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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2208509

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2208509

vendredi 12 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2208509
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantMIAMONECKA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et deux mémoires enregistrés le 11 novembre et le 8 décembre 2022, ainsi que le 12 février 2023, Mme B A C, représentée par Me Miamonecka, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 12 octobre 2022 par lequel le préfet de l'Essonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Essonne de lui délivrer une carte de résident, à défaut de lui enjoindre d'instruire sa demande de carte de résident dans un délai d'un mois sous astreinte de 100 euros par jour de retard ; à titre subsidiaire d'enjoindre au préfet de lui délivrer un titre de séjour " étudiant " dans un délai d'un mois sous astreinte de 100 euros par jour de retard et de lui délivrer dans l'attente un récépissé l'autorisant à travailler ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

Sur la décision de refus d'un titre de séjour " étudiant " :

- la décision litigieuse a été prise en violation des droits de la défense ;

- elle est entachée d'une erreur de fait puisqu'elle suivait une formation ;

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle n'est pas motivée ;

- elle a été prise en violation des droits de la défense ;

- elle est entachée d'une erreur de droit puisqu'elle entretient des liens privés et familiaux avec un citoyen de l'Union européenne ;

Sur la décision fixant le pays de destination :

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation compte tenu des liens dont elle dispose en France ;

Sur la décision de refus de carte de résident :

- elle est entachée d'un vice de forme en l'absence de motivation ;

- elle est entachée d'une erreur de droit à défaut pour le préfet d'avoir procédé à un examen de cette demande ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 30 janvier 2023, le préfet de l'Essonne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

La clôture de l'instruction a été fixée au 6 mars 2023 par une ordonnance du 13 février 2023.

Par un courrier du 7 avril 2023, les parties ont été informées que le tribunal était susceptible de se fonder sur un moyen relevé d'office tenant à l'irrecevabilité des conclusions en tant qu'elles sont dirigées contre un refus implicite de délivrance d'une carte de résident. En l'absence d'une telle demande, les conclusions en cause doivent être regardées comme dirigées contre une décision inexistante, et sont irrecevables.

Une réponse à ce courrier a été effectuée pour la requérante le 11 avril 2023 et a été communiquée.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Geismar, première conseillère

- et les observations de Me Miamonecka, avocat de la requérante.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B A C, ressortissante congolaise née le 5 août 1997, est entrée en France le 14 août 2016 munie d'un visa. Elle a bénéficié de plusieurs titres de séjour " étudiant ", régulièrement renouvelés jusqu'au 26 décembre 2021. Elle a ensuite sollicité, le 28 décembre suivant, par le biais de la plateforme ANEF, le renouvellement de ce titre. En outre, par un courrier simple du 2 novembre 2021, elle a sollicité l'octroi d'un titre de séjour d'une durée de dix ans. Par une décision du 12 octobre 2022, le préfet de l'Essonne a refusé de le lui délivrer et l'a obligée à quitter le territoire dans le délai de trente jours, en fixant le pays de destination.

Sur le refus de titre de séjour étudiant :

2. Aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " d'une durée inférieure ou égale à un an.

En cas de nécessité liée au déroulement des études ou lorsque l'étranger a suivi sans interruption une scolarité en France depuis l'âge de seize ans et y poursuit des études supérieures, l'autorité administrative peut accorder cette carte de séjour sous réserve d'une entrée régulière en France et sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1.

Cette carte donne droit à l'exercice, à titre accessoire, d'une activité professionnelle salariée dans la limite de 60 % de la durée de travail annuelle. ".

3. Le moyen tiré de la violation des droits de la défense est inopérant et doit être écarté.

4. La requérante soutient que la décision litigieuse est entachée d'une erreur de fait au motif qu'elle était bien étudiante et inscrite, pour l'année 2021-2022, à une formation donnant droit au Bachelor en management et gestion des ressources humaines. Toutefois, les pièces qu'elle produit, à savoir un certificat de scolarité pour l'année scolaire 2020-2021, et une attestation d'inscription à un CAP métiers de la coiffure pour l'année 2022-2023, n'établissent pas qu'elle était effectivement étudiante pour l'année scolaire en cause, soit l'année 2021-2022. Dès lors, le moyen tiré de l'erreur de fait doit être écarté.

5. Il résulte de ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 12 octobre 2022 par lequel le préfet de l'Essonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

6. Aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée.

Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. Toutefois, les motifs des décisions relatives au délai de départ volontaire et à l'interdiction de retour édictées le cas échéant sont indiqués ". Et selon l'article L. 611-1 de ce code : " () 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents ; () ".

7. Il résulte des dispositions ainsi reproduites que le moyen tiré de l'insuffisante motivation de la décision portant obligation de quitter le territoire français est inopérant.

8. Aux termes de l'article L. 200-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par étranger entretenant des liens privés et familiaux avec un citoyen de l'Union européenne on entend le ressortissant étranger, quelle que soit sa nationalité, ne relevant pas de l'article L. 200-4 et qui, sous réserve de l'examen de sa situation personnelle, relève d'une des situations suivantes : 1° Étranger qui est, dans le pays de provenance, membre de famille à charge ou faisant partie du ménage d'un citoyen de l'Union européenne ; 2° Étranger dont le citoyen de l'Union européenne, avec lequel il a un lien de parenté, doit nécessairement et personnellement s'occuper pour des raisons de santé graves ; 3° Étranger qui atteste de liens privés et familiaux durables, autres que matrimoniaux, avec un citoyen de l'Union européenne. ", sachant que l'article L. 200-2 du même code précise : " Est citoyen de l'Union européenne toute personne ayant la nationalité d'un Etat membre. Les citoyens de l'Union européenne exercent le droit de circuler et de séjourner librement en France qui leur est reconnu par les articles 20 et 21 du traité sur le fonctionnement de l'Union européenne, dans les conditions et limites définies par ce traité et les dispositions prises pour son application. ".

9. Or, la requérante qui se prévaut de la nationalité française de membres de sa famille ne peut utilement soutenir que les dispositions précitées, qui s'appliquent aux ressortissants étrangers citoyens de l'Union européenne, seraient applicables à sa situation. Le moyen tiré de l'erreur de droit, qui est inopérant, ne peut donc qu'être écarté.

10. En outre, si Mme A C soutient que la décision litigieuse est entachée d'un vice de procédure à défaut pour elle d'avoir pu préalablement présenter ses observations, il résulte de ce qui précède qu'elle a présenté, dans le cadre de sa demande de titre de séjour, sa situation. Par ailleurs, il n'est pas établi que l'intéressée, qui n'allègue pas au demeurant qu'elle aurait tenté en vain de faire valoir des observations complémentaires, disposait d'informations pertinentes supplémentaires tenant à sa situation personnelle qu'elle aurait pu utilement porter à la connaissance de l'administration avant que ne soit prise la mesure d'éloignement et qui, si elles avaient été communiquées à temps, auraient été susceptibles de faire obstacle à la décision lui faisant obligation de quitter le territoire.

Sur la décision fixant le pays de destination :

11. La requérante, qui se borne à se prévaloir de la présence en France de membres de sa famille, n'est pas fondée à soutenir que la décision fixant le Congo comme pays de destination, qui est le pays dont elle a la nationalité et où elle est née, serait entachée d'une erreur d'appréciation.

Sur la décision refusant implicitement la délivrance d'une carte de résident :

12. D'une part, aux termes de l'article L. 431-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : Les conditions dans lesquelles les demandes de titres de séjour sont déposées auprès de l'autorité administrative compétente sont fixées par voie réglementaire ". Et l'article R. 431-2 du même code précise : " La demande d'un titre de séjour figurant sur une liste fixée par arrêté du ministre chargé de l'immigration s'effectue au moyen d'un téléservice à compter de la date fixée par le même arrêté. Les catégories de titres de séjour désignées par arrêté figurent en annexe 9 du présent code. () ". Enfin, l'article R. 431-3 du même code prévoit : " La demande de titre de séjour ne figurant pas dans la liste mentionnée à l'article R. 431-2, est effectuée à Paris, à la préfecture de police et, dans les autres départements, à la préfecture ou à la sous-préfecture. Le préfet peut également prescrire que les demandes de titre de séjour appartenant aux catégories qu'il détermine soient adressées par voie postale. ".

13. Aux termes de l'article R. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le silence gardé par l'administration sur les demandes de titres de séjour vaut décision implicite de rejet ". Selon l'article R. 432-2 du même code : " La décision implicite de rejet mentionnée à l'article R. 432-1 naît au terme d'un délai de quatre mois. Par dérogation au premier alinéa, ce délai est de quatre-vingt-dix jours lorsque l'étranger sollicite la délivrance d'un titre de séjour mentionné aux articles R. 421-23, R. 421-43, R. 421-47, R. 421-54, R. 421-54, R. 421-60, R. 422-5, R. 422-12, R. 426-14 et R. 426-17. Par dérogation au premier alinéa ce délai est de soixante jours lorsque l'étranger sollicite la délivrance du titre de séjour mentionné à l'article R. 421-26. ".

14. Il résulte de ces dispositions que, pour introduire valablement une demande de titre de séjour, il est nécessaire, sauf si l'une des exceptions définies au deuxième alinéa de l'article R. 431-3 est applicable, que l'intéressée se présente physiquement à la préfecture. Si, en pareille circonstance, le préfet n'est pas en situation de compétence liée pour rejeter la demande de titre de séjour il peut, le cas échéant, procéder à la régularisation de la situation de l'intéressée. Toutefois, lorsque le refus de titre de séjour est fondé sur l'absence de comparution personnelle du demandeur, ce dernier ne peut utilement se prévaloir, à l'encontre de la décision de rejet de sa demande de titre de séjour, de moyens autres que ceux tirés d'un vice propre de cette décision.

15. D'autre part, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; () ". Aux termes de l'article L. 232-4 du même code : " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. / Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande. Dans ce cas, le délai du recours contentieux contre ladite décision est prorogé jusqu'à l'expiration de deux mois suivant le jour où les motifs lui auront été communiqués ".

16. En l'espèce, à supposer que la requérante soit regardée comme ayant sollicité, le 2 novembre 2021, l'obtention d'une carte de résident, elle ne démontre pas, ni même n'allègue, avoir sollicité les motifs du refus implicite qu'elle conteste. Dès lors, le moyen tiré de l'insuffisante motivation du refus implicite qui lui aurait été opposé doit être écarté.

17. En outre, compte tenu de ce qui a été dit au point 14, les autres moyens soulevés, qui sont inopérants, ne peuvent qu'être écartés.

Sur les autres conclusions :

18. Il résulte de ce qui précède que les conclusions présentées à fin d'injonction ainsi que celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A C est rejetée.

Article 2 : Le jugement sera notifié à Mme B A C et au préfet de l'Essonne.

Délibéré après l'audience du 14 avril 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Gosselin, président,

Mme Vincent, première conseillère,

Mme Geismar, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 mai 2023.

La rapporteure,

signé

M. Geismar

Le président,

signé

C. Gosselin

La greffière,

signé

S. Lamarre

La République mande et ordonne au préfet de l'Essonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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