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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2206377

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2206377

lundi 5 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2206377
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantCABINET BOULAY - AVOCAT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 21 août 2022, M. A C, représenté par

Me Boulay, demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de l'arrêté du 20 juillet 2022 par lequel le préfet de l'Essonne lui a refusé le renouvellement de son titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Essonne de lui délivrer une carte de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou, à tout le moins, une autorisation de séjour l'autorisant à travailler, et de réexaminer sa situation dans un délai de deux mois à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 700 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la condition d'urgence est présumée satisfaite s'agissant d'un refus de renouvellement de titre de séjour ; en outre, la décision attaquée a pour effet de le placer dans une situation de précarité ;

- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :

* elle est insuffisamment motivée en méconnaissance des dispositions des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration dès lors qu'elle ne fait pas mention des articles du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sur le fondement desquels il a demandé le renouvellement de son titre de séjour ;

* elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation et d'erreurs de fait ; premièrement, si le préfet de l'Essonne a fait état de deux signalements au fichier du traitement d'antécédents judiciaires en 2004, ces deux signalements ne se rapportent qu'à un seul fait ; deuxièmement, si le préfet de l'Essonne a fait état d'un signalement au fichier du traitement d'antécédents judiciaires en 2016 et de la mention à son casier judiciaire d'une condamnation en 2020, ces deux éléments ne se rapportent qu'à un seul fait ; troisièmement, le préfet de l'Essonne n'a pas tenu compte de son insertion socio-professionnelles et de ses engagements auprès de sa famille ;

- elle méconnaît les dispositions des articles L. 412-5 et L. 432-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et est entachée, à tout le moins, d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il ne présente aucune menace pour l'ordre public ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, et est entachée, à tout le moins, d'une erreur manifeste d'appréciation, dès lors que sa compagne avec laquelle il projette de se marier le 9 septembre 2022, est de nationalité française, et qu'il est père de trois enfants, de nationalité française, dont le dernier est né 10 août 2022 ; enfin, il bénéficie d'un contrat à durée indéterminée en qualité de cuisiner depuis 2016.

Par un mémoire en défense, enregistré le 2 septembre 2022, le préfet de l'Essonne, représenté par Me Termeau, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que la condition d'urgence n'est pas satisfaite et qu'aucun moyen n'est de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête n° 2206195 par laquelle M. C demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale des droits de l'enfant signée à New-York le 26 janvier 1990 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Le Gars, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue le 5 septembre 2022 à 10h10 en présence de Mme Gilbert, greffière d'audience, M. B a lu son rapport et entendu :

- les observations de Me Boulay et de Me Meier Mimiran, pour M. C, (présent), qui reprend ses écritures en les développant et soutient, en outre, que l'urgence est constituée dès lors que l'employeur est tenu de mettre fin à son contrat, sans même mettre en œuvre la procédure habituelle, dès lors qu'il n'est plus titulaire d'un titre autorisant à travailler ; il y a doute sérieux dès lors qu'il n'a pas un comportement habituel et actuel de menace à l'ordre public, que les signalements, non produits, sont anciens et n'ont donné lieu à aucune poursuite ni n'ont fait obstacle aux renouvellements de titre de séjour, et que la condamnation pénale prononcée en 2020 pour des faits intervenus en 2015 a été relativement clémente, qu'il n'y a eu ni détention provisoire ni assistance éducative, ni retrait de la garde des enfants au-delà de quinze jours après vérification de la situation, et qu'il a bénéficié au bout de moins d'un an, fait extrêmement rare, d'une détention à domicile, au sein de sa famille, en vertu d'une décision du juge d'application des peines qui a largement pris en compte aussi la situation de famille et l'absence de menace à l'ordre public ; en outre, le quantum de la condamnation démontre la grande clémence dans cette affaire particulière et le juge a concomitamment expressément exclu tout retrait de l'autorité parentale.

- les observations de Me Faugeras, substituant Me Termeau, pour le préfet de l'Essonne, qui reprend ses écritures en les développant. Il fait valoir, en outre, que le préfet doit porter une appréciation globale et est fondé à prendre en compte à ce titre les signalements anciens ; la condamnation est très grave pour des violences intrafamiliales et la naissance invoquée est postérieure à la décision attaquée ; le juge pour enfant n'apprécie pas la menace à l'ordre public.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience à 10h40.

Considérant ce qui suit :

1. M. A C, ressortissant malien né le 31 mars 1981, a sollicité le 23 juillet 2021, le renouvellement de son titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 20 juillet 2022, le préfet de l'Essonne lui a refusé le renouvellement de son titre de séjour. Par la présente requête, M. C demande au juge des référés d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de cette décision.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision ou de certains de ces effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ".

En ce qui concerne l'urgence :

3. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence sera en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre de séjour, comme d'ailleurs d'un retrait de celui-ci. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à très bref délai d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision litigieuse.

4. En l'espèce, M. C a demandé le renouvellement de son titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Sa demande ayant été refusée, il peut se prévaloir de la présomption d'urgence qui s'attache aux décisions de refus de renouvellement de titre de séjour. En outre, la décision contestée qui refuse le renouvellement de son titre de séjour à M. C porte atteinte à sa situation financière et fait notamment obstacle à la poursuite de son activité professionnelle en France. Enfin, le préfet de l'Essonne ne fait état d'aucune circonstance particulière de nature à faire échec à la présomption d'urgence. Par suite, la condition d'urgence exigée par l'article L. 521-1 du code de justice administrative doit être regardée comme remplie.

En ce qui concerne l'existence d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté attaqué :

5. Aux termes de l'article L. 432-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le renouvellement d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle peut, par une décision motivée, être refusé à l'étranger qui cesse de remplir l'une des conditions exigées pour la délivrance de cette carte dont il est titulaire, fait obstacle aux contrôles ou ne défère pas aux convocations. () ". Et aux termes de l'article L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La circonstance que la présence d'un étranger en France constitue une menace pour l'ordre public fait obstacle à la délivrance et au renouvellement de la carte de séjour temporaire, de la carte de séjour pluriannuelle et de l'autorisation provisoire de séjour prévue aux articles L. 425-4 ou L. 425-10 ainsi qu'à la délivrance de la carte de résident et de la carte de résident portant la mention "résident de longue durée - UE. ".

6. Il ressort des pièces du dossier que M. C a été condamné par la cour d'assises de l'Essonne le 16 octobre 2020 à une peine de cinq ans d'emprisonnement dont deux ans avec sursis et écroué à la maison d'arrêt de Fleury-Mérogis à compter de cette date pour des faits intervenus en 2015. Le même jour il a été expressément jugé qu'il n'y avait pas lieu de lui retirer l'autorité parentale. Si immédiatement après les faits un des enfants a été provisoirement retiré et placé chez la sœur de la maman, cette mesure a été levée dans les quinze jours et M. C n'a pas été placé en détention provisoire ni n'a eu une quelconque restriction quant à ses droits familiaux. A partir du 22 septembre 2021, soit moins d'un an après son incarcération, il a bénéficié d'une mesure d'aménagement de sa peine sous forme d'une détention à domicile sous surveillance électronique au domicile de sa compagne avec ses enfants, sans restriction de présence auprès d'eux, jusqu'au 1er juin 2022 date de sa libération conditionnelle, suivant une décision du juge d'application des peines motivée, notamment au regard de l'ordre public et de la vie privée et familiale de l'intéressé. Il ressort également des pièces du dossier que M. C ne s'est pas fait connaître défavorablement depuis sa condamnation et qu'il a repris auprès du même employeur l'activité professionnelle qu'il exerçait antérieurement à celle-ci. Dans les circonstances très particulières de l'espèce, après prise en compte des signalements anciens qui n'avaient d'ailleurs pas fait obstacle en leur temps au renouvellement de l'autorisation de séjour de l'intéressé, nonobstant la gravité de l'infraction ayant conduit à sa condamnation, et au regard des conditions d'exécution de sa peine, de son activité professionnelle et de ses charges de famille, il y a lieu de considérer que le moyen tiré de ce que le préfet de l'Essonne a commis une erreur d'appréciation, est propre, en l'état de l'instruction, à faire naître, un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté en litige.

7. Il résulte de ce qui précède que les deux conditions prévues par l'article L. 521-1 du code de justice administrative étant satisfaites, il y a lieu, sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens, de suspendre l'exécution de l'arrêté du 20 juillet 2022 par lequel le préfet de l'Essonne a refusé le renouvellement du titre de séjour de M. C.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

8. L'exécution de la présente ordonnance implique nécessairement que le préfet de l'Essonne procède au réexamen de la situation de M. C dans un délai de deux mois à compter de la notification de la présente ordonnance et lui délivre, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler.

Sur les frais liés au litige :

9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement à M. C de la somme de 900 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : L'exécution de l'arrêté du 20 juillet 2022 du préfet de l'Essonne portant refus de renouvellement de titre de séjour à M. C est suspendue.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de l'Essonne de procéder au réexamen de la situation de M. C dans un délai de deux mois à compter de la notification de la présente ordonnance et de lui délivrer, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler.

Article 3 : L'Etat versera à M. C la somme de 900 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A C, au préfet de l'Essonne et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Fait à Versailles, le 5 septembre 2022.

Le juge des référés,La greffière d'audience,

signésigné

J. BN. Gilbert

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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