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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2209464

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2209464

vendredi 24 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2209464
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème chambre
Avocat requérantTOURNAN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 16 et 22 décembre 2022, Mme A B, représentée par Me Tournan, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions du 1er décembre 2022 par lesquelles le préfet de l'Essonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a fixé le pays à destination duquel elle est susceptible d'être reconduite d'office ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Essonne de la munir dans un délai de 10 jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard, d'une autorisation provisoire de séjour et de lui délivrer, dans un délai d'un mois, à titre principal, une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant ", à titre subsidiaire, une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " et, à titre infiniment subsidiaire, lui enjoindre de réexaminer sa situation dans le même délai et sous la même astreinte, en saisissant la commission du titre de séjour si un refus est envisagé ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision de refus de titre de séjour a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière, faute de saisine de la commission du titre de séjour alors qu'elle remplit les conditions posées par l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle n'a pas été précédée d'une procédure contradictoire préalable, en méconnaissance de l'article L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration ;

- le préfet n'a pas motivé sa décision en droit ni examiné sa demande sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ni sur celui du deuxième alinéa de l'article L. 422-1 du même code ; il n'a pas davantage examiné sa demande d'admission exceptionnelle au séjour et a omis de tenir compte de la demande de régularisation de ses parents et de leur bonne insertion professionnelle ;

- c'est à tort que le préfet de l'Essonne a estimé que les conditions dérogatoires prévues par l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne sont pas réunies ;

- il a commis des erreurs de fait quant à la progression de sa scolarité ;

- la décision de refus de titre de séjour méconnait l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'obligation de quitter le territoire français n'est pas motivée en fait ; il en résulte une erreur de droit.

La requête a été communiquée au préfet de l'Essonne qui n'a pas produit de mémoire.

Par une ordonnance du 20 décembre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 10 février 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, en application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme C,

- et les observations de Me Tournan représentant Mme B.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante tunisienne, née en 2004, est entrée en France le 18 mai 2019, sous couvert d'un visa de court séjour. Elle a sollicité le 12 octobre 2022 la délivrance d'un titre de séjour. Elle demande au tribunal l'annulation des décisions du 1er décembre 2022 par lesquelles le préfet de l'Essonne a rejeté sa demande, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a fixé le pays à destination duquel elle est susceptible d'être reconduite d'office.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Mme B produit un courrier en date du 10 octobre 2022 adressé au préfet de l'Essonne qui a pour objet " demande d'admission exceptionnelle au séjour " et dont les mentions font état d'une remise au guichet de la préfecture le 12 octobre 2022 lors du dépôt par l'intéressée de son dossier de demande de titre de séjour. Il ressort des pièces du dossier et notamment de ce courrier, en l'absence de tout élément produit par le préfet de l'Essonne dans le cadre de la présente instance, que Mme B a entendu solliciter la délivrance d'un titre de séjour en qualité d'étudiante mais également au titre de la vie privée et familiale, sur le fondement des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Or, il ressort des termes de l'arrêté contesté que le préfet de l'Essonne s'est borné à examiner son droit au séjour en qualité d'étudiante. Mme B est donc fondée, en l'état du dossier, à soutenir que le préfet de l'Essonne n'a pas procédé à un examen complet de sa demande de titre de séjour.

3. Par suite et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, Mme B est fondée à demander l'annulation de la décision lui refusant la délivrance d'un titre de séjour ainsi, par voie de conséquence, que celle des décisions du même jour portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays de renvoi.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

4. Aux termes de l'article L. 911-2 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne à nouveau une décision après une nouvelle instruction, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision juridictionnelle, que cette nouvelle décision doit intervenir dans un délai déterminé. / La juridiction peut également prescrire d'office l'intervention de cette nouvelle décision ".

5. L'exécution du présent jugement, eu égard au motif d'annulation de l'arrêté du préfet de l'Essonne, et en l'absence d'autre moyen invoqué propre à justifier en l'état du dossier la délivrance d'un titre de séjour à Mme B, n'implique pas nécessairement qu'il soit enjoint au préfet de délivrer un tel titre à l'intéressée. Il y a lieu, en revanche, ainsi que le demande la requérante à titre subsidiaire, d'enjoindre au préfet de l'Essonne ou au préfet compétent au regard du lieu de résidence actuel de l'intéressée, en application de l'article L. 911-2 du code de justice administrative, de réexaminer sa situation dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement et de la munir, dans l'attente, d'une autorisation provisoire de séjour. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur l'application de l'article L. 761-1 du code de de justice administrative :

6. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement à la requérante de la somme de 800 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du préfet de l'Essonne du 1er décembre 2022 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de l'Essonne, ou au préfet compétent au regard du lieu de résidence actuel de l'intéressée, de procéder au réexamen de la demande de Mme B dans le délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement et de la munir, dans l'attente, d'une autorisation provisoire de séjour.

Article 3 : L'Etat versera à Mme B la somme de 800 euros sur le fondement de l' article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au préfet de l'Essonne.

Délibéré après l'audience du 10 mars 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Rollet-Perraud, présidente,

Mme Fejérdy, première conseillère,

Mme Amar-Cid, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 mars 2023.

La rapporteure,

Signé

J. C

La présidente,

Signé

C. Rollet-Perraud

La greffière,

Signé

A. Lloria

La République mande et ordonne au préfet de l'Essonne en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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