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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2208187

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2208187

jeudi 6 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2208187
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation7éme chambre
Avocat requérantCISSE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 1er novembre 2022, M. B A C, représenté par Me Cisse, doit être regardé comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite née le 2 août 2022 par laquelle le préfet de l'Essonne a rejeté sa demande de regroupement familial en faveur de son épouse ;

2°) d'enjoindre au préfet d'autoriser ce regroupement familial, sous astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale protégé par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit de voir sa demande de regroupement familial examinée dans un délai raisonnable, ainsi que le prévoient les dispositions de l'article R. 434-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et celles du paragraphe 4 de l'article 5 de la directive 2003/86/CE relative au droit au regroupement familial.

Une mise en demeure a été adressée le 15 février 2023 au préfet de l'Essonne, qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Par une ordonnance du 15 février 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 10 mars 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la directive 2003/86/CE relative au droit au regroupement familial ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de Mme Mathé a été entendu au cours de l'audience publique, les parties n'étant ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A C, ressortissant tunisien né le 2 mai 1995, a sollicité le bénéfice du regroupement familial pour son épouse auprès de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, le 22 avril 2021. L'attestation de dépôt du 22 mars 2022 qui lui a été transmis indique que sa demande a été enregistrée le 1er février 2022. A la suite du silence gardé pendant six mois sur cette demande par le préfet de l'Essonne, une décision implicite de rejet est née le 2 août 2022. Par sa requête, M. A C demande au tribunal d'annuler cette décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 434-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le regroupement familial est sollicité pour l'ensemble des personnes désignées aux articles L. 434-2 à L. 434-4 () ". Aux termes de l'article L. 434-2 de ce code : " L'étranger qui séjourne régulièrement en France depuis au moins dix-huit mois, sous couvert d'un des titres d'une durée de validité d'au moins un an prévus par le présent code ou par des conventions internationales, peut demander à bénéficier de son droit à être rejoint, au titre du regroupement familial : 1° Par son conjoint, si ce dernier est âgé d'au moins dix-huit ans () ". Aux termes de l'article L. 434-6 du même code : " Peut être exclu du regroupement familial : 1° Un membre de la famille dont la présence en France constituerait une menace pour l'ordre public ; 2° Un membre de la famille atteint d'une maladie inscrite au règlement sanitaire international ; 3° Un membre de la famille résidant en France ". Aux termes de l'article R. 434-1 de ce même code : " L'étranger qui formule une demande de regroupement familial doit justifier de la possession d'un des documents de séjour suivants : () 2° Une carte de séjour pluriannuelle () ".

3. Aux termes de l'article L. 434-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui en fait la demande est autorisé à être rejoint au titre du regroupement familial s'il remplit les conditions suivantes : / 1° Il justifie de ressources stables et suffisantes pour subvenir aux besoins de sa famille ; / 2° Il dispose ou disposera à la date d'arrivée de sa famille en France d'un logement considéré comme normal pour une famille comparable vivant dans la même région géographique ; / 3° Il se conforme aux principes essentiels qui, conformément aux lois de la République, régissent la vie familiale en France, pays d'accueil ".

4. Aux termes de l'article L. 434-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour l'appréciation des ressources mentionnées au 1° de l'article L. 434-7 toutes les ressources du demandeur et de son conjoint sont prises en compte, indépendamment des prestations familiales, de l'allocation équivalent retraite et des allocations prévues à l'article L. 262-1 du code de l'action sociale et des familles, à l'article L. 815-1 du code de la sécurité sociale et aux articles L. 5423-1 et L. 5423-2 du code du travail. / Ces ressources doivent atteindre un montant, fixé par décret en Conseil d'Etat, qui tient compte de la taille de la famille du demandeur et doit être au moins égal au salaire minimum de croissance mensuel et au plus égal à ce salaire majoré d'un cinquième. / Les dispositions du présent article ne sont pas applicables lorsque la personne qui demande le regroupement familial est titulaire de l'allocation aux adultes handicapés mentionnée aux articles L. 821-1 ou L. 821-2 du code de la sécurité sociale ou de l'allocation supplémentaire mentionnée à l'article L. 815-24 du même code ou lorsqu'une personne âgée de plus de soixante-cinq ans et résidant régulièrement en France depuis au moins vingt-cinq ans demande le regroupement familial pour son conjoint et justifie d'une durée de mariage d'au moins dix ans ". Aux termes de l'article R. 434-4 de ce code : " Pour l'application du 1° de l'article L. 434-7, les ressources du demandeur et de son conjoint qui alimenteront de façon stable le budget de la famille sont appréciées sur une période de douze mois par référence à la moyenne mensuelle du salaire minimum de croissance au cours de cette période. Ces ressources sont considérées comme suffisantes lorsqu'elles atteignent un montant équivalent à : / 1° Cette moyenne pour une famille de deux ou trois personnes ; / () ".

5. Aux termes de l'article R. 434-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour l'application du 2° de l'article L. 434-7, est considéré comme normal un logement qui : / 1° Présente une superficie habitable totale au moins égale à : / a) en zones A bis et A : 22 m² pour un ménage sans enfant ou deux personnes, augmentée de 10 m² par personne jusqu'à huit personnes et de 5 m² par personne supplémentaire au-delà de huit personnes ; / b) en zones B1 et B2 : 24 m² pour un ménage sans enfant ou deux personnes, augmentée de 10 m² par personne jusqu'à huit personnes et de 5 m² par personne supplémentaire au-delà de huit personnes ; / c) en zone C : 28 m² pour un ménage sans enfant ou deux personnes, augmentée de 10 m² par personne jusqu'à huit personnes et de 5 m² par personne supplémentaire au-delà de huit personnes ; / 2° Satisfait aux conditions de salubrité et d'équipement fixées aux articles 2 et 3 du décret n° 2002-120 du 30 janvier 2002 relatif aux caractéristiques du logement décent pris pour l'application de l'article 187 de la loi n° 2000-1208 du 13 décembre 2000 relative à la solidarité et au renouvellement urbain. / Les zones A bis, A, B1, B2 et C mentionnées au présent article sont celles définies pour l'application de l'article R. 304-1 du code de la construction et de l'habitation ".

6. En l'espèce, M. A C sollicite le bénéfice du regroupement familial au profit de Mme E D, ressortissante tunisienne née le 26 juin 2000, avec laquelle il est marié depuis le 14 mars 2021, et dont il ne ressort d'aucune des pièces du dossier, et n'est même pas allégué par le préfet, qu'elle entrerait dans un des cas pour lesquels le regroupement familial est exclu en application des dispositions de l'article L. 434-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En outre, il ressort des pièces du dossier que M. A C était titulaire d'une carte de séjour pluriannuelle depuis le 6 décembre 2018, et séjournait ainsi régulièrement en France depuis plus de dix-huit mois à la date à laquelle il a présenté sa demande de regroupement familial. Il ressort également des pièces du dossier que M. A C travaille depuis le 16 août 2017 pour une société, en qualité de technicien de production des industries de production, activité professionnelle pour laquelle il perçoit, depuis janvier 2021, une rémunération supérieure, sur une période de douze mois, à la moyenne mensuelle du salaire minimum interprofessionnel de croissance, et justifie ainsi de ressources stables et suffisantes pour subvenir aux besoins de sa famille. De plus, M. A C est titulaire d'un bail prenant effet le 31 juillet 2020 pour une durée de trois ans, concernant un appartement d'une surface habitable de 37,30 m2 situé dans la commune d'Athis-Mons (Essonne). Cette commune étant située dans la zone A, au sens des dispositions de l'article R. 434-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, M. A C dispose d'une superficie supérieure à celle légalement requise pour accueillir son épouse. Par ailleurs, il ne ressort d'aucune des pièces du dossier, et n'est même pas soutenu par le préfet, que M. A C ne se conformerait pas aux principes essentiels qui régissent la vie familiale en France conformément aux lois de la République. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation doit être accueilli.

7. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. A C est fondé à demander l'annulation de la décision implicite née le 2 août 2022 par laquelle le préfet de l'Essonne a rejeté sa demande de regroupement familial en faveur de son épouse.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

8. Compte tenu de ses motifs, et sous réserve d'un changement dans les circonstances de fait ou de droit y faisant obstacle, l'exécution du présent jugement implique nécessairement que le préfet de l'Essonne autorise le regroupement familial sollicité par M. A C. Il y a lieu de lui adresser une injonction en ce sens et de lui impartir un délai d'un mois pour y procéder, sans qu'il soit besoin d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais du litige :

9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La décision implicite de rejet née le 2 août 2022 du silence gardé par le préfet de l'Essonne sur la demande de regroupement familial déposée par M. A C au profit de son épouse, est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de l'Essonne, sous réserve d'un changement dans les circonstances de fait ou de droit y faisant obstacle, d'autoriser le regroupement familial demandé par M. A C, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à M. A C la somme de 1 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A C et au préfet de l'Essonne.

Délibéré après l'audience du 23 mars 2023, à laquelle siégeaient :

- M. Ouardes, président,

- M. de Miguel, premier conseiller,

- Mme Mathé, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 avril 2023.

La rapporteure,

C. Mathé

Le président,

P. Ouardes La greffière,

C. Benoit-Lamaitrie

La République mande et ordonne au préfet de l'Essonne, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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