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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2205873

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2205873

mardi 8 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2205873
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème chambre
Avocat requérantTRAORE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire enregistrés les 29 juillet et 10 août 2022, Mme B D C, représentée par la SAS Itra Consulting, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté en date du 1er juillet 2022 par lequel le préfet de l'Essonne a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français et a fixé le pays à destination duquel elle devait être renvoyée ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Essonne de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " salarié " ou " vie privée et familiale " ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans le délai d'un mois suivant la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de100 euros par jour de retard ou, à titre plus subsidiaire encore, de lui délivrer un récépissé de demande de carte de séjour temporaire l'autorisant à travailler et renouvelable une fois ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'arrêté est insuffisamment motivé, faute notamment d'expliciter les raisons pour lesquelles il a été jugé qu'elle ne remplissait pas les conditions de l'admission exceptionnelle au séjour ;

- il procède d'un examen incomplet de sa situation personnelle ;

- l'arrêté est entaché d'une erreur d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dont la mise en œuvre a été précisée par la circulaire ministérielle du 28 novembre 2012 ;

- il porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale, en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale dès lors qu'elle repose sur une décision de refus de séjour elle-même illégale et elle contrevient également à l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 30 septembre 2022, le préfet de l'Essonne conclut au rejet de la requête en faisant valoir que les moyens ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de Mme A a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B D C, ressortissante algérienne née le 16 avril 1997, déclare être entrée en France au mois d'août 2016 sous couvert d'un visa de court séjour. Elle a présenté, le 23 décembre 2021, une demande de carte de séjour " salarié " au titre de l'admission exceptionnelle au séjour. Par un arrêté du 1er juillet 2022, le préfet de l'Essonne a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français et a fixé le pays à destination duquel elle devait être renvoyée. Mme C demande l'annulation de cet arrêté.

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué vise les textes dont il est fait application et expose les circonstances de fait propres à la situation personnelle de Mme C. Il mentionne notamment les raisons ayant conduit le préfet à refuser d'admettre exceptionnellement au séjour l'intéressée. Dès lors, cet arrêté comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de chacune des décisions attaquées et permet ainsi à la requérante d'en contester utilement le bien fondé. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de l'arrêté attaqué doit être écarté.

3. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'arrêté attaqué procèderait d'un examen insuffisant ou incomplet de la situation personnelle de Mme C.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié", "travailleur temporaire" ou "vie privée et familiale", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () ". Portant sur la délivrance des catégories de cartes de séjour temporaires prévues par les dispositions auxquelles il renvoie, l'article L. 435-1 n'institue pas une catégorie de titres de séjour distincte, mais est relatif aux conditions dans lesquelles les étrangers peuvent être admis à séjourner en France, soit au titre de la vie privée et familiale, soit au titre d'une activité salariée.

5. Par ailleurs, les stipulations de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 régissent d'une manière complète les conditions dans lesquelles les ressortissants algériens peuvent être admis à séjourner en France et y exercer une activité professionnelle, les règles concernant la nature des titres de séjour qui peuvent leur être délivrés, ainsi que les conditions dans lesquelles leurs conjoints et leurs enfants mineurs peuvent s'installer en France. Aux termes de l'article 7 de cet accord : " () b) Les ressortissants algériens désireux d'exercer une activité professionnelle salariée reçoivent après le contrôle médical d'usage et sur présentation d'un contrat de travail visé par les services du ministre chargé de l'emploi, un certificat de résidence valable un an pour toutes professions et toutes régions, renouvelable et portant la mention " salarié " () ".

6. Lorsqu'il est saisi d'une demande de délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'une des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ou de l'une des stipulations de l'accord franco-algérien, il est loisible au préfet d'examiner d'office si l'intéressé peut prétendre à une autorisation sur le fondement d'une autre disposition de ce code ou d'une autre stipulation de cet accord. Il peut, en outre, exercer le pouvoir discrétionnaire qui lui appartient, dès lors qu'aucune disposition expresse ne le lui interdit, de régulariser la situation d'un étranger en lui délivrant le titre qu'il demande ou un autre titre, compte tenu de l'ensemble des éléments de sa situation personnelle, dont il justifierait. Ainsi, dans l'hypothèse où un étranger sollicite la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " salarié ", il est loisible au préfet, après avoir constaté que l'intéressé ne remplit pas les conditions posées par l'article 7 b) de l'accord franco-algérien, soit de lui délivrer un titre sur le fondement d'une autre disposition de l'accord, s'il remplit les conditions qu'elle prévoit, soit, dans l'exercice de son pouvoir discrétionnaire de régularisation, de lui délivrer, compte tenu de l'ensemble de sa situation personnelle, le titre qu'il demande ou un autre titre. De même, si l'accord franco-algérien ne prévoit pas de modalités d'admission exceptionnelle au séjour semblables à celle prévue par l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ses stipulations n'interdisent pas au préfet de délivrer un certificat de résidence à un ressortissant algérien qui ne remplit pas l'ensemble des conditions auxquelles est subordonnée sa délivrance de plein droit. Il appartient au préfet, dans l'exercice du pouvoir discrétionnaire dont il dispose sur ce point, d'apprécier, compte tenu de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation.

7. D'une part, il résulte des principes qui viennent d'être énoncés que Mme C ne peut utilement soutenir que l'arrêté serait entaché d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dont elle ne relève pas. Elle ne peut davantage invoquer, à cet effet, les dispositions de la circulaire du 28 novembre 2012 qui a précisé les critères de l'admission exceptionnelle au séjour sur ce fondement, lesquelles sont au demeurant dépourvues de caractère réglementaire.

8. D'autre part, Mme C justifie être présente en France depuis le courant de l'année 2016 et y avoir exercé, de façon discontinue, une activité professionnelle au cours des années 2016, 2017, 2018 et 2019. Elle établit par ailleurs occuper, depuis le mois de février 2020 une activité professionnelle stable, à temps complet, auprès de la même entreprise. Il ressort par ailleurs des pièces du dossier que l'une des sœurs de Mme C, titulaire d'une carte de résident, réside en France et l'héberge à son domicile, tandis que son frère, trois de ses sœurs, ainsi que ses parents résident en Algérie. Dans ces conditions, et en dépit de la volonté d'insertion professionnelle dont elle fait preuve, le préfet ne peut être regardé comme ayant commis une erreur manifeste d'appréciation en refusant de faire usage de son pouvoir général de régularisation au profit de Mme C.

9. En quatrième lieu, au vu des circonstances énoncées au point ci-dessus, l'arrêté attaqué ne peut être regardé comme portant une atteinte disproportionnée au droit de Mme C au respect de sa vie privée et familiale. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit donc être écarté.

10. En dernier lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que, pour contester la décision portant obligation de quitter le territoire français prise à son encontre, la requérante n'est pas fondée à exciper de l'illégalité du refus de titre de séjour qui lui a été opposé. Elle n'est pas davantage fondée, à soutenir que cette décision portant obligation de quitter le territoire français contrevient à l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

11. Il résulte de ce qui précède que les conclusions en annulation présentées par Mme C doivent être rejetées, de même, par voie de conséquence, que celles aux fins d'injonction et d'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B D C et au préfet de l'Essonne.

Délibéré après l'audience du 14 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

- Mme Rollet-Perraud, présidente,

- Mme Amar-Cid, première conseillère,

- Mme Milon, première conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 novembre 2022.

La rapporteure,

Signé

A. A

La présidente,

Signé

C. Rollet-Perraud La greffière,

Signé

A. Lloria

La République mande et ordonne au préfet de l'Essonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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