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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2206426

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2206426

jeudi 5 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2206426
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation8ème chambre
Avocat requérantMAGBONDO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 23 août et 15 septembre 2022, Mme B F, représentée par Me Magbondo, demande au tribunal :

1°) d'annuler, pour excès de pouvoir, l'arrêté du 5 août 2022 par lequel le préfet de l'Essonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle est susceptible d'être éloignée ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Essonne de réexaminer sa situation dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, sous astreinte de 50 euros par jour de retard et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 800 euros à verser à son conseil sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- la compétence de l'auteur de l'acte n'est pas établie ;

- elle n'a pas été mise à même de présenter ses observations préalablement au retrait de sa carte de séjour ;

- l'arrêté attaqué est entaché d'insuffisance de motivation ;

- il est entaché d'erreur de droit en ce que le préfet n'a pas examiné sa demande d'admission exceptionnelle au séjour au titre de la vie privée et familiale ;

- l'arrêté attaqué méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il n'est pas établi que les médecins siégeant au sein du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ont été régulièrement désignés et que le médecin qui a établi le rapport médical n'a pas siégé au sein du collège de médecins qui a examiné la situation de sa fille ;

- il n'est pas établi que le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a rendu son avis dans un délai de trois mois à compter de sa saisine ;

- l'arrêté attaqué est entaché d'erreur d'appréciation au regard de l'état de santé de sa fille ;

- il est entaché d'un vice de procédure en l'absence de saisine de la commission du titre de séjour, dès lors qu'elle avait droit à la délivrance d'un titre de séjour en qualité de parent d'un enfant malade.

Par un mémoire en défense, enregistré le 20 octobre 2022, le préfet de l'Essonne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme F ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 20 octobre 2022, la clôture de l'instruction initialement fixée au 23 septembre 2022, a été reportée au 3 novembre 2022.

Par une décision du 6 octobre 2022, Mme F a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme C a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme F, ressortissante congolaise née le 11 mars 1993, est entrée en France le 30 juillet 2015 selon ses déclarations. Sa demande d'admission au titre de l'asile a été rejetée. Le 28 novembre 2017, le préfet de l'Essonne a édicté une obligation de quitter le territoire français à son encontre. Mme F a ensuite obtenu des autorisations provisoires de séjour, régulièrement renouvelées pour la période du 15 mars 2019 au 16 août 2022. Par un arrêté du 5 août 2022, dont Mme F demande l'annulation, le préfet de l'Essonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle est susceptible d'être éloignée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, par un arrêté du 19 juillet 2022, le préfet de l'Essonne a donné délégation à M. D, sous-préfet de Palaiseau et signataire de l'arrêté attaqué pour signer les décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français telles que celles en l'espèce. Par suite, le moyen d'incompétence de l'auteur de l'acte ne peut qu'être écarté.

3. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que des autorisations provisoires de séjour ont été délivrées à Mme F à partir du 15 mars 2019 et ont été renouvelées jusqu'au 16 août 2022. Toutefois, il ne ressort pas des pièces du dossier que Mme F, alors même qu'elle aurait acquitté un visa de régularisation en application des dispositions du D de l'article L. 311-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, devenu l'article L. 436-4 du même code, aurait été titulaire d'un titre de séjour retiré par l'arrêté attaqué. Par suite, les dispositions de l'article L. 432-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui prévoit que l'intéressé est mis à même de présenter ses observations en cas de retrait d'un titre de séjour, ne sauraient être utilement invoquées en l'espèce.

4. En troisième lieu, l'arrêté attaqué rappelle les conditions d'entrée et de séjour en France de Mme F. Il expose les motifs pour lesquels il ne peut être fait droit à sa demande de titre de séjour en qualité de parent d'un enfant malade sur le fondement de l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Contrairement à ce que soutient la requérante, il indique également les motifs pour lesquels la requérante ne peut pas se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale ". Il précise qu'elle est pacsée avec un ressortissant congolais également titulaire d'une autorisation provisoire de séjour avec lequel elle a eu trois enfants. Par suite, l'arrêté attaqué, qui précise les motifs de droit et de fait sur lesquels il se fonde, est suffisamment motivé.

5. En quatrième lieu, il ressort des pièces du dossier et en particulier du courrier adressé le 28 octobre 2020 au préfet de l'Essonne par Mme F et du courrier du 16 décembre 2020 de la sous-préfecture de Palaiseau que Mme F a demandé un changement de statut de son titre de séjour en qualité de parent d'un enfant malade en un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ". Il résulte également des termes mêmes de la décision portant refus de titre de séjour attaquée que le préfet a examiné la demande d'admission exceptionnelle au séjour au titre de la vie privée et familiale présentée par la requérante. Par suite, le moyen tiré de l'examen partiel de la demande de titre de séjour de Mme F ne peut qu'être écarté.

6. En cinquième lieu, l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales stipule que : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ".

7. Il ressort des pièces du dossier que Mme F est mère de trois enfants nés en France en mars 2016, janvier 2018 et août 2021. Mme F a conclu un pacte civil de solidarité avec le père de ses enfants, le 2 novembre 2020. Ce dernier est un ressortissant congolais, titulaire d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'au 18 octobre 2022, dont il n'est pas établi qu'elle a été renouvelée. En outre, la requérante, entrée en France en 2015, ne justifie d'aucune insertion professionnelle particulière. Par ailleurs, Mme F n'est pas dépourvue d'attaches familiales dans son pays d'origine. Par suite, l'arrêté attaqué n'a pas porté au droit au respect de la vie privée et familiale de Mme F une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels il a été pris. Il suit de là que le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

8. En sixième lieu, aux termes de l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les parents étrangers de l'étranger mineur qui remplit les conditions prévues à l'article L. 425-9, ou l'étranger titulaire d'un jugement lui ayant conféré l'exercice de l'autorité parentale sur ce mineur, se voient délivrer, sous réserve qu'ils justifient résider habituellement en France avec lui et subvenir à son entretien et à son éducation, une autorisation provisoire de séjour d'une durée maximale de six mois. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable () / Elle est délivrée par l'autorité administrative, après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans les conditions prévues à l'article L. 425-9. ". Selon l'article L. 425-9 du même code : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat () ". Aux termes de l'article R. 425-11 code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'office et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé () ". En vertu de l'article R. 425-12 du même code : " Le rapport médical mentionné à l'article R. 425-11 est établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à partir d'un certificat médical établi par le médecin qui suit habituellement le demandeur ou par un médecin praticien hospitalier inscrits au tableau de l'ordre, dans les conditions prévues par l'arrêté mentionné au deuxième alinéa du même article (). / Sous couvert du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le service médical de l'office informe le préfet qu'il a transmis au collège de médecins le rapport médical () ". Selon l'article R. 425-13 du même code : Le collège à compétence nationale mentionné à l'article R. 425-12 est composé de trois médecins, il émet un avis dans les conditions de l'arrêté mentionné au premier alinéa du même article. La composition du collège et, le cas échéant, de ses formations est fixée par décision du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Le médecin ayant établi le rapport médical ne siège pas au sein du collège () / L'avis est rendu par le collège dans un délai de trois mois à compter de la transmission du certificat médical () ".

9. D'une part, le préfet de l'Essonne a produit en défense l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration du 1er mars 2022. Il ressort de ses mentions qui font foi jusqu'à preuve du contraire que le Dr E a établi le rapport médical. Il ressort également des pièces du dossier et notamment de l'avis du collège de médecins du 1er mars 2022 que le médecin qui a établi le rapport médical n'a pas siégé au sein du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration qui a émis un avis sur l'état de santé de la fille de Mme F. En outre, alors même que le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration n'aurait pas émis d'avis dans un délai de trois mois à compter de la transmission du certificat médical confidentiel, cette circonstance est sans incidence sur la régularité de la procédure devant cette instance. Par suite, la décision attaquée n'est pas entachée d'illégalité en conséquence de l'irrégularité de la procédure devant le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

10. D'autre part, sous réserve des cas où la loi attribue la charge de la preuve à l'une des parties, il appartient au juge administratif, au vu des pièces du dossier, d'apprécier si l'état de santé d'un étranger nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, et s'il peut bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays de renvoi. La partie qui justifie d'un avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, la possibilité ou l'impossibilité pour ce dernier de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays de renvoi. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires.

11. Par un avis du 1er mars 2022, le collège de médecins de l'Office français et de l'immigration a estimé que l'état de santé de la fille de Mme F nécessitait une prise en charge médicale, dont le défaut ne devrait cependant pas entraîner de conséquences d'une exceptionnelle gravité pour elle et qu'elle était à même de voyager sans risque vers son pays d'origine.

12. Le certificat médical du 28 mars 2018 produit par la requérante, s'il confirme que sa fille, née le 25 janvier 2018, a besoin d'un suivi pluridisciplinaire en raison des pathologies dont elle souffre, ne permet pas de remettre en cause l'avis du collège de médecins de l'Office français et de l'immigration selon lequel le défaut de soins ne devrait pas entraîner de conséquences d'une exceptionnelle gravité pour elle. La circonstance que sa fille ne pourrait pas bénéficier des soins adaptés à son état de santé dans son pays d'origine est, par suite, sans incidence sur la légalité de l'arrêté attaqué. Enfin, Mme F ne saurait utilement invoquer les problèmes de santé de son fils A, né le 3 août 2021, faute d'établir qu'elle aurait déposé une demande de titre de séjour en qualité de parent d'un enfant malade pour cet enfant.

13. Il résulte de ce qui précède que les moyens tirés de la méconnaissance des articles L. 425-9 et L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'erreur d'appréciation dont serait entaché l'arrêté attaqué ne peuvent qu'être écartés.

14. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative : / 1° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer ou de renouveler la carte de séjour temporaire prévue aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-13, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21, L. 423-22, L. 423-23, L. 425-9 ou L. 426-5 à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance () ".

15. Il résulte de ce qui est dit aux points 8 à 13 du présent jugement que Mme F ne remplit pas les conditions pour se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " sur le fondement des articles L. 425-9 et L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le préfet de l'Essonne n'était pas tenu de saisir la commission du titre de séjour avant de rejeter la demande de titre de séjour de Mme F.

16. Il résulte de ce qui précède que les conclusions présentées par Mme F tendant à l'annulation de l'arrêté du 5 août 2022 doivent être rejetées. Mme F ne pourra cependant pas être éloignée du territoire français sans son partenaire, père de ses trois enfants.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

17. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme F n'appelle aucune mesure d'exécution. Par suite, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

18. Les dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que l'Etat, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse à Mme F une somme au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme F est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B F et au préfet de l'Essonne.

Délibéré après l'audience du 15 décembre 2022, à laquelle siégeaient :

- Mme Grenier, présidente,

- Mme Caron, première conseillère,

- M. Connin, conseiller.

Rendu public par mise à disposition du greffe, le 5 janvier 2023.

La présidente-rapporteure,

signé

C. CL'assesseure la plus ancienne

dans le grade,

signé

V. Caron

La greffière,

signé

G. Le PréLa République mande et ordonne au préfet de l'Essonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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