de sa présence en France, la nature et l'ancienneté de ses liens sur le territoire et la menace qu'il représente pour l'ordre public au regard notamment de l'infraction de vol en réunion sur personne vulnérable et vol en réunion pour laquelle il a été interpellé le 2 juillet 2022. Par suite, la décision portant interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de vingt-quatre mois prise à l'encontre du requérant est suffisamment motivée.

7. En troisième et dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

8. En l'espèce, M. D est entré en France en 2018. En se bornant à évoquer, sans plus de précision, l'existence d'une compagne, il n'établit pas l'existence et l'intensité de ses attaches personnelles ou familiales en France. Par ailleurs, le requérant n'établit pas qu'il serait dépourvu de tout lien dans son pays d'origine, dans lequel il a vécu jusqu'à l'âge de 24 ans. Dans ces conditions, le préfet de police de Paris n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts pour lesquels la décision a été prise. Par suite, le moyen tiré la violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

9. Il résulte de ce qui précède que M. D n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 3 juillet 2022 par lequel le préfet de police de Paris a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de vingt-quatre mois. Il y a lieu, par voie de conséquence, de rejeter ses conclusions à fin d'injonction ainsi que celles tendant à l'application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. F D et au préfet de police de Paris.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 août 2022.

La magistrate désignée,

signé

F. A Le greffier,

signé

T. Rion

La République mande et ordonne au préfet de police de Paris en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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