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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2209834

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2209834

lundi 17 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2209834
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation6ème chambre
Avocat requérantSCALBERT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 29 décembre 2022, M. F B, représenté par Me Scalbert, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 1er décembre 2022 par lequel le préfet de l'Essonne a refusé de de lui délivrer un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a décidé qu'à l'expiration de ce délai, il pourrait être reconduit d'office à la frontière à destination du pays dont il a la nationalité, ou de tout autre pays dans lequel il établirait être légalement admissible ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Essonne de lui délivrer un titre de séjour ou à défaut de réexaminer sa situation dans le délai de 15 jours à compter de la date de notification du jugement et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

M. B soutient que :

En ce qui concerne la décision de refus de titre de séjour :

- la décision est entachée d'incompétence ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation par le préfet;

- elle méconnait la circulaire du 28 novembre 2012 ainsi que les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et de droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors, notamment qu'il ne constitue pas une menace pour l'ordre public ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire :

- la décision est entachée d'incompétence ;

- elle est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article 7 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- elle méconnait l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- la décision est entachée d'incompétence ;

- elle est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire :

- elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Par un mémoire en défense, enregistrés le 1er février 2023, le préfet de l'Essonne conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme A,

- les observations de Me Casagrande, représentant M. B, présent;

Considérant ce qui suit :

1. M. F B, ressortissant ivoirien né le 23 avril 1985 déclare être entré en France le 28 avril 2018. Il a sollicité, le 4 février 2022 son admission au séjour dans le cadre des dispositions de L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 1er décembre 2022, le préfet de l'Essonne a refusé de lui délivrer le titre demandé, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination. M. B demande l'annulation de ces décisions et qu'il soit enjoint au préfet de lui délivrer le titre demandé.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'arrêté dans son ensemble :

2. En premier lieu, par un arrêté n° 2022-PREF-DCPPAT-BCA-085 du 17 juin 2022, visé par l'arrêté attaqué, le préfet de l'Essonne a donné délégation à M. D C, en sa qualité de directeur de l'immigration et de l'intégration, à l'effet de signer, en toutes matières ressortissant à ses attributions, notamment, tous arrêtés, actes, décisions, mémoires, pièces, documents et correspondances relevant du ministère de l'intérieur, à l'exclusion d'actes limitativement énumérés au nombre desquels ne figurent pas les décisions individuelles prises en matière de police administrative des étrangers. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte, qui manque en fait, doit être écarté.

3. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué vise les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sur lesquelles il est fondé, expose la situation privée et familiale de M. B et énonce de façon précise les circonstances de droit et de fait pour lesquelles il ne remplit pas les conditions pour prétendre au renouvellement de son titre de séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et doit quitter le territoire français à destination de son pays d'origine. En outre, contrairement à ce que soutient M. B, le préfet n'avait pas à faire état de l'ensemble des éléments de fait à raison desquels il a estimé que ces décisions ne méconnaissaient pas les textes qu'il a visés. Par suite, l'arrêté du 1er décembre 2022 satisfait aux exigences de motivation résultant des dispositions de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration.

4. En dernier lieu, il ressort des pièces du dossier, notamment des mentions de l'arrêté du 1er décembre 2022, que le préfet de l'Essonne a procédé à un examen particulier de la situation personnelle de M. B avant de prendre l'arrêté contesté. Par suite le moyen tiré du défaut d'un tel examen ne peut qu'être écarté.

En ce qui concerne le refus de titre de séjour :

5. En premier lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14. ". En présence d'une demande de régularisation présentée sur le fondement de l'article L. 435-1, par un étranger qui ne serait pas en situation de polygamie et dont la présence en France ne présenterait pas une menace pour l'ordre public, il appartient à l'autorité administrative de vérifier, dans un premier temps, si l'admission exceptionnelle au séjour par la délivrance d'une carte portant la mention " vie privée et familiale " répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard de motifs exceptionnels, et à défaut, dans un second temps, s'il est fait état de motifs exceptionnels de nature à permettre la délivrance, dans ce cadre, d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire".

6. M. B soutient qu'il est en France depuis le premier semestre de l'année 2018 soit depuis près de cinq ans, et marié depuis le 3 juillet 2021 à Mme E, ressortissante ivoirienne également, titulaire d'une carte de séjour pluriannuelle en cours de renouvellement, et mère de trois enfants scolarisés en France dont il assume la charge effective, matériellement et financièrement depuis août 2021 date de début de la vie commune du couple. Mme E témoigne qu'elle ne pourrait pas assumer seule ses charges familiales dans l'hypothèse où son mari devrait quitter le territoire. Toutefois, d'une part, M. B n'apporte pas de preuve du soutien matériel et financier qu'il allègue. D'autre part, eu égard au caractère récent de leur relation et à la durée de sa présence en France, M. B ne dispose pas d'un motif exceptionnel ou d'une circonstance humanitaire susceptible de motiver une admission exceptionnelle au séjour au titre de la vie privée et familiale. Si M. B soutient que la cellule familiale qu'il constitue avec Mme E et ses trois enfants ne pourrait pas se reconstituer à l'étranger, il n'est toutefois pas établi que le titre de séjour de Mme E, valable jusqu'au 10 avril 2023 sera renouvelé après cette date, ni qu'il ne pourrait pas reconstituer la cellule familiale dans son pays d'origine. En outre, M. B n'établit pas ni même n'allègue être dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine où il a vécu jusqu'à l'âge de 33 ans et où résident son propre père et sa fille mineure née en 2012. De plus, si M. B se prévaut de son intégration professionnelle en France et produit à cette fin 41 fiches de paye et un contrat à durée indéterminée avec une société de nettoyage débutant le 1er avril 2020, le fait de travailler en contrat à durée indéterminée depuis trois ans ne constitue pas davantage un motif exceptionnel justifiant la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " salarié " dans le cadre des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et de droit d'asile. Enfin, il ressort des pièces du dossier que le préfet de l'Essonne aurait pris la même décision s'il ne s'était pas fondé sur la circonstance que M. B avait fait usage d'une fausse carte d'identité espagnole. Dans ces conditions, le préfet de l'Essonne n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation de la situation de M. B en refusant, par la décision attaquée, de l'admettre au séjour à titre exceptionnel et n'a pas méconnu les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et de droit d'asile.

7. En second lieu, si un étranger peut, à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir formé contre une décision préfectorale refusant de régulariser sa situation par la délivrance d'un titre de séjour, soutenir que, compte tenu de l'ensemble des éléments de sa situation, la décision du préfet serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, il ne peut utilement se prévaloir des orientations générales que le ministre de l'intérieur a pu, dans le cadre de la politique du gouvernement en matière d'immigration, adresser aux préfets, sans les priver de leur pouvoir d'appréciation de chaque cas particulier, pour les éclairer dans la mise en œuvre de leur pouvoir de régularisation. Il suit de là que M. B ne peut utilement se prévaloir des énonciations de la circulaire du 28 novembre 2012 du ministre de l'intérieur, et notamment de celles relatives à l'examen des demandes d'admission exceptionnelle au séjour des ressortissants étrangers en situation irrégulière.

8. Il résulte de ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation de la décision du 1er décembre 2022 par laquelle le préfet de l'Essonne a refusé d'admettre M. B au séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et de droit d'asile doivent être rejetées.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

9. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le refus de séjour critiqué n'est pas entaché d'illégalité. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision contestée en date du 1er décembre 2022 faisant obligation à M. B de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays à destination duquel il pourra être reconduit serait dépourvue de base légale, ne peut qu'être écarté.

10. En deuxième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Et aux termes des dispositions de l'article 7 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (). "

11. Il résulte de ce qui a été dit au point 6 que M. B n'est pas fondé à soutenir que la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français serait de nature à porter une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale protégé par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par suite, le moyen tiré d'une méconnaissance de ces stipulations et de l'article 7 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne doit être écarté.

12. En troisième lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant, signée à New York le 26 janvier 1990 : " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale () ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

13. Comme il a été dit au point 6 ci-dessus, M. B est père d'une enfant mineure restée au pays dont l'intérêt supérieur est la présence de ses parents à ses côtés. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées doit être écarté.

14. Il résulte de ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation de la décision du 1er décembre 2022 obligeant M. B à quitter le territoire doivent être rejetées.

En ce qui concerne le pays de destination :

15. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'illégalité des décisions de refus de titre et d'obligation de quitter le territoire français, prononcées le 1er décembre 2022 à l'encontre de M. B, ne peut qu'être écarté.

16. En second lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". M. B n'assortit son moyen relatif à la décision fixant le pays de destination d'aucune précision permettant d'en apprécier le bien-fondé. Par suite, ce moyen ne peut qu'être écarté.

17. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 1er décembre 2022, par lequel le préfet de l'Essonne a refusé de l'admettre à titre exceptionnel au séjour avec obligation de quitter le territoire français et fixation du pays de destination. Par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E:

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. F B et au préfet de l'Essonne.

Délibéré après l'audience du 3 avril 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Mégret, présidente,

Mme Rivet, première conseillère,

M. Gibelin, premier conseiller,

Rendu public par mise à disposition du greffe le 17 avril 2023.

La rapporteure,

signé

S. A

La présidente,

signé

S. Mégret

La greffière,

signé

A. Gateau

La République mande et ordonne au préfet de de l'Essonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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