jeudi 17 novembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| Section | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| N° Dossier | TA78-2206242 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 7éme chambre |
| Avocat requérant | TCHUINTE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 14 août 2022, M. C A, représenté par Me Tchuinte, demande au tribunal :
1°) de l'admettre à titre provisoire à l'aide juridictionnelle ;
2°) d'annuler l'arrêté du 29 juin 2022 par lequel le préfet des Yvelines a rejeté sa demande de titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours ;
3°) d'enjoindre au préfet des Yvelines de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai de trois mois à compter de la notification du jugement à intervenir, ou à défaut, de réexaminer sa demande.
Il soutient que :
- Le préfet a entaché sa décision d'un défaut d'examen de sa situation personnelle, dès lors qu'il n'a pas pris en compte les éléments portés à sa connaissance lors du réexamen de la demande, en avril 2022 ;
- l'arrêté est entaché d'un vice de procédure, le préfet n'ayant pas procédé au réexamen de sa situation ;
- l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile a été méconnu, il vit avec sa compagne et les trois enfants du couple et exerce une activité professionnelle dans le secteur de la distribution ;
- le préfet a porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale et méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales
- la décision portant obligation de quitter le territoire est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour.
Par un mémoire en défense, enregistré le 4 octobre 2022, le préfet des Yvelines conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Un mémoire, présenté pour M. A, a été enregistré le 26 octobre 2022, postérieurement à la clôture automatique de l'instruction.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention franco-ivoirienne relative à la circulation et au séjour des personnes du 21 septembre 1992 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. de Miguel a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. C A, ressortissant ivoirien né le 22 décembre 1991, est entré en France le 2 mars 2018 et a déposé une demande d'asile le 16 juillet 2018, qui a été rejetée par une décision de l'office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) le 31 janvier 2019 confirmée par la cour nationale du droit d'asile le 17 septembre 2019. M. A a fait l'objet d'un arrêté du 4 novembre 2019 par lequel le préfet des Yvelines lui a refusé le séjour l'a obligé à quitter le territoire français sous trente jours, confirmé par un jugement du tribunal administratif du 12 mai 2020, mais auquel l'intéressé s'est soustrait en se maintenant sur le territoire français. M. A a fait l'objet d'un autre arrêté portant obligation de quitter le territoire français le 30 mai 2021, qui a été annulé par un jugement du tribunal administratif du 15 juillet 2021. Dans le cadre du réexamen de sa situation, M. A a demandé son admission au séjour dans le cadre des dispositions des articles L. 424-3 et 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 29 juin 2022, dont M. A demande l'annulation, le préfet des Yvelines lui a refusé le séjour, l'a obligé à quitter le territoire français et a fixé le pays de destination en cas d'exécution d'office de la mesure.
Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". L'article 62 du décret du 19 décembre 1991 dispose que : " L'admission provisoire peut être prononcée d'office si l'intéressé a formé une demande d'aide juridictionnelle sur laquelle il n'a pas encore été définitivement statué ". Il ressort des pièces du dossier que, dans l'attente de la décision définitive du bureau d'aide juridictionnelle sur la demande déposée par M. A le 6 septembre 2022, il y a lieu d'accorder au requérant l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Sur les conclusions en annulation :
3. En premier lieu, il ne ressort ni des termes de l'arrêté attaqué ni des pièces du dossier que le préfet des Yvelines n'aurait pas procédé à l'examen particulier de la situation personnelle de M. A, à la suite de l'annulation de l'arrêté du 30 mai 2021 par le jugement du 15 juillet 2021.
4. Si M. A soutient aux termes de sa requête, qu'il a communiqué au préfet des éléments qu'il n'a pas pris en compte, justifiant d'une activité professionnelle lors de son rendez-vous en préfecture le 28 avril 2022 puis par le biais d'une lettre recommandée avec accusé réception en mai 2022, il ne le justifie pas en s'abstenant de produire la copie de ce courrier et la justification de sa réception. En outre, si le requérant produit au dossier la copie d'un avis de réception d'une lettre recommandée datée du 22 juin 2022, ce seul document isolé non accompagné de la copie du courrier ne permet pas de justifier des démarches alléguées. Par suite, le moyen tiré du vice de procédure en raison d'un défaut de réexamen de sa situation par le préfet ne peut qu'être écarté.
5. Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ".
6. M. A soutient que le préfet des Yvelines a méconnu les dispositions précitées de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en se prévalant de sa situation familiale et professionnelle. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que si M. A vit en concubinage avec une compatriote et que deux enfants sont nés de cette relation respectivement le 29 aout 2018 et le 15 novembre 2020, la concubine de M. A est en situation irrégulière à la date de l'arrêté attaqué, depuis le rejet de sa demande d'asile déposée le 25 juin 2018 par une décision de l'OFPRA du 31 janvier 2019 confirmé par la CNDA le 17 septembre 2019. En outre, les demandes d'asile déposées pour chacun de leurs deux enfants ont également été rejetées par des décisions de l'OFPRA du 20 mai 2021 et de la CNDA du 13 octobre 2021. La circonstance que Mme B ait eu un rendez-vous pour déposer une demande de titre de séjour le 12 septembre 2022, soit postérieurement à la date de la décision attaquée, reste sans influence sur la légalité de la décision attaquée. Il n'est pas démontré que l'enfant de M. A et sa compagne, qui est scolarisé, ne pourrait poursuivre ses études dans son pays d'origine, où la cellule familiale a vocation à se reconstituer. M. A ne justifie pas être dépourvu de toutes attaches dans son pays d'origine où il a vécu jusqu'à 26 ans et où résident son père et ses sœurs. Si M. A se prévaut d'une activité salariée, exercée auprès de la société Biznet et produit des bulletins de salaire pour les mois de mars 2020 à janvier 2021, cette activité est très récente et insuffisante à justifier d'une situation professionnelle stable et pérenne, tandis que les deux documents relatifs à une activité de livreur pour Uber Eats et Deliveroo ne sont pas établis au nom du requérant. Par suite, c'est sans méconnaître les dispositions précitées de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que le préfet des Yvelines a pu refuser à M. A le bénéfice d'un titre de séjour sur ce fondement. Ce moyen ne peut ainsi qu'être écarté.
7. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point précédent, M. A n'est pas fondé à soutenir que le préfet a porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale ni qu'il aurait méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
8. En l'absence d'illégalité entachant la décision de refus de délivrance du titre de séjour sollicité, le moyen tiré, par voie d'exception, de l'illégalité de cette décision à l'appui des conclusions dirigées contre l'obligation de quitter le territoire français ne peut qu'être écarté.
9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. A tendant à l'annulation de l'arrêté du 29 juin 2022 du préfet des Yvelines doivent être rejetées. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction ne peuvent qu'être également rejetées.
D E C I D E:
Article 1er : M. A est admis à titre provisoire à l'aide juridictionnelle.
Article 2 : Le surplus de la requête de M. A est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C A, au préfet des Yvelines et à Me Tchuinte.
Délibéré après l'audience du 27 octobre 2022, à laquelle siégeaient :
- M. Ouardes, président,
- M. de Miguel, premier conseiller,
- Mme Mathé, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 novembre 2022.
Le rapporteur,
signé
F-X de Miguel
Le président,
signé
P. Ouardes
La greffière,
signé
C. Benoit-Lamaitrie
La République mande et ordonne au préfet des Yvelines, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026