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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2206205

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2206205

jeudi 17 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2206205
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation7éme chambre
Avocat requérantTRAORE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 11 août 2022, Mme C A, représentée par la SAS Istra Consulting, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 29 juin 2022, notifié le 13 juillet 2022 par lequel le préfet des Yvelines a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle était susceptible d'être éloignée à l'expiration de ce délai ;

2°) d'enjoindre au préfet des Yvelines de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " salarié ", ou à titre subsidiaire la mention " vie privée et familiale ", ou à défaut de réexaminer sa demande ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros à lui verser en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'arrêté est entaché d'un vice de procédure en raison de l'absence de saisine de la commission du titre de séjour pour avis, compte tenu de son temps de présence en France ;

- l'arrêté est insuffisamment motivé ;

- la décision méconnaît L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que la circulaire du 28 novembre 2012 ;

- le préfet a méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, qui garantit le droit au respect de la vie privée et familiale ;

- l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamenales a été méconnu, dès lors qu'elle risque d'être soumise à des traitements inhumains et dégradants en cas de retour dans son pays d'origine ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité du refus de titre de séjour.

Par un mémoire en défense enregistré le 4 octobre 2022, le préfet des Yvelines conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. de Miguel a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C A, ressortissante ivoirienne née le 11 juin 1987, est entrée en France le 22 juillet 2010, sous couvert d'un visa C. Elle a sollicité le 13 septembre 2012 puis le 23 juillet 2015 l'admission au séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, demandes qui ont été rejetées par des arrêtés préfectoraux du 12 décembre 2012 et du 27 août 2015, lui faisant obligation de quitter le territoire français. Elle a sollicité ensuite un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " qui a été refusé par un arrêté du préfet du Val-de-Marne du 22 août 2017, confirmé par un jugement du tribunal du 19 septembre 2019. Mme A a de nouveau sollicité l'admission au séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 29 juin 2022, dont Mme A demande l'annulation, le préfet des Yvelines lui a refusé l'admission au séjour et l'a obligée à quitter le territoire français.

2. En premier lieu, il ressort des termes de l'arrêté attaqué qu'il reprend les considérations de fait et de droit propres à la situation de l'intéressée lui permettant utilement d'en contester les motifs. Par suite, l'arrêté attaqué, qui n'avait pas à indiquer de manière exhaustive l'ensemble des éléments relatifs à la situation personnelle de l'intéressée, est suffisamment motivé pour toutes les décisions qu'il comporte.

3. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié", "travailleur temporaire" ou "vie privée et familiale", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14 () ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

4. Il résulte de ces dispositions qu'en présence d'une demande de régularisation présentée, sur le fondement de l'article L. 435-1, par un étranger qui ne serait pas en situation de polygamie et dont la présence en France ne présenterait pas une menace pour l'ordre public, il appartient à l'autorité administrative de vérifier, dans un premier temps, si l'admission exceptionnelle au séjour par la délivrance d'une carte portant la mention " vie privée et familiale " répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard de motifs exceptionnels, et à défaut, dans un second temps, s'il est fait état de motifs exceptionnels de nature à permettre la délivrance, dans ce cadre, d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ".

5. D'une part, il ressort des termes mêmes de l'arrêté contesté que la requérante est célibataire et sans charge de famille sur le territoire national. Si elle se prévaut de la présence de sa mère et d'un frère en France, elle ne démontre pas que sa présence auprès d'eux serait indispensable, alors qu'elle n'est pas dépourvue d'attaches familiales en Côte d'Ivoire où résident son père et une sœur et où elle a vécu au moins jusqu'à l'âge de 23 ans. Mme A ne peut se prévaloir de l'ancienneté de son séjour en France où elle s'est maintenue irrégulièrement, dès lors qu'elle a fait l'objet de trois précédents refus de délivrance de titre de séjour assortis d'une obligation de quitter le territoire français, les 12 décembre 2012, 27 août 2015 et 22 août 2017, auxquels elle s'est volontairement soustraite. En tout état de cause, les pièces figurant au dossier pour justifier d'une présence pour les années 2012, 2013, 2015, 2016 et 2019 sont constituées pour l'essentiel de documents médicaux tels que des courriers de notifications d'arrêté de refus de séjour, des attestations de droits à l'aide médicale d'Etat, des courriers et décomptes de remboursement de l'assurance maladie, des compte rendus d'examens médicaux, des relevés bancaires, peuvent tout au plus démontrer la présence ponctuelle sur le territoire français de Mme A entre 2012 et 2022, mais sont en revanche dotées d'une valeur probante trop faible pour attester que l'intéressée résidait de manière habituelle en France depuis 2012 à la date de l'arrêté contesté. Par suite, le préfet des Yvelines n'a pas méconnu les dispositions précitées de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en considérant que l'admission de la requérante au séjour ne répondait pas à des considérations humanitaires et n'était pas justifiée au regard des motifs exceptionnels que celle-ci faisait valoir. La décision n'est pas davantage entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

6. D'autre part, si Mme A produit un contrat à durée indéterminée pour un emploi de garde d'enfants qui a été conclu à partir d'octobre 2020, cette activité exercée sans autorisation de travail, reste très récente et la stabilité de cet emploi ne ressort pas des pièces produites. Ainsi, ces circonstances ne sont pas suffisantes pour regarder Mme A comme justifiant d'un motif exceptionnel au sens des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, c'est sans commettre d'erreur de droit, ni d'erreur manifeste d'appréciation dans l'application de ces dispositions, que le préfet des Yvelines a pu refuser de régulariser la situation de Mme A au titre de l'activité professionnelle.

7. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au points 5 et 6 ci-dessus, ni le refus de titre de séjour ni l'obligation de quitter le territoire français ne portent une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale de Mme A caractérisant une méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les conséquences de ces mesures ne démontrent pas que le préfet aurait, en les prenant, commis une erreur manifeste d'appréciation.

8. Eu égard à ce qui a été dit précédemment, l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour n'étant pas établie, l'exception d'illégalité de cette décision, soulevée à l'appui des conclusions d'annulation dirigées contre la décision portant obligation de quitter le territoire français, ne peut qu'être écartée.

9. Si Mme A soutient qu'elle risquerait de subir des traitements inhumains et dégradants en étant renvoyée dans son pays, elle n'établit pas la réalité et le caractère personnel des menaces encourues, la requête n'étant assortie que de documents généraux sur la Côte d'Ivoire. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peut qu'être écarté.

10. Aux termes de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative : () 4° Dans le cas prévu à l'article L. 435-1 ". Il résulte de ces dispositions que le préfet n'est tenu de saisir la commission du titre de séjour que du cas des seuls étrangers qui remplissent effectivement les conditions prévues aux articles visés par ces dispositions, et auxquels il envisage néanmoins de refuser le titre de séjour sollicité, et non de celui de tous les étrangers qui s'en prévalent.

11. Ainsi qu'il a été dit au point 5, Mme A ne justifie pas de l'ancienneté alléguée de présence en France et ne remplissait pas les conditions prévues par l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, pour se voir délivrer un titre de séjour. Dès lors, le préfet des Yvelines n'était pas tenu de soumettre son cas à la commission du titre de séjour avant de rejeter sa demande.

12. Enfin, Mme A ne peut utilement se prévaloir des orientations générales, dépourvues de tout caractère réglementaire, que le ministre de l'intérieur, a adressées aux préfets par la circulaire du 28 novembre 2012 relative aux conditions d'examen des demandes d'admission au séjour déposées par des ressortissants étrangers en situation irrégulière dans le cadre des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, pour les éclairer dans la mise en œuvre de leur pouvoir de régularisation.

13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées à fin d'annulation par Mme A doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A et au préfet des Yvelines.

Délibéré après l'audience du 27 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

- M. Ouardes, président,

- M. de Miguel, premier conseiller,

- Mme Mathé, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 novembre 2022.

Le rapporteur,

signé

F-X de MiguelLe président,

signé

P. OuardesLa greffière,

signé

C. Benoit-Lamaitrie

La République mande et ordonne au préfet des Yvelines, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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